Mercredi

Tony Martin ruisselle de sueur pendant que les soigneurs le rafraîchissent avec de la glace. Le coureur fixe du regard son wattage. L'Allemand veut remporter sa quatrième médaille d'or en contre-la-montre et il se retire dans son blindage de Panzer. Même Eddy Merckx, invité dans le bus d'Omega Pharma - Quick-Step, n'ose pas déranger le favori. A 50 mètres de là, son principal rival, Bradley Wiggins, entame son échauffement. Il est zen et ne transpire quasiment pas. D'ailleurs, vingt minutes sur les rouleaux lui suffisent : c'est la moitié moins que Martin. Son coach, Rod Ellingworth, se risque à un pronostic : " Brad va gagner avec douze secondes d'avance. Nous ne lui communiquerons de chrono qu'au sommet de la dernière côte. Pas question de le déconcentrer. "
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Tony Martin ruisselle de sueur pendant que les soigneurs le rafraîchissent avec de la glace. Le coureur fixe du regard son wattage. L'Allemand veut remporter sa quatrième médaille d'or en contre-la-montre et il se retire dans son blindage de Panzer. Même Eddy Merckx, invité dans le bus d'Omega Pharma - Quick-Step, n'ose pas déranger le favori. A 50 mètres de là, son principal rival, Bradley Wiggins, entame son échauffement. Il est zen et ne transpire quasiment pas. D'ailleurs, vingt minutes sur les rouleaux lui suffisent : c'est la moitié moins que Martin. Son coach, Rod Ellingworth, se risque à un pronostic : " Brad va gagner avec douze secondes d'avance. Nous ne lui communiquerons de chrono qu'au sommet de la dernière côte. Pas question de le déconcentrer. " Une heure plus tard, Wiggins est champion, avec 26 secondes d'avance sur Martin. Ellingworth est rayonnant : " Il a gagné sa première médaille d'or au Mondial en 1998, en poursuite juniors. Seize ans plus tard, il a été champion du monde et olympique sur piste et sur route, il a gagné des Six-Jours, le Tour... Il est sans doute le coureur le plus complet depuis Merckx. Et Brad va encore s'attaquer à l'heure, à Paris-Roubaix et à la poursuite par équipes aux JO. Il surpasserait bien Chris Hoy et Steve Redgrave pour devenir le Britannique le plus titré aux Jeux. " Descendu du podium, Wiggins (34 ans) est semblable à lui-même. A un journaliste espagnol : " Si je parle espagnol ? Quelques mots mais mieux vaut que je me taise. Vous insistez ? Pendejo ! (enculé, ndlr). " De dix à douze, tout le monde peut reconnaître le parcours, interdit aux autos. Nous nous postons au pied de la dernière ascension pour voir Gerrans, Valverde et des cyclotouristes pansus. Marianne Vos, aussi. Mark Vanlombeek, le responsable de la communication de la Fédération belge, dispense ses conseils aux juniors et juniores. L'après-midi, l'UCI les convoque à un congrès. Le président Brian Cookson leur explique le fonctionnement de l'UCI et les principes de la lutte antidopage, entre des interviews de cyclistes célèbres : Pedro Delgado et deux Belges : Philippe Gilbert et Eddy Merckx. Valverde et Cie n'en avaient pas envie et ne parlent de toute façon pas anglais. Les juniors se précipitent pour poser avec leurs héros et Merckx a autant de travail que Gilbert. " Eddy, c'est le cyclisme. Une légende ", commente le Britannique Matthew Gibson. Le Cannibale est aux anges : " Dire qu'aucun d'eux ne m'a vu en action ! Ils pourraient être mes petits-enfants. " Il parle ensuite de la course avec Gilbert : " Quand dois-tu attaquer ? Au bon moment. " " Compris ", rétorque Gilbert en riant. Neuf heures, conférence des leaders belges. Deux faits marquants : Un : en 2012, à