Championnat d'Europe indoor 2013 à Göteborg. Nafi Thiam rencontre pour la première fois son idole, KarolinaKlüft, une des plus grandes athlètes de tous les temps : championne olympique de l'heptathlon en 2004, double championne d'Europe (2002, 2006) et triple championne du monde (2003, 2005, 2007). Pour lui souhaiter bonne chance avant son premier grand meeting senior, Klüft donne une petite tape sur la fesse de la jeune Belge, alors âgée de 18 ans. C'est comme ça qu'on fait en Suède. La beauté blonde a déjà décelé que Thiam avait du potentiel : un mois plus tôt, celle-ci lui avait pris son record du monde junior du pentathlon.
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Championnat d'Europe indoor 2013 à Göteborg. Nafi Thiam rencontre pour la première fois son idole, KarolinaKlüft, une des plus grandes athlètes de tous les temps : championne olympique de l'heptathlon en 2004, double championne d'Europe (2002, 2006) et triple championne du monde (2003, 2005, 2007). Pour lui souhaiter bonne chance avant son premier grand meeting senior, Klüft donne une petite tape sur la fesse de la jeune Belge, alors âgée de 18 ans. C'est comme ça qu'on fait en Suède. La beauté blonde a déjà décelé que Thiam avait du potentiel : un mois plus tôt, celle-ci lui avait pris son record du monde junior du pentathlon. Lors de ce premier championnat d'Europe, dont elle termine sixième, Thiam est encore décrite comme un diamant brut. En moins de temps qu'on ne le pense, Roger Lespagnard va en faire un diamant 36 carats. Dès 2014, elle décroche sa première médaille à l'EURO - le bronze à Zürich - et en 2016, son premier titre olympique. Elle suscite l'admiration du monde de l'athlétisme. Quatre ans après Göteborg, Karolina Klüft est présente dans la tribune de Rio, où elle travaille comme consultante pour la télévision. Elle n'est pas surprise. " La valeur n'attend pas le nombre des années ", dit-elle. Et la Suédoise en sait quelque chose : en 2004, à 21 ans, 6 mois et 19 jours, elle était devenue championne olympique. Et elle avait encore un an de moins lorsqu'elle fut sacrée championne du monde pour la première fois, franchissant le cap magique des 7000 points (7001, soit 191 de plus que Thiam à Rio). " Où sont les limites de Nafi ? ", lui demandons-nous. Klüft répond : " On ne peut jamais imposer de limites à quelqu'un. Nafi ira jusqu'où bon lui semble car, physiquement, elle a tout pour être la reine de l'heptathlon pendant des années. Et pour battre mon record du monde (7032 pts au Mondial 2007 à Osaka, ndlr). " À Rio, Wim Vandeven, ex-coach de Tia Hellebaut, abonde dans le même sens : " Elle est terriblement explosive, impulsive, grande (1,84 m.). Nafi a un corps parfait pour l'heptathlon. A self playing piano : elle a tellement de talent que le coach (le pianiste) doit à peine appuyer sur les touches. " Aujourd'hui, avant le meeting de Götzis et, surtout, le championnat du monde à Londres, la question se pose : combien de symphonies ce piano va-t-il encore nous jouer ? Thiam est-elle partie pour une série ininterrompue de titres européens, mondiaux et olympiques ? Et quand franchira-t-elle la barre magique des 7000 points ? Si on veut vraiment savoir où elle peut progresser, on s'intéresse à la phrase prononcée par un journaliste anglais après l'heptathlon olympique : " Nafiis an absolute goddess. If only she could run ! " Lors des sauts et des lancers, Thiam a en effet balayé ses adversaires. Le contraste avec les courses est saisissant : 12e au 100 m. haies, 19e sur 800 mètres et 24e au 200 m. Elle a parcouru cette dernière distance en 