Le restaurant " Kapetanska Kuca ", la Maison du Capitaine, a presque les pieds dans les flots de l'Adriatique. Dans la soirée qui s'étend sur une magnifique nappe d'huile bleue, quelques baigneurs nagent entre des barques qui somnolent déjà. Un vieux monsieur qui ressemble à Ernest Hemingway ramène des crustacés et se fera un plaisir de préparer un plateau de fruits de mer pour les siens. Entre Dubrovnik et Split, le port de Ston est un coin de paradis qui inspire probablement Igor Stimac, un sélectionneur national taillé dans le roc et qui fume comme un capitaine au long cours. Il est vrai que Stimac a navigué sur les terrains du monde entier. Le prochain Belgique-Croatie occupe évidemment toutes ses pensées...
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Le restaurant " Kapetanska Kuca ", la Maison du Capitaine, a presque les pieds dans les flots de l'Adriatique. Dans la soirée qui s'étend sur une magnifique nappe d'huile bleue, quelques baigneurs nagent entre des barques qui somnolent déjà. Un vieux monsieur qui ressemble à Ernest Hemingway ramène des crustacés et se fera un plaisir de préparer un plateau de fruits de mer pour les siens. Entre Dubrovnik et Split, le port de Ston est un coin de paradis qui inspire probablement Igor Stimac, un sélectionneur national taillé dans le roc et qui fume comme un capitaine au long cours. Il est vrai que Stimac a navigué sur les terrains du monde entier. Le prochain Belgique-Croatie occupe évidemment toutes ses pensées... Igor Stimac : Notre adversaire le plus redoutable sur la route du Brésil. La Belgique a beaucoup progressé ces deux ou trois dernières années et arrive au bout du cycle d'intégration d'une nouvelle génération. Une vague de jeunes talents s'est installée dans toutes les lignes. Je suis impressionné et certain que cette Belgique-là fera partie un jour du Top 10 mondial. C'est un adversaire que nous respectons au maximum comme tous les autres, en sachant que ce groupe est très difficile, celui qui, globalement, présente la meilleure addition des places du Ranking FIFA. Tout le monde peut battre tout le monde et chaque équipe perdra peut-être des points de façon inattendue. Mais, cela dit, les observateurs s'accordent pour nous donner l'étiquette de favori. La Croatie accepte ce rôle et fera tout pour le justifier. Je sais tout sur les Diables Rouges et j'ai attentivement étudié leur bonne performance en Angleterre, ainsi que la façon dont ils ont battu les Pays-Bas. La Belgique présente une équipe de plus en plus homogène. Les talents se mettent au service de la collectivité et tout le monde en tire du profit : l'équipe, les individualités. L'axe central de la défense est imposant avec des éléments de classe mondiale comme Vincent Kompany et Thomas Vermaelen. Pour passer, il faudra peser sur les ailes et chercher à plonger dans le dos des défenseurs belges, ce qui ne sera pas facile. A nous de trouver des solutions et nous détenons des atouts. La ligne médiane belge est riche en talents, jeune, dynamique et très rapide en reconversion. Je suis épaté par sa classe et la façon dont il a réussi ses débuts à Chelsea. Ce n'est pas donné à tout le monde de s'installer ainsi en Premier League. Cela dit, je note que les Diables Rouges ont émergé contre les Pays-Bas après le remplacement d'Hazard : cela en dit long sur la richesse en profondeur et le travail d'unification de cette équipe. La Belgique a mérité sa victoire contre les Pays-Bas en poussant son adversaire à l'erreur. J'ai cependant relevé que la Belgique n'a tiré que trois fois au but jusqu'à la 62e minute de jeu (avec un goal à la clé). Puis, ce fut une déferlante face à la défense inédite de Louis Van Gaal : 11 tirs, trois buts en cinq minutes, une reconversion offensive ultra rapide, etc. Moralement, cela leur a fait du bien et je devine une forme d'euphorie... On peut dire cela. Witsel est une des pièces essentielles de la Belgique, un organisateur de jeu de première force, bien entouré. Il soigne ses passes, défend et marque : c'est un joueur universel, peut-être le plus important des Diables Rouges. Luka Modric est un footballeur hors normes, une classe inouïe, un meneur de jeu jamais en difficulté et qui soigne parfaitement plus de 85 % de ses passes. Et il faut savoir quelque chose d'important à propos de sa production : ses actions sont toujours offensives, profondes, et il sert ses attaquants à la perfection. José Mourinho, le meilleur entraîneur du monde, a fait venir Modric au Real Madrid, cela veut tout