Bien avant Google, et bien avant les réseaux sociaux qui travestissent la réalité à coups de titres qui font plus cliquer que penser, les histoires des légendes se racontaient au creux de l'oreille. C'était la tradition orale, où exploits et destins tragiques des héros communs et des super méchants prenaient vie dans les paroles de celui que l'on appelait le "conteur". Isolé dans la campagne française en plein mois d'août où j'avais plus de chance de trouver un bon Ricard qu'une connexion internet décente, j'ai eu droit à différents conteurs cette semaine pour me raconter les épopées de plusieurs légendes.
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Bien avant Google, et bien avant les réseaux sociaux qui travestissent la réalité à coups de titres qui font plus cliquer que penser, les histoires des légendes se racontaient au creux de l'oreille. C'était la tradition orale, où exploits et destins tragiques des héros communs et des super méchants prenaient vie dans les paroles de celui que l'on appelait le "conteur". Isolé dans la campagne française en plein mois d'août où j'avais plus de chance de trouver un bon Ricard qu'une connexion internet décente, j'ai eu droit à différents conteurs cette semaine pour me raconter les épopées de plusieurs légendes. Narrateur en chef depuis ma plus tendre enfance, mon père s'est lancé le 10 août dernier dans une odyssée à laquelle j'aurais eu peine à croire si la légende de Lionel Messi n'était pas si grande que même le petit village dans lequel je m'adonnais à une modeste course à pied ne murmurait pas son nom. Ce fut l'attraction de la mi-août. Le moment où la presse, française notamment, mais pas que, a assassiné le conteur pour le remplacer par un cafteur. En quelques jours, il a été question d'avion dans lequel la Pulga aurait posé son pied gauche magique, de savoir à quelle heure il arriverait, ce qu'il avait mangé au déjeuner ou encore, de savoir à quelle heure il avait quitté l'entraînement une fois son incroyable signature entérinée. Il a aussi été question de grandes célébrations, de Tour Eiffel, de Musée du Louvre, bref, de grandiloquence, soit l'exact opposé de ce qu'est - je précise, ça ne regarde que moi - le meilleur joueur de sa génération. Il l'a redit lors de sa conférence de presse et il est bon de s'en rappeler: le jeu, le ballon et le plaisir pris sur une pelouse sont ce qui anime le sextuple Ballon d'Or. Le reste, il s'en moque comme du fait de ne pas faire 1m85. Et rien que pour ça, le fait de voir cette légende fouler les pelouses diverses et variées du championnat domestique devant lequel j'ai grandi, j'avoue avoir remercié mon conteur de père. Puis le week-end est arrivé et les conteurs m'ont rappelé une base de l'histoire orale, et même de l'histoire tout court: celles-ci ne finissent pas toujours bien. Ou en tous cas, elles ont une fin. Ce dimanche 15 août en fin de journée, l'homme né Gerd Müller un 3 novembre 1945 a quitté ce monde en tant que Der Bomber. "Le meilleur avant-centre de tous les temps", selon Karl-Heinze Rummenigge. Un buteur de génie dont les exploits ont justement été contés à ma génération. Et ce assez bien pour que Robert Lewandowski rende hommage à la légende le jour où il a battu son record de buts en Bundesliga sur une saison. Autre icône du gazon, Roger Federer a pris soin de partager son histoire lui-même. Cette odyssée-là dure depuis 1998 et chaque combat que le Suisse mène ressemble au dernier. Sur ses réseaux sociaux, il a annoncé qu'une nouvelle opération au genou l'amènera à être loin des terrains pour de longs mois. Pas une bonne nouvelle à quarante ans. Pas une bonne nouvelle quand on sait que ces longues absences tendent à se multiplier et qu'une légende mérite une fin à la hauteur de son passé et de son présent. Les histoires de légendes sont aussi faites de résurrections. De come-backs. Mes conteurs belges se sont chargés de me murmurer celles-ci à l'oreille. Je connais bien celle d' Eden Hazard. Un de mes contes préférés depuis mon plus jeune âge. Et je dois avouer qu'un duo épique avec Karim Benzema, en pleine santé, a tout pour être mon aventure préférée de la saison. La légende d'Eden cette année, j'espère pouvoir la conter moi-même, ici et ailleurs. On dit à certaines légendes que nul n'est prophète en son pays. Et dans sa ville? Radja Nainggolan répondra bien assez vite à cette question. Toujours est-il que dans un registre tout autre que Messi, pouvoir admirer le Ninja sur des terrains de Pro League nous donnera, à coup sûr, des envies de partager quelques histoires avec les générations futures. À Anvers et ailleurs.