Vendredi 31 août, jour de clôture du mercato. Le monde du football est à l'affût d'un transfert de dernière minute mais, à Amsterdam, c'est le calme plat. Cet été, plusieurs Ajacides étaient pourtant en vogue : Frenkie de Jong était cité à Barcelone, Matthijs de Ligt à la Juventus et Hakim Ziyech à l'AS Rome. Mais tous les trois se sont présentés en équipement au centre d'entraînement de l'Ajax.
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Vendredi 31 août, jour de clôture du mercato. Le monde du football est à l'affût d'un transfert de dernière minute mais, à Amsterdam, c'est le calme plat. Cet été, plusieurs Ajacides étaient pourtant en vogue : Frenkie de Jong était cité à Barcelone, Matthijs de Ligt à la Juventus et Hakim Ziyech à l'AS Rome. Mais tous les trois se sont présentés en équipement au centre d'entraînement de l'Ajax. Étonnant, surtout dans le chef de Ziyech. Dans son esprit, le milieu de terrain marocain vivait ses dernières heures à Amsterdam et s'apprêtait à embarquer pour une aventure à l'étranger. Pourtant, il devra se contenter de l'Ajax cette saison. " Je suis mon instinct, je ne me laisse pas influencer par les autres ", avait déclaré Ziyech, plus tôt dans la matinée, en s'asseyant à notre table. Au cours des semaines précédentes, il n'avait pas donné d'interviews, il n'avait parlé qu'avec ses pieds. L'international n'avait pas envie de devoir toujours répondre aux mêmes questions, celles concernant son transfert. Jusqu'à ce jour. " Je n'ai parlé de mon avenir qu'avec mes amis, ma famille et mon agent ", résume-t-il. " Bien sûr, certaines personnes m'ont également conseillé de quitter l'Ajax, mais ils ajoutaient que c'était moi qui devais prendre la décision. En précisant qu'ils la respecteraient. Je suis qui je suis, et je peux me regarder dans un miroir. Finalement, tout le monde obtient ce qu'il mérite, j'en suis convaincu. Et, dans mon cas, ce que je méritais, c'était de continuer à jouer pour l'Ajax. " Peu de gens avaient envisagé cette hypothèse. Hakim Ziyech : Je peux le comprendre. C'est effectivement une surprise car, moi-même, je n'avais pas envisagé de prolonger mon séjour à Amsterdam. Si je suis encore ici, c'est parce que je n'ai pas trouvé chaussure à mon pied ailleurs ou qu'un problème s'est présenté avec l'Ajax. Toutes les pièces doivent s'emboîter pour qu'un transfert se réalise, je l'ai toujours dit. Et cela n'a pas été le cas. Quand as-tu pris conscience que le transfert ne se réaliserait pas ? Ziyech : Après la qualification contre le Standard. Les chances de participer aux poules de la Ligue des Champions avec l'Ajax sont devenues très grandes et j'avais très envie d'y prendre part. En fait, c'est à ce moment-là que j'ai tourné le bouton dans ma tête et que j'ai pris la decision de ne pas partir. Entre-temps, la participation à la Ligue des Champions est devenue une réalité et je suis content d'être resté. En fin de saison dernière, tu étais quasiment sûr de partir. Ziyech : Au coup de sifflet final du match à l'Excelsior, lors de la dernière journée de championnat, j'étais persuadé d'avoir disputé mon dernier match sous le maillot de l'Ajax. J'avais aussi le sentiment que c'était le bon moment pour changer d'air. Mais, en football, on ne sait jamais ce que l'avenir réserve. L'AS Rome semblait être votre futur employeur. Pourquoi l'affaire a-t-elle capoté ? Ziyech : Personnellement, j'avais trouvé un accord avec l'AS Rome. Avant la Coupe du monde, j'avais eu une bonne discussion avec le club. Nous étions sur la même longueur