Cette saison, comme la précédente, à l'issue de laquelle il avait été couronné roi des buteurs du championnat d'Italie avec 24 réalisations, il marque encore et toujours. Avec huit buts en Ligue des champions, il est l'actuel meilleur artificier du Milan AC, dont il conduit l'attaque avec autant de succès dans le Calcio malgré un passage à vide en ce début d'année. Pas de doute, Andriy Shevchenko, en confirmant des débuts milanais, déjà tonitruants, est bien la star qui s'annonçait sous le maillot du Dynamo Kiev. Il avait à peine dix-huit ans quand, pour sa première titularisation européenne, celui que personne n'appelait encore "Sheva" se distinguait en inscrivant le premier but de la rencontre de son équipe, défaite 4-1 par le Bayern.
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Cette saison, comme la précédente, à l'issue de laquelle il avait été couronné roi des buteurs du championnat d'Italie avec 24 réalisations, il marque encore et toujours. Avec huit buts en Ligue des champions, il est l'actuel meilleur artificier du Milan AC, dont il conduit l'attaque avec autant de succès dans le Calcio malgré un passage à vide en ce début d'année. Pas de doute, Andriy Shevchenko, en confirmant des débuts milanais, déjà tonitruants, est bien la star qui s'annonçait sous le maillot du Dynamo Kiev. Il avait à peine dix-huit ans quand, pour sa première titularisation européenne, celui que personne n'appelait encore "Sheva" se distinguait en inscrivant le premier but de la rencontre de son équipe, défaite 4-1 par le Bayern.Vous êtes satisfait de votre championnat?Andriy Shevchenko : Nous avons trop de retard sur la Roma, nous semblons trop loin pour espérer remporter le Scudetto, mais, à la limite, je dirai qu'il est plus facile pour nous de remporter la Ligue des champions. Le Scudetto, c'est l'épreuve la plus dure. Tous les dimanches, il faut être à 100% de nos moyens. On ne peut pas se permettre le moindre relâchement. Au départ, pour le Scudetto, il y a cinq, six ou sept équipes qui peuvent s'imposer et, pourtant, il est tout aussi difficile de jouer contre Brescia. Cela signifie-t-il que Milan manque de régularité et est davantage une équipe de coupe?Un championnat, c'est très long, mais il est toujours très dur de refaire son retard. Avec notre groupe, je crois que nous sommes mieux armés pour une épreuve comme la Ligue des Champions.Ne serait-ce pas simplement un problème de motivation?Nous sommes toujours déterminés, mais une rencontre de coupe d'Europe, c'est plus stimulant qu'un match à Brescia, par exemple. On l'aborde avec une autre mentalité. Quand on joue contre Manchester, le Real ou le Bayern, forcément, on est animé d'une motivation plus importante. C'est naturel. Mais on peut très bien perdre contre Brescia ou la Reggina, même si Milan est plus fort que ces équipes.Doit-on en conclure que les Milanais misent tout sur la Ligue des champions?On aimerait bien sûr gagner le Scudetto, mais il est évident qu'une coupe d'Europe, c'est spécial. D'autant que le club ne l'a plus gagnée depuis longtemps. Ça nous manque et l'on sent qu'il y a une très grande attente, aussi bien à l'intérieur du club que chez nos supporters.Que pensez-vous de Nicolas Anelka?Je ne le connais pas. Je sais qu'il est parti de Paris très jeune pour Arsenal, où il a marqué des buts; là-bas, il est devenu un joueur important.L'était-il également, selon vous, l'année dernière avec le Real Madrid?Non, même s'il a été décisif en Ligue des Champions, pour lui, ça n'a pas bien fonctionné au Real, et je trouve ça dommage.Vous, on vous a découvert grâce à vos matches en Coupe d'Europe.C'est un peu normal dans la mesure où le championnat ukrainien ne présente pas une grande valeur au niveau international. Il est loin de la réputation du Calcio ou des autres championnats européens. Pour se distinguer, il n'y