West coast. Du gros rap " ricain " pousse les basses jusqu'aux toilettes jouxtant les vestiaires visiteurs. Une petite fenêtre, entrouverte, permet d'élaborer des plans d'espionnage à la Marcelo Bielsa. De l'autre côté, les joueurs de Geel s'encouragent, tapent dans leurs mains, puis écoutent les consignes de leur coach. Ce soir, les Flandriens affrontent l'un des gros morceaux de la D1 Amateur, si ce n'est le plus épais : le Royal Excelsior Virton.

À l'agonie en début d'année, les Gaumais reprennent des couleurs l'été dernier. Mieux, ils entrent dans une nouvelle dimension. Le 13 juillet 2018, c'est officiel : le magnat de l'immobilier italo-luxembourgeois Flavio Becca, décrit au Grand-Duché comme le Marc Coucke local, en plus " discret ", éponge les dettes et s'empare du destin des Vert et Blanc. Un sauveur inespéré pour une version 2.0 de Virton qui promet quelques surprises.

Une nouvelle structure

Pour l'instant, l'entité fondée en 1922 ne déplace pas encore les foules. Du moins, pas tous les week-ends. À vingt minutes du coup d'envoi, les quatre préposés à la buvette de la tribune d'honneur se tournent les pouces, attendant les clients. Frédéric Lamotte, lui, termine de serrer des paluches dans le coin VIP avant de s'interroger sur l'affluence du jour.

" Si on fait 1.500 aujourd'hui, c'est bien ", souffle-t-il, du coin des lèvres, le pas décidé à s'installer dans le parcage dirigeant. Ardennais, ancien journaliste sportif, employé de Promobe, société luxo de Flavio Becca, l'homme s'assoit aujourd'hui dans le fauteuil de numéro un officieux d'un club qui évolue sans président depuis le départ de Philippe Emond, fin 2016.

" Je suis détaché sur plusieurs sujets pour Flavio et je m'occupe particulièrement du sujet de l'Excelsior Virton, pour l'instant ", glisse le directeur opérationnel, relais de Becca au Faubourg d'Arrival, en essuyant son siège, trempé par la pluie et la neige fondue. Honnête, il avoue n'avoir aucun passif avec l'Excel, lui, l'ex-président du club de basket de Neufchâteau.

" Je maîtrise relativement bien le monde du sport. Ma mission, c'est d'assurer le bon fonctionnement de la reprise. Ça passe par une réorganisation et une structuration de l'ensemble du club, académie comprise. L'objectif avec l'académie, c'est de l'amener vers son niveau 2.0. " En effet, ce serait dommage de se priver des futurs Thomas Meunier, Timothy Castagne ou Renaud Emond, synonymes, aussi, de potentielles plus-values.

Des noms ronflants

Pendant que Lamotte déblatère, la speakerine annonce les deux onze de base du soir. Sur la feuille de match virtonaise, plusieurs noms ronflants : Anthony Moris, le gardien ; Raphaël Lecomte, le capitaine ; et Guillaume François, le chouchou du public.

" Après le Beerschot, je n'aurais jamais voulu retourner en D1 amateurs. Tu peux ne jamais en ressortir ", pose ce dernier, régional de l'étape, déjà vert et blanc en équipes d'âge. " La seule possibilité pour que je le fasse, c'était ici, dans la région. "

Le back droit effectue alors un pas en arrière pour sa Province, pour mieux la faire décoller. Avec lui, dix-sept autres recrues viennent garnir un noyau où il ne restait qu'une demi-douzaine d'éléments.

" Je savais d'avance que c'était un challenge compliqué. Avec le Beerschot, on a tout gagné, on a eu des matches compliqués, mais on avait plus de maturité. L'ossature du groupe était la même depuis trois ou quatre ans. Ici, c'est comme si on créait un nouveau club. "

Pour son portier, Anthony Moris, aussi débarqué cet été en provenance de la D1A, le plongeon est encore plus risqué. " Un élément prépondérant, et qui m'a convaincu, c'est que tout le monde est professionnel, staff compris. C'est même encore plus pro ici qu'à Malines ", déclare sans pression celui qui faisait banquette derrière les casernes.

" Ici, on est en mise au vert toutes les deux semaines. À Malines, il fallait aller les pleurer aux sponsors et si on en avait deux par an, on était contents... " Parce que Virton s'inscrit déjà dans le futur.

