Comme d'habitude, la saison de vérité de l'Antwerp débute par des péripéties extrasportives. En mars 2016, un tribunal civil confirme la décision de la Commission d'Arbitrage de la fédération et ordonne au club de rembourser 5 millions d'euros à Eddy Wauters. Furieux, Patrick Decuyper refuse et annonce qu'il va interjeter appel. Mais pour que l'Antwerp puisse obtenir sa licence, le CEO doit tout de même démontrer qu'il est en mesure de verser cette somme. Decuyper promet alors de rassembler l'argent en quelques jours. À l'époque, personne ne sait encore qui ouvre le robinet. Toujours est-il que l'argent arrive sur un compte bloqué.
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Comme d'habitude, la saison de vérité de l'Antwerp débute par des péripéties extrasportives. En mars 2016, un tribunal civil confirme la décision de la Commission d'Arbitrage de la fédération et ordonne au club de rembourser 5 millions d'euros à Eddy Wauters. Furieux, Patrick Decuyper refuse et annonce qu'il va interjeter appel. Mais pour que l'Antwerp puisse obtenir sa licence, le CEO doit tout de même démontrer qu'il est en mesure de verser cette somme. Decuyper promet alors de rassembler l'argent en quelques jours. À l'époque, personne ne sait encore qui ouvre le robinet. Toujours est-il que l'argent arrive sur un compte bloqué. En avril 2016, l'Antwerp loupe de justesse la montée en D1. Decuyper décide de ne pas poursuivre avec l'entraîneur, David Gevaert, et opte pour Frederik Vanderbiest. Fin mai, l'Antwerp engage aussi Sven Jaecques, un ancien du Cercle Bruges, qui devient conseiller sportif de Decuyper. Le duo transforme totalement un noyau pourtant complètement rénové un an plus tôt déjà. Onze joueurs débarquent, dont Fabien Camus, un gros poisson. Vanderbiest n'en revient pas. " Je ne m'attendais pas à un tel transfert. " L'Antwerp continue à opter pour des joueurs ayant l'expérience du plus haut niveau. Entre-temps, Decuyper demande à l'Union belge l'autorisation de faire passer le célèbre matricule 1 de l'ASBL qui gère le club à la société anonyme qu'il dirige. Cette demande doit être introduite au plus tard le 31 mars mais Decuyper a attendu jusque début juin. La Commission des Licences ne lui met pourtant pas de bâtons dans les roues. Elle ne lance même pas l'appel, pourtant obligatoire, à d'éventuels créanciers. Pas avant d'avoir donné son feu vert, du moins. En cas de plainte, si une cession de patrimoine n'a pas été faite dans les règles, le club concerné peut être rétrogradé ou se voir refuser la montée. Mais Decuyper se sent couvert par la décision de la Commission des Licences : fin juin, il absorbe le matricule 1. Du coup, les actions de la société anonyme prennent de la valeur et le clan Decuyper ne s'en porte pas plus mal. Les supporters, eux, ne sont pas contents : ils ne savent pas ce que Decuyper compte faire de leur club qui, soudain, est négociable. Vanderbiest éprouve des difficultés à gérer le vestiaire. L'Antwerp débute par un 5 sur 15 mais les abonnements se vendent comme des petits pains : plus de 10.300, c'est le record du club. Quoi qu'il arrive sur le plan sportif, c'est toujours ça de pris pour Decuyper. Après dix matches, l'Antwerp n'est que quatrième avec 13 points. Le vainqueur de la première période est assuré de disputer la finale mais l'Antwerp en est loin. S'il veut monter, Decuyper devra remporter la deuxième période. Decuyper comprend que Vanderbiest n'est pas l'homme de la situation. À quatre journées de la fin de la première période, il limoge le Bruxellois afin de permettre à son successeur de préparer la deuxième période. En attendant de le trouver, il s'adresse à Wim De Decker qui, la saison dernière, jouait encore à l'Antwerp et n'a jamais vraiment quitté le club. Il lui demande d'assurer l'intérim tandis qu'il prépare un plan visant à faire de John Bico le nouvel entraîneur. Ses investisseurs, encore anonymes, lui donnent le feu vert. Bico traîne pourtant une mauvaise réputation, on dit de lui qu'il est brutal. Decuyper étonne donc tout le monde en le choisissant et plus encore en annonçant que Gevaert sera T1 mais que c'est Bico qui composera l'équipe. Selon Decuyper, le vestiaire a besoin d'un homme à poigne. Et Bico a été champion la saison dernière avec le White Star tandis que Gevaert a amené l'Antwerp dans le top 3. Ensemble, les deux doivent produire un feu d'artifice. Et puis, Gevaert connaît une partie des joueurs. S'il est entouré par un homme fort, le kiné de Nazareth ne souffrira plus du stress qui lui a coûté cher la saison dernière. Mais la réalité est souvent différente de la théorie. Pour le vestiaire, c'est à cause de Gevaert que l'Antwerp n'est pas monté la saison dernière. Et Decuyper a oublié que, pour imposer Bico au Bosuil, il lui aurait fallu le soutien des supporters. Comme ce n'est pas le cas, ça gronde. Entre-temps, De Decker bat Louvain (2-1). Après le match, il accepte de devenir adjoint du duo Bico-Gevaert. " Je mets un terme à ma carrière d'entraîneur principal sur une victoire ", rigole-t-il. Bico a tôt fait d'imposer sa loi dans le vestiaire. Pour le géant africain, la démocratie n'existe pas. Il est le patron. Il supprime les cardiofréquencemètres. " À partir de maintenant, je suis votre cardiofréquencemètre ", dit-il. Début novembre, une discussion avec l'ailier Stallone Limbombe tourne mal : les deux hommes en viennent aux mains. Sur le terrain, l'Antwerp n'est pas meilleur : il perd à Roulers, qui remporte la première période. Bico prend quatre points sur neuf et les fans s'impatientent. La bombe explose lors du premier match de la deuxième période, face au Cercle. Avant la partie, l'Antwerp a annoncé l'arrivée de deux nouveaux entraîneurs dans le staff : Sadio Demba et Jeffrey Rentmeister. Gevaert n'accepte pas et présente sa démission. Le centre de sport Sportoase, partenaire commercial de l'Antwerp, suspend ses relations avec le club. Au cours du match contre le Cercle, les chants anti-Bico résonnent jusqu'à la cathédrale d'Anvers. Les supporters menacent d'envahir le terrain. Le score reste vierge et l'Antwerp loupe le début de la deuxième période. Le Bosuil brûle. On est à la mi-novembre et plus personne ne miserait un cent sur les chances de montée de l'Antwerp. Decuyper met un terme à la collaboration avec Bico. Il demande à De Decker d'assurer un nouvel intérim et contacte de nouveaux candidats-entraîneurs mais se demande tout doucement si De Decker n'est pas l'homme qu'il lui faut pour terminer la saison. De Decker n'a jamais entraîné mais il est au Bosuil depuis 2013 et connaît donc la maison ainsi que le groupe comme sa poche. Decuyper tente le coup. Si on compte les adjoints, De Decker est le huitième entraîneur à s'asseoir sur le banc cette saison. Le préparateur physique, Frédéric Renotte, sera le neuvième. De Decker ramène le calme dans le vestiaire ainsi qu'au sein des supporters. Avec lui, l'Antwerp dispute dix matches sans défaite et grimpe à la première place du classement. À trois matches de la fin de la phase classique, il peut remporter la deuxième période. Mais il s'incline face au Lierse et n'a plus son sort entre les mains : pour qu'il puisse disputer la finale, il faut que le Lierse perde des points. Le dernier match de la phase classique est un véritable thriller. L'Antwerp, qui reçoit Lommel, doit faire mieux que le Lierse, qui accueille Roulers. Le Lierse mène rapidement 1-0 tandis que les Anversois ne marquent pas. Mais à la 83e, Roulers égalise au Lisp. L'Antwerp n'a plus besoin que d'un but. En toute fin de match, Camus est accroché dans le rectangle de Lommel. L'arbitre accorde à l'Antwerp le penalty de la vérité. Geoffry Hairemans, qui habite depuis tout petit à un jet de pierre du Bosuil, prend place derrière le ballon. L'enfant de Deurne marque, le Bosuil explose. De joie, cette fois. L'Antwerp va jouer la finale pour la montée, Hairemans est un héros. Le match aller de la finale se dispute dans un Bosuil archi-comble. À trois heures du coup d'envoi, Fons Van de Berckt, l'homme à tout faire du club, nous montre ses mains tremblantes. Une musique de fête est diffusée dans les loges. La légion rouge et blanc danse mais elle est moins sûre d'elle qu'un an plus tôt, lorsque le dernier match face à Eupen avait mal tourné. Cette fois, l'Antwerp domine la première mi-temps et l'emporte 3-1 après avoir mené 2-0. C'est encore Hairemans qui, sur penalty en fin de match, a rassuré les supporters avant le match retour. À la veille du match décisif à Roulers, la ville d'Anvers dépoussière le dossier de rénovation du stade. Alors que le matricule 1 frappe à la porte de la Division 1A, l'autre grand club de la ville, Beerschot-Wilrijk, est proche d'un retour au sein du football professionnel. À un an des élections, cela permet au bourgmestre N-VA Bart De Wever d'annoncer que la ville est prête à investir quelques dizaines de millions dans un stade. Quelques heures plus tard, le patron de Ghelamco, Paul Gheysens, avoue qu'il est l'investisseur secret de l'Antwerp. Une initiative personnelle, selon lui. " Mon entreprise n'a rien à voir là-dedans ", dit-il. Bien sûr, Ghelamco aimerait construire un stade à Anvers mais Gheysens affirme ne pas être plus intéressé que cela et que ce qui l'intéresse surtout, c'est l'école des jeunes. " Dimanche, mille supporters de l'Antwerp prennent la direction de Roulers tandis qu'au Bosuil, ils sont 12.000 à suivre la rencontre sur l'écran géant. Un journaliste de la télévision demande à un supporter plus âgé comment il se sent : " J'ai pris une pilule contre la diarrhée ", répond celui-ci. Au Schiervelde, pendant l'échauffement, le DJ de service passe How much is the fish, du groupe allemand Scooter, dont une phrase dit : the chase is better than the catch (la chasse est meilleure que la capture, ndlr). Au début du match, l'Antwerp, très stressé, ne joue pas bien. Il mène pourtant 0-1. Roulers égalise puis Stallone Limbombe libère la légion rouge et blanc. Dans les cars qui les ramènent vers la cité portuaire, joueurs et supporters font la fête. Au Bosuil, après 13 ans d'enfer, les joueurs montent sur le toit du car qui se fraye un chemin parmi la foule. Chaque supporter en est désormais convaincu : contrairement à ce que dit Scooter, the catch is better than the chase. PAR KRISTOF DE RYCK - PHOTOS BELGAIMAGEGeoffry Hairemans, qui habite depuis tout petit à un jet de pierre du Bosuil, a été le héros de la promotion. À la mi-novembre, plus personne n'aurait misé un cent sur les chances de montée de l'Antwerp.