d'ondes. Mais, finalement, le transfert ne s'est pas concrétisé. L'AS Rome a fait une proposition, l'Ajax une contre-proposition et, selon moi, il ne s'est plus rien passé par la suite. Je ne peux rien reprocher à l'Ajax. Par la suite, d'autres clubs ont marqué leur intérêt, comme Bordeaux, le FC Séville, Leicester City et West Ham United, mais ils ne t'intéressaient pas. Tu as placé la barre très haut. Ziyech : Avec tout le respect que je dois à ces clubs, je n'échangerais pas mon statut à l'Ajax pour aller jouer chez eux. Pour moi, un aspect a toujours été primordial : je dois effectuer un pas en avant sur le plan sportif. Si le club intéressé n'est pas meilleur que l'Ajax, je préfère rester à Amsterdam. Je ne voulais pas réaliser un transfert pour le plaisir de réaliser un transfert. Mon agent, Mustapha Nakhli, le savait. Il ne me contactait que si l'intérêt d'un club était très concret, pas s'il prenait simplement des renseignements. Cela, je n'avais pas besoin de le savoir. Finalement, j'ai eu vent de l'intérêt de certains clubs, mais je n'y ai pas donné suite. Je considérais qu'en signant là-bas, je ne progresserais pas sportivement. Seule l'AS Rome aurait été un veritable pas en avant, mais cela ne s'est donc pas concrétisé. L'Ajax a demandé 12,5 millions d'euros par année de contrat, soit une somme totale de 37,5 millions d'euros. Ziyech : Je suis encore sous contrat jusqu'en juin 2021. L'Ajax avait promis de collaborer, mais devait aussi s'y retrouver sur le plan financier. Ils ont eux-mêmes déterminé la somme qu'ils souhaitaient obtenir, je n'ai pas eu d'influence là-dessus. Pendant ce temps, tu es resté très calme. Dans un passé récent, d'autres joueurs ont essayé de forcer un transfert différemment. Tu n'y as jamais songé ? Ziyech : Non, ce n'est pas la bonne manière de procéder. La base de tout, pour moi, c'est le football et rien d'autre. J'adore me retrouver sur le terrain, je prends du plaisir à jouer. Si j'en trouve à l'Ajax, très bien. Et si cela me prive d'un transfert, tant pis. Je suis très réaliste sur ce point, je ne vais pas me mettre à disjoncter. C'était déjà le cas il y a deux ans, lorsque je suis passé du FC Twente à l'Ajax dans les derniers instants du mercato. Je ne m'étais pas trop préoccupé, à l'époque. Et ce fut encore le cas cette fois-ci. Si le transfert se réalise, j'en suis très heureux. En cas contraire, je me dis que ce sera pour une prochaine fois. Bien jouer, tu l'as fait pendant le mois d'août. As-tu disputé ton meilleur mois sous le maillot de l'Ajax ? Ziyech : Je le pense, oui. Qu'y a-t-il de changé par rapport à la saison dernière ? Ziyech : Rien. Vraiment rien. Je me sens libre, je joue mon jeu, et je veux atteindre le plus haut niveau possible avec l'Ajax. C'était déjà le cas l'an passé. Donc, on ne peut pas affirmer que je prends désormais moins de risques dans mon jeu, ou des choses ainsi. Ce qui est vrai, c'est que je me sens libéré dans ma tête. J'ai envie de tout donner. Comment pourrais-je expliquer cela ? Je me fiche complètement de ce que l'on dit et écrit sur moi. Cela a toujours été le cas, mais peut-être encore plus en ce moment. Ce sentiment de liberté me procure de bonnes sensations. Pourtant, l'opinion publique a complètement changé à ton égard. La saison dernière, une partie du public te sifflait encore. Aujourd'hui, tu es devenu le chouchou des supporters. Ziyech : C'est le football qui est ainsi. Cela ne me touche pas plus que cela. Je prends du plaisir à jouer, comme je l'ai toujours fait. Si les gens apprécient, tant