Un coup de fil à la rédaction en septembre 1987 : le Docteur Henri Taelman, Directeur de la Clinique de médecine tropicale d'Anvers, essaye de m'atteindre. Grand chercheur de la lutte contre le sida, le frère de l'entraîneur René Taelman, chez qui je l'avais rencontré plusieurs fois, me dit " qu'il faut faire quelque chose pour Julien Kialunda ".
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Un coup de fil à la rédaction en septembre 1987 : le Docteur Henri Taelman, Directeur de la Clinique de médecine tropicale d'Anvers, essaye de m'atteindre. Grand chercheur de la lutte contre le sida, le frère de l'entraîneur René Taelman, chez qui je l'avais rencontré plusieurs fois, me dit " qu'il faut faire quelque chose pour Julien Kialunda ". Un appel au secours : une des idoles de mon enfance était menacée d'expulsion de l'institution médicale où il vivait ses derniers jours. Les factures s'accumulaient : Kialunda était incapable de les payer et le Docteur Taelman remua ciel et terre pour que sa clinique le garde encore quelques jours, le temps, probablement, de mourir dignement. Je me suis rendu à Anvers et c'est là que j'ai rencontré Kialunda pour la première et la dernière fois en tant que journaliste. Juju, qu'on appelait aussi... Blanchette, a marqué les années 60 et 70. Venu du Daring de Léopoldville, Kialunda enchanta les supporters de l'Union Saint-Gilloise de 1960 à 1965. Et le mercredi, cet artiste rejoignait d'autres vedettes de l'équipe première, Paul Vandenberg, Philippe Van Wilder, Toma Kaloperovic, pour entraîner les minimes des Jaune et Bleu dont je faisais partie. J'entends encore Kialunda se moquer gentiment de moi car je ne savais que faire ballon au pied. Et il était là, des lustres plus tard, ce grand footballeur, recroquevillé sous une couverture aussi grise que ses cheveux et son visage. Il a souri mais j'ignore s'il me comprenait quand je lui parlais du Parc Duden, du dernier match européen de l'histoire de l'Union contre la Juventus de Turin d'Omar Sivori, en 1964-65. A la fin de cette saison-là, il prit le chemin d'Anderlecht où il collectionna quatre titres de 1966 à 1972. Et, sur une idée de Pierre Sinibaldi, qui transforma cet attaquant en défenseur, il réussit surtout à remplacer le plus grand arrière central belge de tous les temps : Laurent Verbiest, décédé dans un accident de la route à Ostende le 2 février 1966. Emu, j'ai pris congé de Kialunda en lui disant que seul un Unioniste pouvait signer un tel exploit. Il a remonté sa couverture, qui ressemblait de plus en plus à un linceul, sous son menton. Les médias, dont RTL-TVI, ont relayé notre appel à l'aide, entendu par Michel Verschueren à Anderlecht. L'ancien de l'Union, d'Anderlecht et du Léopold est parti à 46 ans. Le médecin qui le soigna jusqu'au bout se multiplia ensuite au coeur de l'Afrique, surtout au Rwanda, pays voisin du Congo natal de Juju. Là, Henri Taelman travailla jusqu'à l'épuisement et une crise cardiaque fatale à 60 ans, en soignant d'autres Kialunda.?PAR PIERRE BILIC