Sur le papier, la constitution d'une paire Van Meir-Okpara n'a pas soulevé des vagues d'enthousiasme durant l'intersaison. Les supporters trouvaient le premier emprunté. Trop lent. Du second, ils disaient: "Encore un gars en fin de carrière, qui reste sur un échec à Paris".
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Sur le papier, la constitution d'une paire Van Meir-Okpara n'a pas soulevé des vagues d'enthousiasme durant l'intersaison. Les supporters trouvaient le premier emprunté. Trop lent. Du second, ils disaient: "Encore un gars en fin de carrière, qui reste sur un échec à Paris".Depuis, la charnière centrale des Rouches a inversé la tendance. L'association fonctionne à merveille. Epaulé par les chasseurs que sont Ernst et Meyssen, ce carré axial constitue la fondation d'un ensemble porteur de promesses, même si face à Lokeren, ce fut la débandade. Les Waeslandiens ont atténué l'euphorie de la qualification. Ramenant de la sorte à la surface le souvenir de la première mi-temps cauchemardesque de Strasbourg. Rappel objectif d'une évidence: le chemin reste long à parcourir avant de pouvoir prétendre à de hautes destinées. Tant à Strasbourg qu'à Sclessin une poignée de jours plus tard, fort de son métier, Godwin Okpara apparut tel un phare éclairant une mer déchaînée. Contrairement à la majorité des Standardmen, il conserva la tête froide, cherchant à restabiliser un vaisseau perdu en mer.N'est-ce pas une victoire à la Pyrrhus que ce nul arraché à la Meinau? Moreira et Dragutinovic touchés, Vandooren, Walem, Van Meir, ainsi que vous avertis, le bilan est lourd. D'autant qu'il est suivi d'une surprenante défaite en championnat.Godwin Okpara: En Coupe, l'arbitre est l'incontestable responsable. Quelle action néfaste il a eue! Avant le coup d'envoi, il prévient: -Pas de tirages de maillots, pas de tackles par l'arrière. OK! Le premier coup de sifflet donné, et les Français tabassent. Aucune réaction de sa part. Moreira agressé. Puis Dragu. Faute méritant la rouge. A notre tour, nous nous faisons respecter, récoltant les sanctions. Il y avait quelque chose d'anormal dans les décisions arbitrales. Pour ce qui est de Lokeren, nous étions dans un jour "sans". Cela arrive. "Nos supporters valent ceux de Lens"Vous qui connaissez Strasbourg, vous attendiez-vous à une pareille réception?Non. Pas du tout. Ce fut une surprise de dimension bien que tenant compte du fait que ce soit une coutume locale d'enfoncer directement le champignon. Je pressentais une domination technique sans un pareil répondant physique. Je ne dis pas que les Français se laissent marcher sur les pieds. Certainement pas. Révolu, ce temps-là. Cependant, à ce point, j'étais stupéfait. Leur rendement m'a confirmé ce que je pensais. Strasbourg possède une belle équipe ayant sa place en première division. Ce club mérite d'ailleurs de réintégrer l'élite. Il s'appuie de surcroît sur un public formidable, même si la semaine dernière, il n'a pas relevé le défi. Peut-être à cause du 2-0 de l'aller. Je ne sais pas. Dans les tribunes aussi, la victoire est revenue à nos couleurs!De fait, vos sympathisants n'ont pas loupé leurs premières vraies retrouvailles avec la Coupe d'Europe.Dans ma carrière, je place les supporters du Standard en tête de mon classement personnel. Bien meilleurs que ceux du PSG. Je les compare aux fans de Lens. Il existe des similitudes. Paris, bof! Pas le foot dans le sang. Ici, oui.Ce soutien vous a-t-il aidés alors que vous étiez pris en pleine bourrasque?On les sentait dans notre dos. Ils étaient là. Présents, à nos cotés. Moi, je regardais la tribune de droite. Toute rouge. Je me disais: -Faut y aller. Impensable de décevoir ces gens. Ce qui m'a le plus impressionné concerne notre réapparition sur le terrain. Après le repos. Les applaudissements crépitaient. A croire que l'avantage était en notre faveur. Franchement, cela m'a donné davantage envie d'aller au charbon. Dans vos têtes, que se passait-il à 2-0? Avez-vous cru que le