Un physique de déménageur. Un défenseur central auquel les attaquants adverses n'aiment pas se frotter. Un sens du devoir jamais pris en défaut. La volonté de faire passer le groupe avant tout. C'est la définition de Georges Arts, 34 ans le 10 juillet prochain, professionnel depuis seulement cinq ans. Il a été un des grands artisans du succès des Loups en finale de la Coupe de Belgique.
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Un physique de déménageur. Un défenseur central auquel les attaquants adverses n'aiment pas se frotter. Un sens du devoir jamais pris en défaut. La volonté de faire passer le groupe avant tout. C'est la définition de Georges Arts, 34 ans le 10 juillet prochain, professionnel depuis seulement cinq ans. Il a été un des grands artisans du succès des Loups en finale de la Coupe de Belgique. Pour la circonstance, Ariel Jacobs, le mentor du Centre, l'avança dans l'entrejeu où il joua au brise-lames. La plupart des attaques trudonnaires échouèrent dans ses parages. Un beau coup tactique qui étonna les Limbourgeois et qui fut couronné par un but, le deuxième du match, synonyme de doute mortel pour l'adversaire. Après ce succès indiscutable (3-1), la presse fit parfois la fine bouche en songeant à ce que les Loups réaliseront la saison prochaine sur le théâtre de la Coupe d'Europe de l'UEFA. Les Louviérois furent qualifiés de " vilains petits canards ", de " busés de la D1 ", etc. " Nous ne devons rien à personne ", assène Georges Arts. " Sur le chemin de la finale, La Louvière a notamment éliminé Genk et le Standard. Puis, lors du dernier rendez-vous, nous savions comment neutraliser et battre St-Trond. Ariel Jacobs était certain de gagner... un mois avant la finale. Moi de même. Toute l'équipe aussi. St-Trond nous a snobés dans la presse. Le bourgmestre des Canaris a même déclaré que le magasin ayant la plus belle vitrine décorée en jaune et bleu, bien sûr, pourrait exposer la Coupe de Belgique pendant deux mois. L'affaire était entendue mais c'était sans compter sur nous. Vivre un tel succès alors que je ne joue en D1 que depuis 1999, c'est super. Et puis, cela nous a permis de mettre en évidence les qualités, tant sportives que mentales, de ce groupe. Il est frustrant d'entendre dire sans cesse, et sans fondement, que La Louvière n'est qu'une équipe défensive. En finale de la Coupe de Belgique, nous avons marqué trois fois et eu quatre autres ballons de conclusion. Alors, quand on arrive à cela, cette réputation négative n'est pas justifiée. La Louvière est toujours bien organisée, c'est différent. Et personne, même pas les meilleurs, n'aime rencontrer notre club : ça, c'est un vrai compliment, la preuve que notre équipe est consistante ". Georges Arts : Notre coach m'avait chambré durant des semaines avant cette finale. Il avait tout de suite décidé de m'aligner dans la ligne médiane lors de ce match. Ariel Jacobs nous expliqua rapidement que St-Trond nous convenait mieux que le GBA, l'adversaire malheureux des Anversois en demi-finales de la Coupe de Belgique. L'équipe du Kiel aligne deux attaquants, celle de Jacky Mathijssen trois et nous avions démontré deux fois, en championnat, que le système tactique de St-Trond n'avait pas de secrets pour nous. Les Jaune et Bleu émergèrent chaque fois mais en bénéficiant d'une forte dose de chance. Chez nous, ils misèrent uniquement sur des contres sans que cela n'énerve personne et, à domicile, deux exploits de Boffin leur permirent de faire la différence. A Bruxelles, Ariel Jacobs meubla la ligne médiane afin d'éteindre Dany Boffin, confirma Manaseh Ishiaku dans son rôle de pivot, insista afin que nous réagissions vite pour surprendre une défense adverse un peu lente dans son axe central. J'avais joué dans la ligne médiane lors de la campagne de préparation de ma première saison en D1 à Alost. Je m'en étais bien tiré, j'avais même marqué pas mal de buts, mais une avalanche d'absences obligea le coach, Barry Hulshoff, à me faire confiance au centre de la défense où je suis res- té. Ariel Jacobs savait tout cela. St-Trond ne s'attendait pas à cette trouvaille tactique. Le coach avait bien masqué son jeu. Je me suis retrouvé occasionnellement à cette