21 juillet 1976. Michel Van Maele, homme fort du Club et bourgmestre de Bruges, doit déposer une gerbe au pied de la statue du Roi Albert Ier. Il est pressé car Michel D'Hooghe et Roger Davies l'attendent au Sofitel. A 26 ans, l'attaquant de Derby County veut profiter de son transfert en Belgique pour tourner une page de sa vie.
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21 juillet 1976. Michel Van Maele, homme fort du Club et bourgmestre de Bruges, doit déposer une gerbe au pied de la statue du Roi Albert Ier. Il est pressé car Michel D'Hooghe et Roger Davies l'attendent au Sofitel. A 26 ans, l'attaquant de Derby County veut profiter de son transfert en Belgique pour tourner une page de sa vie. Il est en pleine séparation et veut reconstruire quelque chose avec sa nouvelle compagne, Liz, mais ne sait pas qu'Antoine Van Hove - qui l'a fait venir - est en conflit avec Ernst Happel, l'entraîneur. Après le départ de Roger Van Gool à Cologne, l'Autrichien s'est mis à la recherche d'un clone du Campinois : un extérieur droit rapide et capable de déborder. Davies, qui a été champion en 1975 avec son club, est plutôt un pivot. Ce qui n'arrange pas les affaires entre les deux hommes. Davies comprend que ce sera difficile pour lui. " Happel ne m'aimait pas. Il ne parlait pas anglais et ne me parlait que par l'intermédiaire de Mathieu Bollen, son adjoint, ou de Fons Bastijns, le capitaine. " Pour son premier match, Davies inscrit deux buts en Coupe de Belgique face au Stade Brainois mais Happel continue à le mépriser. Le Club Bruges, qui a été sacré champion et a disputé la finale de la Coupe de l'UEFA 1976, entame la saison avec l'ambition de décrocher un quatrième titre. Anderlecht, couronné à 16 reprises, vient de remporter la Coupe des Coupes, la Coupe de Belgique et la Super Coupe. Raymond Goethals succède pourtant à Hans Croon à la tête de l'équipe. Dès le début du championnat, les deux équipes sont au coude-à-coude. Anderlecht se débrouille bien sur le plan européen, puisqu'il atteint la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe face à Hambourg. Le Club Bruges, lui, est éliminé par le Borussia Mönchengladbach au troisième tour de la Coupe des Champions... après avoir éliminé le Real Madrid. Le championnat se joue le 16 avril 1977 lorsque le Club bat le Sporting 2-0 grâce à des buts de Paul Courant et Julien Cools. Trois semaines plus tard, Bruges est officiellement champion. Trois jours plus tard, au stade olympique d'Amsterdam, Anderlecht tente de se consoler en remportant la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe au détriment de Hambourg. Mais dans le dernier quart d'heure, Patrick Partridge trompe Jan Ruiter et Raymond Goethals est obligé de tenter un coup de poker en lançant Ronny Van Poucke. Anderlecht se découvre et Felix Magath fait 2-0. Après le titre, le Sporting perd la Coupe d'Europe. Il reporte donc ses espoirs sur la Coupe de Belgique dont il se qualifie pour la finale en écartant le CS Bruges (3-2). Il y retrouve le Club Bruges qui, sur la lancée du titre, a écarté Waregem (4-2). Dimanche 12 juin 1977, sous une chaleur étouffante, beaucoup de monde descend à Bruxelles pour se rendre au stade du Heysel. A midi, des milliers de supporters brugeois sont coincés dans les bouchons sur l'autoroute. Les joueurs de Bruges, eux, prennent le repas dans un restaurant de Strombeek-Bever. 15 h 45. Pour la première fois, le stade national fait le plein pour une finale de Coupe de Belgique. : 55.000 personnes. C'est aussi la première finale retransmise en direct à la télévision. 4e minute (1-0) : Anderlecht démarre sur les chapeaux de roue. Arie Haan ouvre le score d'un tir de loin. 14e minute (2-0) : superbe action de Swat Van der Elst qui fait mine de s'écarter et adresse un tir croisé. Jensen, un peu trop avancé, est battu. Le Club Bruges est mal embarqué. 27e minute (2-1) : Raoul Lambert prolonge de la tête une belle rentrée de touche de Dirk Sanders et bat Ruiter, pourtant bien placé. Bruges revient dans le coup. 29e minute (3-1) : un coup-franc de Ludo Coeck est dévié par le mur. Quatre buts en une demi-heure. Ceux qui ne savaient pas que le match était retransmis en direct doivent s'en mordre les doigts. 33e minute (3-2) : But de Le Fèvre, qui relance à nouveau le suspense. 