"Quand on sort d'un match comme celui qu'on a réalisé à Zulte Waregem, on ne peut pas manquer d'initiative ou avoir peur. " Felice Mazzù a la tête des mauvais soirs et débite un discours plein de regrets en conférence de presse. Ses hommes viennent de manquer une occasion en or de se mettre sur du velours dans la course aux play-offs 1 face à une équipe de Courtrai qui n'aurait pas dû faire le poids. En cette veille de Saint-Valentin, le coach des Zèbres a l'air hagard d'un coach trahi par sa dulcinée, sans comprendre pourquoi il a été éconduit.
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"Quand on sort d'un match comme celui qu'on a réalisé à Zulte Waregem, on ne peut pas manquer d'initiative ou avoir peur. " Felice Mazzù a la tête des mauvais soirs et débite un discours plein de regrets en conférence de presse. Ses hommes viennent de manquer une occasion en or de se mettre sur du velours dans la course aux play-offs 1 face à une équipe de Courtrai qui n'aurait pas dû faire le poids. En cette veille de Saint-Valentin, le coach des Zèbres a l'air hagard d'un coach trahi par sa dulcinée, sans comprendre pourquoi il a été éconduit. " Ces réactions montrent qu'il est très proche de ses joueurs. Il entretient avec eux une relation qui dépasse le strict cadre professionnel ", raconte Cédric Fauré, qui a travaillé sous les ordres de Mazzù pendant un an et demi avant de poursuivre sa carrière en D2. " Même s'il sait être très exigeant, il a surtout beaucoup d'amour pour ses joueurs. " Le T1 carolo a le visage de celui qui vient de croiser la femme de sa vie pour la première fois. Le genre d'homme qui ne sait pas mentir sans être trahi par ses yeux. " Mon frère ne sait pas cacher quand il est en colère, autant que vous lisez tout de suite sur son visage quand il est heureux ", décrivait voici quelques années sa soeur Pasqualina. Une façon de répondre à ceux qui trouvent que Felice en fait parfois trop, comme quand il entonne des chansons paillardes au mégaphone au terme de la saison dernière ou qu'il enfile un bonnet et une écharpe lancés par le public pour aller danser devant ses supporters au terme de cette victoire épique à Zulte Waregem. " Il ne faut pas oublier que c'est un Carolo ", explique Mehdi Bayat. " Et les Carolos sont comme ça de nature. Ouverts et chaleureux. Nos supporters l'apprécient beaucoup, et il fait de son mieux pour leur rendre la pareille. " Mais au fait, y a-t-il vraiment des gens qui n'apprécient pas coach Mazzù ? Ce n'est certainement pas dans le camp de ses joueurs qu'il faut lui chercher des ennemis. " Même quand on ne joue pas, c'est impossible de lui en vouloir parce qu'il est toujours droit et correct ", reprend Cédric Fauré. " Il a beaucoup de respect pour ses joueurs, qui ont donc envie de tout donner pour lui sur le terrain. " C'est son expérience en tant que joueur qui a amené Felice à traiter ses hommes avec franchise et clarté : " Je me suis souvent retrouvé sur le banc et personne ne m'expliquait pourquoi. C'était très frustrant. Depuis ce jour, je me suis dit que quand je serais entraîneur, je m'intéresserais à chaque élément de mon effectif. " Et ça marche. " Il crée une véritable cohésion dans le groupe ", se souvient un Sébastien Dewaest qui reste sous le charme d'un coach " fort proche de ses joueurs. Il parvient à trouver les mots pour réaliser une prouesse : faire en sorte que des individualités dans un sport d'égoïstes se sacrifient les uns pour les autres. " " Il a le même discours pour tout le monde, personne ne peut passer au-dessus du groupe. Il répète que tout le monde doit courir parce que dans le noyau, il n'y a pas de stars ", enchaîne Javier Martos, le capitaine des Zèbres. Même Neeskens Kebano, pourtant porté aux nues suite à ses prestations majuscules de la saison dernière, continue aujourd'hui à dire qu'il n'était " pas LA star " du groupe carolo. Reste que Felice Mazzù avait instauré un rapport particulier avec sa pépite congolaise. L'an dernier, avant la rencontre de play-offs à domicile contre Gand, le coach avait appelé son numéro 92 pour lui dire qu'il allait inscrire le but de la victoire à la dernière minute. Une prophétie. " Quand