L'Ecosse ne s'était pas qualifiée pour l'EURO 2000 mais un tel tournoi permet toujours d'apprécier les développements du football. La Scottish FA, la fédération de football écossaise, a donc envoyé son sélectionneur, Craig Brown en Belgique et aux Pays-Bas. Elle a réservé à Brown et à son adjoint une chambre dans un coûteux hôtel du centre de Bruxelles. Las, au terme du match d'ouverture Belgique-Suède, pas moyen de trouver un taxi. Enervé par cette attente, Brown a découvert un petit hôtel sis de l'autre côté de la rue, à droite du stade Roi Baudouin. A sa grande surprise, il restait des chambres libres. Le réceptionniste a demandé si ces messieurs en voulaient une ou deux. Pour ne pas imposer de frais inutiles à sa fédération, Brown n'en a pris qu'une. Ces messieurs voulaient un grand lit ou deux, dans ce cas?
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L'Ecosse ne s'était pas qualifiée pour l'EURO 2000 mais un tel tournoi permet toujours d'apprécier les développements du football. La Scottish FA, la fédération de football écossaise, a donc envoyé son sélectionneur, Craig Brown en Belgique et aux Pays-Bas. Elle a réservé à Brown et à son adjoint une chambre dans un coûteux hôtel du centre de Bruxelles. Las, au terme du match d'ouverture Belgique-Suède, pas moyen de trouver un taxi. Enervé par cette attente, Brown a découvert un petit hôtel sis de l'autre côté de la rue, à droite du stade Roi Baudouin. A sa grande surprise, il restait des chambres libres. Le réceptionniste a demandé si ces messieurs en voulaient une ou deux. Pour ne pas imposer de frais inutiles à sa fédération, Brown n'en a pris qu'une. Ces messieurs voulaient un grand lit ou deux, dans ce cas? Le sélectionneur, âgé de 60 ans, éclate de rire en racontant l'anecdote. Très décontracté, il fait étalage de ses talents de causeur pendant plus de deux heures. Il est sélectionneur depuis huit ans -il a les plus longs états de service en Europe, après Paul Philipp, du Luxembourg- et il sait relativiser la nécessité des hôtels sélect. Il ne trouve pas grave de devoir partager deux lits étroits avec son adjoint, qui est coach d'Everton dans la vie de tous les jours. L'interview a lieu quelques heures avant Belgique-St-Marin. Brown est anticipe. Sans qu'on lui ait posé de questions, il avance deux noms, deux joueurs qu'il a remarqués pendant l'EURO : " Wilmots, pour son engagement et son drive, mais surtout Goor m'ont impressionné. Un gars bourré de classe. Jusqu'à présent, je trouve que la Belgique est la meilleure de ce groupe. Elle aurait mérité de se qualifier pour le deuxième tour de l'EURO. Dès le tirage au sort, je l'ai considérée comme notre principale rivale. Je ne crois pas en la Croatie. Elle a trop de tempérament, même dans le chef des joueurs les plus expérimentés. La Belgique est favorite. Nous en découdrons avec la Croatie pour la deuxième place et les playoffs". Pour étayer ses propos, Brown évoque la Ligue des Champions. "Seize clubs au deuxième tour, 25 joueurs par club, ça fait 400 joueurs. Il n'y a qu'un seul Ecossais, Matteo, de Leeds, mais aucune équipe. Vous avez Anderlecht et Deflandre. Ah, quand je me replonge dans le passé, alors que Liverpool était un grand nom et qu'il alignait toujours quatre ou cinq Ecossais..." L'Ecosse a joué trois fois en déplacement. Elle est en tête, avec la Belgique, grâce à des victoires en Lettonie et à St-Marin et à un nul contre la Croatie. Brown est confiant, à condition, précise-t-il, de pouvoir aligner sa meilleure équipe : "Nous avons une équipe raisonnablement bonne quand tout le monde est disponible mais trop souvent, je perds cinq joueurs au moment de la sélection. Si mon noyau est au complet, la partie sera équilibrée. Si je suis privé de certains joueurs, la Belgique a une meilleure équipe".Paul Lambert, le médian du Celtic, fait particulièrement défaut. Il n'a pas encore participé à cette campagne. Lambert a remporté la Ligue des Champions avec Dortmund. Il joue le rôle de régulateur dans l'axe. L'Ecosse lui a toutefois trouvé un successeur, Barry Ferguson (Rangers, 21 ans à peine). Mais Ferguson est encore susceptible de connaître des passages à vide, dans un grand match. S'il avait eu Lambert, Brown est convaincu que Paul Scholes n'aurait jamais pu inscrire deux buts au match aller des playoffs qualificatifs pour l'EURO, contre l'Angleterre. L'Ecosse a bien battu sa rivale 0-1 en Angleterre même, mais par un trop petit écart. C'était une première pour Brown, car ses troupes ont participé à l'EURO 96 et au Mondial 98. Le sélectionneur