62e minute (3-3) : un but exceptionnel de Roger Davies. Le flegme britannique dans toute sa splendeur. Superbement isolé par Le Fèvre, il se retourne et marque du gauche en faisant passer le ballon par-dessus Jean Thissen. Pour Anderlecht, tout est à refaire. 83e minute (3-4) : le match bascule complètement. C'est le jour de gloire de Roger Davies qui reçoit le ballon sur un corner de Julien Cools, via la tête de Van Binst et tire. Son envoi, dévié par Van Binst, surprend Ruiter. Il reste six minutes et douze secondes à jouer. Sur le terrain, on ne se fait pas de cadeau. Lambert a été remplacé par Dirk Hinderyckx et, après la sortie d'Eddy Krieger pour Gino Maes, le Club Bruges n'a plus le droit d'effectuer de remplacements. Le Fèvre, agressé par Haan, termine le match en boitant. " Il a commis une grossière erreur ", raconte Van Binst. " Il a dit à Haan : Ce soir, je vais danser et toi pas. Sûr qu'après le tacle d'Arie, il n'a pas dansé non plus. " Coup de sifflet final. Les joueurs s'écroulent sur le terrain, épuisés. Le Club Bruges signe le premier doublé coupe-championnat de son histoire. Assis sur le banc, son éternelle cigarette au bec, Raymond Goethals semble désespéré : Merde, merde, merde. " Inoubliable. Jamais nous n'avons été aussi mal placés. Beaucoup de joueurs ont cru qu'à 3-1, c'était dans la poche. Il y a des dikke nekken dans cette équipe. " Louis Wouters, le président fédéral, remet la coupe à Fons Bastijns tandis que l'ancien bourgmestre de Bruges (Michel Van Maele) et son successeur (Frank Van Acker) jubilent. Roger Davies, le héros du jour, arrive dans la tribune d'honneur chaussures sous le bras et soulève son trophée en riant. Davies a impressionné Hugo Broos, son garde-chiourme. " Sur les centres aériens, impossible de lui prendre le ballon. Il est grand mais il a aussi une bonne détente et un bon timing. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les supporters de Bruges n'ont pas plus de considération pour lui. En tout cas, moi, je le veux bien dans mon équipe. " Les Brugeois entament leur tour d'honneur. Jensen et Lambert portent Happel en triomphe, ce qui n'est jamais arrivé. " Laissez-moi, laissez-moi. Scheisse ! ", dit-il tandis que les photographes se régalent. Mais Happel redevient vite le sphinx. " Je n'aime pas tout ce tralala. Les héros, ce sont les joueurs. " Et il surprend les journalistes en disant : " N'oubliez pas la superbe prestation de Roger Davies. Aujourd'hui, il a montré son meilleur visage. " Il aura rarement été aussi élogieux à l'égard du grand échalas. Les Brugeois sont intarissables. " Au repos, nous savions qu'Anderlecht ne tiendrait pas le coup parce que nous imprimions un rythme très élevé à la rencontre ", dit Birger Jensen. Georges Leekens ajoute : " Physiquement, nous étions les plus forts, même lorsque nous avons joué à dix. " La saison est terminée. " Après le match, nous sommes encore repassés chez Mieltje, qui tenait un restaurant près du Heysel ", dit Van Binst. " Mais l'ambiance n'y était pas, au contraire. Goethals était toujours furibard et n'arrêtait pas de râler. Pour lui, c'est ce but encaissé juste avant la mi-temps qui nous avait tués. " Joueurs et dirigeants brugeois font la fête dans un restaurant de Lissewege. Après le repas, tout le monde se retrouve à Knokke pour dire au revoir à Ulrik Le Fèvre. Ceux qui ont encore suffisamment d'énergie se dirigent ensuite vers le club de supporters tenu par Nicole Lambert, la soeur de Raoul, sur la chaussée de Torhout. " C'était habituel. Quand je suis arrivé à Bruges, je n'aimais pas la bière ", dit Davies. " Au début, j'y ajoutais beaucoup de Sprite mais plus les mois passaient, moins j'en mettais. Evidemment, j'avais de bons professeurs : Krieger, Jensen, Gino Maes... Ce soir-là, le café était plein, les supporters montaient même sur le comptoir. Inimaginable. Je ne pense pas avoir payé le moindre verre. "?PAR CHRIS TETAERT" Je ne comprends pas pourquoi les supporters de Bruges n'ont pas plus de considération pour Davies. Moi, je le veux bien dans mon équipe. " Hugo Broos " A la mi-temps, nous savions que le Sporting ne tiendrait pas, parce que nous imprimions un rythme élevé au match. " Birger Jensen " Pendant le match, Ulrik Le Fèvre a dit à Haan : 'Ce soir je vais danser et toi pas'. Mais après le tackle qu'Arie lui a mis, je ne pense pas que le Danois ait pu danser. " Gille Van Binst