mieux. Sinon, tant pis. À eux de se faire une opinion. Je ne me laisse pas facilement impressionner. Quel sentiment as-tu aujourd'hui à l'Ajax ? Ziyech : C'est formidable de faire partie de cette équipe. Ce sentiment m'a régulièrement habité ces dernières semaines et il ne fait que se renforcer. Je me sens libre, je suis heureux, et c'est le plus important. Je me sens bien à l'Ajax, malgré cette polémique autour de mon numéro de maillot. Je ne l'oublierai pas rapidement. Marc Overmars, le directeur sportif de l'Ajax, a promis le numéro 10 à Dusan Tadic sans vous en parler ? Ziyech : Je ne parle pas seulement du numéro, ce n'est qu'un chiffre, mais de la manière dont les choses se sont passées. C'est-à-dire ? Ziyech : Nous étions partis en Angleterre, et avions passé toute la semaine en stage. Dusan Tadic avait déjà été transféré depuis quelques semaines. Les occasions n'ont pas manqué pour pouvoir évoquer la question, mais on n'en a jamais parlé. Lorsque nous sommes rentrés aux Pays-Bas, je me suis rendu chez le coiffeur. C'est là que j'ai constaté un appel en absence de Marc Overmars sur mon téléphone. Il m'avait aussi envoyé un message signalant que je devais l'appeler. Je l'ai donc appelé, et il m'a expliqué qu'il avait un problème, parce qu'il avait promis mon numéro à Dusan Tadic. La manière m'a choqué. Pourquoi n'en avons-nous pas parlé tranquillement pendant la semaine en Angleterre ? Si tout s'était passé dans les règles de l'art, je n'en aurais pas fait tout un plat. Mais de cette manière, cela me gênait. Et je l'ai fait savoir. Tu n'as pas apprécié, mais cela ne t'a pas empêcher de prendre l'équipe en mains lors du premier tour préliminaire de la Ligue des Champions, contre le Sturm Graz. Ziyech : Je dois avouer qu'au départ, je n'avais pas très envie de jouer ce match. Ma première réaction était : regarde ce que tu as fait, je ne joue pas. Je suis membre de l'Ajax, j'ai toujours tout donné, et on me traite de cette manière. J'ai hésité jusqu'à la veille du match, mais finalement, j'ai accepté de jouer. J'en ai longuement discuté avec Mustapha Nakhli. Lui aussi m'a dit : " Tu as déjà vécu tellement d'événements qui t'ont laissé de marbre, pourquoi celui-ci devrait-il te perturber ? " Il avait raison. Je joue pour l'Ajax, pas pour quelques personnes, pourquoi faire tant de cas d'un numéro ? J'ai donc tout donné contre le Sturm Graz. Entre-temps, on a insinué que la relation ne serait pas optimale entre Dusan Tadic et toi. Ziyech : Bullshit ! C'est à cela que je pense lorsque j'affirme que je me fiche de ce que les gens disent et écrivent sur moi. C'est la plus grande idiotie que j'ai entendue. Dusan est un charmant garçon et je ne lui reproche rien du tout. On lui a promis ce numéro, il n'y peut rien si l'Ajax se comporte de cette manière. Si l'on m'avait promis quelque chose à moi, j'aurais aussi apprécié que la promesse soit tenue. Je n'en ai d'ailleurs pas parlé avec lui, c'est inutile. Je m'entends très bien avec lui, sur et en dehors du terrain. Dusan était bien sûr au FC Twente avant moi, mais j'ai souvent discuté avec lui durant ma période à Enschede, lorsque je le croisais. Un bon gars, mais aussi un excellent footballeur. Le rapport que j'ai avec lui, je ne l'ai jamais eu avec un autre équipier. Et cela se voit sur le terrain. Ziyech : Savez-vous ce qui est le plus curieux ? Nous nous parlons très peu sur le terrain. Nous n'en éprouvons pas le besoin, nous nous trouvons les yeux fermés. C'est naturel et cela donne confiance. Nous avons tous les deux beaucoup de liberté