Or, l'ambassade de Pologne à Bruxelles avait rassuré Filip Dekiere, le délégué. Mais depuis quelques semaines, Américains et Canadiens font l'objet d'une exception...
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Or, l'ambassade de Pologne à Bruxelles avait rassuré Filip Dekiere, le délégué. Mais depuis quelques semaines, Américains et Canadiens font l'objet d'une exception... Knack Roulers va-t-il être privé de Steve Brinkman lors du Final 4? "Si on y met le prix, ça s'arrangera", espère le capitaine, Walter Engelen. En 13 ans, le Limbourgeois est devenu une figure de proue de Roulers. Il a pris part aux quatre précédents Final 4. Mais Roulers, surtout depuis que le président Edwin Blauwblomme a engagé une nouvelle direction, ne veut pas entendre parler de pots-de-vin. Les négociations officielles s'éternisent et le staff se tracasse. "Nous devons nous entraîner dans la salle à trois heures", explique Marc Walravens. Le kiné de Roulers s'occupe de volley depuis 20 ans, dont 15 en équipe nationale. C'est aussi lui qui établit les programmes de musculation. Dominique Baeyens, l'entraîneur, décide à 11.30 heures de rejoindre Chestochova sans Brinkman. Filip Dekiere reste avec le malheureux Canadien. A mi-chemin, le bus apprend que le problème est résolu. Un coup de téléphone de Wlodek Lubanski, l'ancien joueur de Lokeren, ami du président de Knack, a tout arrangé. L'homme est influent en Pologne. Le trajet se poursuit sur des routes parfaites selon les normes polonaises. La nature est superbe et parsemée de dames aux moeurs légères. Les joueurs n'y prêtent pas attention. Ils rêvent d'une victoire européenne. Arrivés à Chestochova, ils apprennent que l'entraînement a pu être postposé à 19.30 heures. Ils ont le temps de se restaurer et de se reposer. A moins d'aller faire un tour en ville? "Non. Chaque mètre parcouru peut nuire à votre prestation", martèle Walter Engelen. "On peut se le permettre lorsqu'on se sait nettement supérieur. Ce n'est pas le cas cette fois".Chestochova n'a pas grand-chose à offrir. Sise sur la rive gauche de la Varta, la cité industrielle, toute grise, est aussi un lieu de pélerinage célèbre. Plus de cinq millions de personnes viennent voir, chaque année, la Madone Noire de la Jasna Gora (la petite colline). Si on en croit la légende, l'évangéliste Luc l'aurait peinte sur un drap venant de la maison de Jésus à Nazareth. Quoi qu'il en soit, des dizaines de pélerins prient devant la peinture, souvent à genoux. Le miracle se prépareLes 40 supporters de Roulers qu'on retrouve le samedi ne vont pas jusque-là. Ils se contentent d'allumer un cierge. La veille, lors de l'entraînement, tous les joueurs ne semblaient pas affûtés. Ça ne préoccupe pas Dominique Baeyens: "Les joueurs avaient le voyage dans les jambes et devaient s'habituer à la salle".Par contre, l'entraîneur a pesté quand, au terme de l'entraînement, un agent de police a arrêté le car, à 500 mètres de l'hôtel, sans raison apparente. Au bout de 20 minutes, la délégation a décidé de finir le trajet à pied, même si l'air glacial n'a fait aucun bien aux joueurs encore trempés de sueur. Roulers affronte Galaxia Chestochova AZS, l'équipe locale, en demi-finales. La journée commence par l'analyse de l'adversaire. En semaine, les joueurs ont visionné le match contre Piet Zoomers/Dynamo d'Apeldoorn, un match gagné 3-0 par les Polonais. Miguel Falasca et cie approfondissent le sujet. "Chestochova sait mettre son adversaire sous pression", commente Walter Engelen. "Préparer un match de volley revient à jouer aux échecs: on prépare un coup mais l'adversaire le pare".L'équipe s'entraîne une dernière fois, de midi à une heure. Elle commet moins d'erreurs. Un bon présage? Engelen: "Nous sommes favoris et donc sous pression mais c'est pire pour notre avdersaire, devant son public".A une heure et demie du coup d'envoi, prévu à huit heures, le car des joueurs rejoint le hall. Sous l'oeil de Baeyens et de son adjoint, Bart Hungenaart, les deux autres équipes se disputent une place en finale. Opposé