E bou Sillah a 26 ans et entame sans doute les meilleures années de sa carrière. Ses passages au RBC Roosendaal, qui a lutté contre la rétrogradation, et en Russie, au Rubin Kazan, où il a affronté le racisme, ont endurci le petit Gambien (1m70). On le remarque à la manière dont il communique. Son sourire décontracté a disparu, comme son verbe spontané, parfois chaotique. Certes, il rit encore et ses yeux restent éloquents mais il a perdu la naïveté qui le caractérisait à Bruges (1997-1999 et 2000-2002) et à Harelbeke (1999-2000).
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E bou Sillah a 26 ans et entame sans doute les meilleures années de sa carrière. Ses passages au RBC Roosendaal, qui a lutté contre la rétrogradation, et en Russie, au Rubin Kazan, où il a affronté le racisme, ont endurci le petit Gambien (1m70). On le remarque à la manière dont il communique. Son sourire décontracté a disparu, comme son verbe spontané, parfois chaotique. Certes, il rit encore et ses yeux restent éloquents mais il a perdu la naïveté qui le caractérisait à Bruges (1997-1999 et 2000-2002) et à Harelbeke (1999-2000). Sillah : " J'ai acquis de l'expérience, c'est certain. Je raisonne de façon plus cartésienne. Avant, quand je n'étais pas payé à temps, je ne me tracassais pas et je continuais à dépenser mon argent. J'ai appris à le gérer, à ne plus dépenser davantage que ce que j'ai en poche. J'essaie de rester ouvert et amical à l'égard de chacun. J'ai appris à laisser glisser sur ma carapace ce qui s'est passé en Russie. Les gens sont ainsi faits : il ne faut pas essayer de les changer. C'est pareil sur tous les terrains : parfois, on vous provoque, surtout quand on est fatigué ou frustré. On dit alors des choses qu'on ne pense pas. J'ai appris à les accepter ". Tout s'est bien passé quand Bruges l'a loué au RBC Roosendaal pour la saison 2002-2003. Sillah jouait bien et semblait voué à la réussite aux Pays-Bas jusqu'à ce qu'une fracture de la jambe au second tour le mette sur la touche. Il s'est battu pour revenir et le RBC, une équipe de bas de tableau des Pays-Bas, a souhaité le conserver mais la somme demandée par le Club était trop élevée et l'affaire a échoué. En revanche, le fortuné club russe de Rubin Kazan était en mesure de payer le prix et le Gambien y a signé pour deux ans. Le Kazan qu'a fui Cédric Roussel... Sillah : " Le club était bon, le football aussi mais les Russes ne sont pas gentils. Ils ne comprennent pas les étrangers et encore moins les Africains. Je passais ma journée dans mon appartement. Financièrement, c'était une bonne affaire. Kazan m'a toujours payé correctement, mais quel peuple étrange. Un coéquipier sénégalais et moi avons dû fuir un night-club car on nous tirait dessus ! Et on a souvent détérioré ma voiture : tranché les pneus, brisé les vitres et toutes sortes de choses de ce genre. Le club payait toujours tout, ce n'était pas le problème mais ce racisme était pénible. Tous les Africains le subissent en Russie ". Il s'est focalisé sur le football. Cela en valait la peine. Kazan est un club riche du championnat russe qui a gagné en qualité et intérêt ces dernières années. Ainsi, parmi les coéquipiers d'Ebou Sillah, Georgi Kinkladze, le dribbleur qui a fait fureur il y a quelques années à Manchester City. Sillah a joué régulièrement et avec panache, généralement comme numéro dix derrière les attaquants. Sillah : " J'occupe cette position en équipe nationale depuis des années. J'ai peu marqué à Kazan mais délivré de nombreux assists. Le championnat était d'un bon niveau. Affronter des équipes comme le CSKA, le Lokomotiv ou le Spartak Moscou rappelle l'ambiance et le niveau des affiches contre le Club ou Anderlecht. Le climat était agréable aussi. On joue pendant les mois d'été et on arrête en octobre, quand il fait trop froid. C'est là que ça devient infernal. D'octobre à mars, les clubs sont constamment en stage. Les joueurs sont loin de chez eux et doivent travailler dur sans plus avoir de matches à enjeu. En plus, on va au vert avant chaque match de championnat et les distances sont souvent longues. Nous avions parfois 12 heures de vol avant un match de championnat en déplacement ". La carrière d'Ebou Sillah avait commencé rapidement. A 16 ans, il a fait la connaissance d' Adrien De Vriendt, un passionné d'Afrique qui tenait un camping à Bruges. De Vriendt, le père d' Annick, alias Madame Peter Van der Heyden, voulait le caser au Cercle Bruges mais Sillah a atterri chez le grand frère, après un passage à Blankenberge. Grâce à Hugo Broos... Sillah revient en arrière : " Adrien m'a vu jouer en Gambie avec des copains. Il a noué contact et a tenté de me convaincre de venir en Belgique. Ce qui est marrant, c'est que j'avais déjà disputé un tournoi international de jeunes à Enschede. Mon équipe gambienne avait gagné cette