Verts de Gaume

On y tente même de prédire l'avenir. Pour Becca et ses associés, il n'y a pas de doute : il faut rejoindre la D1B et le monde pro, au plus vite. Alors, quand les résultats ne suivent pas, le T1 en fait les frais. Ce fut le cas de Marc Grosjean, en octobre, après huit journées.

" L'éviction de Marc Grosjean m'a très déçu, je ne le cache pas. Beaucoup l'étaient. Mais c'est aussi comme ça que tu sens que tu n'as pas mis les pieds n'importe où ", poursuit Guillaume François, auteur en première mi-temps d'un enchaînement petit pont-centre au cordeau pour un raté de Luca Napoleone, fraîchement arrivé de Mouscron. Au moins, l'action réchauffe une ambiance déjà plaisante, la tribune B chantant à la gloire de l'ex-Carolo.

En cas de grosses performances, le board gaumais sait qu'il peut remplir son stade. Fin septembre, la réception de Gand en Coupe, pour une défaite 2-4 mais des travées bondées, constitue une référence. " Il faut donner aux gens l'envie de ne plus se tourner vers le Standard ou Anderlecht, mais plutôt vers nous. Virton a un problème, c'est que l'endroit est très mal placé sur la carte ", juge Moris, dont les cages restent régulièrement inviolées.

Côté buvette, José Fery, 18 ans de club, délégué U21, parmi les fondateurs du premier groupe de supporters Verts de Gaume, acquiesce, derrière des lunettes dorées et des yeux rieurs. " Aujourd'hui, l'assistance a doublé ", chiffre le (faux) " cousin, mais lointain " de Jules Ferry, chope à la main. " L'an dernier, c'était la galère. Cette saison, on a des noms et un nouveau projet qui amène du monde. Notre visibilité ne fait que s'accentuer. "

© BELGAIMAGE

Objectif promotion

Du coup, l'erreur n'est plus vraiment permise et les Gaumais cherchent sans l'avouer la promotion immédiate. Quitte à écarter onze joueurs pour le stage espagnol de janvier. Un " mal nécessaire ", selon Moris, " le seul moyen pour qu'il y ait une concurrence un peu plus saine ", pour François. Frédéric Lamotte, en compagnie du directeur sportif, Sébastien Grandjean, cherchait ainsi à former un groupe qui vit bien, sans devoir gérer les états d'âme d'une grosse trentaine d'éléments.

" C'est comme au sein d'une entreprise ", tente Lamotte, fixant le terrain, détrempé, le seul de la province à accueillir une rencontre ce week-end. " Quand vous la développez, que vous recrutez, vous vous rendez compte qu'il y a toujours des personnes qui ne cadrent pas ou, alors, qu'il y a de meilleurs éléments. "

Parmi eux, Napoleone se montre plutôt en jambes, se procurant plusieurs occasions. L'ex-pari mouscronnois fait partie des petits nouveaux, aux côtés de Salif Dramé, venu de Dudelange, fanion chéri du giron Becca ( voir cadre), de Bob Straetman, espoir prêté par Lokeren, et Julien Vercauteren, débarqué de l'Union Saint-Gilloise. Lucas Prudhomme, gamin du cru, international espoir luxembourgeois, se charge du but de la victoire sur penalty. Le minimum syndical (1-0).

Virton-Geel, c'est ambiance dans les tribunes et ardeur sur le terrain. Le tout sous l'oeil avisé du coach de l'Excel, David Gevaert., BELGAIMAGE
Virton-Geel, c'est ambiance dans les tribunes et ardeur sur le terrain. Le tout sous l'oeil avisé du coach de l'Excel, David Gevaert. © BELGAIMAGE

" C'est toujours bien d'avoir aussi des joueurs issus de l'école de jeunes. On aime bien supporter des joueurs de la région et là, on en a quelques-uns ", dit Michaël, alias Mikey, dans son pull à capuche des Fidèles ardennais, autre groupe de supporters, le sanglier pour symbole, question de tradition.

Des couleurs qui divisent

Au coin de la tribune latérale, deux drapeaux rappellent une connexion naturelle : ceux de la Belgique et du Luxembourg. Au milieu, un étendard vert et blanc. Logique. Enfin, presque. À quelques mètres, les énormes panneaux publicitaires sont bleu ciel et noir, soit les couleurs de Leopard, Dovito et Anonimo, marques de Flavio Becca, mais aussi les nouveaux apparats de Virton. Ce qui ne fait pas que des heureux.

