Risotto ? ! Rodrigo s'arrache les cheveux : Diego Armando Maradona vient de commander un risotto et Rodrigo n'a pas la moindre idée de la façon dont il doit préparer ce plat. Pourtant, il est hors de question de décevoir sa grande idole. Alors, que faire ?
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Risotto ? ! Rodrigo s'arrache les cheveux : Diego Armando Maradona vient de commander un risotto et Rodrigo n'a pas la moindre idée de la façon dont il doit préparer ce plat. Pourtant, il est hors de question de décevoir sa grande idole. Alors, que faire ? Rodrigo Latorre (38 ans) est Argentin mais il vit depuis 2007 à Culiacán, au Mexique. Il y est arrivé avec son beau-frère, qui avait signé un contrat avec Dorados, le club de football local. Rodrigo, diplômé en éducation physique, y a rencontré Christian Delgado, un kiné argentin qui travaillait pour plusieurs clubs mexicains. Les deux compatriotes se sont associés et s'amusent beaucoup à Mexico. À un détail près : ils ne supportent pas la façon dont les Mexicains font les barbecues. " La flamme est beaucoup trop haute ", explique Rodrigo dans le quotidien argentin Clarín. " Ils brûlent la viande, qu'ils mettent ensuite dans une poêle. À un certain moment, j'ai dit : Ça suffit, laissez-moi faire. " Les choses se sont enchaînées et, trois ans plus tard, Rodrigo et Christian ouvraient un restaurant de grillades à Culiacán. Ils l'ont appelé Los Argentinos. " Lorsque la rumeur a couru que Diego Maradona allait entraîner Dorados, nous avons d'abord cru à une blague mais nous avons posé la question au club et on nous a dit que c'était possible ", raconte Christian, dont le quatrième enfant s'appelle Diego, en référence à El Diez. Et un jour, le téléphone du restaurant a sonné : " Allo, Rodrigo ? Diego veut manger de la viande maigre. " C'était le directeur sportif de Dorados, qui venait d'accueillir le dieu argentin à Culiacán. " Je suis devenu fou ", explique Rodrigo. " Je suis vite allé faire les courses mais, alors que je rentrais au restaurant, j'ai reçu un deuxième appel : il voulait aussi du risotto. Et je ne pouvais évidemment pas refuser. " Détail ennuyeux : Rodrigo n'a jamais préparé de risotto et ne sait pas par où commencer. De plus, c'est un dimanche et tous les autres restaurants de la ville sont fermés. Il ne peut donc pas s'adresser à eux. En désespoir de cause, il lance un appel sur WhatsApp : qui peut préparer un risotto ? Adriana, une amie mexicaine, lui répond : " Dis-leur de demander à Diego s'il veut du risotto aux champignons ou au fromage. " La réponse n'a pas tardé : " Les deux ! " Depuis ce jour-là, Rodrigo et Christian préparent les repas de Maradona à Culiacán. Chaque soir, Rodrigo se rend à l'hôtel La Lucerna, où Diego est hébergé. Il prend l'ascenseur jusqu'au 7e étage et frappe à la porte 700. C'est Diego qui lui ouvre. " L'image qu'on a de lui est très différente de celle qu'on se fait à travers les journaux ", dit Rodrigo. " Il est très gentil. Mieux : il nous a invités plusieurs fois à partager son repas. Et il trouve toujours que c'est délicieux. " Le deuxième jour, Maradona a de nouveau commandé du risotto. C'était un lundi et les autres restaurants étaient ouverts. Rodrigo a donc commandé ce plat ailleurs mais il s'est demandé si Diego ne préférerait pas celui d'Adriana. Il a donc demandé à son amie d'en refaire une portion. Le troisième jour aussi, Maradona voulait du risotto. Mais cette fois-ci, il a ajouté qu'il préférait celui sur le plateau d'argent et qu'il ne voulait pas l'autre. " Depuis, quand Rodrigo l'appelle, Adriana sait ce qui lui reste à faire. Diego Maradona, qui a eu 58 ans la semaine dernière, a l'habitude qu'on fasse ses quatre volontés. Comme une sorte de Zeus sur le Mont Olympe, il