place en fin de saison notamment au Staaienveld. Mais personne n'y prêta attention alors que Jacobs préparait son plan de bataille. En vue de la finale, il fit remarquer sans cesse que je n'avais pas marqué cette saison. C'était vrai et, à force de le dire, tout le monde reprit la ritournelle à chaque tir au but. C'était amusant et le coach voulait me mettre sur orbite. A un moment, je lui ai dit que ce serait ma finale et même que je marquerais. Le 6, c'est mon numéro de maillot habituel. Quand je suis arrivé à La Louvière, le maillot était déjà pris par Valber. J'ai hérité du 15. Pour la finale, j'ai pu revêtir le 6, comme je le demandais, et cela m'a souri. Après mon but, j'ai voulu montrer à Ariel Jacobs que c'était le... 6 qui avait buté, l'homme qui n'avait pas marqué cette saison. Il a rigolé. Ce sont des détails de la vie d'un groupe mais cela peut être important. On se chambre, on réagit. De plus, j'ai surpris Dusan Belic sur une phase revue sans cesse à l'entraînement. Sur les centres, je ne devais pas me jeter tête baissée dans les airs mais attendre à l'entrée du rectangle afin de reprendre les ballons dégagés par la défense limbourgeoise. C'était un jeu mais un jeu gagnant entre Jacobs et moi. Mon beau-père s'était éteint un mois avant la finale et cela m'avait fortement affecté. Ce brave homme me suivait pas à pas et après notre exploit à Genk (qualification lors des tirs au but), il me certifia que La Louvière irait jusqu'au bout et gagnerait la finale de la Coupe de Belgique. Il n'a pu assister à tout cela, c'est dommage. Je suis quand même un peu éc£uré par certaines remarques à propos de notre équipe. Oui, nous sommes le club d'une région défavorisée. Et alors ? Est-ce que cette victoire n'en est pas que plus belle ? N'est-elle pas, plus qu'ailleurs, un sujet de fierté pour un public qui a des soucis dans la vie de tous les jours ? Injuste... On peut détester notre stade mais pas l'équipe sans excuse valable. Quand je jouais en D3, je n'aimais pas non plus venir au Tivoli. Le vestiaire des visiteurs y est tellement étroit que les réservistes ne peuvent pas s'habiller en même temps que les titulaires. A la limite, ce manque de confort énerve l'équipe adverse et nous a, indirectement, rapporté six à sept points cette saison. Non mais ce manque de confort mine l'adversaire qui a d'autant plus envie de repartir au plus vite que les Loups sont également bien en place sur le pelouse. Mais cela ne permet pas pour autant de dire que l'équipe ne vaut pas tripette. Ce sont des choses différentes. On a lu que La Louvière était le club des recalés de la D1. Mais comment ose-t-on avancer une telle ineptie ? Cela m'énerve car c'est injuste et faux à la fois. Dominique Olivieri a joué plus de 200 matches en D1, gagné un titre et trois Coupes de Belgique. Thierry Siquet est professionnel depuis 1986. Davy Cooreman approche aussi des 200 matches en D1. Je n'ai pratiquement raté aucun match depuis 1999 et mon arrivéeen D1, etc. C'est la preuve que ce groupe est solide, a du métier mis au service des jeunes de chez nous et d'autres venus de l'étranger. Rien n'est dû au hasard. Une des clefs de la réussite des Loups, c'est le travail. Chez nous, on bosse sans se poser de questions car cela paye. L'ambiance a toujours été formidable dans le groupe. Il n'y a jamais eu un éclat, un mot plus haut que l'autre entre nous. L'entente est parfaite. Notre principale mission était d'assurer le maintien au plus vite. La Louvière y est parvenue sans problème grâce, entre autres, à sa bonne organisation tactique. On le doit en grande partie à Ariel Jacobs. C'est une crème sur le plan humain, un gentleman avec qui on peut parler d'autre chose que de football. Ses qualités de coach sortent vraiment du commun. Il prévoit tout etil ira loin tant il est fort tactiquement, mentalement et dans le travail au quotidien. La Louvière tire le diable par la queue sur le plan financier mais son équipe tient la route. Je savais que des anciens d'Alost y avaient trouvé chaussure à leur pied : Jan Van Steenberghe, Davy Cooreman, Rogerio et Yannick Vervalle. Westerlo était intéressé par mes services mais l'offre financière de La Louvière était plus