Prévenant, bien élevé, reconnaissant. Un brave garçon plutôt timide. Ivan Basso traîne cette étiquette depuis ses débuts. La presse transalpine lui a longtemps reproché son manque de grinta. Obéissant, jamais le Lombard n'a pris seul ses décisions. Longtemps, il s'est satisfait des progrès enregistrés, même s'ils ne s'accompagnaient d'aucune victoire : onzième puis septième au Tour sous le maillot de Fassa Bortolo, troisième en 2004, deuxième l'année passée avec CSC. Premier cette fois ?
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Prévenant, bien élevé, reconnaissant. Un brave garçon plutôt timide. Ivan Basso traîne cette étiquette depuis ses débuts. La presse transalpine lui a longtemps reproché son manque de grinta. Obéissant, jamais le Lombard n'a pris seul ses décisions. Longtemps, il s'est satisfait des progrès enregistrés, même s'ils ne s'accompagnaient d'aucune victoire : onzième puis septième au Tour sous le maillot de Fassa Bortolo, troisième en 2004, deuxième l'année passée avec CSC. Premier cette fois ? Le Basso nouveau est ambitieux. Il vise le doublé Giro - Tour. S'il souhaite émerger de l'ombre de Marco Pantani, qui avait réussi cet exploit en 1998, il n'a pas le choix. Le père d'Ivan, un boucher de Cassano Magnano, près de Varèse, est un travailleur avare de paroles. Ivan s'est vu inculquer les vertus de la modestie. Comme sa mère, décédée d'un cancer du foie et de l'estomac à 49 ans, il est sensible et fragile. Gamin, il passe des heures, sac au dos, à rouler dans les Dolomites, où ses parents ont acquis un chalet, pour échapper au stress de la boucherie. Il s'y abîme dans la contemplation du paysage mais il pédale aussi. A neuf ans, il a déjà reconnu le Pordoi, le Sella et l'Aprica. Ne vous y trompez pas : il sait ce qu'il veut. Devenu champion du monde Espoirs à Valkenburg, il semble promis aux classiques ardennaises. Et bien non ! Il veut marcher dans les pas de Miguel Indurain, son idole, et donc participer aux grands tours. Pendant six ans, il va £uvrer en fonction de cet objectif. Il avait juré qu'il gagnerait le Tour à 27 ans. C'est reporté d'un an au moins. Comme Jan Ullrich, Basso a été victime du phénomène LanceArmstrong, d'autant que celui-ci s'est attaché à créer des liens entre eux. Sur un plan strictement humain, en apprenant la terrible maladie de la mère de Basso, Armstrong a proposé de la faire traiter par le meilleur spécialiste américain, à ses frais. Comment reprocher à Basso d'avoir accepté la loi de l'Américain en 2005 ? En outre, celui-ci n'a jamais manqué de l'appeler son successeur et lui a offert une victoire d'étape à La Mongie. Chez CSC, sous la houlette de Bjarne Riis, Basso s'est endurci, a pris de l'assurance. Il a travaillé avec un sens aigu du détail, il a tout analysé. En découvrant la dureté du Giro version 2006, son rêve a pris forme, toute l'équipe a accepté de se placer à son service. Après, il se gréera une semaine de repos, pour assister à la naissance de son enfant. Puis il partira reconnaître les étapes de montagne du Tour et affiner sa préparation. " Si Jan me bat cette année, je renverserai les rôles la saison suivante ". Sa paternité à venir l'a certainement mûri. D'autres éléments complètent sa métamorphose. Le Tour du Danemark l'a marqué, en 2005. Stupéfait par sa popularité en Scandinavie, il a livré le meilleur de lui-même. Il a remporté l'épreuve danoise, s'adjugeant quatre étapes au passage. Autre constat : peu après le Giro et le Tour, ses forces n'étaient pas épuisées. Il a puisé dans ce constat une force mentale à faire pâlir d'envie Riis. Il a aussi acquis son fanatisme. Dans les tunnels, il a travaillé sa position sur le vélo, au millimètre près : un peu plus haut sur le vélo de contre-la-montre, plus bas sur celui des ascensions pour permettre à ses longues jambes de bien dérouler. Il a passé un tiers de son temps sur le vélo du contre-la-montre, pour ne faire qu'un avec lui. A fond derrière une moto puis en côte. " Saison après saison, j'ai progressé chez CSC. De 50 % la première année, de 25 % la deuxième, de 15 % la suivante. C'est logique. Ma marge se réduit ". Il a gommé les ultimes carences qui le séparaient de l'élite absolue. Depuis une chute au Tour de la Méditerranée, Basso souffrait d'une faiblesse étrange de la jambe gauche. Il compensait donc en forçant sur la droite et roulait de travers. Fabrizio Borra, un physiothérapeute qui avait guéri Pantani de multiples fractures, l'a emmené consulter un traumatologue français. Basso a travaillé en piscine pour rétablir son équilibre musculaire. Depuis, il ne souffre plus et a retrouvé sa symétrie sur le vélo. MICHEL WUYTS