" On perd un peu l'identité du club ", grince José, saluant au passage l'un ou l'autre collègue. " Si vous regardez autour de vous - les écussons, les maillots, les drapeaux -, tout est vert et blanc. Il y a beaucoup de supporters qui ne trouvent pas ça logique. Mais à la décharge de Monsieur Becca, sans lui, il n'y aurait plus de club à Virton. "

À domicile, l'Excelsior arbore désormais un ensemble blanc, sans son classique short vert. À l'extérieur, la tunique est bleu ciel, lignée de noir. Dans la boutique du club, David, membre du Kop vert et blanc (KVB), pointe cette dernière du doigt. " On n'a pas le choix, mais on aimerait bien revenir au vert, parce que ça, ça n'en est pas. Pour certains, ça l'est, mais pas pour nous... "

Les mêmes couleurs polémiques se retrouvent sur le bus flambant neuf de l'équipe première qui, pour le coup, ressemble plutôt à celui d'une écurie cycliste, à l'instar de Leopard-Trek, un temps financée par le même Becca. " Quand vous reprenez un club et que vous devez faire des choix, il y a toujours des déçus. Mais on se montre à l'écoute, on comprend, on sait que les avis sont très mitigés à ce sujet...

En fin de saison, on tirera des conclusions. Voire même, dès le tour final... On aime surprendre. Il faut aussi placer un peu d'originalité dans ce monde-là et changer les codes ", sourit Frédéric Lamotte, très confiant, avant de filer saluer les joueurs.

Une nouvelle enceinte

Trois points valent bien une accolade chaleureuse. Le tour final se profile à l'horizon et dans la brume gaumaise, le directoire luxembourgeois sort les pleins phares. Si le stade Yvan Georges répond maintenant aux attentes des normes de la D1B, le projet d'une nouvelle enceinte se murmure dans la cité lorraine.

" On en parle du côté de la Vallée de Rabais. C'est à trois kilomètres d'ici, donc ça peut encore passer, à partir du moment où les infrastructures seront meilleures ", explique José, posté entre deux chaises. " Maintenant, ici, le stade est bien beau aussi. Mais si on monte, on risque d'être un peu à l'étroit. "

Outre l'ancrage local, le projet de ce Virton 2.0 peut jouer le rôle de locomotive pour toute une région, qui reste le parent pauvre du football national, puisqu'il implique évidemment une logique économique.

" Monsieur Becca est un promoteur immobilier alors forcément, il y a un projet d'infrastructures supplémentaires. Il ne s'agirait pas que d'un stade, mais de tout un complexe ", abonde Xavier Maka, depuis une autre buvette, sous la tribune latérale.

L'ancien administrateur des Verts, présent lors des premiers contacts avec le repreneur, rappelle que pour ce dernier, Virton équivaut à " un nouveau marché, en commençant par la région, puis en s'attaquant à la Belgique. C'est une vitrine ". À condition, aussi, que derrière elle, les trophées s'amassent, à l'instar de ce que l'Italo-Luxembourgeois a pu réaliser à Dudelange, porté jusqu'en Europa League.

Après avoir lancé La Marseillaise et frappé sur son tambour derrière le but d'Anthony Moris, David annonce que la " D1A est tout bonnement envisageable ", dans les cinq ans. Autant se prendre à rêver, mais jamais au sérieux. " Même de la Ligue des Champions. Il ne faut pas avoir peur des mots. " Ni des couleurs.

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La Beccalaxie

" Il a le droit de s'amuser. " C'est Anthony Moris qui le dit, plutôt séduit par la personnalité de Flavio Becca, son patron qui n'apparaît pourtant pas dans l'organigramme virtonais. Celui qui a fait fortune dans l'immobilier, mais détient donc, entre autres, une marque de boisson énergisante ( Leopard) et de montres ( Anonimo), est un grand fan de football. De l'Inter Milan d'abord, où son oncle s'est même retrouvé dans le directoire, mais aussi de Dudelange, club qu'il a sorti de l'anonymat pour lui procurer les joies de joutes européennes.