n'est pas homme à chercher des excuses: "Nous n'étions tout simplement pas assez bons". Le jugement de Brown est tout aussi implacable quand il évoque la maigre victoire écossaise à Riga. "Notre jeu a été misérable. Nous avons volé les trois points en inscrivant un but dans la dernière minute de jeu. Vous vous êtes imposés avec aisance, ce qui démontre vos qualités". L'Ecosse a battu St-Marin 0-2. "Là, je trouve que nous avons brillamment joué. J'ai compté dix-neuf occasions de but mais leur gardien était en état de grâce". Le troisième match a eu lieu en Croatie. Par rapport au noyau de St-Marin, cinq joueurs, dont quatre titulaires, ont dû déclarer forfait. " Boksic a inscrit un superbe but. J'ai pensé: -Nous sommes menés, en déplacement qui plus est, cinq joueurs sont out, c'est foutu. Mais cette équipe est extrêmement forte mentalement en déplacement. Je préférerais jouer à Bruxelles, pour le moment. Nous avons déjà gagné en Allemagne, en Angleterre, fait match nul en Russie, mené 0-2 à Prague... Nous nous sommes battus pour égaliser en Croatie". A domicile, le public attend énormément de son équipe nationale. Si elle tarde à marquer, il est frustré et les critiques ne tardent pas. Pourtant, la récolte écossaise à domicile n'est pas mauvaise. L'Ecosse a remporté tous ses matches à domicile avant l'EURO 96 et deux ans plus tard, seule la Russie est parvenue à prendre un point à Glasgow. "Avant ces deux tournois, en vingt matches, nous n'avons encaissé que cinq buts. Mais en dix rencontres avant l'EURO 2000, nous en avons pris dix. La défense n'était pas assez compacte". En cause, les blessures. Colin Hendry (35 ans) était souvent forfait et il cherchait une équipe qui le titularise. Le capitaine actuel de Brown fait maintenant du bon boulot à Bolton, mais Brown a des alternatives, avec Boyd (Celtic), Dailly (West Ham) et Elliott (Leicester). Depuis un certains temps, c'est Neil Sullivan (Tottenham), qui défend le but. "Défensivement, nous nous sommes retrouvés. Le problème s'est déplacé vers l'avant. Nous n'avons pas de finisseur". La situation s'éternise depuis qu' Ally McCoist et Mo Johnston ont raccroché. "La question n'est plus de savoir si mes attaquants vont marquer. J'espère qu'ils y parviendront. Gallacher est pour ainsi dire la seule valeur sûre en Angleterre. Les Ecossais des Rangers et du Celtic sont confrontés à des étrangers brillants". Les Espoirs écossais ont atteint les demi-finales de l'EURO 92 sous la direction de Brown. Duncan Ferguson avait brillé en pointe et la succession semblait assurée. Neuf ans plus tard, Ferguson n'est plus considéré comme un international potentiel. Brown lui a accordé sa chance à trois reprises. Chaque fois, il a échoué. L'Ecosse a été battue 1-0 en Grèce, elle a fait un nul blanc contre l'Estonie et en Autriche. Duncan Ferguson est très contesté en Ecosse. Il a même volé en prison pour avoir donné un coup de boule à un joueur pendant un match. Depuis lors, plus rien ne va entre le joueur et la fédération. La formation écossaise s'appuie surtout sur une bonne chimie. Une dynamique. Elle n'a pas d'étoiles mais un groupe très solide. Le système de jeu varie. L'Ecosse passe du 3-5-2 au 3-4-3, au 4-4-2 ou encore au 4-5-1, en fonction de l'adversaire mais aussi des joueurs disponibles. "Longtemps, l'Ecosse n'a pas eu d'extérieurs de qualité, pour évoluer en 4-4-2, mais nous l'avons quand même fait avec des joueurs dont ce n'était pas le rôle avec Collins à gauche, Strachan ou McAllister à droite. Maintenant, nous ne manquons plus de joueurs dans ce registre". Gary McAllister est sans doute le joueur le plus connu. Brown devait encore discuter avec lui mais il a laissé entendre qu'il le sélectionnerait. McAllister a mis sa carrière entre parenthèses, déçu parce que les supporters l'avaient sifflé à cause d'un penalty raté mais surtout pour aider sa femme, atteinte d'un cancer au sein. Le médian a retrouvé son second souffle à Liverpool. Il vient de réouvrir sa porte à l'équipe nationale, si l'on en croit un quotidien écossais. Brown : "Il a déclaré que si j'avais des problèmes à cause des blessures, il était prêt à m'aider. Le journaliste a interprété ses propos : McAllister is back. Je ne demande pas mieux mais je veux l'entendre de sa propre bouche". McAllister est à l'Ecosse ce que Wilmots est à la Belgique. Brown avait emmené en France son capitaine, alors blessé, comme élément motivateur du groupe. Le public ne partage pas son avis. "Quand vous ne jouez pas pour une formation écossaise, il vous est difficile de