Votre parcours sportif ne manque pas d'originalité...

Oleg Iachtchouk (24 ans): En effet! (il rit) Ma mère voulait que je sois danseur! Il s'agissait de danse classique, une discipline très prisée en Russie et en Ukraine. Moi, à six ou sept ans, je voulais jouer au football. Ma mère, elle, campait sur ses positions: -Le foot est trop dangereux. Les Ukrainiens obéissent à leurs parents. Un de mes amis vit aux USA. Ses parents exigent qu'il épouse une Ukrainienne, par exemple. Toutefois, j'ai persévéré en football, non sans problèmes car les cours de danse et de foot avaient lieu à la même heure. J'ai dû changer d'école: chez nous, c'était très strict.
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Oleg Iachtchouk (24 ans): En effet! (il rit) Ma mère voulait que je sois danseur! Il s'agissait de danse classique, une discipline très prisée en Russie et en Ukraine. Moi, à six ou sept ans, je voulais jouer au football. Ma mère, elle, campait sur ses positions: -Le foot est trop dangereux. Les Ukrainiens obéissent à leurs parents. Un de mes amis vit aux USA. Ses parents exigent qu'il épouse une Ukrainienne, par exemple. Toutefois, j'ai persévéré en football, non sans problèmes car les cours de danse et de foot avaient lieu à la même heure. J'ai dû changer d'école: chez nous, c'était très strict. A 12 ans, je suis entré dans une école sportive, en internat. Notre vie n'était pas facile car le football se greffait aux études, sans qu'on réduise le nombre d'heures. Le week-end, les autres rejoignaient leur famille, plus proche de l'école. Moi, je ne voyais les miens que de temps en temps. Toutefois, en Belgique, j'ai été confronté à un obstacle supplémentaire: celui de la langue. Dire qu'en Ukraine, outre le russe, obligatoire, j'avais préféré l'anglais au français... Enfin, il ne s'agissait que de notions vite oubliées.Une fois par an car le voyage est long. Je suis originaire de Tchernopol, dans le sud. De Kiev, ça représente un long trajet en train. 500 km. En hiver, à cause de la neige, il est impossible de l'effectuer en voiture. Mon pays me manque mais mes parents se sont installés en Belgique et le reste de la famille peut nous rendre visite.C'est une grande ville mais dès qu'on la quitte, on se trouve à la campagne. C'est là que j'ai grandi, dans le calme. J'ai besoin de tranquillité. Je n'aime pas l'effervescence des grandes villes.Mon pays est grand et recèle suffisamment de richesses naturelles mais la transition entre le communisme et le libéralisme est pénible. Les problèmes économiques s'accumulent, les gens travaillent pour rien, les jeunes n'ont pas de perspectives d'avenir. C'est triste. Le régime communiste était très dur mais au moins, les gens étaient payés.Je suis orthodoxe. Nous sommes plus croyants que vous. Je ne suis pas pratiquant, contrairement à mes parents. Avant, la religion était interdite.La santé! Que toute la famille aille bien. Même si on baigne dans l'opulence, on ne peut en profiter si on est malade. Etre en forme suffit au bonheur. Plus globalement, je suis choqué par le manque de respect et d'éducation. Et puis ces guerres qui ravagent le monde...A condition de ne pas parcourir son ciel aérien pendant des exercices, oui (il sourit). Elle est gentille, attentionnée. Mais elle est aussi têtue que moi, ce qui provoque parfois des étincelles!Le tennis, la pêche. Je regarde tous les championnats de foot à la télévision, surtout ceux d'Espagne et d'Italie. J'ai participé à plusieurs tournois en Espagne, avec les Espoirs. Le climat me plaisait. J'aime à peu près tous les films, sauf les fantastiques. Je lis les journaux ukrainiens sur Internet.C'est nécessaire en Ukraine, si on veut manger. En août, c'est la chasse aux canards, en