dire... Une de vérités oui mais ce ne sera pas la seule. Chaque équipe a sa division offensive. J'ai essayé certaines choses lors du match amical contre la Suisse. J'ai des idées en tête mais il faudra un peu de patience pour les mettre en pratique. Pour le moment, la Croatie se base sur les acquis de l'Euro 2012. Je n'ai pas le temps de passer à autre chose, de nous préparer pour le football de demain, mais je veux déjà apporter une autre touche mentale. Sous la direction de mon prédécesseur, Slaven Bilic, la Croatie a emballé le public lors de la phase finale de l'Euro 2012. C'était magnifique, notamment face à l'Espagne, mais le résultat n'était pas au rendez-vous. Il a manqué un rien, des détails et, surtout, cette force mentale, cette volonté, ce caractère, cette confiance en soi et ce jusqu'auboutisme qui donnent une autre dimension au talent que nous détenons. La Croatie s'était qualifiée difficilement pour l'Euro : 2e d'un groupe qualificatif facile avant de sortir la Turquie en test matches. Et nous n'étions pas présents en Afrique du Sud. Les résultats auraient pu être meilleurs ces dernières années et c'est notre but. Si elle se qualifie, la Croatie assumera un rôle important au Brésil en 2014. Mais, je le répète : le chemin sera long car la Belgique, la Serbie, la Macédoine, l'Ecosse et le Pays de Galles ont de belles cartes aussi. Nous entamons notre campagne contre la Macédoine. Cedo Janevski a remplacé John Toshack au poste de sélectionneur de ce pays. Je connais Janevski et il fera tout pour que sa sélection nationale se distingue. Je m'attends à trouver un " autobus " plein de joueurs devant leur gardien de but et la bataille de l'espace pourra commencer. La Macédoine a de bons joueurs comme Goran Popov (Dynamo Kiev), Agim Ibraimi (Maribor), Ivan Trickovski (Club Bruges), Ferhan Hasani (Wolfsburg) et Goran Pandev (Naples). Il est très complet. Il décroche et est capable, à chaque instant, de mener à bien un raid de 60 m. Il faudra le surveiller étroitement tout au long de la rencontre. La Macédoine de Janevski est à prendre au sérieux, comme le Pays de Galles ou l'Ecosse. La Belgique doit se méfier de son voyage à Cardiff car ce pays a quelques joueurs qui cassent la baraque en Premier League dont Gareth Bale, bien sûr. Les joueurs voudront rendre hommage à Gary Speed dont la fin tragique reste dans les mémoires. Et l'Ecosse est toujours une noix dure à croquer. Ce pays a été secoué par les immenses problèmes financiers et la relégation des Glasgow Rangers en 4e division. L'équipe nationale peut permettre au football écossais de surmonter cette catastrophe. En Serbie, Sinisa Mihajlovic entame une vaste opération de rajeunissement des cadres. Des piliers de son équipe nationale sont partis et son pays se retrouve dans la situation de la Belgique il y a trois ou quatre ans. Mais cet adversaire aussi sera plus que redoutable. Oui, je l'avais remarqué et ils ont tous du pain sur la planche. Je songe à la pression des résultats mais aussi aux évolutions en profondeur du football. Celui qui n'est pas très attentif aujourd'hui sera dépassé demain. En 1998, la Croatie aurait bien mérité de disputer la finale de la Coupe du Monde. Tout s'est joué sur des détails en demi-finale contre la France. Dur à accepter ou à vivre mais c'est ainsi. Le bilan reste phénoménal bien sûr. Au niveau du talent, je suis persuadé que la génération actuelle est plus forte, plus moderne, plus complète, bien inscrite dans la possibilité de jouer un rôle important dans la formidable évolution du football. On ne joue plus du tout comme en 1998. Une dizaine de joueurs ont pris place aux avant-postes de cette progression et Modric figure parmi eux. Les espaces sont de plus en plus petits mais on ne peut pas les restreindre éternellement. On doit désormais faire la différence sur 200 mètres carrés dans le camp adverse. Cela restera 200 mètres carrés et on ne peut pas jouer encore beaucoup plus vite. Il faut trouver de nouvelles voies, d'autres solutions. A ce niveau-là, un grand joueur ne peut être qu'intelligent, il n' y a pas de place pour le manque de jugeote. Le pressing haut reste une arme indispensable car il permet de réduire les distances à parcourir. Quand on prend le ballon dans le camp de l'adversaire, celui-ci a du mal à enclencher la vitesse défensive. Les grandes équipes ont compris ce qui se passe : le Real, Barça, Bayern, Chelsea, Arsenal, les deux Manchester. Là, petit à petit, on ne parle plus de back droit, d'arrière central et