joute et j'avais été élu Joueur du tournoi. Le Club Bruges assistait à l'événement mais c'est Twente qui m'a proposé un contrat. J'avais 16 ans. Je suis retourné en Gambie pour régler mes problèmes de visa mais une fois au pays, je n'ai plus eu envie de jouer aux Pays-Bas. Je suis resté en Gambie, avec ma famille et mes amis, jusqu'à ce qu'Adrien me découvre et me convainque d'essayer encore. Le test au Cercle n'a pas eu lieu mais pendant mon contrat de trois mois à l'essai à Blankenberge, Broos est venu m'embaucher en 1997. Tout s'est emballé. Après six mois en Réserves, j'ai été versé dans le noyau A. J'ai joué mon premier match sous la direction d' Eric Gerets contre Gand. J'ai été titularisé. Je m'en souviens très bien, j'étais opposé à Stijn Vreven. Il y a davantage de footballeurs physiques en Belgique et en Russie mais je pouvais leur opposer ma vitesse et ma technique. L'adversaire me sous-estimait à cause de ma petite taille et j'en profitais. Gerets m'a fait confiance et m'a donné ma chance. Ensuite, sous René Verheyen, cela s'est moins bien passé. J'ai participé à tous les matches de préparation mais je me suis retrouvé sur le banc à l'entame du championnat. Inexplicable. Quand je suis en forme, je veux et je dois jouer. J'ai passé 90 minutes sur le banc contre St.-Trond. J'étais en rage. Je voulais retourner en Gambie, ne plus jouer pour Bruges. Adrien a alors téléphoné à Henk Houwaart, un ami, et lui a demandé s'il ne pouvait m'utiliser à Harelbeke... Sous ce maillot, j'ai pris ma revanche sur le Club à deux reprises. Je lui ai prouvé qu'il avait tort. Nous avons gagné 2-1 et le lendemain, Verheyen était limogé. René était un bon ami. Nous parlions souvent ensemble de l'entraînement. Mais quand il ne m'alignait pas, j'étais fâche et déçu. Après Harelbeke, j'ai eu l'occasion de signer à Genk, où Johan Boskamp me voulait à tout prix mais Bruges m'a promis que j'aurais une nouvelle chance avec son nouvel entraîneur, Trond Sollied en 2000 ". L'ailier gauche a conquis sa place dans le football calculateur du Norvégien au premier tour : " Puis au second, je n'ai plus décollé du banc et j'ai voulu partir. Sollied a toujours été franc et ouvert à mon égard. Il ne pouvait me garantir de place. Je lui ai donc dit que je préférais partir ". Ce fut d'abord le RBC Roosendaal puis Kazan. Nous connaissons la suite de l'histoire... A la fin de son contrat à Kazan en 2005, le Gambien a été accueilli à bras ouverts à Roosendaal. Il a lutté contre la rétrogradation toute la saison passée. Le RBC a vécu cette année avec le titre peu flatteur de " plus mauvaise équipe d'Europe ". Pas vraiment marrant après une aventure russe pénible. Sillah : " Non mais il faut s'adapter, faire de son mieux et aider ainsi l'équipe à aller de l'avant. Ce n'était pas facile. A l'entraînement, un joueur sur cinq y allait à fond. La plupart de mes coéquipiers n'étaient absolument plus motivés. Ils s'entraînaient dix minutes puis se plaignaient d'une blessure. Ils gagnaient facilement leur argent. Ce n'est pas correct. Malgré les circonstances, je me suis livré à fond et c'est pour ça que les supporters m'appréciaient. Ils voulaient que je reste aux Pays-Bas mais je n'en avais pas envie. Le RBC est un chouette club, convivial, mais il a choisi les mauvais joueurs il y a un an ". Après quatre ans, Ebou revient donc où tout a commencé pour lui. En Belgique. Le pays où il a effectué ses premiers pas dans le football européen, où il a fait la connaissance de son amie Inge, où il a vécu si longtemps, même quand il jouait aux Pays-Bas : " La Belgique me manquait. Tous mes amis habitent ici. Je me suis fait à la vie ici. C'est mon pays, maintenant ". Au FC Brussels, il doit réaliser des actions et susciter le danger : " Je ne veux plus jouer ailleurs que derrière les attaquants. J'y ai plus d'espaces et reçois plus de ballons que sur le flanc gauche. Or, je raffole du ballon ! Au RBC, j'étais ailier gauche mais l'entraîneur me laissait beaucoup de liberté. J'ai évolué en football. Avant, je ne pensais qu'à l'aspect offensif. Après une action, je restais planté sur le terrain. Maintenant, je défends. J'ai beaucoup travaillé mon tir, qui était trop mou. Je possède une bonne technique de frappe. Au RBC, je me chargeais de tous les coups francs et des corners ". Sillah sait qu'il est sous pression. Ses dribbles doivent maintenir le Brussels en D1. Il sait qu'une campagne difficile l'attend : " Ce Brussels est une jeune équipe bourrée de qualités mais je redoute que nous manquions d'expérience pendant le championnat ". Enfin, avec Sillah dans ses rangs, le Brussels a déjà six points en poche, ceux des matches contre le Club Bruges... Ebou sourit : " Je connais encore quelques joueurs... Philippe Clement, Birger Maertens et Olivier De Cock. J'ai hâte de les affronter ! " MATTHIAS STOCKMANS