Après en être devenu le CEO en mai 2011, Steven Martens avait traité l'URBSFA de ministère du Football. Avec son flair, il en a fait une entreprise plus moderne qu'elle ne l'a jamais été. Un réel exploit, mais qui l'a fragilisé. Les vieux crocodiles ne l'ont jamais laissé tranquille, et ont fini par avoir sa peau après des calculs erronés : il a démissionné en février 2015.
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Après en être devenu le CEO en mai 2011, Steven Martens avait traité l'URBSFA de ministère du Football. Avec son flair, il en a fait une entreprise plus moderne qu'elle ne l'a jamais été. Un réel exploit, mais qui l'a fragilisé. Les vieux crocodiles ne l'ont jamais laissé tranquille, et ont fini par avoir sa peau après des calculs erronés : il a démissionné en février 2015. Les petits jeux politiques sont de retour à l'avenue Houba de Strooper et la succession de Martens n'a pas été considérée directement comme prioritaire : il a presque fallu une année avant qu'un appel à candidatures ne soit lancé. Les candidats ont jusqu'au lundi 15 février 2016 pour se faire connaître auprès du bureau de sélection Hudson, désigné par l'URBSFA. Celui-ci proposera alors une présélection de cinq candidats à un comité de sélection composé de cinq personnes : le président François De Keersmaecker, le CEO ad intérim Gérard Linard et Gilbert Timmermans (qui représentent tous les deux les amateurs), et deux représentants de la Pro League, à savoir Bart Verhaeghe (Club Bruges) et Philippe Collin (Anderlecht). Doit-on craindre un choix politique ? La procédure révèle en tout cas beaucoup de points communs avec la désignation des principaux fonctionnaires gouvernementaux. Le comité de sélection de l'URBSFA ne comprend aucun expert extérieur indépendant : ce sont toutes des personnes qui se connaissent bien et qui ont intérêt à ce que la 'bonne' personne soit choisie. Pourquoi ne pas désigner un académicien pour les épauler (l'économiste du sport Trudo Dejonghe, par exemple), un ancien dirigeant du sport (Jacques Rogge) ou un étranger qui possède une certaine expérience en la matière ? " Entièrement d'accord ", reconnaît Jan Denys de Randstad, qui a décortiqué la procédure à la demande de Sport/Foot Magazine. " Ce sont des méthodes dépassées. L'URBSFA rate l'occasion d'élargir son champ d'action. " L'impression que les dés étaient pipés ressurgira si un candidat interne (issu du milieu du football) l'emporte. Il est fort possible, aussi, que des candidats extérieurs (comme l'était Steven Martens) se désistent. Ce ne serait pas la première fois. Avant la nomination de Ludwig Sneyers au poste de directeur de la Pro League en 2007, son dernier concurrent, un juriste doté d'une expérience internationale, s'était retiré de sa propre initiative. Le bureau de sélection l'avait pourtant informé qu'il était le meilleur candidat de tous ceux qui s'étaient présentés, mais la Pro League avait décidé de ne pas opter pour un directeur externe. Tout avait été fait pour que Sneyers obtienne le fauteuil de directeur. Le bureau de sélection choisi à l'époque était DeWitte &Morel, la société du président de Gand Ivan De Witte. Il l'a vendue à Hudson il y a plusieurs années déjà, mais y joue toujours un rôle au plus haut niveau. Hudson demeure le partenaire privilégié de l'URBSFA. " Je connais Monsieur De Witte et je peux vous assurer qu'il s'agit d'un homme parfaitement intègre ", souligne Denys. " Selon moi, le risque qu'on puisse influencer le dossier est quasiment nul. Mais je peux comprendre que le monde extérieur n'en soit pas convaincu. " Pour ce qui est du profil, la première chose qui saute aux yeux, c'est que le successeur de Steven Martens et de l'intérimaire Linard sera de nouveau un secrétaire général et plus un CEO. En d'autres termes : un homme qui exécutera les décisions qui ont été prises et qui ne prendra pas des décisions lui-même. Pour quelqu'un qui sera chargé de gérer l'Union belge au quotidien, il n'aura pas une très grande liberté de manoeuvre. " Si l'on veut être autonome, on ne pose pas sa candidature ", affirment les spécialistes. Serge Gommé, de Hudson, n'est pas aussi catégorique : " Le secrétaire général devra aider le Comité exécutif à développer une stratégie. Il devra apporter ses idées et exercera donc une influence. " La description du profil est, par ailleurs, très générale. Elle comprend quelques lieux communs et ne s'attarde guère sur le rôle social que joue le football, ni sur les qualités de communicateur que doit avoir le secrétaire général au sein d'une organisation qui compte autant de membres que l'URBSFA. Cela laisse beaucoup de place à l'appréciation du comité de sélection. Jan Denys : " Il n'est pas inhabituel que le descriptif d'un poste à pourvoir soit assez général. Au niveau du contenu, je n'ai aucune remarque à faire : je n'ai pas l'impression que des choses essentielles aient été oubliées. Qu'on laisse beaucoup de place à l'appréciation du comité de sélection ne constitue pas, en soi, un problème si ce comité est suffisamment large. Selon moi, c'est surtout à ce niveau-là que le bât blesse. " Le nouveau secrétaire général entrera en fonction le 1er mai 2016 et collaborera d'abord, pendant deux mois, avec Gérard Linard. Le Championnat d'Europe en France doit constituer le momentdegloire de l'actuel CEO : un petit cadeau du président De Keersmaecker (qui, grâce à Linard, a obtenu suffisamment de voix wallonnes pour sa réélection) et de la Pro League (qui, avec le soutien de Linard, a reçu un représentant supplémentaire au Conseil d'administration de l'URBSFA en la personne de Bart Verhaeghe). Le successeur de Linard entamera pleinement son mandat à partir du 1er juillet 2016. On ignore tout des candidats possibles. On sait juste que Pierre François, l'actuel CEO de la Pro League, vise le poste. Un poste qui, au vu de la première place qu'occupent les Diables Rouges au ranking de la FIFA, n'est pas inintéressant en matière de prestige. En outre, c'est la guerre froide entre François et Sneyers. Le départ de l'un d'eux apaiserait un peu les tensions au sein de la Pro League. Serge Gommé ne veut pas citer de noms, mais insiste sur le fait que, selon lui, le candidat choisi pourrait parfaitement provenir d'un milieu autre que le football : " Je peux vous garantir que les candidats que je reçois aujourd'hui proviennent essentiellement du milieu académique, ou présentent une expérience intéressante en management dans des entreprises stables et renommées. Ce sont des gens qui aiment le football, sans jamais avoir travaillé dans ce milieu, et qui voient dans ce poste un défi à relever. Vous serez étonné : les candidats que je vais proposer ne proviendront pas nécessairement du milieu du football. " PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS BELGAIMAGE" Vous serez étonné : les candidats que je vais proposer ne proviendront pas nécessairement du milieu du football. " SERGE GOMMÉ, PORTE-PAROLE DU BUREAU DE SÉLECTION HUDSON