il te disait un truc pareil, tu voyais qu'il y croyait, qu'il l'espérait vraiment. C'était très sincère ", se souvient Cédric Fauré. " J'essaie d'adapter mon discours à chaque joueur ", reconnaît le coach. " Pour cela, il faut connaître chaque individu le mieux possible afin de ne pas les traiter tous de la même manière. " " Mazzù, c'est presque un père avec ses fils ", racontait Clément Tainmont en fin de saison dernière. " C'est vrai que c'est un coach assez paternaliste ", analyse Nicolas Penneteau, qui fait partie des relais de Felice Mazzù sur le terrain. Un père qui peut presque se transformer en mère-poule quand l'un de ses joueurs est la cible de critiques qu'il considère comme injustifiées. Poursuivi par la presse carolorégienne depuis plusieurs semaines pour ses prestations, Enes Saglik est couvé par son entraîneur, qui continue à le défendre et à l'aligner là où d'autres se seraient empressés de titulariser Sotiris Ninis, débarqué dans les derniers jours du mercato de janvier. " Il faut faire les bons choix en fonction du groupe qu'on tient à sa disposition, mais surtout ne pas oublier le passé. On a tendance à trop vite le jeter à la poubelle ", justifie le mentor des Zèbres, qui ne manque jamais de souligner l'importance tactique de la présence de Saglik dans son 4-4-2 parfois à la limite du déséquilibre quand l'un des milieux de terrain oublie ses valeurs de travail. Il aura fallu plus de deux saisons à Felice Mazzù pour enfin pouvoir installer son système-fétiche en Division 1. La première approche datait de ses débuts zébrés, mais n'avait pas été couronnée de succès. " J'ai été trop prétentieux dans mon dispositif ", avait-il volontiers reconnu. " Je ne disposais pas des armes nécessaires pour pratiquer le beau jeu offensif que j'ai en tête depuis que je suis coach. " Car si la grande force de Mazzù est sans doute " d'adapter sa tactique en fonction des joueurs dont il dispose ", selon Nicolas Penneteau, le 4-4-2 n'a jamais quitté l'esprit du T1 des Zèbres. Florian Lescaut, qui a connu Felice en Promotion au Léopold et qui évolue aujourd'hui à Grez-Doiceau (Brabant wallon), se rappelle : " Il a beaucoup travaillé tactiquement pendant la préparation pour installer son 4-4-2. Il fallait que le jeu se déroule principalement dans le camp adverse, avec une grosse participation des arrières latéraux et une possession efficace. Pas question de faire tourner le ballon derrière entre les défenseurs, il fallait attaquer tout le temps. " La saison bruxelloise n'avait pas été couronnée de réussite, mais Felice a poursuivi sa croissance tactique pour devenir l'un des maîtres nationaux en la matière. Son secret ? " Il faut convaincre les joueurs d'adhérer au projet tactique. C'est pour ça que j'ai toujours beaucoup parlé de jeu dans mes clubs. " Cédric Fauré confirme : " Quand il parle à un joueur des particularités de son système, il le fait très bien, avec beaucoup de conviction. Il te fait vraiment adhérer à son projet. " Lors de leur arrivée à Charleroi, les nouveaux joueurs sont ainsi conviés à une rencontre avec le coach, qui expose son projet de jeu et explique à sa nouvelle recrue ce qu'il attend. Une approche qui se fait en compagnie de Mehdi Bayat, et qui a agréablement surpris Sotiris Ninis et Cristian Benavente cet hiver. L'atout tactique de Mazzù, c'est sa façon de transmettre ses idées de manière simple, avec une ligne claire et des paroles limpides pour briefer chacun de ses hommes. Pour cela, il est sans doute bien aidé par son passé d'enseignant. " Il ne nous a jamais endormis avec de longues théories ", se souvient Sébastien Dewaest. " Il insiste sur les points importants auxquels on doit être attentif avant le match, et nous corrige brièvement par après. Tout cela se fait toujours avec beaucoup de calme. Il n'est pas du genre à te crier dessus. " Le coach confirme que les hurlements dans le vestiaire ne font pas partie de sa méthode : " Je préfère la communication ou la recherche de ce qui ne va pas plutôt que la confrontation. L'agressivité n'a jamais fonctionné sur le long terme, la rancune va toujours revenir un jour. " En Pro League, Felice Mazzù est devenu un