Seulement, le businessman italo-luxembourgeois, tout autant obsédé par la création de nouveaux stades que lassé par les longues négociations avec la commune du Grand-Duché en la matière, vient de décider de retirer ses billes du F91 d'ici deux ans. Il se tourne ainsi vers une autre entité de l'élite du pays au lion rouge, le FC Swift Hespérange, où le champ des possibles semble à la mesure de ses ambitions. En octobre, Le Quotidien révélait même des touches avec le club de Kaiserslautern, évoluant au troisième échelon allemand.

Becca a rencontré les dirigeants teutons récemment pour discuter d'une éventuelle reprise. De quoi imaginer une galaxie façon Duchâtelet, avec Virton-Kaiserslautern en ligne directe ? " Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a rien d'entériné. Il a beaucoup d'amis et de connaissances là-bas, alors il suffit qu'on le voit une ou deux fois dans un stade pour qu'on imagine des choses ", répond Frédéric Lamotte, qui concède de probables " synergies " entre Hespérange, Dudelange et Virton, déjà palpables pour les deux dernières.

Anthony Moris, BELGAIMAGE
Anthony Moris © BELGAIMAGE
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Raphael Lecomte, BELGAIMAGE
Raphael Lecomte © BELGAIMAGE
Lucas Prudhomme, BELGAIMAGE
Lucas Prudhomme © BELGAIMAGE
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Guillaume François, régional, est le chouchou du public gaumais., BELGAIMAGE
Guillaume François, régional, est le chouchou du public gaumais. © BELGAIMAGE
West coast. Du gros rap " ricain " pousse les basses jusqu'aux toilettes jouxtant les vestiaires visiteurs. Une petite fenêtre, entrouverte, permet d'élaborer des plans d'espionnage à la Marcelo Bielsa. De l'autre côté, les joueurs de Geel s'encouragent, tapent dans leurs mains, puis écoutent les consignes de leur coach. Ce soir, les Flandriens affrontent l'un des gros morceaux de la D1 Amateur, si ce n'est le plus épais : le Royal Excelsior Virton. À l'agonie en début d'année, les Gaumais reprennent des couleurs l'été dernier. Mieux, ils entrent dans une nouvelle dimension. Le 13 juillet 2018, c'est officiel : le magnat de l'immobilier italo-luxembourgeois Flavio Becca, décrit au Grand-Duché comme le Marc Coucke local, en plus " discret ", éponge les dettes et s'empare du destin des Vert et Blanc. Un sauveur inespéré pour une version 2.0 de Virton qui promet quelques surprises. Pour l'instant, l'entité fondée en 1922 ne déplace pas encore les foules. Du moins, pas tous les week-ends. À vingt minutes du coup d'envoi, les quatre préposés à la buvette de la tribune d'honneur se tournent les pouces, attendant les clients. Frédéric Lamotte, lui, termine de serrer des paluches dans le coin VIP avant de s'interroger sur l'affluence du jour. " Si on fait 1.500 aujourd'hui, c'est bien ", souffle-t-il, du coin des lèvres, le pas décidé à s'installer dans le parcage dirigeant. Ardennais, ancien journaliste sportif, employé de Promobe, société luxo de Flavio Becca, l'homme s'assoit aujourd'hui dans le fauteuil de numéro un officieux d'un club qui évolue sans président depuis le départ de Philippe Emond, fin 2016. " Je suis détaché sur plusieurs sujets pour Flavio et je m'occupe particulièrement du sujet de l'Excelsior Virton, pour l'instant ", glisse le directeur opérationnel, relais de Becca au Faubourg d'Arrival, en essuyant son siège, trempé par la pluie et la neige fondue. Honnête, il avoue n'avoir aucun passif avec l'Excel, lui, l'ex-président du club de basket de Neufchâteau. " Je maîtrise relativement bien le monde du sport. Ma mission, c'est d'assurer le bon fonctionnement de la reprise. Ça passe par une réorganisation et une structuration de l'ensemble du club, académie comprise. L'objectif avec l'académie, c'est de l'amener vers son niveau 2.0. " En effet, ce serait dommage de se priver des futurs Thomas Meunier, Timothy Castagne ou Renaud Emond, synonymes, aussi, de potentielles plus-values. Pendant que Lamotte déblatère, la speakerine annonce les deux onze de base du soir. Sur la feuille de match virtonaise, plusieurs noms ronflants : Anthony Moris, le