vous faire accepter. Gary est originaire de Motherwell mais il a rejoint le Sud très tôt : Leicester, Leeds, Coventry et maintenant Liverpool. Jamais il n'a joué pour une de nos grandes équipes et l'opinion publique se dit : -Nous avons Ferguson, plus jeune et en meilleur forme. A mes yeux, jamais la forme de McAllister n'a été en cause. Il a énormément d'influence et un passing formidable. Le problème, c'est qu'on ne rappelle pas un gars de 35 ans pour l'envoyer dans la tribune ou sur le banc". Glasgow est dingue de foot mais, fait étrange, les supporters de l'équipe nationale viennent de l'extérieur. "Le supporter de l'Ecosse n'est pas un fan du Celtic ni des Rangers. Il vient des Highlands. Avant, c'était différent. Les supporters des Rangers tenaient avec l'équipe nationale écossaise et ceux du Celtic avec les Irlandais".Une défaite face à la Belgique constituerait une terrible déception pour l'Ecosse, voire une honte, mais sans le moindre rapport avec l'humiliation ressentie après l'élimination pour l'EURO face à l'Angleterre. Sa victoire au match retour, à Wimbledon, a-t-elle sauvé sa tête? "Je ne pense pas". Il éclate de rire. "Un journaliste TV m'a demandé en direct, après l'élimination: -Ne trouvez-vous pas qu'il est temps d'entamer un nouveau chapitre? J'ai répondu: -Vous m'interrogez depuis huit ans, ne faudrait-il pas que d'autres journalistes de Sky me posent des questions? L'interview a immédiatement été interrompue". Craig Brown est soulagé que Robert Waseige soit plus âgé que lui. Ça balaie l'argument selon lequel il serait trop vieux pour cette tâche. Son contrat prend fin en décembre et il n'y a pas encore eu de négociations pour une prolongation : "Je pense que la fédération ne discutera que si nous nous qualifions pour la Coupe du Monde. Si ce n'est pas le cas, je ne serai sans doute plus sélectionneur mais je resterai directeur technique". Heureusement, le public n'a pas son mot à dire. Sinon, le sélectionneur le plus durable de tous les temps n'aurait même pas obtenu ce poste. Nul ne croyait en Brown, un ancien joueur moyen, qui a toutefois aidé Dundee à battre Anderlecht 1-4 à Bruxelles, en 1963. Il était entraîneur des Espoirs et membre du staff, quand il a pris la succession d' Andy Roxburgh, en automne 1993. " I was lucky. On citait Strachan et Dalglish mais c'est moi qu'on a choisi". Il se souvient du sondage d'un journal, qui demandait à ses lecteurs qui devait diriger l'équipe nationale. Il termina quatrième avec 9% des voix, derrière Alex Ferguson, qui a dirigé l'équipe pendant dix matches dont seuls trois se sont terminés sur une victoire, Dalglish et Strachan. "On m'a demandé ce que je pensais de ce sondage. Alex Ferguson l'a remporté mais avec seulement 29% des voix. Ça prouve que les lecteurs n'y connaissent pas grand-chose car en fait, 71% n'ont pas voté pour le meilleur manager d'Europe. Je ne sais pas si je suis parvenu à convaincre les gens depuis lors. Ça ne m'intéresse pas beaucoup". Tout le monde sait, selon lui, que l'Ecosse n'a pas de superstar pour l'instant mais qu'elle compense ce handicap par une excellente préparation. "Je suis très fier de la parfaite organisation de l'équipe. Nous recevons rarement des raclées. Organiser l'équipe est la tâche la plus importante d'un sélectionneur. Aux yeux de certains, mon équipe est sur-coachée mais je ne trouve pas que c'est au détriment de sa créativité. J'hésite à le signaler, car ça peut me revenir en pleine figure comme un boomerang, mais si je reviens sur mes 66 matches à la tête de l'équipe, je constate que nous n'avons encaissé trois buts qu'à trois reprises. Non que mon jeu soit défensif, mais nous sommes difficiles à battre. Les joueurs savent exactement ce qu'ils doivent faire quand ils ont perdu le ballon". Il y a quelques années, Carlos Alberto Pareira, le sélectionneur du Brésil, avait dit: "Le Brésil a peut-être les meilleurs joueurs du monde mais dans ce cas, pourquoi avons-nous dû attendre 24 ans pour gagner une Coupe du Monde? Parce que nous étions brillants en possession du ballon mais que nous ne savions pas quoi faire quand nous le perdions". Brown a bu ses paroles: "J'ai trouvé ses propos très pertinents. C'est pour ça que nous essayons de nous entraîner en fonction de nos lacunes. Pour l'instant, notre point faible, c'est le jeu avec deux attaquants. J'introduis donc des séquences qui permettent aux deux avants de savoir comment se placer par rapport aux autres. J'arrête souvent ce genre de séance, ce qui ennuie les joueurs. D'où ces critiques". Peter T'Kint