À quelques heures du tirage au sort de la Ligue des Champions, Michel Platini donne une conférence de presse internationale. On nous avait dit que le président de l'UEFA ferait, à cette occasion, une annonce importante et les nombreux journalistes présents sur les bords de la Méditerranée pensaient bien savoir ce dont il s'agissait : Platini allait dire qu'il ne poserait pas sa candidature à l'élection du président de la FIFA, en juin 2015. Il savait qu'il n'avait aucune chance face à Sepp Blatter, qui souhaite voir son mandat prolongé de quatre ans.
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À quelques heures du tirage au sort de la Ligue des Champions, Michel Platini donne une conférence de presse internationale. On nous avait dit que le président de l'UEFA ferait, à cette occasion, une annonce importante et les nombreux journalistes présents sur les bords de la Méditerranée pensaient bien savoir ce dont il s'agissait : Platini allait dire qu'il ne poserait pas sa candidature à l'élection du président de la FIFA, en juin 2015. Il savait qu'il n'avait aucune chance face à Sepp Blatter, qui souhaite voir son mandat prolongé de quatre ans. Blatter aura alors 83 ans et il est clair qu'il ne fera à nouveau pas l'unanimité mais les critiques et accusations glissent sur la carapace de son indifférence. Blatter a une cuirasse d'éléphant. Sauf si on dit du mal de lui dans le journal régional suisse Walliser Bode. Il est né dans le canton du Valais, y a sa seconde résidence et est proche de la population. " Si le New York Times le descend, il s'en fiche mais si c'est le Walliser Bode, ça lui brise le coeur ", dit un journaliste suisse. Il est onze heures lorsque Platini fait son entrée dans la grande salle de réunion de l'hôtel Méridien. Comme chaque année, le soleil brille, les yachts se reflètent sur la mer azur et des bolides hors de prix déboulent dans les rues de Monte-Carlo. Après autant d'années, on finit par s'habituer à cette décadence. Et comme à chaque fois, Michel Platini ouvre la conférence de presse en disant qu'il a de bonnes nouvelles : ces deux dernières années, la dette globale des clubs est passée de 1,7 milliard à 800 millions d'euros. Un signe que la politique du Fair Play Financier porte ses fruits, selon lui. Et de passer la parole à Gianni Infantino, le flamboyant secrétaire général de la FIFA, qui explique que les clubs ont compris le message et parle de moment-clef. " Les recettes augmentent de 5,7 % tandis que les salaires n'ont été indexés que de 3,7 %. " Et il ajoute en riant qu'il ne faut pas être Einstein pour comprendre que c'est très intéressant. Ce n'était évidemment pas pour entendre ce genre de choses que les journalistes se sont déplacés mais pour l'importante communication que devait faire Michel Platini. Et celui-ci confirme ce que tout le monde pensait : en mai 2015, il se représentera à la présidence de l'UEFA mais pas à celle de la FIFA. Pour lui, c'est le choix du coeur. Il dit y avoir longtemps réfléchi et vouloir défendre le football européen. Pour cela, il doit être en première ligne. Il estime que la FIFA doit travailler de façon plus transparente et a dit à Sepp Blatter que, contrairement à ce qu'il avait fait en 2007 et en 2011, il ne le soutiendrait plus. Mieux même : il a demandé à Blatter de ne plus se présenter. Pour lui, la FIFA a besoin d'un vent nouveau mais son avenir est à l'UEFA. Cela semble raisonnable. Platini se sent bien à Nyon, une ville francophone qui abrite le siège de l'UEFA. Mais il sait surtout qu'il n'a aucune chance face à Sepp Blatter qui bénéficie du soutien de presque toute l'Afrique, l'Amérique et l'Asie. Affronter Blatter, c'est aller au casse-pipe mais Platini ne veut pas dire qu'il a peur de perdre. " En 2007, j'ai affronté Lennart Johansson pour la présidence de l'UEFA et je n'ai pas eu peur. J'ai simplement choisi pour qui je voulais travailler et c'est l'UEFA. " Tout au long de la conférence de presse, Platini doit ensuite répondre aux questions concernant Blatter, comme s'il ne pouvait sortir de l'ombre de l'omnipotent président suisse. Cela l'agace même un peu. " Tant que j'ai conseillé Blatter, il a livré du bon boulot mais quand je suis parti, ça a été fini ", dit-il pour se mettre en valeur. Et quand on lui demande quelle est sa position au sujet des changements technologiques que Blatter veut introduire, il répond : " Sepp est un professionnel de la communication. Je ne crois pas tout ce qu'il dit. Il veut être moderne. Parfois il est pour la technologie, parfois pas. Cela dépend des moments ". Et cela dure une heure, jusqu'à ce que l'attaché de presse demande s'il y a encore des questions qui ne concernent pas Blatter. C'est le cas. On demande ainsi à Platini ce qu'il pense du retrait de Franck Ribéry de l'équipe de France. Il dit le regretter et affirme même : " Je pense que les joueurs