Un point sur quinze : c'était le bilan des cinq sélections africaines au terme de leur toute première apparition dans ce Mondial. Même si tout n'est pas encore plié de manière définitive, il est néanmoins d'ores et déjà acquis que cette Coupe du Monde ne recevra pas l'Afrique 5 sur 5 pour le compte de ses 8es de finale. Est-ce à dire que les représentants du continent noir n'ont pas le niveau ? C'est sans doute aller un peu vite en besogne et faire fi de ce que des formations comme le Cameroun ou le Nigeria ont montré, par le passé, à ce niveau. Deux teams qui, soit dit en passant, auront brillé par leur absence outre-Rhin et qui constituent à n'en pas douter l'une des raisons de la déroute africaine en Allemagne. Les autres ont trait, selon nous, à d'autres facteurs, comme la valeur de l'opposition, le manque de planches, la faiblesse des gardiens, voire l'amateurisme, tous des points développés dans les lignes qui suivent.
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Un point sur quinze : c'était le bilan des cinq sélections africaines au terme de leur toute première apparition dans ce Mondial. Même si tout n'est pas encore plié de manière définitive, il est néanmoins d'ores et déjà acquis que cette Coupe du Monde ne recevra pas l'Afrique 5 sur 5 pour le compte de ses 8es de finale. Est-ce à dire que les représentants du continent noir n'ont pas le niveau ? C'est sans doute aller un peu vite en besogne et faire fi de ce que des formations comme le Cameroun ou le Nigeria ont montré, par le passé, à ce niveau. Deux teams qui, soit dit en passant, auront brillé par leur absence outre-Rhin et qui constituent à n'en pas douter l'une des raisons de la déroute africaine en Allemagne. Les autres ont trait, selon nous, à d'autres facteurs, comme la valeur de l'opposition, le manque de planches, la faiblesse des gardiens, voire l'amateurisme, tous des points développés dans les lignes qui suivent. En apprenant que la Côte d'Ivoire avait été versée dans la même poule que l'Argentine, les Pays-Bas et la Serbie & Monténégro, d'aucuns n'ont pas hésité à parler de groupe de la mort. Pour les Eléphants, tout bien considéré, il n'en allait là que d'un remake d'une situation qu'ils avaient déjà vécue l'année passée. Pour rappel, afin d'éviter une inutile surcharge du calendrier, la Confédération Africaine de Football (CAF) avait décrété, en ce début de millénaire, que chaque vainqueur des groupes de qualification pour la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) serait, dorénavant, automatiquement assuré de sa participation au Mondial. Les deuxième et troisième classés devraient se contenter d'une présence en apothéose de la CAN uniquement. Engagée dans un groupe éliminatoire avec l'Egypte et le Cameroun, chacun se souviendra que la Côte d'Ivoire avait fait fort, l'été dernier, en battant ces deux adversaires sur le poteau et en les privant de participation au Mondial. Deux absences qui peuvent évidemment compter. Les Pharaons d'abord, parce qu'ils ont été sacrés, pour la cinquième fois de l'histoire, les meilleurs de leur continent lors de la CAN 2006, cet hiver. Les Lions Indomptables, ensuite, au nom de tout ce que les Roger Milla, Thomas Nkono ou Patrick Mboma ont déjà apporté en phase finale d'une grande épreuve. Les défections de marque ne s'arrêtaient d'ailleurs pas à ces deux seuls noms. Le Nigeria, troisième de la dernière CAN derrière l'Egypte et la Côte d'Ivoire, a dû se mordre déjà souvent les doigts, lui aussi, d'avoir échoué au stade des préliminaires derrière l'Angola, surprenant Mondialiste. Outre ces trois puissances, il y a encore lieu de citer le Sénégal, véritable révélation de la Coupe du Monde 2002, qui s'était fait brûler la politesse par le Togo, voire l'Afrique du Sud, prochain organisateur de la compétition en 2010, qui a dû reconnaître son maître dans le Ghana. Enfin, si l'Algérie n'a plus qu'un rôle de faire-valoir aujourd'hui, comme en témoigne son avant-dernière place dans un groupe de qualification derrière l'Angola, le Nigeria, le Zimbabwe et le Gabon (mais devant le modeste Rwanda), on regrettera que la Tunisie ait barré la route d'une autre équipe qui n'aurait sûrement pas détoné en Allemagne : le Maroc, devancé d'une unité à peine au décompte final (21 à 20) et qui, à la CAN, fut la seule à tenir tête à l'Egypte : 0-0 au premier tour. Si, au plus haut niveau, il n'y a bien sûr plus de clients, un bon tirage peut quand même aider. A cet égard, comme dit plus haut, la Côte d'Ivoire n'a pas été vernie puisqu'elle a ni plus ni moins hérité du groupe le plus corsé avec, comme