et nous regardons au cas par cas comment l'utiliser au mieux. Souvent, un regard suffit. Dans l'intervalle, tu as signé un nouveau contrat. Les choses peuvent aller très vite en football. Ziyech : Oui, en effet. L'Ajax a informé Nakhli que mon contrat allait être revalorisé. Je n'avais rien demandé. Tu étais encore sous contrat jusqu'en juin 2021. Cette revalorisation s'est surtout matéralisée sur le plan financier. Ziyech : La durée du contrat avait peu d'importance. C'est davantage un geste, que j'apprécie au plus haut point. C'eût été amusant, si tu avais évoqué la problématique du numéro 10 lors des négociations. Ziyech : Je n'y avais pas pensé, mais effectivement... Bon, laissons tomber, le numéro 22 me plaît aussi. Je veux refermer ce chapitre. L'Ajax s'est montré impressionnant, ces dernières semaines, en Europe. Quelle est la principale différence avec la saison dernière ? Ziyech : Nous avons élevé notre niveau d'exigence. Cela peut paraître un cliché, mais c'est la vérité. Nous avons plus d'expérience, un meilleur équilibre, et plus de qualité dans le groupe. Tadic, Daley Blind, Frenkie de Jong qui est de nouveau rétabli. Tout s'emboîte bien. Nous affichons un bon état d'esprit, nous savons ce que nous voulons. Remporter le titre de champion, la Coupe des Pays-Bas, jouer la Ligue des Champions. Je pense que cela se voit dans notre attitude. Tout le monde se bat l'un pour l'autre, nous n'hésitons pas à faire le sale boulot, nous n'abandonnons pas, nous jouons mieux au football. Cela s'est vu dans les tours préliminaires de la Ligue des Champions. Sur le terrain, j'ai vraiment pris du plaisir. J'avais l'impression d'être revenu deux ans en arrière, à l'époque de Peter Bosz. Je ressens ce que je ressentais durant ma première saison à l'Ajax. Ce n'était pas le cas la saison dernière, pour toutes les raisons invoquées précédemment. C'était une saison perdue, mais elle appartient au passé, tout le monde a tourné la page. La position de numéro 10 ne semble plus sacrée. Tu as trouvé ta place dans un rôle libre à partir de la droite. Quelle est ta position préférée à l'Ajax ? Ziyech : Peu m'importe, pour autant que ce soit un rôle offensif. La manière dont j'ai joué ces dernières semaines, dans un rôle libre, avec Dusan Tadic, me convient très bien. Il ne faut pas définir une position bien précise pour cela, cela n'a que peu d'importance. Tout à l'heure, tu débuteras dans une poule de Ligue des Champions qui comprend l'AEK Athènes, Benfica et le Bayern Munich. Ziyech : Je m'en réjouis d'avance. Pendant le tirage, je dînais dans un restaurant avec des amis. J'ai vu défiler le nom des adversaires via l'application de l'Ajax. Un magnifique groupe, bien sûr, surtout avec le Bayern Munich, mais en fait, tous les adversaires sont attrayants. En outre, cette poule nous offre de belles perspectives. Avec cette équipe, nous devrions être capables de passer l'hiver en Ligue des Champions. Tu pourras alors quitter l'Ajax par la grande porte. De préférence avec un trophée ? Ziyech : Je ne suis pas très intéressé par un transfert en plein hiver, je jouerai donc toute la saison à l'Ajax. Maintenant que le mercato est clôturé, je retrouve une certaine quiétude. Avec cette équipe-ci, nous ne devons avoir peur de rien et devons viser des trophées. Je le répète : le titre de champion, la Coupe des Pays-Bas et passer l'hiver en Ligue des Champions. Ce sont trois objectifs à atteindre, sur lesquels je me concentrerai pleinement au cours des prochains mois. Pour moi, la barre ne sera jamais assez haute.