Waasland-Beveren l'a limogé le 29 octobre dernier. Depuis lors, on n'a plus beaucoup entendu parler de Glen De Boeck (42 ans), hormis quelques brèves dans les journaux : il a été opéré d'un kyste proche de la colonne vertébrale et il a été condamné aussi pour conduite avec un taux d'alcool de 2,7. Malines n'a pas retenu sa candidature au poste d'entraîneur, une fois de plus, car ce n'était pas la première fois qu'il postulait, via un intermédiaire, au sein du club où il avait effectué ses grands débuts de joueur en D1, trois ans avant d'être transféré à Anderlecht, en 1995. Le président des Sang et Or, Johan Timmermans, nous avait dit que son attitude ne correspondait pas à la philosophie du club et que son mode de communication ne convenait pas non plus au caractère familial du Malinwa. Mais comment donc celui qu'on appelait le coming man ou encore le golden boy dans la corporation des coaches a-t-il pu en arriver là ?
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Waasland-Beveren l'a limogé le 29 octobre dernier. Depuis lors, on n'a plus beaucoup entendu parler de Glen De Boeck (42 ans), hormis quelques brèves dans les journaux : il a été opéré d'un kyste proche de la colonne vertébrale et il a été condamné aussi pour conduite avec un taux d'alcool de 2,7. Malines n'a pas retenu sa candidature au poste d'entraîneur, une fois de plus, car ce n'était pas la première fois qu'il postulait, via un intermédiaire, au sein du club où il avait effectué ses grands débuts de joueur en D1, trois ans avant d'être transféré à Anderlecht, en 1995. Le président des Sang et Or, Johan Timmermans, nous avait dit que son attitude ne correspondait pas à la philosophie du club et que son mode de communication ne convenait pas non plus au caractère familial du Malinwa. Mais comment donc celui qu'on appelait le coming man ou encore le golden boy dans la corporation des coaches a-t-il pu en arriver là ? Glen De Boeck entame sa carrière de T1 au Cercle Bruges, en 2007. Ce nouveau cap suit une double séparation pénible : il quitte son épouse Vanessa, la mère de ses deux filles, et Anderlecht, le club dont il a défendu les intérêts pendant 12 ans : dix en tant que joueur et deux en tant qu'adjoint de Frankie Vercauteren. C'est ArielJacobs qui le remplace comme T2, avant de monter lui-même en grade suite au limogeage de l'ex-Petit Prince du Parc. Libre sur le marché, De Boeck est convié à un entretien par le président du Cercle, Frans Schotte. Celui-ci est charmé par sa motivation, la clarté de son langage, sa connaissance du noyau et son intérêt pour l'homme qui se cache derrière le footballeur. Le patron des Vert et Noir lui offre dès lors sa chance. C'est le début d'une période marquée sous le sceau du succès. De Boeck est une révélation. Dès le premier jour, il vit en osmose avec son noyau. Il sait ce qu'il veut et comment atteindre ses objectifs. Il est clair, empli d'assurance et exigeant. Il réveille l'ambition et la passion de tous les départements de l'association. Le Cercle est quatrième, il a la meilleure attaque de D1 et son coach est nominé au titre d'Entraîneur de l'Année. De Boeck en veut toujours plus. Durant sa deuxième saison, il discute avec le Racing Genk mais il fait marche arrière en apprenant qu'il n'est pas le seul candidat et qu'en fait, Hein Vanhaezebrouck a la cote. Il y va fort : il qualifie d'infidèles ces gens d'un niveau différent de celui auquel il est habitué au Cercle et, au cours de sa troisième saison, il reconduit son contrat jusqu'en 2014. Six semaines plus tard, cinq jours après la finale de Coupe perdue contre Gand, il annonce durant une causerie au Business Kring 12 qu'il rejoint le Beerschot. Le Kiel le présente le lendemain. Le président du Cercle, dont il a si souvent chanté les louanges, juge son départ dégoûtant. De Boeck ne voit pas ce qu'il a fait de mal. De Boeck invoque des raisons familiales pour justifier son départ : il veut voir plus souvent ses filles, qui vivent à Anvers avec leur mère. Toutefois, sans ses problèmes de tondeuse à gazon, il serait resté au Cercle, explique-t-il : en fait, c'est lors d'un contact fortuit avec Herman