caméléon. Les qualités de son noyau ont primé sur ses propres convictions footballistiques, à tel point qu'il a entamé son mandat carolo en demandant aux joueurs d'inscrire sur un morceau de papier leurs deux meilleures positions. Depuis, le travail tactique se fait " avec sérieux et intransigeance, même s'il est du genre à rigoler avec tout le monde une fois la séance terminée ", raconte Cédric Fauré. Nicolas Penneteau confirme que " le boulot tactique est très précis. On est dans un objectif de progression permanente, donc on fait régulièrement des vidéos. Grâce à ces bonnes bases tactiques, on parvient à prendre pas mal de points alors que le système est pourtant différent de l'an dernier. " Même le gardien de but, très intéressé par les questions tactiques, est impliqué dans ces séances qui concernent l'adversaire et sont préparées par Mazzù en compagnie de Mario Notaro. " C'est intéressant pour moi de connaître les forces de l'adversaire, la façon dont il attaque, pour donner un temps d'avance à mes défenseurs ", poursuit Penneteau. " Et puis offensivement, j'aime aussi savoir comment seront positionnés nos joueurs sur les dégagements. Ça me permet de savoir si on aura plus de taille d'un côté du terrain pour gagner nos duels. " Face à Courtrai, par exemple, David Pollet rejoignait Tainmont sur le côté gauche pour les coups de pied de but, afin de disputer les duels aériens face à Anthony Van Loo, sans doute le moins athlétique des défenseurs courtraisiens. Une telle maîtrise tactique met forcément les joueurs en confiance, et donne parfois au coach des airs de devin qui renforcent l'amour du groupe pour son mentor. Denis Dessaer, qui a évolué sous les ordres de Mazzù au White Star, raconte toujours qu'il ne pensait pas " apprendre autant d'un seul entraîneur sur le plan tactique ", et se rappelle un match de Coupe où il avait trouvé le chemin des filets sur corner, dans la zone désignée par son entraîneur comme le point faible de l'adversaire. " Au fil du temps, on se rend aussi compte que ses changements sont très souvent gagnants ", évoque Sébastien Dewaest, qui vante la lecture des événements de son ancien coach. " Une de mes qualités, c'est de sentir quand il faut changer quelque chose pour réveiller les joueurs ", confirme Mazzù " sans vouloir paraître prétentieux. " Pour la deuxième saison consécutive, le tacticien du Pays Noir parvient, entre psychologie personnalisée et séances vidéo, à tirer la quintessence d'un groupe qui a été construit avec bien moins d'argent que ceux d'Ostende, de Genk ou du Standard. " Le fait d'encore lutter face à ces équipes à quatre journées de la fin de la phase classique pour une place en play-offs, c'est exceptionnel ", tient à rappeler Nicolas Penneteau. Un exploit que reconnaissent sans peine des supporters qui semblent parfois avoir du mal à y croire. Au stade arc-en-ciel, ils ont chanté pendant 45 minutes après le coup de sifflet final, attirant finalement leur entraîneur au pied de la tribune visiteuse avec un chant à sa gloire : " Here's for you, Felice Mazzù. Sporting loves you more than you will know, hohohoooo. " La présence de Felice Mazzù à la tête d'un grand club de notre championnat ne semble plus être qu'une question de temps. Du côté de la Ghelamco Arena, son nom est déjà murmuré au cas où les sirènes de l'étranger attireraient Hein Vanhaezebrouck. S'il ne cache pas ses ambitions futures, le coach des Zèbres a déjà affirmé que " quitter un club en cours de route n'est pas mon genre. Le jour où je quitterai Charleroi, ce sera par la grande porte ". Avec une nouvelle place inespérée sur la guest-list des play-offs 1, par exemple ? " Si Mazzù parvient à qualifier une nouvelle fois Charleroi pour les play-offs, on pourra commander sa statue ", affirmait récemment Marc Degryse. Encore un chantier en prévision au Pays Noir, donc. Mais pas sûr que celui-là provoquera la colère des automobilistes carolos. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE" Il ne faut pas oublier que c'est un Carolo. Et les Carolos sont ouverts et chaleureux. " MEHDI BAYAT " S'il sait être très exigeant, il a surtout beaucoup d'amour pour ses joueurs. " CÉDRIC FAURÉ