Une rencontre au sommet, en Belgique, attire toujours pas mal de beau monde, en provenance de chez nous ou d'ailleurs. Le match-phare entre Anderlecht et le Standard n'a nullement dérogé à cette règle puisque des émissaires venus de tous azimuts ont convergé, vendredi dernier, vers le Parc Astrid.
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Une rencontre au sommet, en Belgique, attire toujours pas mal de beau monde, en provenance de chez nous ou d'ailleurs. Le match-phare entre Anderlecht et le Standard n'a nullement dérogé à cette règle puisque des émissaires venus de tous azimuts ont convergé, vendredi dernier, vers le Parc Astrid.Il y avait là des scouts du SC Heerenveen, de Vitesse Arnhem, d'Alemania Aix-la-Chapelle, ainsi que des envoyés spéciaux des clubs londoniens de West Ham United et Arsenal. Un autre "grand" de la capitale anglaise, Tottenham Hotspur, était représenté au RSCA par son Directeur Technique, David Pleat. Le football dispensé sur notre sol ne constitue pas une inconnue pour ce sexagénaire alerte qui franchit régulièrement la Mer du Nord afin d'assister en live à l'une ou l'autre rencontres de notre compétition. Son intérêt, au demeurant, ne s'est pas toujours borné à suivre simplement l'évolution du football sous nos latitudes. Par deux fois, notamment, il s'est assuré les services de joueurs qui sortaient vraiment de l'ordinaire. Le premier, qui remonte à son passage initial chez les Spurs, en 1986, avait pour nom Nico Claesen qui, au beau milieu des années quatre-vingts, faisait flèche de tout bois aussi bien avec le RFC Sérésien qu'avec les Diables Rouges, dont il fut une des figures marquantes lors du Mundial. Quant au deuxième, il s'agissait ni plus ni moins de Marc Degryse qu'il eut sous ses ordres, à nouveau en tant que manager, à Sheffield Wednesday, en 1995. A trente ans, le lutin d'Ardooie venait de mener le Sporting à son troisième titre consécutif et entendait tenter une expérience lucrative à l'étranger. A l'image de Nico Claesen, cette escapade aux Iles n'allait toutefois être que de courte durée. Revenu à White Hart Lane, en 1999, mais comme Director of Football, David Pleat est appelé, depuis lors, à rebâtir une équipe compétitive dont il a confié les rennes, dans un passé récent, à celui qui fut, jadis, son élément le plus emblématique : Glen Hoddle. David Pleat : De tout temps, Tottenham Hotspur s'est toujours allégrement distancié de l'usage en vigueur dans le football anglais, à savoir le recours au sacro-saint kick and rush. Depuis la nuit des temps, les Spurs, contrairement à leur voisin et ennemi juré, Arsenal, ont une tradition de jeu académique. Aucun team au Royaume-Uni n'a un style plus continental que celui de White Hart Lane. C'est la raison pour laquelle, tout au long de l'histoire de ce club, les responsables ont souvent fait la part belle à des artistes au pied léger plutôt qu'à des joueurs de tempérament. Glen Hoddle en était l'illustration parfaite et ce n'est pas un hasard si, à ses côtés, a oeuvré, par la suite, ce technicien hors pair qu'était l'Argentin Osvaldo Ardiles, champion du monde en 1978. A mes yeux, Nico Claesen était de la même trempe, mais dans un registre beaucoup plus offensif. Au Mexique, il m'avait franchement épaté par sa belle maîtrise du ballon, en pleine course. Auparavant, il s'était signalé, déjà, par sa complicité avec Jules Bocandé au sein de l'attaque de Seraing. A priori, je pensais qu'une même entente serait possible entre le fer de lance de Tottenham à cette époque, Clive Allen, et lui. Malheureusement, leur association en pointe laissa à désirer. Je dus me résoudre à titulariser un seul d'entre eux devant et Nico fit, hélas, les frais de cette opération. Comme elle se révéla fructueuse, votre compatriote n'eut pas souvent l'occasion de s'exprimer. Dès lors, il préféra tenter sa chance ailleurs. Marc Degryse ne fut guère plus heureux de son choix à Sheffield Wednesday?Le plus dur, pour quelqu'un comme moi, qui va en repérage, ce n'est jamais tant l'évaluation du joueur lui-même que la transposition de celui-ci dans son futur entourage. Marc Degryse est un formidable footballeur et probablement même l'un des meilleurs en classe pure que j'aie eu sous mes ordres. Mais il aura manqué de body pour s'exprimer avec bonheur dans le football britannique. Cela, je ne pouvais malheureusement pas le prévoir. C'est au contact de la réalité ambiante que je m'en suis aperçu. Certains diront que, compte tenu de son profil, il fallait bien se douter de ses difficultés à ce niveau. Mais ce n'est pas toujours aussi simple. Comme joueur, Marc Degryse présente à peu près les mêmes caractéristiques et morphologie que l'Italien Gianfranco Zola qui a fait le bonheur de Chelsea : deux garçons petits par la taille mais immenses par le talent dans leur rôle mi-régisseur, mi-buteur. Mais contrairement au Belge qui n'avait jamais dû se frotter à une forte opposition, tant au Club Brugeois qu'à Anderlecht, l'ancien joueur de Naples et de Parme dut composer avec la rigueur du football transalpin. C'est pourquoi son acclimatation fut nettement plus aisée. Sans compter que le club de Stamford Bridge est d'un autre calibre que Sheffield Wednesday. C'est