L'interview s'achève quand Franck Berrier ouvre la porte et annonce : " Monsieur, Jonathan a signé au Vietnam. " Son coéquipier rétorque : " Franck, je ne sais pas comment il a fait mais le journaliste était au courant. Il m'a même annoncé que tu m'y accompagnais. " Fou rire.
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L'interview s'achève quand Franck Berrier ouvre la porte et annonce : " Monsieur, Jonathan a signé au Vietnam. " Son coéquipier rétorque : " Franck, je ne sais pas comment il a fait mais le journaliste était au courant. Il m'a même annoncé que tu m'y accompagnais. " Fou rire. L'anecdote illustre l'entente des deux Français. Si Berrier a évoqué un transfert fictif au Vietnam, ce n'est pas un hasard : comme le trahit sa constitution, la grand-mère maternelle du petit médian a émigré en France pendant la guerre du Vietnam. En plus, Delaplace tarde à prolonger son contrat de trois ans à Zulte Waregem, qui arrive à échéance au mois de juin. C'est d'ailleurs le seul thème sur lequel il est resté évasif durant l'interview. " On verra bien. " Jonathan Delaplace a eu un parcours atypique. Jusqu'à sept ans, il a grandi à Solliès-Toucas, une bourgade de 15.000 âmes près de Toulon et de la Côte d'Azur, où il a commencé à jouer à cinq ans. " Nous avons ensuite déménagé à Brest. Mon père était infirmier anesthésiste dans la Marine et partait fréquemment en mission à l'étranger, en bateau et même en sous-marin. " A douze ans, la famille retourne à Solliès-Toucas mais Jonathan est hébergé par ses grands-parents à Lambersart, une commune proche de Lille - c'est de là qu'il tient son accent du nord. " Mes parents n'avaient pas le temps de me conduire à l'école de sport de Toulon. L'internat de Lambersart constituait la meilleure solution. Je passais le week-end chez mes grands-parents. " Delaplace s'affilie au Racing Club de Lens, qui le renvoie un an plus tard. " Ils me trouvaient trop petit ", explique le joueur, qui mesure maintenant 1m68. Il se rabat sur le club de Lambersart, sans renoncer à son rêve. " Je voulais prouver à Lens qu'ils avaient tort. Il m'a peut-être rendu service car je n'ai jamais relâché mes efforts. " Ses humanités achevées, il revient dans le sud et évolue en équipe-fanion d'un club régional, Belgentier. Un an plus tard, il est transféré à Hyères FC. Pendant deux ans, il joue en D4. EN 2007, il rejoint l'ES Fréjus Saint-Raphaël, un étage plus haut. Il en devient le meneur de jeu tout en posant les jalons d'une autre carrière. " Semi-pro, je devais assurer mes arrières. Mon père a insisté sur ce point. Sa profession, qu'a également embrassée mon frère, m'a attiré vers la médecine. " Celle-ci n'étant pas compatible avec le football, Delaplace a effectué des études de trois ans et demi en infirmerie. " Ce n'était pas évident, surtout en stage : soit je travaillais de 6.30 heures à 16 heures soit de 15.30 heures à 21 heures et je devais brosser un entraînement. Heureusement, mon entraîneur a fait preuve de compréhension et de mon côté, je me suis entraîné avec les réserves ou seul chaque fois que je ratais une séance. Je poursuivais toujours mon rêve... " La lourdeur de ses journées ne l'a pas découragé : " J'adorais le contact avec les patients et je ressentais une telle satisfaction quand ils se portaient mieux grâce à mes soins... Il y avait aussi des moments difficiles, comme les décès. C'est chaque fois une confrontation avec la réalité. Je me souviens d'un patient avec lequel j'avais bavardé avant son opération. Un quart d'heure plus tard, il était victime d'une attaque. Je déteste perdre un match mais voir quelqu'un mourir est bien pire, même si on apprend à gérer ces drames. " Embrassera-t-il la profession plus tard ? " Ça dépend des prochaines années. Peut-être resterai-je aussi dans le football, comme entraîneur. De toute façon, je devrais me recycler car la médecine évolue beaucoup. Je n'y réfléchis guère : je savoure mon existence de footballeur, la réalisation d'un rêve d'enfance. Le football est une passion alors que l'infirmerie est plutôt un job. " Son coéquipier Karel D'Haene le décrit en ces termes : " Un gars très gentil, qui rigole tout le temps, ne se plaint jamais, même quand on s'entraîne par mauvais temps. Il s'est défait de la timidité qui le marquait lors de sa première saison, en 2010. " Le Français, marié à Noémi depuis juillet, opine. " Je me suis épanoui mais ça n'a rien à voir avec mon mariage. Je suis timide, surtout vis-à-vis des gens que je ne connais pas. Cela a compliqué mon intégration à Waregem, surtout compte tenu de l'obstacle linguistique. En plus, je passais professionnel à temps plein et le club vivait une saison difficile. J'ai quand même tout joué, même si je n'ai pas toujours été titulaire. " Delaplace a éclaté la saison dernière quand Darije Kalezic l'a déplacé du flanc droit où il avait coutume de jouer pour lui assigner un rôle de médian défensif. " L'entraîneur m'a bien guidé et ce choix s'est avéré positif. J'ai été en mesure de mieux placer mon sceau sur l'équipe : j'ai été davantage en contact avec le ballon, plus impliqué dans la relance... C'était bien vu de Kalezic, qui est d'ailleurs un excellent coach. " Au retour de Francky Dury, au Nouvel-An, Delaplace est resté titulaire, de concert avec René Sterckx ou Olafur Skulason. Au début de cette saison, l'entraîneur l'a reposté à droite, suite à la bonne préparation du Péruvien Hernan Hinostroza, puis, à la neuvième journée, il l'a associé à Junior Malanda. Un coup de génie car il a ainsi allié la puissance de Malanda à l'abattage et au passing du petit Français. Depuis, Zulte a pris 34 points sur 42. " Je peux m'infiltrer grâce à notre entente mais je dois être plus efficace devant le but. Je n'en ai encore marqué qu'un cette saison. C'est trop peu, même si j'ai délivré quatre assists. Mais bon, je ne peux pas tout faire. " Il a l'explosivité et l'endurance requises, pourtant - une combinaison rare. " C'est mon principal atout depuis toujours. Je ne suis pourtant pas de régime, je n'effectue pas de séances de course, même pas pendant l'intersaison. C'est inné, peut-être grâce à ma petite taille, mais c'est aussi une question de mentalité : j'aime aller dans le rouge, à chaque entraînement, dans les dernières minutes d'un match. Contrairement à d'autres joueurs, je n'ai jamais trouvé la course ennuyeuse. J'aime effectuer des efforts. J'en ai même consenti trop jusqu'à ma première saison ici : je sautais sur tout ce qui bougeait et j'étais épuisé en fin de match. Mes coéquipiers me répétaient : -Calme, calme ! J'ai appris à doser mes efforts et je cours aussi vite à la dernière minute qu'à la première. "PAR JONAS CRETEUR - PHOTO: IMAGEGLOBE" Au départ, je sautais sur tout ce qui bougeait. "