Il y a un peu plus d'un an, le 28 octobre 2000 pour être tout à fait précis, Anderlecht étrillait Lokeren en championnat sur la marque sans appel de 8 à 0. Une joute à l'occasion de laquelle les artificiers des Mauve et Blanc, Jan Koller et Tomasz Radzinski, s'en étaient donné à coeur joie en prenant à leur compte, de façon équitablement répartie, six de ces buts.
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Il y a un peu plus d'un an, le 28 octobre 2000 pour être tout à fait précis, Anderlecht étrillait Lokeren en championnat sur la marque sans appel de 8 à 0. Une joute à l'occasion de laquelle les artificiers des Mauve et Blanc, Jan Koller et Tomasz Radzinski, s'en étaient donné à coeur joie en prenant à leur compte, de façon équitablement répartie, six de ces buts. Samedi passé, dans le cadre de l'épreuve de coupe nationale, le préposé au marquoir aurait fort bien pu être sollicité davantage encore. A cette nuance près que c'est du côté de l'équipe de Daknam qu'il eût alors été mis à contribution car sans un Filip De Wilde éblouissant, le Sporting aurait concédé non pas quatre, mais une demi-douzaine de goals, si pas plus. Il est heureux, somme toute, que les Waeslandiens, amorphes en début de rencontre, ne se soient réveillés en sursaut qu'après quinze minutes de jeu, au moment où le tableau lumineux indiquait un 3 à 0 en faveur des locaux, pour prendre le match résolument en mains, sans quoi, après le 1-5 face au Lokomotiv Moscou, les sociétaires du Parc Astrid auraient sans doute enduré une autre défaite historique dans les chiffres. A partir de la quinzième minute, il n'y en eut plus que pour les visiteurs, tandis que les troupes de l'entraîneur Aimé Anthuenis ne bénéficièrent plus que d'une seule chance de but réelle. Et encore résulta-t'elle d'une passe en retrait malencontreuse d'un arrière flandrien. Pour le reste, ce fut le néant sur toute la ligne. La sortie de De Boeck n'explique rienPour expliquer cette déroute, après coup, le coach des Sportingmen mettait en exergue la sortie de Glen De Boeck au moment où le passif des siens était toujours vierge. Sans vouloir le moins du monde faire injure aux mérites et aux capacités du capitaine anderlechtois, qui a indéniablement pris du galon depuis le retrait de Lorenzo Staelens, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'un Olivier Doll ou un Aleksandar Ilic se retrouvent subitement déboussolés sans lui. La preuve par le match dantesque que ces deux-là avaient disputé, au stade Constant Vanden Stock, contre les puncheurs de la Lazio Rome la saison passée. Dans un même ordre d'idées, on relèvera que la présence du numéro 5 du Sporting n'aura nullement été non plus, jusqu'ici, une garantie d'imperméabilité de ce secteur. Le cadre que nous reproduisons sur ces pages est éloquent à ce sujet, indiquant à suffisance que le RSCA actuel, coupable d'une absence certaine de réalisme en zone de vérité est incapable, également de gérer à bon escient un avantage. En compétition, Anderlecht s'est ainsi fait remonter les bretelles à quatre reprises après avoir mené (Genk et RWDM à domicile, GBA et Lommel en déplacement). Et en Ligue des Champions, ce fut tout aussi édifiant puisque le Sporting fut le premier à scorer contre Moscou (à deux reprises), au Real Madrid et à l'AS Rome. Mais il ne grappilla en tout et pour tout que deux petits points malgré cette réussite immédiate. Une misère. Si on peut comprendre que le bât blesse en attaque, où le duo formé de Jan Koller et Tomasz Radzinski a laissé un vide qui, à l'évidence, n'a pas été comblé, il est quand même permis de se poser des questions sur le manque de répondant du secteur arrière qui est resté pour ainsi dire le même. L'une des explications a été fournie récemment, dans ces colonnes, par Mark Hendrix. Pour lui, il n'était guère étonnant que la ligne arrière se fasse quelquefois surprendre, dans la mesure où elle tentait tout de même souvent de remédier au manque de pénétration offensive des attaquants. Non sans succès, au demeurant, puisque des gars comme Glen De Boeck, Bertrand Crasson (5 buts au total face au Sheriff Tiraspol), Aleksandar Ilic et lui-même (2 goals contre le Lokomotiv Moscou) s'étaient montrés décisifs dans leurs entreprises. Mais cette tendance à appuyer la manoeuvre n'aura pas été sans conséquences non plus: toutes compétitions confondues, le Sporting a encaissé une kyrielle de goals suite à un repositionnement déficient. Aucune unitéDe fait, ce qui frappe par rapport à un passé récent, c'est l'absence d'unité de pensée sur le terrain. Et même