Valkenburg, dont Gilbert était le grandissime favori, les journalistes étrangers se pressaient dans la salle. Aujourd'hui, il n'y a que des Néerlandais et des Belges. Deux : TomBoonen et Gilbert sont constamment interrogés sur leur condition, le parcours et la tactique alors que Greg Van Avermaet, l'homme en forme, se cure les ongles d'ennui. Pendant que les juniores courent et que les autres Belges préparent leur vélo, Jan Bakelants tend sa carte de crédit à la réception. " Nous devons payer nous-mêmes ce que nous consommons dans notre chambre... " dit-il. La différence entre une fédération dont le budget total est de 110.000 euros pour ce Mondial et une Fédé de foot qui claque 300.000 euros pour un hôtel où les femmes ne séjourneront même pas... Un Espagnol aborde Boonen et Johan Vansummeren. Il est supporter de Boonen et quémande une photo. Pas de problème. Vansummeren se charge de prendre la photo. Il s'ensuit une volée de gracias. " Mon plus grand rêve s'est accompli. " avoue-t-il. Le Mondial pour espoirs a commencé. Cookson défend le bilan de sa première année de mandat devant la presse avant de se diriger vers le village VIP mais un bénévole le retient un quart d'heure, comme tout le monde, jusqu'à ce que le dernier coureur soit passé. Cookson applaudit avec enthousiasme, dans l'anonymat, et patiente. Sepp Blatter aurait-il la même patience ? Les Belges ratent une médaille de peu. Tiesj Benoot est quatrième, derrière le champion du monde norvégien Sven Erik Byström et le favori, Caleb Ewan, qui loupe l'or malgré le travail de ses coéquipiers australiens. Dimanche, Simon Gerrans et Michael Matthews viseront une médaille. Ils l'annoncent en l'absence de la presse internationale, alors que Gerrans figure parmi les favoris. Seuls Velonews et Cyclingnews, les deux principaux sites de cyclisme, sont là. Plus quelques Belges. Et on parle de la mondialisation du cyclisme... Les Belges sont tirés du lit à 7.15 pour un contrôle sanguin. Ensuite, Gilbert se recouche. Les juniors ont déjà déjeuné, trois heures avant le départ de leur Mondial. Ils ont tous collé une photo d'Igor Decraene sur leur guidon. Sauf Jordi Warlop, qui l'a glissée dans sa poche. " Je ne pourrais pas supporter de le voir sans arrêt. " Son ami l'inspire : il termine onzième. Senne Leysen (25e) a puisé des forces dans cette photo aussi : " J'ai eu des crampes dans la dernière côte mais voir notre ami, décédé dans les conditions que l'on sait, m'a donné des forces. " Après une légère séance de deux heures, les professionnels passent une après-midi tranquille. Gilbert salue des supporters venus de Verviers, Boonen voit ses parents et Van Avermaet regarde un film policier, Ride Alone. Rouler seul. Un présage ? " Qui sait ! " Tom Caubergs, le cuistot, apporte deux grands plateaux de génoise dans les chambres. Avant le souper, les coureurs reçoivent la visite de leurs vrais patrons : Alan Peiper et Valerio Piva passent chez Gilbert, Hermans et Van Avermaet, Patrick Lefevere chez Boonen. C'est qu'un Mondial est intéressant pour les équipes. " Je ne suis pas ici en tant que Belge mais comme manager ", précise Lefevere. Certains détails montrent-ils que Boonen est en forme ? " Pas vraiment, sa barbe dissimule tout ", rit-il. " J'ai un autre fer au feu : un Polonais qui s'est entraîné six heures avec Tom mercredi. Tenez-le à l'oeil. " La course féminine démontre ce que l'Australienne Tiffany Cromwell avait souligné la veille : Marianne Vos est un être humain. Elle n'est que dixième. Pour la première fois depuis 2005, elle ne gagne ni l'or