voyage se terminait?Pas le temps penser à cela! Ça ne tournait pas rond. Il fallait tenter de resserrer les boulons. Pas simple car nous éprouvions du mal à recouvrer une bonne respiration. Toutefois, personne n'ignorait qu'un but relancerait la machine. Ce fut le cas. Strasbourg ne pouvait pas tenir une heure et demie sur un tel rythme."Se taire, gamberger, ruminer n'amène rien de bon"N'empêche, à trois reprises, vous êtes passés bien près du 3-0. Un match tient décidément à peu de choses.Retenons la leçon. Le scénario vécu porte divers enseignements. Administrés sans frais. Sans réel dommage pour le club du moins. Cependant, je suis d'accord: cela ne peut plus arriver.Pourquoi vous êtes-vous laissé balader pendant 45 minutes? Vous êtes conscient de votre apathie?Impossible de le nier. La raison en est simple: incapacité à entrer correctement au coeur les débats. Notre défaut réside précisément dans cette lenteur à plonger dans le bain. On aurait dit que les buts encaissés agissaient en éléments libérateurs.Manque d'expérience sur la scène européenne?Non. Question de mentalité. De concentration aussi. L'équipe ne sort pas du vestiaire avec l'oeil du tigre. Inconsciemment, plusieurs se sont peut-être dit que la qualification était en poche. Ce n'est pas comme ça que ca va. Le Racing a réveillé notre instinct de survie parce que lui avait la rage! Des qualités techniques, tactiques ne manquent pas. Toutefois, je le répète, impératif de se montrer beaucoup plus absorbés par notre tâche.De quelle façon peut-on remédier à la lacune exposée?La prise de conscience s'opère individuellement. Dans l'enceinte du stade, l'entraîneur réalise le nécessaire. En dehors, des pros dignes de ce nom ont l'obligation de vivre pleinement leur rôle de footballeur. Après l'entraînement, chacun retourne chez soi. J'ignore ce que font mes collègues. S'ils pensent au match. A l'entraînement. Peut-être des gars rencontrent-ils des soucis dans le privé. Se taire, gamberger, ruminer n'amène rien de bon. Un partenaire accumulant les problèmes pénalise la collectivité. Alors, il faut parler. Beaucoup! Se livrer. Vider sa conscience. Les autres se tiennent prêts à aider celui qui va moins bien. Voilà ma vision de ce que doit être une équipe. Or, la discussion n'est pas suffisamment présente en nos murs. La complicité, l'amitié permettent de souder un groupe."Les Bordelais rigolent de nous. Parfait!"De la solidarité, il en faudra pour venir à bout de Bordeaux.Le Standard aura un atout. Aux Girondins, ils rigolent du tirage au sort. Se frottent les mains: -Ah ah! Le Standard. Petit club de la petite Belgique. On va le manger. Ca ne me gêne pas. Au contraire. Qu'ils continuent à se marrer. On verra sur le terrain! Avec Pauleta et Dugarry dans le camp adverse, la défense va passer un redoutable examen!De niveau international. Hors de question de contester la valeur des Girondins. Nous prendrons nos responsabilités. Ce test permettra de situer nos visées. Quoi qu'il arrive, en nous mesurant à des attaquants de ce calibre, la progression suivra. Cependant, ne focalisez pas votre attention sur le duel "attaque de Bordeaux" contre "défense du Standard". Chaque composante de l'effectif se trouve concernée. Avant, une, deux individualités faisaient basculer le sens d'une rencontre. Plus maintenant. Regardez Manchester par exemple. Giggs joue pour l'équipe. Beckham joue pour l'équipe. Au Real, Figo et Zidane jouent pour l'équipe. Les solistes égoïstes n'ont plus droit au chapitre. Si certains, plus doués, sortent du lot, dans le contexte d'un système bien huilé, l'expression générale vient du collectif."Mon rêve? Eliminer Bordeaux et tirer le PSG"Vous jouerez d'abord à Bordeaux: avantage ou inconvénient?Inconvénient. Je préfère toujours commencer à la maison. Je n'aime pas devoir assurer un résultat dans notre stade. J'aime mieux savoir à quoi m'en tenir avant de prendre l'avion.Curieux! C'est la peur de prendre une casquette à l'aller qui vous fait parler