hiver, aux lapins, au petit gibier. Il n'y a pas de cervidés dans ma région. Malheureusement, la chasse est fermée en juin, quand je retourne en Ukraine. J'aimerais la pratiquer ici mais obtenir un permis relève du parcours du combattant. Murielle ajoutera qu'une fois, il a fallu tuer un lièvre dont les pattes étaient cassées et que je n'ai pas pu. Il paraît donc que j'ai un peu de coeur.Murielle Collignon (32 ans): Je surveillais avec mon père, Jean Collignon, la maison où Anderlecht hébergeait les jeunes étrangers. A l'époque, ils étaient neuf. Oleg est doux et attentionné. Nous nous connaissons depuis son arrivée, en 1996. Nous avons appris à nous apprécier. J'avais un petit guide pratique d'ukrainien et quand je m'absentais, je lui écrivais un petit mot en cyrillique. Ce n'était pas facile. Maintenant, je suis familiarisée avec l'ukrainien. Nous vivons ensemble depuis deux ans et demi. Nous ne songeons pas au mariage. Notre projet, c'était un enfant. Oleg et moi sommes sur la même longueur d'ondes. Nous voulons qu'elle connaisse ses limites, qu'elle se plie aux règles élémentaires de la vie en société. Il est plus facile de dire oui à tout mais non, c'est non! La mère d'Oleg était sévère et il lui en est reconnaissant. Il parle ukrainien avec Adeline. Elle doit connaître ses racines. Je n'ai pas encore découvert l'Ukraine et Adeline non plus: elle est trop petite pour un pareil voyage, surtout qu'elle a tendance à hurler, sans arrêt, qaund quelque chose ne lui convient pas... L'année dernière, nous sommes allés à Ténériffe et elle a hurlé pendant tout le voyage. Nous étions gênés. Elle a le physique d'Oleg mais mon caractère.Je suis institutrice maternelle depuis dix ans. Je n'ai arrêté qu'un an, à la naissance d'Adeline. Maintenant, elle va à la crèche. Le seul problème, ce sont les vacances. Mon métier a beaucoup évolué. Les parents éduquent de moins en moins leurs enfants. Ils nous laissent cette tâche. Mon travail me passionne. Il est varié: en première année, je suis plutôt maman, en troisième, je suis déjà institutrice.Nous ne la forcerons pas mais si elle a du talent, nous la soutiendrons. De toute façon, le sport est sain.Un second. Je suis fille unique mais Oleg a une soeur, avec laquelle il jouait beaucoup. Toutefois, Oleg nourrit quelque appréhension: si jamais le second est de la même trempe qu'Adeline...Nous n'allons plus guère au cinéma depuis la naissance d'Adeline, même si nos parents adorent la garder. Nous n'arrivons pas à nous en séparer. Le soir, nous faisons télévision à part. Je ne regarde pas le football. Je me rends au stade pour voir Oleg et pour savourer l'ambiance, rencontrer des gens. A la maison, nous ne discutons guère de foot. Je regarde les journaux et les mêmes films que lui. J'adore me promener et jouer au tennis. Le shopping? Non, même si j'aime faire des cadeaux aux autres. De toute façon, Adeline ne supporte pas d'entrer dans les magasins!Nager avec les dauphins. J'aime les animaux.Il est parfois mélancolique. Il faut le pousser. Il n'écoute pas de musique classique, parfois un peu de musique populaire ukrainienne mais il est plutôt branché sur la musique moderne, à condition qu'elle ne soit pas bruyante.S'il en avait beaucoup, je ne l'aurais pas pris! Il est un peu bordélique. Naïf, aussi: il croit que tout le monde est beau et gentil. Il faut lui ouvrir les yeux, ce qu'il n'accepte pas toujours, quitte à admettre la vérité après-coup. Je suis plus dure que lui. Nous avons les mêmes valeurs, nous attachons beaucoup d'importance à la famille.A Wemmel, danx un endroit calme. Nos parents vont superviser les travaux. Le père d'Oleg était électricien mais il sait tout faire. C'est une villa moderne, très lumineuse.Pascale Piérard