envoie ses ordres au monde entier depuis sa chambre d'hôtel de Culiacán, une ville de 675.000 habitants au nord-est du Mexique. Très peu de personnes lui parlent en direct mais tout le monde se plie à ses ordres. Les joueurs de Dorados, le club mexicain de D2 qu'il entraîne désormais, le vénèrent comme un dieu depuis le premier entraînement. " Au cours du premier quart d'heure, je n'ai pas pu détourner mon regard de lui ", admet le défenseur Javier Baez dans L'Équipe Magazine. " Je n'oublierai jamais ce jour. Dans le vestiaire, on était comme des enfants qui viennent de recevoir un nouveau jouet. " Les supporters doivent se pincer également. Ce petit homme barbichu aux jambes arquées est-il vraiment celui qui a permis à l'Argentine de devenir championne du monde en 1986 ? Celui qui, au cours du même match contre l'Angleterre, a sans doute inscrit à la fois le but le plus beau et le plus controversé de l'histoire de la Coupe du monde ? Celui qui a offert à Naples les deux seuls titres de son histoire (1987 et 1990) ? Oui, c'est bien lui. Et ce mythe est prêt à sortir le petit club de Dorados du marasme. " On n'est pas en vacances, on est ici pour bosser ", a annoncé Maradona au cours de sa première conférence de presse sur le sol mexicain. " Celle-ci ne s'est pas tenue dans la petite salle de presse du club, c'eût été un manque d'élégance envers El Diez ", dit un collaborateur de Dorados. Le club a loué une salle dans un hôtel de luxe de la ville. Plus de cent journalistes étaient présents, comme si le meilleur entraîneur du monde venait d'arriver au Mexique. Mais en interrogeant les gens, le journal espagnol El País a pu constater qu'à Culiacán, tout le monde n'était pas favorable à l'arrivée de Maradona. " C'est juste une opération marketing. C'est même ridicule ", dit Abraham Ruiz, un boucher. " On en rigole : ce n'est plus Dorados de Sinaloa, c'est Drogados. " Une référence au passé nébuleux de Maradona et à la réputation de la ville, connue pour ses cartels de la drogue. Juan Pablo, un policier, résume : " J'ai vu Diego en action à la télévision lors de la Coupe du monde 1986. Je le suivais depuis 1984, lorsqu'il est arrivé à Naples. Je regardais ses matches qui, chez nous, étaient diffusés le dimanche matin. J'avais des posters de lui dans ma chambre et des photos partout sur mes cahiers. Puis la drogue a entaché sa carrière. " Interrogé à ce sujet lors de sa première conférence de presse, Maradona a déclaré qu'il y a longtemps qu'il ne se droguait plus. " La drogue m'a cassé mais cela fait quinze ans que je suis guéri. Je veux offrir à Dorados ce que j'ai perdu lorsque j'étais malade. Je veux voir le soleil pendant la journée et dormir pendant la nuit. Avant, je ne savais même pas ce qu'était un oreiller. Combien de gens ont fait des choses plus graves que moi ici ? Pourtant, leur nom n'est pas chaque jour dans le journal. " Le légendaire footballeur a la mémoire courte car la façon dont il a fait parler de lui après sa carrière - et même pendant - n'a pas grand-chose à voir avec le rôle d'exemple qu'on attend d'un personnage public comme lui : drogue, alcool, enfants non reconnus, disputes avec ses filles, séparation douloureuse, violence conjugale, problèmes avec le fisc... La liste de ses misères est longue. Mais il semble que ces scandales n'ont fait que renforcer la légende de Maradona. Même lorsque, en 2009, il a été admis à l'hôpital de Punta del Este (Uruguay) suite à une overdose de cocaïne. Pendant quarante minutes, il a été entre la vie et la mort mais la main de Dieu l'a sauvé. Depuis, sa popularité n'a fait que croître. " Pelé a inscrit plus de buts, Lionel Messi a remporté plus de trophées. Et tous deux ont une vie plus stable que ce drogué dont la relation avec le