ainsi?Peur? J'ai pas peur! Je vous le dis, c'est ma manière de voir les choses. Quoi qu'il en soit, un fait est sûr: espérer une étape supplémentaire oblige à marquer à l'extérieur. Ça, c'est du concret. Je note que les Girondins ne tournent pas très fort en championnat. A condition qu'un électrochoc ne se produise pas d'ici là, l'affrontement viendra au bon moment.Un deuxième club français, ça vous arrange?Dans le vestiaire, tout le monde est content. Un grand nom signifie un battage médiatique important. La presse suivra. Ce sera au surplus l'occasion de se mettre en vitrine. En ce qui me concerne, mon rêve est de sortir les Bordelais avant de tirer le PSG. Quelle belle revanche ce serait. Mon séjour à Paris ne me laisse pas un bon souvenir. Loin de là. Je vous prie de croire que si l'occasion m'est donnée de fouler à nouveau la pelouse du Parc des Princes, qui plus est avec la vareuse rouge sur mes épaules, ça chauffera. Faudra me passer sur le corps avant d'arriver à notre cage."Preud'homme sait ce qu'il fait"La Coupe d'Europe, c'est bien beau. Néanmoins, fondamentalement, le championnat s'avère davantage crucial.Dans l'absolu, il y a ce qu'il faut pour devenir champion! L'équilibre de l'équipe, son niveau, m'autorisent à viser haut. Anderlecht? Jusqu'ici, je n'ai pas vu une grande formation. Bruges? Il y a moins de talent chez eux qu'à Sclessin. La meilleure équipe du pays, c'est le Standard. Tout se passe dans la tête. A condition de le vouloir, d'avoir assez de coeur, le titre se situe à portée de main, car une défaite n'a rien de catastrophique! Nous possédons un super noyau. Il peut m'arriver quelque chose, Laurent Wuillot est capable de prendre le relais. Sans problème. Voyez à Strasbourg. Moreira sort. Georges Blay entre. Immédiatement, il se fond dans l'ensemble. Blay a des qualités différentes de Moreira. Peu importe. Personne n'a remarqué la sortie de notre Portugais parce que le groupe a fait bloc. L'émulation naît au sein d'une collectivité par le biais d'observations positives. Lorsque les attaquants marquent, je me fais un devoir de ne pas encaisser. L'inverse doit être vrai. Se reposant sur une défense imperméable, les avants n'ignorent pas qu'une action décisive de leur part peut donner la victoire. Ils se sortent les tripes pour trouver la faille. Ainsi se présente le nouvel esprit Standard. Résultat de la politique menée par Michel Preud'homme.Précisément, vous qui utilisez souvent les mots "collectif" et "collectivité", vous devez apprécier un entraîneur particulièrement proche de ses troupes.Il sait tout des joueurs. Sa parfaite connaissance des hommes est le secret de sa réussite. Le coach situe parfaitement nos possibilités. Forces. Faiblesses. Son art: n'utiliser que les points forts. Parfois, des changements qu'il opère surprennent le grand public. Lui, il sait ce qu'il fait. Calme. Lucide. Regarde avant de prendre sa décision. Ça ne m'étonne pas. Le football, on ne le lui apprend pas. Michel Preud'homme était le meilleur gardien du monde. Ça situe, non?A propos de gardien, Filip Susnjara donne-t-il confiance à sa défense?Bien sûr. Son style cadre parfaitement avec notre jeu. Nous n'aimons pas pratiquer par de longs ballons. C'est mieux de construire à partir de l'arrière. Or, Filip relance adroitement. Vous pensez peut-être que notre keeper est fébrile. Faux! On n'a pas encore vu le grand Susnjara. N'oubliez pas que depuis deux ans, il n'a quasiment pas évolué en équipe Première. Une telle absence se digère plus difficilement pour un gardien que pour un joueur de champ. Il est seul devant ses filets. Dans le jeu, il est possible de se cacher. D'attendre le bon moment pour dessiner une action spectaculaire. Lui, non. Le moindre relâchement est interdit. Notre devoir consiste à lui donner la confiance. Applaudir les interventions réussies. Minimiser les erreurs. Dans quelques matches, il va exploser. Retenez ceci: le Standard possède un dernier rempart de très, très grande classe.Daniel Renard