adversaires, l'Argentine, les Pays-Bas et la Serbie & Monténégro. Pour une première, voilà qui peut compter. Le Togo, autre nouveau venu sur la scène mondiale, n'avait pas été gâté non plus par le sorteo avec la France et la Suisse, plus la Corée du Sud, autre révélation de la Coupe du Monde 2002. Le Ghana, troisième invité surprise, n'avait pas à se frotter les mains non plus parmi un parterre comprenant l'Italie, la République Tchèque et les Etats-Unis. En définitive, seules l'Angola, aux prises avec le Mexique, l'Iran et le Portugal, de même que la Tunisie, avaient des raisons de ne pas maugréer. Les Aigles de Carthage héritaient effectivement de l'Espagne, souvent synonyme de déception en Coupe du Monde, de l'Ukraine, qui faisait figure d'inconnue et, surtout, de l'Arabie Saoudite, qui apparaissait comme une opposition tout à fait jouable. Des cinq engagés africains, ce furent d'ailleurs les hommes de Roger Lemerre qui récoltèrent, en définitive, le seul point sur les quinze mis en jeu. Mais quelle débauche d'efforts pour y parvenir ! Tout avait pourtant bien commencé pour les Tunisiens, qui avaient défloré la marque peu avant la demi-heure de jeu par Ziad Jaziri, auteur d'une demi-volée somptueuse. L'attaquant de Troyes, très remuant, s'était déjà signalé auparavant par une percée fulgurante qui aurait dû se solder par l'octroi d'un coup de réparation après trois minutes de jeu à peine. L'avantage à la marque, susceptible de rasséréner complètement l'équipe africaine face à un adversaire saoudien en mal d'inspiration eut un effet contraire. Dès la reprise, par le biais de leur maître à jouer, Nawaf Al Temyat, les Vert et Blanc prirent résolument le match à leur compte et ce n'est que justice s'ils égalisèrent par l'entremise de Yaser Al Kahtani. Un but qui, dans ses conception et finition, fera partie aussi de ceux qu'il faudra encadrer dans ce tournoi. En principe, le clou du match aurait dû être le contre rondement mené par Sami Al Jaber, à sept minutes du terme. L'avant d'Al Hilal, qui dispute sa quatrième Coupe du Monde, aura toutefois connu une joie de courte durée car lors du temps additionnel, le grand Radhi Jaïdi fit valoir une fois de plus son jeu de tête exceptionnel en signant in extremis le goal égalisateur. Beaucoup s'accordent à dire que la Côte d'Ivoire, malgré une formation représentative jugée comme la plus probante de tous les temps, n'en comptait pas moins deux points faibles sur l'ensemble de sa production des derniers mois. Le premier concerne le poste de gardien, sur lequel nous reviendrons dans le chapitre suivant. Le deuxième a trait à sa clé de voûte défensive. Car si Kolo Touré et les anciens arrières beverenois Arthur Boka et Emmanuel Eboué n'ont jamais soulevé la moindre critique, il en est allé autrement concernant le quatrième homme dans ce secteur. Il y a un an tout juste, lors du match Côte d'Ivoire-Egypte que nous avions couvert à Abidjan, le poste de couvreur avait été confié, faute de mieux, à Cyril Domoraud, joueur de Créteil et, du haut de ses 35 ans, doyen de la sélection. Ce jour-là, dans la fournaise du stade Félix Houphouët-Boigny, le vétéran avait éprouvé pas mal de difficultés face à un adversaire dont le nom présente des consonances déjà plus familières au public belge aujourd'hui : Ahmed Hassan, nouveau transfuge d'Anderlecht. Malgré la qualification pour la Coupe du Monde, obtenue avec son concours, le fédéral ivoirien Henri Michel changea pourtant ses plans de bataille pour la CAN 2006 : exit Domoraud et place au footballeur troyen Blaise Kouassi, ex-sociétaire de Guingamp. Sa présence n'aura cependant pas suffi à apaiser tout le monde et, pour le match d'entrée à la Coupe du Monde, le technicien français eut recours, finalement, à un autre footballeur essayé lui aussi à l'une ou l'autre reprises à ce poste qui n'est pourtant pas le sien à Marseille : Abdoulaye Meïté. Même si, en l'espace d'une année, l'assise s'est solidifiée, le manque d'expérience au plus haut niveau aura manifestement joué un tour pendable aux joueurs ivoiriens à l'occasion de leur entrée en matière en Allemagne. Surtout sur le deuxième but, signé Javier Saviola, sur un service de Juan Roman Riquelme. Un attaquant qui arrive seul devant le gardien, sur un piège du hors-jeu mal tendu, cela fait désordre, qu'on le veuille ou non. L'Angola, de son côté, a subi une douche froide dès son entrée en matière contre le frère ennemi portugais, puisque Pauleta signa le seul but de la partie après quatre minutes à peine. Pourtant, avant cette joute, le coach Luis de OliveiraGonçalves avait encore répété