a pas beaucoup de solutions. La seule est de se montrer dans les matches européens.Cela vous a parfaitement réussi!Je sais que les trois buts que j'ai marqués contre le Barça ont été très importants pour moi, comme ceux que j'ai inscrits face au Bayern. L'Europe, c'est la plus belle des vitrines.Imaginiez-vous que vous vous imposeriez aussi rapidement en arrivant à Milan?Je m'y étais préparé mentalement quelques mois avant de débarquer ici.Vous avez terminé meilleur buteur, mais cette première saison vous a-t-elle totalement satisfait?Cela fait toujours plaisir de finir en tête de ce classement. Mais j'ai quand même éprouvé une certaine frustration. Moi, ce sont les titres qui m'intéressent. C'est bien, c'est même important d'être le meilleur buteur du Calcio, c'est une belle satisfaction personnelle, mais cela ne remplace pas un Scudetto ou une coupe d'Europe, cela ne me rend pas aussi heureux.Votre troisième place au Ballon d'Or 2000 de France Football vous a-t-elle surpris?Je n'avais pas d'attente spéciale, mais cette place m'a fait plaisir.Vous auriez voté Figo ou Zidane?Difficile de répondre. Tous deux sont évidemment de très grands joueurs et ils sont très proches l'un de l'autre. Il y a peu d'écart entre eux. Zidane, en ayant gagné l'EURO, me semblait avoir un avantage, mais bon, ça s'est joué à peu de chose, je crois.Que vous a-t-il manqué pour aller plus haut?Je n'ai pas joué l'EURO, contrairement à Figo et Zidane. C'est un handicap.On a lu que vous étiez un fan de Rui Costa qui est sur les tablettes du Milan AC, mais que la Fiorentina ne veut pas lâcher. Vous maintenez?C'est effectivement un joueur qui me plaît beaucoup. Son rôle est tellement important. Comme Zidane, il joue d'abord pour l'équipe. Figo, ce n'est pas tout à fait pareil.Pensez-vous que vous pourriez remporter le Ballon d'Or dès cette année?Je ne sais pas. Cela ne dépend pas que de moi. Les résultats que nous obtiendrons avec Milan, avec mon équipe nationale, tout ça va compter aussi. C'est sûr, j'aimerais bien. Comme tous ceux qui ont les possibilités pour l'avoir, j'en rêve, mais je ne suis pas le seul.Au bout de sept années en pro, vous prenez autant de plaisir qu'à vos débuts?Moi, je joue, et c'est comme si je m'amusais en même temps. Le football, c'est un travail mais c'est d'abord une passion. Je n'ai pas l'impression de faire des efforts en travaillant.Est-il vrai que vous sautiez par la fenêtre pour aller jouer au ballon avec vos copains?Seulement du premier étage! J'avais huit-neuf ans...Vous êtes un buteur. Est-ce à dire que le but vous obsède?Quand je joue bien, que mon équipe gagne, ça va, je suis heureux, mais le but est quelque chose de plus. Si je ne marque pas, ça me rend un peu nerveux. Quand je rate des occasions, je ne suis pas tranquille, je ne dors pas bien.Vous avez toujours évolué en attaque?Non, quand j'étais petit, j'étais au milieu de terrain et je n'étais pas aussi attiré par le but. C'est un peu plus tard que c'est venu.Considérez-vous qu'il vaut mieux être un buteur pour être vraiment reconnu?Il faut de tout pour faire une équipe, mais en général, pour gagner une partie, il faut marquer un but! Ce sont les attaquants qui peuvent changer le cours d'un match. Ce sont eux qui sont bien souvent décisifs.Quelle est, selon vous, la qualité qui permet de faire la différence?Pour moi, c'est la concentration. Rester concentré jusqu'à la dernière seconde d'un match, voilà ce qui compte pour un buteur. C'est comme ça qu'on peut changer l'issue d'un match.Vous avez encore des lacunes à ce niveau?Je me le reproche. C'est sur ce plan que je dois m'améliorer et je m'y emploie.Vous analysez beaucoup vos performances?Oui. Tenez, je vais vous raconter deux épisodes de ma carrière auxquels je pense régulièrement. L'un, c'est contre l'équipe de France, pendant les éliminatoires de l'EURO (France-Ukraine, 0-0, le 27 mars 1999, à Saint-Denis), et cette occasion lors de mon face-à-face avec Barthez. Ce but, si je le mets, il change tout, à commencer par l'avenir de mon équipe nationale! L'autre c'est contre Galatasaray, lors du premier tour de la Ligue des Champions (3 novembre 1999, victoire de l'équipe turque, 3-2, à Istanbul). George Weah ouvre le score et j'ai une balle de deuxième but, mais le gardien, Taffarel, qui est très fort aussi, sort le ballon. Voilà le genre d'occasions dans de grands matches que je dois transformer, et c'est pourquoi je ne peux oublier mes erreurs précédentes.Vous êtes très perfectionniste?C'est indispensable à un certain niveau. Quand on joue une finale ou une rencontre vraiment importante, ce n'est plus tant le physique ou la technique qui permettront de faire la différence. Il arrive souvent qu'un match bascule sur un détail. D'où la nécessité d'être concentré au maximum et jusqu'au bout. Ça, je l'ai également appris dans la vie, ce n'est pas seulement valable dans le foot.Vous voulez dire qu'il faut y croire jusqu'au bout?C'est ça. Les exemples ne manquent pas! Regardez la finale il y a deux ans entre Manchester et le Bayern, jusqu'à deux minutes de la fin les Allemands avaient gagné... Et la France contre l'Italie, en finale de l'EURO, ça passe à moins d'une minute près. C'est évidemment une question de chance, mais, à mon avis, c'est aussi et surtout une question de concentration.Travaillez-vous un domaine particulier après les entraînements?Non, pas vraiment. Vous savez, chez nous, une bonne séance d'entraînement, ça ne vous donne pas envie d'en rajouter. Il n'y a pas de raison de rester plus longtemps sur le terrain. Je cherche surtout à améliorer mes points faibles pendant les entraînements, sans réaliser un vrai travail spécifique.Tous les gestes que vous tentez paraissent faciles, naturels.Dans un match, on n'a plus réellement le temps de penser. C'est très rare quand on a la possibilité de les préparer. Il faut agir vite. Et là, c'est une question d'instinct, de réflexe. Mais, derrière ces tentatives, il y une part de travail très importante. Tous ces gestes, je les ai répétés des milliers de fois et je continue de les répéter tous les jours. C'est la même chose au tennis. Quand un joueur réussit un truc fabuleux, on a l'impression que ça lui est venu naturellement, et pourtant...Y a-t-il beaucoup de choses qui ont changé dans votre vie depuis vous êtes à Milan?On ne peut pas comparer les deux existences. Ici, je suis arrivé comme un petit enfant qui découvre et doit apprendre plein de nouveautés. Là-bas, j'étais chez moi et j'étais sans doute plus insouciant, plus tranquille. A Milan, mon comportement est plus professionnel. Je me consacre à fond à mon métier.A Kiev, la discipline n'était-elle pas plus rigoureuse?En Ukraine, avec le Dynamo, tout était planifié. Les entraînements, les périodes de repos. On te disait d'aller te coucher et tu allais dormir. En Italie, je dispose de plus de liberté dans mes mouvements. Je peux aller au cinéma, au restaurant quand je le veux. Je suis plus responsable, plus autonome.Votre famille est-elle toujours à vos côtés?Oui, c'est très important pour moi. Ma mère et ma soeur vivent à Milan, près d'ici. Quand nous avons un jour ou deux, nous partons pour Monaco, où j'ai acheté un appartement. C'est un endroit qui me plaît énormément. J'adore y passer mes vacances, j'y suis très tranquille. L'un de mes grands plaisirs, c'est d'aller taper dans la balle avec Andreï Medvedev au tennis-club ou de sortir dans les restaurants avec mes copains.Ça vous change de la pêche?Mais je continue de pêcher avec mon père quand je retourne dans mon pays. C'est un loisir qui me permet de décompresser. D'ailleurs, je ne fais pas ça pour prendre du poisson, mais juste pour prendre le soleil!Vincent Machenaud, ESM