Un footballeur qui subit une intervention chirurgicale à la cheville, c'est un fait divers qui ne vaut généralement pas davantage qu'un entrefilet dans les pages sportives. Mais quand la victime s'appelle Mbo Mpenza et qu'elle réclame de surcroît des dommages et intérêts pour le préjudice subi, l'affaire prend évidemment une tout autre dimension. Sa genèse? Le récent match de Coupe de Belgique entre Overpelt et Mouscron, que l'aîné des frérots plie à l'avantage des Hurlus au cours des prolongations avant d'être séché in extremis par un joueur de l'équipe locale, Nicky Peeters, après un tackle tardif.
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Un footballeur qui subit une intervention chirurgicale à la cheville, c'est un fait divers qui ne vaut généralement pas davantage qu'un entrefilet dans les pages sportives. Mais quand la victime s'appelle Mbo Mpenza et qu'elle réclame de surcroît des dommages et intérêts pour le préjudice subi, l'affaire prend évidemment une tout autre dimension. Sa genèse? Le récent match de Coupe de Belgique entre Overpelt et Mouscron, que l'aîné des frérots plie à l'avantage des Hurlus au cours des prolongations avant d'être séché in extremis par un joueur de l'équipe locale, Nicky Peeters, après un tackle tardif. "Une faute commise à dessein",observe-t-on dans le clan hennuyer où le dossier, introduit sur base de "coups et blessures volontaires", a entre-temps été porté devant les tribunaux civils. "Une intervention fortuite", rétorque-t-on chez les Limbourgeois, où les dirigeants et le joueur en question se retranchent derrière la carte jaune -et non la rouge- administrée pour atténuer la portée du geste.Ce n'est pas la première fois qu'un club et l'un de ses représentants saisissent la justice extrasportive pour trancher un conflit. Il y a six ans, lors d'un match entre Anderlecht et l'Eendracht Alost, Gilles De Bilde avait décoché un violent coup de poing au visage de Krist Porte à la faveur d'un penalty dont venait tout juste d'hériter le RSCA. L'arbitre, les yeux rivés sur le tireur, n'avait pas vu la scène qui s'était déroulée à la limite de la surface de réparation, pas plus que son juge de ligne d'ailleurs, et l'attaquant du Sporting ne fut dès lors pas sanctionné sur le terrain, même si son infortunée victime dut quitter les lieux le visage ensanglanté. Sur base des images de la télévision, Gilles De Bilde fut puni aussi bien par le Comité Sportif que par les instances juridiques traditionnelles puisqu'il écopa d'une peine de prison de neuf mois avec sursis ainsi que d'une amende de 20.000 euros. Pour s'amender, il dut également dispenser 75 heures de cours de football à des jeunes de quartiers déshérités. Plus loin dans le temps encore, mais plus proche dans les faits concernant le cas qui nous préoccupe aujourd'hui, il y eut le fâcheux incident qui, voici une quinzaine d'années, mit prématurément fin aux activités d'un des plus grands joueurs que notre football ait connus: l'Anderlechtois Juan Lozano. Lors d'un match à Waregem, le défenseur flandrien Yvan Desloover se fourvoya complètement au moment de tackler le meneur de jeu andalou: au lieu de toucher le ballon, il frappa de plein fouet la jambe du joueur, brisant à la fois tibia, péroné et même sa carrière tout court. Après coup (sic), Yvan Desloover fut acquitté tant par le tribunal correctionnel de Courtrai que par la cour d'appel d'Anvers. Dans les deux cas, en effet, les juges étaient d'avis qu'il n'y avait aucune preuve que le joueur avait blessé sciemment son adversaire et que la blessure encourue par Juan Lozano, aussi grave fût-elle, résultait de risques inhérents à la pratique du football. En est-il de même avec Mbo Mpenza? Oui et non. Interrogé naguère dans nos colonnes à ce propos (voir Sport/Foot Magazine n° 47, p. 88), Maître Luc Misson relevait qu'il y avait lieu de faire un distinguo entre: -les coups portés en dehors de toute phase de jeu, pour lesquels le sportif est passible de poursuites pénales (il en sera sans doute ainsi pour l'Irlandais Roy Keane qui, dans sa biographie, s'était vanté d'avoir eu la peau de son adversaire direct Alf Inge Haland lors d'un derby de Manchester. Depuis lors, à savoir un an et demi, l'infortuné Norvégien n'a plus pu défendre ses chances sur le terrain et, fort des aveux de son bourreau, il a porté l'affaire en justice); -les coups portés au cours d'une phase de jeu, pour lesquels s'applique la théorie de l'acceptation des risques inhérents à la pratique d'un sport. Dans ce cas, les dommages qui en résultent ne doivent pas être une source de responsabilité (le duel entre Yvan Desloover et Juan Lozano est d'application ici même si on ne pourra jamais établir si la faute du joueur était intentionnelle ou non);-les coups portés après une phase de jeu, pour lesquels il n'y a pas desolution de principe: la conviction du juge dépend des circonstances particulières au cas d'espèce (le tackle tardif de Nicky Peeters sur Mbo Mpenza émarge-t-il à cette catégorie ou à la précédente, malgré tout?) Gageons que l'international sera rétabli avant la réponse à cette question! Bruno Govers