"Personnellement, c'est un joueur que je n'aime pas, il ne prend aucun risque et ne mérite pas ce maillot. Je vous le dis sincèrement, en Serie B je trouve facilement cinq ou six joueurs qui lui sont supérieurs. " Cinq matches dans le onze de base et autant à l'infirmerie auront suffi à Lucas Biglia pour faire connaissance avec le trash-talk des consultants italiens, Vincenzo D'Amico en l'occurrence.
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"Personnellement, c'est un joueur que je n'aime pas, il ne prend aucun risque et ne mérite pas ce maillot. Je vous le dis sincèrement, en Serie B je trouve facilement cinq ou six joueurs qui lui sont supérieurs. " Cinq matches dans le onze de base et autant à l'infirmerie auront suffi à Lucas Biglia pour faire connaissance avec le trash-talk des consultants italiens, Vincenzo D'Amico en l'occurrence. À première vue, rien n'a changé pour Lucas Biglia. L'ancien laziale lui adresse le même reproche que les consultants made in Belgium, la comparaison avec la D2 en moins. Faut avouer qu'il était plus difficile de trouver des Principitos en puissance à Geel ou à Alost. Après trois mois dans la Botte, Biglia ne répond donc pas aux attentes. Il faut dire qu'elles étaient plutôt élevées, comme l'explique Marco Ercole, qui suit les Biancocelesti pour la Repubblica : " Il est l'un des joueurs les plus chers du dernier mercato, et surtout le seul avec une grande expérience internationale sur le CV. "Le genre de joueur dont on attend monts et merveilles, d'autant qu'il " jouissait d'une cote plutôt bonne en Italie, avec plusieurs grands clubs qui ont eu un oeil sur lui ", ajoute Adrien Peny, rédacteur estampillé Lazio pour Calciomio, qui conclut que " beaucoup s'attendaient à un gars plus serein ". Malgré des débuts aussi insipides qu'une de ces passes latérales dont il a le secret, Biglia est épargné par la plupart des suiveurs. La Lazio ne tourne pas, mais c'est surtout son maestro Hernanes qui déjoue, et les mauvaises prestations du Brésilien qui font débat. Lucas, lui, se contente d'un rôle dans l'ombre, dans son style caractéristique qu'Ercole décrit comme s'il le connaissait depuis toujours. " C'est un bon manieur de ballon, qui rate très rarement une passe, mais qui ne prend pas encore assez de risques, par des infiltrations ou un jeu vertical, pour peser sur la rencontre ", dit-il. En attirant Biglia, la Lazio cherchait visiblement un meneur de jeu reculé. Une sorte de Pirlo low cost, aux cheveux et aux pieds d'or. Finalement, le jeu offensif sans saveur d'El Principito amène plutôt à le comparer à Cristian Ledesma. Soit celui qui était censé devenir son associé dans l'entrejeu : " Au fil des matches, l'entraîneur s'est rendu compte qu'une association des deux joueurs sur le terrain était très difficile, au vu de leurs profils très semblables ", explique Ercole. Victime d'un casting très imprécis, Biglia souffre en outre des errances tactiques d'un Petkovic qui change de module comme Balotelli de coupe de cheveux. Du 4-2-3-1 au 4-3-3 en passant par le 4-1-4-1, Lucas a toujours évolué comme regista, devant la défense, mais les animations offensives devant lui n'étaient jamais identiques deux fois d'affilée. Pas de quoi faciliter votre adaptation, surtout quand on vous prend pour un quarterback du foot à l'européenne alors que vous n'êtes qu'un sobre relayeur. Saupoudrez de quelques semaines passées à l'infirmerie, et vous obtenez une recette riche en circonstances atténuantes. De quoi inciter à l'indulgence au moment d'évaluer le (faux) départ de Biglia au Stadio Olimpico. Marco Ercole accorde un 6/10 à l'Argentin, " qui a vu son temps de jeu réduit par les blessures et qui, quand il était sur le terrain, a fait étalage de ses qualités techniques, mais aussi de ses difficultés à s'adapter au championnat italien. Avec le temps, il devrait endosser un rôle toujours plus important dans l'entrejeu de la Lazio. "Adrien Peny, lui, est plus sévère : " Bien entendu, il y a un temps d'adaptation à accorder à chaque joueur, mais ses débuts ne sont pas bons, et rien ne laissait présager cela. " Un départ raté en Italie après un (trop) long passage par l'anonyme Jupiler Pro League, pas vraiment le profil d'un international en puissance. Et pourtant, au fil des convocations, Lucas Biglia devient un incontournable du groupe de Sabella. Un paradoxe que tente d'expliquer Adrian Piedrabuena, journaliste pour le quotidien argentin Olé. Sans pouvoir cacher son étonnement : " C'était déjà une surprise quand Sergio Batista l'avait convoqué. C'est vrai qu'il avait fait son chemin dans les équipes d'âge de la sélection, mais il jouait dans un championnat que personne ne regarde en Argentine. " Une fois intégré au groupe, voir Biglia faire partie des plans de Sabella n'était pas si étonnant. " Par contre, le rôle de plus en plus important que le sélectionneur lui a donné dans l'équipe me surprend ", ajoute Piedrabuena. Avant d'expliquer que Biglia " a su saisir les opportunités qui se sont présentées à lui, pour réussir quelque chose d'impensable : devenir, grâce à son jeu en perte de balle et ses bons pieds, le remplaçant naturel de Mascherano ou de Gago. " Et comme ce dernier passe plus de temps avec les médecins qu'avec ses équipiers, les occasions de se montrer se multiplient pour El Principito. À tel point que son rêve de Coupe du Monde, que beaucoup moquaient lors de sa période mauve, semble à présent à portée de main. " Il est très important pour Sabella ", souligne Piedrabuena. " L'Argentine dispose seulement de quelques joueurs à son poste, souvent décevants ", nuance Adrien Peny, ajoutant que la route du Brésil passera plus que jamais par de meilleures performances sous le maillot des Laziali : " S'il continue à aligner les prestations de ce niveau avec la Lazio, il peut toujours se gratter. " Pourtant, Biglia continue d'accumuler les sélections. Après tout, avec Lionel Messi comme équipier, une passe latérale peut parfois se transformer en assist.PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO : EPA