Kesters, le président du Germinal Beerschot, qui vend précisément des tondeuses, que la conversation entre eux déborde de ce cadre-là. Et qu'il est donc question de football. De Boeck est finalement recruté par le truchement du président, au terme d'une action-éclair, au moment précis où le directeur technique, Gunter Hofmans, gendre de l'actionnaire principal, Jos Verhaegen, avait pris langue avec Hugo Broos pour succéder à Jos Daerden. C'est ce qu'on appelle faire un enfant dans le dos. Deux semaines plus tard, Glen De Boeck nous reçoit chez lui et nous explique pourquoi il est convaincu que tout se passera bien au Germinal Beerschot. Tout ! Il sait pertinemment qu'il n'a pas choisi la voie la plus facile mais il apprécie justement le défi qui constitue à placer tout le monde sur la même longueur d'ondes dans un club aussi difficile. Selon lui, il était écrit dans les étoiles qu'il entraînerait un jour le Kiel car tout petit, il accompagnait souvent son père aux matches du Beerschot. Il avait l'impression que le moment était venu pour lui et il avait saisi sa chance. Il avait mené de nombreux entretiens, tous les jours, il avait même annulé ses vacances en Amérique, car la communication est essentielle. Enfin, Anvers méritait d'abriter une grande équipe et gare à ceux qui se mettraient en travers de son chemin. Il était certain d'être assez fort et influent pour tout plier à sa manière. La réalité lui est revenue en pleine face, comme un boomerang. Il a dû patienter six journées avant d'obtenir sa première victoire et il est allé d'un conflit à l'autre : avec les joueurs, avec un adjoint, avec le médecin, avec le directeur sportif et surtout avec Jos Verhaegen, président d'honneur et actionnaire principal. Dans ses interviewes, il le traite de menteur - le qualificatif qu'on lui a accolé lors de son départ du Cercle. Quand le " club de son coeur " le limoge, fin novembre, il s'affirme usé, brûlé, malade. Il estime avoir été la victime d'une lutte de pouvoirs au sein de la direction. Manifestement, il a sous-estimé la situation ou s'est surestimé. L'été suivant, De Boeck trouve un emploi à l'étranger : au VV Venlo, qui milite en D1 néerlandaise. Il a un bon pressentiment. Il explique qu'il s'agit d'un club bien organisé, qui dispose des qualités requises pour prétendre à mieux qu'à la lutte pour le maintien, acquis in extremis la saison précédente. Il paraphe un contrat de deux ans et affirme qu'il n'y a pas cinq entraîneurs en Belgique qui gagnent autant. De Boeck doit stabiliser Venlo. Il marque immédiatement le club de son sceau, comme partout. Sous sa direction, ce club soi-disant si bien organisé se professionnalise dans tous les domaines. Il mue la salle de presse en bureau personnel. Las, après quinze journées, sa formation ne compte que sept points. Début décembre, après une gifle 7-0 à Heracles, il jette l'éponge au beau milieu de la semaine, en plein entraînement. Il a le sentiment de devoir arrêter, de perdre son impact sur le groupe. Il déclare que le vestiaire a un problème, qu'un joueur détériore l'ambiance et qu'il souhaite s'en défaire mais que ce n'est pas possible car c'est un des éléments dans lesquels le président a investi. La structure du VVV n'est pas encore prête pour ses méthodes de travail, conclut De Boeck. Désormais, il sera encore plus exigeant dans ses négociations, il demandera que tout soit convenu encore plus précisément et fera intégrer à son contrat des clauses qui engagent le club. Quoi qu'il en soit, son successeur, Ton Lokhoff, assure le maintien de Venlo en Eredivisie. Fin octobre 2012, Glen De Boeck est pris en considération par le Cercle Bruges pour assurer la succession de Bob Peeters mais plusieurs dirigeants y posent leur veto : ils n'ont pas encore oublié la façon dégoûtante dont il est parti. Quelques semaines plus tard, il prend le relais de Dirk Geeraerd à Waasland-Beveren. On en est à la première journée du second tour et l'équipe, laminée 2-6 par le Club Bruges, est lanterne rouge. Toutefois, le défi lui plaît. D'après son analyse, il y a moyen de retirer davantage du groupe. Il place son empreinte sur l'organisation, le style