n'ont pas le droit de refuser une sélection. Ce genre de décision appartient aux fédérations ". Et Platini semble heureux de ne plus devoir parler de Blatter. D'autant qu'il l'a déjà fait la veille puisqu'il a dévoilé ses plans à l'occasion d'une réunion avec les présidents et secrétaires généraux des fédérations européennes. Pour le président allemand Wolfgang Niersbach, la décision de Platini est intelligente car un duel avec Blatter aurait causé beaucoup de remous et de confusion ce qui, selon lui, n'est jamais bon pour le football. A la fédération hollandaise, par contre, on regrette que Platini n'affronte pas Blatter. Son directeur, Bert van Oostveen, estime qu'il est décevant que l'Europe ne joue plus les premiers rôles. Et son président, Michael van Praag, rappelle que les Pays-Bas se sont mis en première ligne parce qu'ils estiment qu'il est important d'introduire des réformes au sein de la FIFA. A l'époque, de nombreuses fédérations les avaient assurés de leur soutien mais selon lui, concrètement, cela n'a guère bougé. Mais le même Michael van Praag n'était-il pas candidat à la présidence de l'UEFA ? La question est posée à Michel Platini en conférence de presse. La sentant arriver, il a répondu, un peu sûr de lui, que beaucoup de fédérations attendaient de connaître sa décision. Une demi-heure avant le début du tirage au sort de la Ligue des Champions, Michel Platini est au premier rang du Forum Grimaldi de Monte-Carlo. Les mains jointes, la tête penchée, il semble perdu dans ses pensées. Comme s'il voulait remettre de l'ordre dans ses idées. Les représentants des 32 clubs qui prendront part au bal des champions pénètrent un à un dans la salle mais Platini ne les voit pas. Il assiste ensuite à la répartition des poules et constate que, comme l'an dernier, le Bayern Munich sera opposé à Manchester City. La formule actuelle a aussi ses faiblesses. Elle offre, par exemple, beaucoup trop de grands matches. Anderlecht hérite d'Arsenal, du Borussia Dortmund et de Galatasaray. Une nouvelle fois, sa tâche semble insurmontable. L'étoile d'Arsenal ne brille plus aussi fort qu'avant mais le club londonien possède toujours un nombre important de grands joueurs. Le Borussia Dortmund a perdu quelques stars mais reste très solide offensivement. Son noyau est large et, tactiquement, les variantes ne manquent pas. Une politique de marketing et un merchandising très poussés doivent lui permettre d'augmenter chaque année son budget de 10 millions d'euros. Il espère également conserver son meilleur joueur, Marco Reus. Quant à Galatasaray, il a éliminé la Juventus la saison dernière et avait battu précédemment le Real Madrid. C'est à Istanbul qu'Anderlecht entamera son parcours et il reste à voir si l'entraîneur italien Cesare Prandelli aura eu le temps d'imprimer sa griffe à l'équipe. L'ex-coach de la Squadra est à la fois discipliné et laxiste. Bien plus qu'un coach, c'est un professeur qui se soucie de l'évolution du football mais aussi un psychologue qui aborde les joueurs difficiles sous un angle différent. Nous nous réjouissons de voir s'il parviendra à appliquer ses méthodes dans un pays aussi bouillant que la Turquie. Le sujet de conversation récurrent, à Monaco, c'est l'intérêt pour le tirage au sort de l'Europa League, nettement moindre que pour celui de la Ligue des Champions. Les représentants des clubs belges en sont repartis avec des sentiments contradictoires. Le Club Brugeois espère sortir des poules car le FC Copenhague et HJK Helsinki semblent à sa portée et il y a peut-être même moyen de prendre des points contre Torino. Lokeren est dans un groupe lugubre avec Metalist, Trabzonspor et le Legia Varsovie. Cette aventure européenne ne va pas lui rapporter beaucoup d'argent. Le Standard espère aussi survivre à un groupe avec le FC Séville, Feyenoord et Rijeka. Après un tirage au Forum Grimaldi, on a le droit de rêver mais le réveil est souvent brutal. Le temps d'une réunion en vitesse entre adversaires et on file vers l'aéroport. Le sommet du foot européen est terminé, les vacances à Monaco également. Il est 19 heures et près du Novotel, où loge la presse internationale, c'est le chaos. Cinq agents de sécurité surveillent l'entrée et empêchent toute voiture de s'arrêter. Une heure plus tard, on comprend pourquoi : le car des joueurs de Monaco arrive. C'est dans cet hôtel qu'ils viennent au vert à la veille de chaque match à domicile. L'établissement ne compte pourtant que trois étoiles et la ville ne manque pas d'hôtels plus chics. Mais ils ne sont pas destinés aux joueurs. A Monaco, le luxe n'est pas pour tout le monde.?PAR JACQUES SYS, ENVOYÉ SPÉCIAL À MONACO. - PHOTOS: BELGAIMAGETous les journaux peuvent critiquer Blatter. Sauf le Walliser Bode. " Tant que je le conseillais, Blatter a fait du bon boulot à la FIFA. Depuis que je suis parti, c'est fini " Michel Platini