ni l'argent. Le maillot arc-en-ciel revient à sa coéquipière française de Rabobank, Pauline Ferrand-Prevot (22 ans). " Dommage pour Marianne mais la victoire d'un autre talent est une bonne chose pour le cyclisme féminin ", commente Cromwell. Vos est grande dans la défaite et ne fuit pas les caméras de la NOS. Son père Henk est tout aussi sportif. " Les gens vont comprendre que les succès de Marianne ne coulent pas de source. Moi, je m'attends chaque année à ce que ça foire car elle n'est pas un robot. Si nous sommes déçus ? Pourquoi donc ? Marianne a fait de son mieux et c'est ça qui compte. " " Le drame de ce Mondial, c'est que les pèlerins pensent que l'arrivée se trouve à Saint-Jacques de Compostelle (à 200 kilomètres à l'est de Ponferrada, ndlr). Donc, on roule sans public ", a écrit le journaliste Hugo Coorevits sur Facebook samedi, au terme d'une journée qui a suscité peu d'intérêt. Tout au plus y avait-il quelques centaines de personnes près du château des templiers et dans la dernière côte. Les supporters étrangers présents sont des passionnés, qui assistent à chaque Mondial. Il n'y a donc pas eu d'ambiance jusqu'à présent malgré le beau temps, alors qu'on annonce des averses régulières et peut-être même un orage aujourd'hui. Les journaux sportifs espagnols ne brûlent pas d'enthousiasme non plus, alors que le Mondial se déroule dans leur pays. Marca et As ne consacrent qu'une page au cyclisme, après toutes les nouvelles footballistiques, respectivement page 45 et 48... Même Fabian Cancellara a déclaré que Ponferrada, contrairement à Florence l'année dernière, n'était pas vraiment un site inspirant. La ligne de départ résume tout : un Carrefour et une pompe à essence... Greg Van Avermaet se moque du paysage comme des premières gouttes de pluie. Les Polonais aussi. Ils ne cessent de travailler. Quelqu'un les a-t-il payés ou le Polonais de Lefevere, Michal Kwiatkowski (24 ans) est-il vraiment si bon ? Après, on apprend que c'est Tom Boonen qui a conseillé cette tactique à son coéquipier. " Ceux qui sont en avant sous la pluie épargnent leurs forces. " C'est la première partie du plan tout ou rien. La deuxième va suivre dans le dernier tour, selon Sebastian Parfjanowicz, journaliste de la chaîne publique polonaise. " Michal m'a confié qu'il allait attaquer dans la descente précédant la dernière ascension, disant qu'il gagnerait s'il avait dix secondes d'avance au sommet. " La stratégie s'avère parfaite : neuf secondes suffisent à contenir Gerrans, Valverde et Van Avermaet. Marek Sawicki, le soigneur polonais d'OPQS, confident du champion du monde, fond en larmes. " Nous n'avons parlé que de la victoire toute la semaine. Michal m'a dit de ne rien apporter à manger à l'arrivée, seulement des vêtements frais. Pour la cérémonie du podium. " Pourtant, en descendant du podium, Kwiatkowski hoche maintes fois la tête, comme s'il avait du mal à comprendre ce qui lui arrivait. Avant dimanche, quand on effectuait une recherche sur Michal Kwiatkowski sur Google, on tombait sur le nom d'un pianiste et chanteur polonais. Il nous en avait parlé précédemment. Nous le lui rappelons. Il sourit : " Ça va changer ? Je vérifierai demain. " Nous l'avons fait : les 31 premiers liens renvoient désormais au coureur. Mission accomplie, Michal. ?PAR JONAS CRÉTEUR - PHOTOS: BELGAIMAGE" Bradley Wiggins est le coureur le plus complet depuis Eddy Merckx. " Rod Ellingworth, son coach " Michal m'a dit de n'apporter que des vêtements frais à l'arrivée. Pour la cérémonie du podium... " Marek Sawicki, le soigneur apolonais d'OPQS