à l'envi à ses ouailles qu'ils devaient se prémunir contre un départ en trombe des Lusitaniens, et se méfier tout particulièrement du puncheur du PSG. Des injonctions tombées dans les oreilles d'un onze de sourds, manifestement. Le Ghana, troisième nation africaine appelée à se produire sur la scène mondialiste, face à l'Italie, n'a pas davantage déçu, à l'analyse, que la Côte d'Ivoire contre l'Argentine. Mais dans son cas aussi, les petits détails auront fait la différence. A quatre reprises, en début de match, sa défense, et plus particulièrement son portier, Richard Kingston, en avait eu plein les pieds, et surtout les mains, sur des corners d' Andrea Pirlo. Pour le cinquième, le demi de l'AC Milan opta de passer son tour. Résultat des courses : il était subitement seul, à l'entrée du rectangle, pour réceptionner le cuir et ouvrir le score. Une erreur de marquage qui aura coûté cher, sans compter le caviar offert en fin de match par Sammy Kuffour à Vincenzo Iaquinta, qui ne laissa nullement passer l'aubaine pour fixer le score définitif. Depuis qu' Alain Gouaméné, l'ancien keeper de Montpellier, a tiré sa révérence en 2001, la Côte d'Ivoire cherche désespérément un dernier rempart fiable. Au cours des éliminatoires pour la CAN et la Coupe du Monde, c'est Gérard Gnanhouan qui eut les faveurs avant d'être relayé, pour les besoins de la phase finale en Egypte, par Jean-Jacques Tizié, sociétaire de l'Espérance Sportive de Tunis. Mais, au même titre qu'un certain Barry Boubacar Copa, spectaculaire à souhait, c'est souvent tout ou rien avec lui. Richard Kingston, son homologue des Black Stars aura donné bon nombre de sueurs froides lui aussi. Surtout sur les balles aériennes consécutives aux coups de coin d'Andrea Pirlo, où il se troua constamment. Heureusement, il se racheta quelque peu par la suite grâce à quelques arrêts réflexes de la meilleure veine face aux attaquants de la Squadra. Les mêmes réserves, il faut bien les émettre aussi envers le portier togolais, Kossi Agassa. Pisté par le FC Brussels en vue de la succession de Patrick Nys, le Messin n'aura pas réellement marqué des points contre la Corée du Sud. Rester de marbre sur deux tirs de loin, signés Chun-Soo Lee et Jung-Hwan Ahn, ce n'est pas vraiment permis non plus à cet échelon. Enfin, ce qui vaut pour la Côte d'Ivoire est d'application aussi, fût-ce de manière moins accentuée, pour la Tunisie. Durant plus de dix ans, les Aigles de Carthage ont en effet pu compter sur la maîtrise d'un des meilleurs numéros 1 africains : Chokri El Ouaer. Ici aussi, depuis sa retraite en 2002, la Tunisie est en quête d'un digne successeur. Comme personne ne pointe à l'horizon, le onze nord-africain compose toujours avec le quadragénaire Ali Boumnijel dont les meilleures années appartiennent manifestement au passé, à l'époque où il défendait encore les couleurs de Gueugnon et, surtout Bastia. Devant l'Arabie Saoudite, ses incompréhensions répétées avec l'axe central de la défense ont bien failli coûter une surprenante défaite, en tout cas. Depuis sa qualification pour la Coupe du Monde, acquise aux dépens du Sénégal et du Mali, excusez du peu, le Togo n'a malheureusement plus défrayé la chronique sportive. Au contraire, c'est plutôt en dehors des pelouses qu'il s'est distingué. Tout a commencé de fâcheuse manière, pour les Eperviers, en Egypte, avec le bonnet d'âne de l'épreuve : 0 point en 3 matches contre le Congo (0-2), le Cameroun (0-2) et l'Angola (2-3). Une faillite qui s'était doublée d'un clash entre le sélectionneur, l'ex-Anderlechtois Stephen Keshi, et l'attaquant vedette de l'équipe, Emmanuel Adebayor, qui n'avait pas digéré son statut de substitut, au départ, face aux Simbas. La suite, ce fut la destitution, sans autre forme de procès, du coach, remplacé depuis lors par l'Allemand Otto Pfister. Un homme qui aura fait couler beaucoup d'encre depuis lors car, échaudé par la guéguerre entre ses joueurs et la fédération (les Eperviers exigeaient une prime de participation de 155.000 euros et 30.000 euros par victoire glanée en Allemagne), il remit sa démission avant d'être repêché in extremis, grâce à l'intervention des internationaux, avant le premier match contre la Corée du Sud. Par la suite, le doyen des coaches de la Coupe du Monde fut encore accusé de problèmes d'alcoolisme par le secrétaire même de la fédération togolaise, Assogbavi Komlam. Un coup bas qui entraîna une réplique de sa part sous la forme d'une plainte pour diffamation. Peut-on décemment attendre des Eperviers qu'ils planent, dans ces conditions ? l BRUNO GOVERS ENVOYé SPéCIAL EN ALLEMAGNE