gardien ; Raphaël Lecomte, le capitaine ; et Guillaume François, le chouchou du public. " Après le Beerschot, je n'aurais jamais voulu retourner en D1 amateurs. Tu peux ne jamais en ressortir ", pose ce dernier, régional de l'étape, déjà vert et blanc en équipes d'âge. " La seule possibilité pour que je le fasse, c'était ici, dans la région. " Le back droit effectue alors un pas en arrière pour sa Province, pour mieux la faire décoller. Avec lui, dix-sept autres recrues viennent garnir un noyau où il ne restait qu'une demi-douzaine d'éléments. " Je savais d'avance que c'était un challenge compliqué. Avec le Beerschot, on a tout gagné, on a eu des matches compliqués, mais on avait plus de maturité. L'ossature du groupe était la même depuis trois ou quatre ans. Ici, c'est comme si on créait un nouveau club. " Pour son portier, Anthony Moris, aussi débarqué cet été en provenance de la D1A, le plongeon est encore plus risqué. " Un élément prépondérant, et qui m'a convaincu, c'est que tout le monde est professionnel, staff compris. C'est même encore plus pro ici qu'à Malines ", déclare sans pression celui qui faisait banquette derrière les casernes. " Ici, on est en mise au vert toutes les deux semaines. À Malines, il fallait aller les pleurer aux sponsors et si on en avait deux par an, on était contents... " Parce que Virton s'inscrit déjà dans le futur. On y tente même de prédire l'avenir. Pour Becca et ses associés, il n'y a pas de doute : il faut rejoindre la D1B et le monde pro, au plus vite. Alors, quand les résultats ne suivent pas, le T1 en fait les frais. Ce fut le cas de Marc Grosjean, en octobre, après huit journées. " L'éviction de Marc Grosjean m'a très déçu, je ne le cache pas. Beaucoup l'étaient. Mais c'est aussi comme ça que tu sens que tu n'as pas mis les pieds n'importe où ", poursuit Guillaume François, auteur en première mi-temps d'un enchaînement petit pont-centre au cordeau pour un raté de Luca Napoleone, fraîchement arrivé de Mouscron. Au moins, l'action réchauffe une ambiance déjà plaisante, la tribune B chantant à la gloire de l'ex-Carolo. En cas de grosses performances, le board gaumais sait qu'il peut remplir son stade. Fin septembre, la réception de Gand en Coupe, pour une défaite 2-4 mais des travées bondées, constitue une référence. " Il faut donner aux gens l'envie de ne plus se tourner vers le Standard ou Anderlecht, mais plutôt vers nous. Virton a un problème, c'est que l'endroit est très mal placé sur la carte ", juge Moris, dont les cages restent régulièrement inviolées. Côté buvette, José Fery, 18 ans de club, délégué U21, parmi les fondateurs du premier groupe de supporters Verts de Gaume, acquiesce, derrière des lunettes dorées et des yeux rieurs. " Aujourd'hui, l'assistance a doublé ", chiffre le (faux) " cousin, mais lointain " de Jules Ferry, chope à la main. " L'an dernier, c'était la galère. Cette saison, on a des noms et un nouveau projet qui amène du monde. Notre visibilité ne fait que s'accentuer. " Du coup, l'erreur n'est plus vraiment permise et les Gaumais cherchent sans l'avouer la promotion immédiate. Quitte à écarter onze joueurs pour le stage espagnol de janvier. Un " mal nécessaire ", selon Moris, " le seul moyen pour qu'il y ait une concurrence un peu plus saine ", pour François. Frédéric Lamotte, en compagnie du directeur sportif, Sébastien Grandjean, cherchait ainsi à former un groupe qui vit bien, sans devoir gérer les états d'âme d'une grosse trentaine d'éléments. " C'est comme au sein d'une entreprise ", tente Lamotte, fixant le terrain, détrempé, le seul de la province à accueillir une rencontre ce week-end. " Quand vous la développez, que vous recrutez, vous vous rendez compte qu'il y a toujours des personnes qui ne cadrent pas ou, alors, qu'il y a de meilleurs éléments. " Parmi eux, Napoleone se montre plutôt en jambes, se procurant plusieurs occasions. L'ex-pari mouscronnois fait partie des petits nouveaux, aux côtés de Salif Dramé, venu de Dudelange, fanion chéri du giron Becca ( voir cadre), de Bob Straetman, espoir prêté par Lokeren, et Julien Vercauteren, débarqué