intéressante. Même si le club du président Filippo Gaone ne roule pas sur l'or, nous sommes payés comme convenu : tout le monde ne peut pas en dire autant. Et j'avais envie de travailler avec Ariel Jacobs. Pour moi, c'est le top. Le football belge n'a pas de secrets pour lui. Il connaît tous les joueurs de l'élite sur le bout des doigts. Nos adversaires n'ont jamais de secrets pour nous. C'est ce qui nous permet de leur poser tant de problèmes. La Louvière est une noix dure à croquer pour tout le monde. Notre groupe voyage avec ses moyens. Mais avec le plus petit budget de D1, La Louvière présente finalement un bilan supérieur à celui de Gand, du Standard, de Charleroi, de Mouscron et de bien d'autres. Non, mais j'ajoute tout de suite que la blessure de Frédéric Tilmant à la fin du premier tour m'a inquiété. Fred représente beaucoup à La Louvière. C'est un symbole car notre buteur est un battant qui ne renonce jamais. Riccardo Magro a saisi sa chance en signant un mois de rêve avant de traverser des moments plus difficiles. Son talent ne se discute pas mais il doit être plus régulier. Ishiaku avait le même problème avant d'éclater en fin de saison. Sa finale de Coupe de Belgique en dit long sur ses potentialités en tant que pivot offensif. Manaseh peut devenir une des terreurs de D1. La Louvière avait tourné une page en fin de saison 2001-2002. Ariel Jacobs a dû fondre beaucoup de nouveaux joueurs dans le noyau. A part Mehdi Guerrouad, qui a peut-être besoin de plus de temps, tout le monde a trouvé ses marques : Michaël Klukowski, Davy Cooreman, Rachid Belabed, Manaseh Ishiaku, Peter Odemwinghe, moi-même, etc. J'ai très vite affirmé que Klukowski serait une de révélations de la saison. Je ne me suis pas trompé et il fallait aller chercher notre Canadien dans les caves de Lille. Par petites touches, Ariel Jacobs a composé un groupe où il y avait tout : du métier, du talent, de la jeunesse et, surtout, une immense envie de travailler. Il n'y a pas d'égoïstes chez nous : tout le monde se sacrifie pour son voisin. Pour un club du style de La Louvière, c'est la seule façon de mériter une place au soleil. Nous ne devons rien à personne. Et cette finale, c'est une reconnaissance du travail et des qualités de notre groupe. Tout le monde y met du sien. Si Jan Van Steenberghe a jouéen fin de saison, c'est parce qu'il a relevé sportivement la concurrence imposée par Silvio Proto. D'autres se sont révélés : c'est dire si tout le monde a bien travaillé. Nous en avons forcément parlé. Les diverses rumeurs ont probablement inquiété les joueurs en fin contrat. En cas de fusion avec Mons, comme il en fut question, des joueurs seraient restés sur le carreau. Je préfère la solution actuelle car ce club a prouvé son utilité dans le paysage du football belge. Même si la fusion était devenue réalité, je ne me serais pas faut trop de soucis. Je n'ai pas peur de la concurrence. Un peu, mais cela ne sert à rien de regarder dans le rétro. En cinq saisons, j'ai pris ma revanche. Avant de me retrouver à Alost, j'avais été cité à Beveren, à Westerlo, comme ce fut à nouveau le cas cette saison, et à Charleroi. Patrick Orlans enleva finalement le morceau pour Alost. Je n'aurais jamais pu imaginer que j'embrasserais un jour la Coupe de Belgique. En 1999, je travaillais dans un bureau de poste à Woluwé. Je suis en interruption de carrière. Je n'imagine pas une D1 sans petits clubs : ils sont le sel du championnat. Même la D1 anglaise ne peut se passer de Bolton, West Bromwich ou Sunderland. Dans une D1 à 12, les même affiches lasseraient vite. Les petits clubs sont de vrais viviers et assument un rôle vital. Tout à fait. Alost était coaché par Manu Ferrera. C'était surprenant mais mérité avant que l'écroulement financier n'emporte tout. J'ai perdu cinq mois de salaire et ma prime à la signature dans cette aventure. Tant pis. Je récupèrerai peut-être une petite partie de ce qu'on me doit grâce au curateur. Je suis un optimiste : ce sera toujours cela, pas beaucoup, mais cela vaut mieux que rien. Pierre Bilic" Personne n'aime rencontrer notre équipe : c'est un vrai compliment "" Je n'imagine pas une D1 sans petits clubs : ils sont le sel du championnat "