d'attaquant de métier ou de formation. Un bon joueur doit être capable d'évoluer à " toutes les places " en fonction des données et de la vie d'un match. C'est la façon la plus novatrice de surprendre un rideau de fer défensif.... Oui. Ceux qui veulent rester dans le coup doivent veiller au grain car les grands clubs avancent dans cette direction. Et en plus de l'avantage sportif, ils ont de plus en plus d'argent, tout se tient. A l'heure actuelle, on peut presque désigner à l'avance les quatre demi-finalistes de la Ligue des Champions. En Croatie, j'ai alerté les gens qu'il faut travailler tout cela à l'entraînement, c'est évident. Je suis très heureux que Davor Suker soit président de la fédération croate et qu'Alen Boksic figure à mes côtés en équipe nationale : ils cernent bien les progrès du football. Nous en parlons souvent ensemble. Notre petit pays est une incroyable terre de recrutement. Comme l'ex-Yougoslavie autrefois, la Croatie est le Brésil de l'Europe. Par rapport au nombre d'habitants, personne n'exporte autant de joueurs que nous. Mais, dans le temps, il y avait une grosse concentration de grands clubs et les joueurs ne pouvaient pas partir avant leurs 28 ans. Tout à fait : cela n'existe plus et les footballeurs partiront encore plus facilement quand la Croatie aura intégré l'Union européenne. C'est pour cela que la formation chez nous et chez vous, la qualité des deux championnats étant comparables, est décisive. La pression de l'argent est épouvantable pour les coaches des clubs. Dans les petits pays, on vit de ces ventes de joueurs qu'on a du mal à suivre. Un effectif peut être décapité du jour au lendemain. En Croatie, c'est le Dinamo Zagreb qui gère le mieux tout cela : son directeur général, Zdravko Mamic, a l'art d'acheter et de vendre au bon moment. En équipe nationale, je ferai tout pour intégrer progressivement du jeune talent qui évolue encore en Croatie. Et il y en a. Ils doivent profiter du vécu des Stipe Pletikosa, Vedran Corluka, Danijel Pranjic, Ivan Rakitic, Darijo Srna, Ivan Perisic, Ognjen Vukojevic, Luka Modric, Eduardo, Mario Mandzukic, etc. Il y a quelques années déjà en effet. J'ai été battu d'une voix par Vlatko Markovic. Je suis content d'avoir connu d'autres facettes du football après ma carrière joueur. J'ai été directeur du centre de formation d'Hajduk Split, coach, dirigeant d'Hajduk que Bilic, Asanovic, Boksic et moi avons sauvé en lui faisant un cadeau de 3,5 millions de marks allemands, président de la Ligue professionnelle de football, consultant pour la télévision, ce qui m'a permis d'apprendre pas mal de choses. Ah, de très grands souvenirs, vraiment. En 1992, en pleine guerre chez nous, j'avais pris la direction de Cadix. Ce club n'a pas tardé à plonger dans d'énormes soucis financiers et vous devinez la suite : plus de salaire. Pas facile à vivre mais j'ai eu la chance de connaître ensuite Derby County. La situation sportive était délicate mais qui est monté en Premier League quelques mois plus tard ? Derby County ! C'était le rêve, rien que du bonheur avec des chocs contre les géants d'Angleterre. Sur cette lancée, le président décida de bâtir un nouveau stade. Je suis parti après quatre ans car le club a changé de politique pour ne miser que sur les jeunes. Cela ne me convenait pas. Branko Strupar ? Je n'ai pas joué avec lui : Branko est arrivé à Derby en 1999 quand je suis parti à West Ham United. Là, j'ai joué avec une flopée de " grands " : Paolo Di Canio, Rio Ferdinand, Joe Cole, Jermaine Defoe, Mark Keller, Frank Lampard, Davor Suker, etc. Je suis resté deux ans avant de rentrer à Split... Ma famille est installée près d'ici. La Dalmatie est réputée pour la qualité de ses vins. Ce vin-ci provient de quelques hectares que nous avons loués à un ami. Nous en produisons aussi et, en saison, une trentaine de personnes travaillent dans nos vignes. Nous vendons aussi de l'huile. Celle qui trône sur la table de ce restaurant vient justement de chez nous. Vous n'étiez jamais venu à Ston ? C'est calme, n'est-ce pas ? Pour le menu, vous êtes mon invité, je vous propose quelques fruits de mer, dont des huîtres de l'Adriatique, avant que nous ne dégustions un poisson d'ici : un bon Saint-Pierre. En attendant, santé, nazdravlje... PAR PIERRE BILIC EN CROATIE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" La Croatie actuelle est plus forte qu'en 1998 "" Witsel est un joueur universel, peut-être le plus important des Diables. "" Cette Belgique-là fera partie un jour du Top 10 mondial. "