de l'Union Saint-Gilloise. Lucas Prudhomme, gamin du cru, international espoir luxembourgeois, se charge du but de la victoire sur penalty. Le minimum syndical (1-0). " C'est toujours bien d'avoir aussi des joueurs issus de l'école de jeunes. On aime bien supporter des joueurs de la région et là, on en a quelques-uns ", dit Michaël, alias Mikey, dans son pull à capuche des Fidèles ardennais, autre groupe de supporters, le sanglier pour symbole, question de tradition. Au coin de la tribune latérale, deux drapeaux rappellent une connexion naturelle : ceux de la Belgique et du Luxembourg. Au milieu, un étendard vert et blanc. Logique. Enfin, presque. À quelques mètres, les énormes panneaux publicitaires sont bleu ciel et noir, soit les couleurs de Leopard, Dovito et Anonimo, marques de Flavio Becca, mais aussi les nouveaux apparats de Virton. Ce qui ne fait pas que des heureux. " On perd un peu l'identité du club ", grince José, saluant au passage l'un ou l'autre collègue. " Si vous regardez autour de vous - les écussons, les maillots, les drapeaux -, tout est vert et blanc. Il y a beaucoup de supporters qui ne trouvent pas ça logique. Mais à la décharge de Monsieur Becca, sans lui, il n'y aurait plus de club à Virton. " À domicile, l'Excelsior arbore désormais un ensemble blanc, sans son classique short vert. À l'extérieur, la tunique est bleu ciel, lignée de noir. Dans la boutique du club, David, membre du Kop vert et blanc (KVB), pointe cette dernière du doigt. " On n'a pas le choix, mais on aimerait bien revenir au vert, parce que ça, ça n'en est pas. Pour certains, ça l'est, mais pas pour nous... " Les mêmes couleurs polémiques se retrouvent sur le bus flambant neuf de l'équipe première qui, pour le coup, ressemble plutôt à celui d'une écurie cycliste, à l'instar de Leopard-Trek, un temps financée par le même Becca. " Quand vous reprenez un club et que vous devez faire des choix, il y a toujours des déçus. Mais on se montre à l'écoute, on comprend, on sait que les avis sont très mitigés à ce sujet... En fin de saison, on tirera des conclusions. Voire même, dès le tour final... On aime surprendre. Il faut aussi placer un peu d'originalité dans ce monde-là et changer les codes ", sourit Frédéric Lamotte, très confiant, avant de filer saluer les joueurs. Trois points valent bien une accolade chaleureuse. Le tour final se profile à l'horizon et dans la brume gaumaise, le directoire luxembourgeois sort les pleins phares. Si le stade Yvan Georges répond maintenant aux attentes des normes de la D1B, le projet d'une nouvelle enceinte se murmure dans la cité lorraine. " On en parle du côté de la Vallée de Rabais. C'est à trois kilomètres d'ici, donc ça peut encore passer, à partir du moment où les infrastructures seront meilleures ", explique José, posté entre deux chaises. " Maintenant, ici, le stade est bien beau aussi. Mais si on monte, on risque d'être un peu à l'étroit. " Outre l'ancrage local, le projet de ce Virton 2.0 peut jouer le rôle de locomotive pour toute une région, qui reste le parent pauvre du football national, puisqu'il implique évidemment une logique économique. " Monsieur Becca est un promoteur immobilier alors forcément, il y a un projet d'infrastructures supplémentaires. Il ne s'agirait pas que d'un stade, mais de tout un complexe ", abonde Xavier Maka, depuis une autre buvette, sous la tribune latérale. L'ancien administrateur des Verts, présent lors des premiers contacts avec le repreneur, rappelle que pour ce dernier, Virton équivaut à " un nouveau marché, en commençant par la région, puis en s'attaquant à la Belgique. C'est une vitrine ". À condition, aussi, que derrière elle, les trophées s'amassent, à l'instar de ce que l'Italo-Luxembourgeois a pu réaliser à Dudelange, porté jusqu'en Europa League. Après avoir lancé La Marseillaise et frappé sur son tambour derrière le but d'Anthony Moris, David annonce que la " D1A est tout bonnement envisageable ", dans les cinq ans. Autant se prendre à rêver, mais jamais au sérieux. " Même de la Ligue des Champions. Il ne faut pas avoir peur des mots. " Ni des couleurs.