de jeu et la politique de sélection. Douze journées plus tard, l'opération maintien est menée à bien. Waasland-Beveren, treizième, termine avec plusieurs points d'avance sur le Beerschot, 15e, et le Cercle, 16e, ses anciens clubs. Le maintien constitue un succès pour De Boeck, qui prolonge son contrat d'un an. Le 29 octobre dernier, il est renvoyé suite à des résultats décevants : il n'a remporté qu'une seule victoire en douze matches de championnat. Il estime son renvoi incorrect, jugeant avoir mérité davantage de temps, compte tenu de l'arrivée de vingt joueurs en été et de l'avis négatif qu'il a rendu sur une série d'entre eux. Sa conclusion ? Il est sacrifié par un directeur général qui se mêle des transferts et avec lequel il ne s'est jamais entendu parce qu'il n'a pas participé à ses petits jeux politiques et qu'il a aligné les mauvais joueurs, selon le manager. Bob Peeters prend la relève et assure le maintien de l'équipe lors de la dernière journée du championnat régulier. Depuis qu'il a quitté le Cercle Bruges en 2010, Glen De Boeck n'a pas achevé une seule saison au sein du même club, en quatre ans. Soit il a été limogé, par le Germinal Beerschot puis par Waasland-Beveren, soit il a décidé d'arrêter les frais, à Venlo. Chaque fois en automne. Pourtant, chaque fois, il a entamé son mandat avec optimisme. Son instinct le trompe-t-il ou le pousse-t-il constamment dans les mêmes situations sans qu'il apprenne à les gérer ? Autre fait à épingler, il a toujours soutenu qu'il avait raison. La faillite du Beerschot deux ans et demi plus tard, la rétrogradation du VVV un an et demi après son départ : c'est la preuve qu'il n'était pas à l'origine du problème. Ce sont les circonstances dans lesquelles il a été contraint de travailler qui l'ont empêché d'obtenir des résultats et, bien sûr, il n'était pas responsable de ces conditions. Il est d'un naturel sensible, a-t-il répété à plusieurs reprises, et il ne peut pas fonctionner quand il ne se sent pas à l'aise. Pour un entraîneur qui veut toujours aller vite et qui vise l'élite, on peut se demander quel sentiment le coince - est-ce la fierté ? - et comment il peut s'en délivrer. Il peut avoir un modèle, une vision, mais la réalité se trouve à son poste de travail. Cela requiert donc le sens du réalisme, du courage mais aussi de la souplesse. Il le sait. De temps à autre, durant une interview, il lâche des bribes de réalisme. Il indique être conscient de ne pas devoir tout changer tout de suite, où qu'il aille, de devoir construire quelque chose, apporter des corrections avec plus de patience, sans trop forcer les clubs. Il sait qu'il doit prendre moins de décisions magistrales et laisser les joueurs arriver par eux-mêmes à ce qu'il veut, sans toujours tenir les rênes trop fermement. Qu'il doit trier l'essentiel de l'accessoire et faire des concessions. Il lit des ouvrages de psychologie et de leadership, il a suivi un cours de people management pour progresser dans la direction d'un groupe, il se fait conseiller par des spécialistes, couche ses expériences sur papier, effectue l'analyse et la synthèse de ses conflits pour les relire attentivement. Il tire des leçons de chaque expérience et est convaincu d'avoir fait de son mieux jusqu'à présent. Tous les contrecoups essuyés l'ont rendu plus serein, ajoute-il. Il rappelle souvent qu'il a en fait cinq ans d'avance sur son plan de carrière initial - et sur beaucoup d'entraîneurs. Son départ forcé d'Anderlecht lui a finalement permis d'entamer sa carrière d'entraîneur en chef à 35 ans alors qu'il ne l'avait pas envisagé avant ses 40 ans - sans doute à Anderlecht. On peut aussi voir les choses sous cet angle. En attendant, il est à la maison, avec toute l'expérience acquise. Brûlant d'ambition, débordant d'idées et prêt à relever un nouveau défi. Mais qui osera encore et à quel prix ? PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS: BELGAIMAGEDepuis que Glen De Boeck a quitté le Cercle Bruges en 2010, il n'est plus jamais allé au bout de l'un de ses mandats. A-t-il tort d'avoir eu raison trop tôt ? Il avait prédit la faillite du Beerschot et la rétrogradation du VVV.