football n'a fait qu'empirer au fil des années ", a un jour écrit Andrew Murray, journaliste à FourFourTwo. " Mais quand on a vu jouer Diego Maradona, on comprend. " C'est parce qu'il a élevé le football au rang d'art que les médias l'ont souvent suivi en coulisses lorsqu'il franchissait la ligne. Mais ces mêmes médias ne pouvaient pas passer à côté du spectacle lamentable qu'il a offert lors de la Coupe du monde en Russie. Devant les yeux du monde entier, l'Argentin s'est comporté comme un spectateur hystérique, rugissant, dansant, riant, pleurant, jurant et faisant des doigts d'honneur. Dans sa tête, Diego Maradona se prend pour Dieu. Faut-il vraiment s'en étonner puisque, partout où il passe, on lui déroule le tapis rouge ? Voici peu, dans un journal argentin, Matías Morla a raconté quelques anecdotes à son sujet. Morla est un avocat qui est devenu le bras droit d' El Diez et qui, à en juger par le nombre d'interviews qu'il accorde aux médias, aime les feux de la rampe. " Lors de la Coupe du monde en Russie, mon téléphone a sonné ", raconte-t-il. " Vladimir Poutine attendait Maradona le lendemain à 9 heures au Kremlin. Diego m'a dit : Je ne vais pas porter de costume. J'ai répondu : Diego, on n'entre pas au Kremlin sans costume. Et il a répliqué : Alors, je n'y vais pas. Il a tenu parole et la rencontre n'a pas eu lieu. Pire : un jour, il est invité par le Roi Abdullah II de Jordanie. Celui-ci veut le recevoir avec beaucoup d'égards dans son pays et a organisé un repas spécial pour l'Argentin, avec de nombreux invités et des centaines de plats. Il y a même un hélicoptère pour l'emmener à Petra. " À sept heures du soir, Diego a dit : Je suis fatigué, je n'y vais pas " Et il n'y est pas allé. Il y eu aussi la rencontre avec le Pape François, argentin lui aussi. En 2015, Diego devait être reçu en audience avec le prince jordanien Ali Bin Al-Hussein, candidat à la présidence de la FIFA. " Mais lorsque nous sommes arrivés au Vatican, Ali était déjà chez le pape ", dit Morla. " Un garde nous a retenus et a dit : Vous ne pouvez pas entrer, le pape est occupé. Maradona a répondu : Il est occupé ? Alors je m'en vais. Mais quelqu'un l'a ramené et le pape a accueilli Maradona par ces mots : Voici l'Argentin le plus important du Vatican. " Diego Maradona entraîne à présent Dorados, au Mexique, mais il aurait tout aussi pu être au Dinamo Brest. En mai dernier, le club biélorusse l'avait nommé à la fois président, directeur technique et entraîneur. Le contrat qu'il avait signé prévoyait une rémunération supérieure à 18 millions d'euros. Selon certains, il devait ce job à l'amitié qui le lie à Poutine. Selon d'autres, les nouveaux propriétaires, des investisseurs des Émirats Arabes Unis, avaient engagé Maradona afin de faire parler du club. À la mi-juillet, tel un chef d'état (mais sans costume), l'Argentin a fait le tour du stade dans un véhicule militaire. La foule l'a applaudi. Maradona a apprécié et posé, fier comme un paon, aux côtés du drapeau du Bélarus, comme s'il s'agissait de sa deuxième patrie. Le club a fait tous ses caprices, engageant même un chauffeur et une femme d'ouvrage qui parlaient espagnol. Quelle n'a donc pas été la surprise des Biélorusses lorsque, quelques semaines plus tard, El Diez est arrivé au Mexique et a été présenté comme entraîneur de Dorados. Étrangement, dans un communiqué officiel, le Dinamo Brest a fait comme si de rien n'était. Maradona y a été présenté comme " président d'honneur du club ", fonction qu'il pouvait " parfaitement combiner avec celle de coach de Dorados. " Pourquoi Maradona a-t-il laissé tomber " le plus gros contrat de sa vie " pour rejoindre le Mexique, où il gagne beaucoup moins ? Personne ne le sait. Sauf s'il n'aimait pas le risotto au Bélarus...