d'unité tout court, car bien malin qui pourrait discerner un quelconque fonds de jeu au sein du Sporting actuel. Lors de l'entrée en matière d'Aimé Anthuenis, Pär Zetterberg et Enzo Scifo faisaient office de chefs d'orchestre naturels. L'année dernière, Walter Baseggio et Alin Stoica avaient tout simplement pris la relève. Mais cette saison, en l'absence contrainte et forcée de ce tandem au cours du premier tiers de l'exercice, le mentor des Mauves n'est jamais parvenu à trouver la parade. Avec le résultat affligeant que l'on sait. Depuis le début de cette campagne, faute de têtes pensantes, tout est laissé à l'inspiration de l'un ou l'autre de ceux qui peuvent encore réaliser une action d'éclat. C'était le cas de Gilles De Bilde dans un premier temps -contre l'Antwerp notamment- avant qu'il ne perde subitement de sa superbe. Et il en est allé strictement de même avec Aruna Dindane, diabolique à souhait en été mais à la recherche de ses meilleures sensations depuis lors, à l'image de ses mauvaises options face à Lokeren. Le plus grave, toutefois, ce ne sont pas tant toutes ces actions avortées -au moins l'Ivoirien a-t-il l'immense mérite de vouloir entreprendre quelque chose- que la façon dont l'ensemble de l'équipe réagit en cas de perte du ballon. A ce moment-là, tout le monde se regarde comme des chiens en faïence, en ne sachant pas quelle suite donner à sa propre démarche. Un problème qui ne se pose pas qu'en attaque car en milieu de terrain, comme en défense, toute entreprise hasardeuse est fréquemment sanctionnée. On n'en veut pour preuve que le cadeau de Davy Oyen sur le premier but de Lokeren ou encore le service approximatif de Mark Hendrikx sur le deuxième. Ce manque de rigueur et l'absence de mesures qu'elle entraîne irrite de plus en plus au Sporting. Surtout dans le chef de ceux qui ont vécu les belles heures du club, la saison passée, et qui n'en finissent pas d'être montrés du doigt pour l'instant. Comme Bertrand Crasson, notamment. "Pas les joueurs qui sabotent""L'année dernière, j'ai sans conteste réalisé la plus belle saison de ma carrière", observe le back droit. "Cette fois, au train où on est parti, je risque hélas de livrer ma plus piètre campagne de tous les temps. Je pensais avoir touché le fond à mon retour, quand Arie Haan était aux commandes du club. A présent, c'est pire encore. Nous sommes carrément dans le 36e dessous. Et pourtant, je suis convaincu qu'avec le noyau d'aujourd'hui, nous sommes aptes à faire nettement mieux qu'autrefois. A qui la faute? Je laisserai à d'autres le soin de juger. Je tiens quand même à préciser ceci: s'il y a sabotage, comme d'aucuns l'affirment, ce n'est pas dans le chef des joueurs et en aucun cas de moi-même. Car il faudrait être tout à fait cinglé, à quelques mois de la Coupe du Monde, de ne pas défendre ses chances à fond. Walter Baseggio, Glen De Boeck, Yves Vanderhaeghe et moi avons déjà été suffisamment pénalisés, ces derniers mois, au plan de l'équipe nationale. On ne va donc pas s'enfoncer sciemment tant et plus. Qu'y pouvous-nous, finalement, si contre le Lokomotiv Moscou, nous avons terminé la partie avec cinq attaquants et trois arrières? Comment peut-on nous accuser d'avoir laissé filer le match dans de telles conditions? Avec pareille occupation du terrain, nous courions au suicide, tout simplement. Dès lors je ne comprends pas qu'on ait osé montrer les joueurs du doigt". Une bonne politique de transferts?Il n'y a pas que les choix d'Aimé Anthuenis qui ne recueillent pas l'assentiment de tous. La politique de transferts des dirigeants est, elle aussi, mise singulièrement en question. A raison sans nul doute car, jusqu'à présent, on ne peut pas affirmer que les nouveaux venus constituent autant de renforts. Mis à part Mark Hendrikx, qui alterne le bon et le moins bon et Ivica Mornar, qui répond quasiment toujours présent dans le style déménageur qu'on lui connaît, tous les autres n'ont manifestement pas encore répondu à l'attente. Derrière, Joris Van Hout a, certes, été essayé contre le Romain Gabriel Batistuta. Mais pour des raisons qui ne trompent pas, c'est au débutant Lamine Traoré qu'est revenu l'insigne honneur, par après, de museler Raul. Au sein de la ligne médiane, l'Egyptien Tarek El Saïd rappelle à qui mieux mieux le Bart Goor à ses débuts anderlechtois, lisez un joueur qui n'a pas son pareil pour se cacher derrière un autre. A l'avant, enfin, c'est plus dramatique encore: outre Gilles De Bilde et Ivica Mornar, dont les cas ont déjà été évoqués, il y a là Ki-Yeun Seol qui, après une entrée en matière