au SC Espinho, le Lokomotiv Kharkiv peut compter sur le soutien de quelques compatriotes. Les Ukrainiens remportent le premier set, avant que les Portugais, tenants de la Top Teams Cup, ne montrent leur vrai visage. Espinho s'impose 2-1, grâce à sa défense et à sa rage de vaincre. L'équipe de Prata Carlos est la première qualifiée pour la finale du lendemain. L'autre demi-finale commence et Roulers est immédiatement confronté à l'arme fatale de Chestochova: 2.000 supporters particulièrement en voix confèrent à la salle une ambiance inconnue en Belgique mais les Flandriens ne se laissent pas démonter par les cris qui ponctuent chacune de leurs touches de balle. Collectivement solide, animé par Albert Cristina et surtout Guillermo Falasca, Roulers se défait 3-1 de l'adversaire qu'il estimait le plus dangereux. Jouer viteLa victoire a manifestement ravi l'entraîneur de Roulers, qui vit une saison pour le moins agitée: des hauts et des bas, de nombreuses blessures, la recherche, en dernière minute, d'un joueur de réception. Aujourd'hui, si Roulers bat Espinho, tous les soucis seront oubliés. D'un naturel réaliste, Baeyens, qui dirige son cinquième Final 4, le record absolu en Belgique, frémit pourtant à cette pensée: "C'est vrai, contre Chestochova nous n'avons jamais perdu le contrôle de la partie. Dans de pareilles circonstances, il ne fallait pas perdre la tête, sous peine de créer un effet action-réaction où le public encourage encore plus votre adversaire alors que vous perdez le nord. Nous savions quelle ambiance nous attendait. J'avais insisté pour que les joueurs ne se laissent pas intimider. Cette fois, même les plus émotifs ont réussi à se contrôler. Malgré leur grand médian central - Nowak fait 2.15 mètres et l'autre médian dépasse aussi les deux mètres-, j'avais demandé aux joueurs de procéder par l'axe. Nous devions jouer vite". Avant l'entraînement léger de midi, les joueurs visionnent la vidéo du match Espinho-Kharkiv. Hungenaert et Baeyens ont travaillé tard pour la préparer. "Nous l'aurions fait en cas de défaite aussi mais avec moins de plaisir. Se motiver pour la médaille de bronze n'est pas évident".L'enjeu est de taille. Roulers est en mesure d'entrer dans l'histoire du volley belge en gagnant une finale. Même si l'épreuve ne comporte pas d'équipes italiennes, grecques ou françaises, il s'agit d'une performance unique.Les Portugais n'ont pas impressionné outre-mesure l'entraîneur de Roulers: "Castello da Maia, que nous avons éliminé au premier tour, joue mieux. Si nous atteignons le même niveau que hier, nous gagnerons la Top Teams Cup. Espinho est très spectaculaire mais aussi fort peu structuré. Le distributeur, Miguel Maia, a un service lourd. Pour sa taille (1.82 mètre), il bloque bien mais a tendance à attirer le jeu vers lui. Le principal atout d'Espinho est sans doute sa capacité à renvoyer beaucoup de ballons, ce qui est frustrant. Offensivement, il est moins fort. Le Brésilien Sandro tire trop peu de force de ses épaules. Il a beaucoup marqué contre Kharkiv mais souvent grâce à un block-out. En principe, contre nous, Sandro n'aura pour ainsi dire pas un ballon au sol". Espinho tente de s'attirer les grâces du public polonais en distribuant des fleurs, avant le coup d'envoi. La tension se lit sur les visages belges. Les Portugais, imprévisibles, entament bien le match. Knack Roulers ne prend l'avantage qu'à 20-19. Après deux sets médiocres, l'équipe triomphe de ses nerfs. Knack Roulers a déjà disputé quatre Final 4, comme Dominique Baeyens et Walter Engelen. Le cinquième doit être le bon."Nous sommes venus pour gagner", conclut Baeyens. "Nous devions passer Chestochova, le plus fort sur papier. Notre réussite m'a rendu optimiste. Je ne craignais pas que les joueurs se déconcentrent ou sous-estiment leurs adversaires. C'est impossible dans une finale européenne. Par contre, je redoutais la pression, le fait que nous devions absolument gagner. Mais nous avons réussi. C'est fantastique" . Roel Van den Broeck,, envoyé spécial à Chestochova,