25.1 : aucune médaillée à l'heptathlon des huit dernières olympiades n'a été aussi lente. Ce n'est pas un hasard si, l'an dernier à Götzis, Lespagnard avait tout misé sur le 800 mètres, que Thiam avait couru à fond pour la première fois, au risque de souffrir. Un tournant sur le plan mental car cela lui avait permis de se mettre beaucoup moins de pression avant la dernière épreuve à Rio. Cette année, l'accent sera surtout mis sur le 200 mètres. Objectif : gagner une demi-seconde par rapport à son temps de Rio (25.1). Thiam n'oublie cependant pas les autres épreuves. " Car il serait insensé de gagner 40 points dans l'une et d'en perdre 200 dans les six autres ", dit Lespagnard. Elle doit également encore travailler sa puissance et sa technique sur les lancers : approcher les 16 mètres au poids (son record personnel est de 15,24 m. lors du Mondial 2015) et les 56-57 mètres au javelot, soit trois mètres de plus qu'à Rio (53,13 m. malgré une blessure au coude). Rien que comme cela, elle pourrait déjà gagner 150 à 200 points de plus et approcher, dès lors, la barre des 7000 points que seules trois athlètes ont franchie jusqu'ici : Jackie Joyner-Kersee, Larisa Turchinskaya (deux athlètes soupçonnées de dopage dans les années 80) et Karolina Klüft. À Rio, Wim Vandeven disait que Nafi les rejoindrait bientôt. Plus prudent, Lespagnard lui donne deux à trois ans pour y parvenir. Pas cette saison et pas lors du Mondial de Londres, donc. Après une année 2016 très chargée, Thiam a en effet décidé de se ménager en 2017. D'autant qu'elle doit faire face à beaucoup d'obligations commerciales et médiatiques tandis qu'elle n'a toujours pas terminé ses études de géographie. Elle passe donc souvent d'un rendez-vous à l'autre. Son agenda est (trop) chargé et Lespagnard l'a encore rappelé lors des Urban Memorial Series à Liège, où Thiam a connu un jour sans, ne franchissant que 1,87 m. en hauteur. Cela ne l'a pas empêchée, début mars, de décrocher aisément la médaille d'or lors des championnats d'Europe indoor, où elle a pulvérisé deux records personnels (60 m. haies et hauteur). Jusqu'au 800 mètres, elle était même sur les bases du record du monde mais, sans préparation spécifique, il était logique qu'elle cale dans une épreuve d'endurance. Cette prestation a encore démontré combien son talent était à la mesure de sa taille. Nafi Thiam peut-elle dès lors nous garantir une médaille d'or aux championnats du monde ? Même dans une année " light " ? La concurrence y sera en tout cas moins forte qu'à Rio : Jessica Ennis-Hill (médaille d'argent, or à Londres 2012) et Brianne Theissen-Eaton (bronze) ont arrêté, laissant place à une jeune génération dont la Belge est la plus jeune, avec la Cubaine Yorgelis Rodriguez. En principe, c'est donc elles qui devraient avoir la plus grande marge de progression. De plus, Ivona Dadic (23), Anouk Vetter (24), Laura Ikauniece-Admidina (24), Katarina Johnson-Thompson (24) et Carolin Schafer (25) n'ont jamais approché le total de point obtenus par Thiam à Rio (6810). Johnson-Thompson a signé 6682 points mais c'était en... 2014 alors qu'elle n'avait que 21 ans. La Britannique promettait beaucoup mais elle n'a jamais supporté la pression et a perdu le plaisir de faire du sport. Si Thiam tient bon, si elle ne se blesse pas et si elle ne surcharge pas son agenda, son avenir s'annonce encore meilleur que le présent. Et Klüft n'aura plus besoin de lui taper sur la fesse... PAR JONAS CRETEUR - PHOTO BELGAIMAGECette année, l'accent sera mis sur le 200 mètres. Objectif : gagner une demi-seconde par rapport à son temps de Rio : 25 ''1.