prometteuse contre Westerlo, en Supercoupe, s'est complètement éteint. Ode Thompson, lui aussi, est loin de rappeler le forward inspiré qu'il était à Harelbeke. Quant à Nenad Jestrovic, on attend désespérément qu'il sorte pour de bon de l'infirmerie. Est-ce bien normal? Qu'a-t-on fait des 2 milliards?On était quand même en droit, au même titre que les joueurs, d'attendre autre chose d'un club qui avait amassé pas mal d'argent la saison passée. Plus de deux milliards, d'après nos calculs. Outre le 1,1 milliard perçu dans le cadre des transferts de Jan Koller à Dortmund, de Bart Goor au Hertha Berlin et de Tomasz Radzinski chez les Anglais d'Everton, il y a encore lieu d'ajouter un demi-milliard de recettes aux guichets et une somme à peu près similaire recouvrant la participation à la Ligue des Champions et les droits télé. Certes, cette épreuve et la victoire en championnat ont allégrement grevé ce budget, mais il n'empêche que la marge de manoeuvre n'en restait pas moins très grande. Aussi, beaucoup s'interrogent-ils, dans le noyau, sur cette tendance à dépenser le moins possible et même à rogner sur tout. Comme sur les maillots que les joueurs ne pouvaient échanger qu'une fois sur deux en Coupe d'Europe, question de réaliser quelques économies supplémentaires. Comprenne qui pourra. Cette politique n'a manifestement pas eu l'effet escompté dans le domaine sportif. Dès lors, en matière de renforts, il y a des aménagements que beaucoup souhaitent à présent. Car ce n'est pas pour rien que le nom de Pär Zetterberg est sur toutes les lèvres.Retrouver le style maisonPas plus tard que la semaine passée, Jean Dockx, le responsable du scouting nous avait signifié que ce retour n'était pas à l'ordre du jour, dans l'immédiat du moins. Mais, en l'espace d'une semaine, la situation a évolué, puisque la tête du Suédois a été mise à prix pour un million de dollars à peine. Soit quatre fois moins que le montant pour lequel il avait été cédé à l'Olympiakos. "Le mot d'ordre, a priori, demeure d'écrémer le noyau et de retrouver un style-maison", observe Jean Dockx. "Il y avait 38 joueurs dans le noyau professionnel au départ de la saison et c'est bien sûr beaucoup trop. Entre-temps, Tomasz Radzinski, Ivica Jarakovic et Nikos Kounenakis sont partis. D'autres devraient encore imiter leur exemple, histoire d'alléger tant et plus la masse salariale. Car ce que nous dépensons mensuellement en fixes et en primes n'est pas du tout en rapport avec ce qu'on est en droit d'attendre du Sporting. Ce noyau peut beaucoup mieux que ce qu'il a montré jusqu'à présent. Je dirais même plus: avec le potentiel présent chez nous, nous devrions être capables d'aligner deux formations en mesure de se classer dans le trio de tête. Bien sûr, il y a des circonstances à faire valoir, qui vont de la difficile adaptation des uns à l'indisponibilité voire aux blessures des autres. Mais il n'est pas concevable, malgré tout, qu'un club comme le nôtre soit tributaire d'un Glen De Boeck, d'un Alin Stoica ou d'un Nenad Jestrovic. Quand on s'appelle Anderlecht, on doit pouvoir se tirer d'affaire sans ces garçons-là aussi. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'il y a un problème. Ça, c'est de la cuisine interne". Déjà l'après-Anthuenis?En attendant, quelques-uns, parmi les plus anciens, se souviennent du temps béni où Jean Dockx, en collaboration avec Franky Vercauteren, avait sorti le Sporting de l'ornière après une entame calamiteuse avec Arie Haan. Et il ne déplairait justement pas à ceux-là que l'histoire repasse les plats. "J'ai toujours dit et je maintiens que ce serait un pas en arrière", précise Jean Dockx. "Si je quitte mon département pour retrouver le terrain, il faudra tout reconsidérer au niveau du recrutement. Ce n'est pas la solution idéale et je serai le dernier à la préconiser. D'un autre côté, je suis employé du club et, en tant que tel, il m'incombe de donner suite aux exigences de mes supérieurs. Le plus important, c'est qu'Anderlecht retrouve de sa superbe au plus tôt. Quels que soient les moyens mis en oeuvre pour y parvenir". Dimanche dernier, au matin, quelques heures après l'affront contre Lokeren, la seule effervescence se situait sur le terrain d'entraînement où les joueurs s'efforçaient, vaille que vaille, d'oublier leurs émois de la veille. Dans les bureaux, en revanche, c'était le calme plat: aucun signe du président Roger Vanden Stock et pas de trace, non plus, du manager Michel Verschueren, ce qui est inhabituel. L'après-Anthuenis était-il peut-être à l'ordre du jour en d'autres lieux? Bruno Govers