d'ailleurs pour les mêmes raisons que Gilles De Bilde s'exprime malaisément : il n'a jamais été soumis à forte concurrence avant de débarquer aux Iles. Du coup, ce football engagé lui pose manifestement des problèmes.Hormis Philippe Albert, qui n'aura laissé que de bons souvenirs à Newcastle United, aucun footballeur belge ne s'est réellement imposé, jusqu'à présent, en Angleterre. Pourquoi?Philippe Albert ne peut être comparé aux autres dans la mesure où il occupait le poste de défenseur dans une équipe de pointe alors que les autres, au même titre que Branko Strupar à Derby County actuellement, évoluaient au sein d'une formation moins huppée. Le degré de difficulté est évidemment beaucoup plus élevé quand on est attaquant ou médian au seion d'une équipe de valeur moyenne que lorsqu'on est arrière au sommet. Et le Newcatsle United de Kevin Keegan répondait bel et bien à ce critère. De surcroît, Phil avait indéniablement tous les atouts de son côté : non seulement, il était un bon joueur de football mais, en outre, il avait du répondant sur le plan physique, aussi bien en matière de taille que de puissance. Aussi était-il déjà favorisé au départ. Dans un même ordre d'idées, je suis prêt à parier que Daniel Van Buyten marcherait exactement sur les mêmes traces que lui si d'aventure il devait rallier l'Angleterre un jour. Ce garçon a le potentiel pour s'exprimer dans un club de grande envergure là-bas. Je l'ai vu à l'oeuvre à trois reprises cette saison : à Bruges d'abord avec le Standard, puis à Hampden Park avec les Diables et, enfin, à l'occasion de ce choc contre Anderlecht. En l'espace de quelques mois, voilà quelqu'un qui a subi une profonde métamorphose. Je n'étais pas venu pour lui mais j'ai noté son nom sur mon calepin, au même titre que ceux de Vedran Runje et Ivica Mornar. Ceux-là aussi ont le profil pour s'imposer en Grande-Bretagne.D'après les rumeurs, vous vous étiez déplacé au Parc Astrid, semble-t-il, pour visionner en priorité Jan Koller et Walter Baseggio, deux footballeurs de qualité et bien campés sur leurs jambes à l'instar du trio précédent. Est-ce à dire qu'un joueur plus fin, comme Alin Stoica par exemple, ne recueille plus vos faveurs aujourd'hui?Détrompez-vous, j'aime bel et bien ce joueur. A Leeds United, il a d'ailleurs inscrit un but de toute beauté pour le Sporting, en Ligue des Champions. Mais vu son âge et sa manière de jouer, il m'inspire les mêmes réticences que Marc Degryse jadis. J'ai peur, une fois encore, qu'un footballeur de son envergure ne doive baisser pavillon lorsque le combat fait rage. Or, il en est souvent ainsi en Angleterre. D'ailleurs, autant le Roumain fut souverain à Elland Road, face à une équipe locale méconnaissable, autant il sera passé à côté de son sujet au retour lorsque les gars de David O'Leary ne lui laissèrent plus guère l'occasion de contrôler le cuir. Voilà pourquoi, en matière de scouting, j'ai changé quelque peu mon fusil d'épaule. Et, à ce titre, c'est vrai que des footballeurs comme Jan Koller et Walter Baseggio me laissent moins indifférents. Car eux ont la carrure pour s'imposer immédiatement. And football is reality, not fantasy, of course.Que vous a inspiré leur prestation face au Standard?Ni l'un ni l'autre, à vrai dire, n'a disputé un match mémorable. Mais en d'autres circonstances, ce duo m'a plu. J'ai suivi Anderlecht de visu six fois cette saison : en championnat face au Club Brugeois et, à présent contre le Standard, ainsi qu'en Ligue des Champions devant Manchester et Leeds. Des deux, c'est à coup sûr Walter Baseggio qui aura été le plus régulier. Au même titre que Daniel Van Buyten, ce garçon a incontestablement progressé de sortie en sortie. Je pense que la Ligue des Champions lui aura permis de prendre une toute nouvelle dimension. Jan Koller, en revanche, présente un cas : performant avec l'équipe nationale de son pays, il souffle fréquemment le chaud et le froid avec Anderlecht. Tantôt il est irrésistible, tantôt encore il passe complètement à côté de la plaque. Je me demande quand même dans quelle mesure il ne paie pas, avec le Sporting, la débauche d'efforts qu'il consent en match. Avec la Tchéquie, en effet, je le surprends à se cantonner constamment en pointe alors qu'à Anderlecht, il soulage la défense sur les phases arrêtées, participe à la construction du jeu et apporte son écot à la finition. C'est beaucoup dans le chef d'un seul joueur et peut-être faut-il voir là la raison pour laquelle il est parfois moins performant en équipe de club qu'en sélection. Je reste cependant persuadé que, dans un meilleur entourage, Jan Koller peut constituer un renfort de choix pour la plupart des clubs anglais. Mais il ne vaut pas, non plus, les dix millions de livres que le Sporting exige pour lui. That's too much. Si ses dirigeants obtiennent les trois quarts de ce montant, ils pourront déjà se frotter les mains. A l'exception de tous les précités, d'autres joueurs sont-ils susceptibles de se tirer d'affaire en Premier League?Aucun n'entre peut-être en considération pour un club du top mais, à un échelon inférieur, un Bart Goor, un Tomasz Radzinski ou un Joseph Yobo peuvent rendre des services, c'est sûr.Le fossé entre Anderlecht et le gratin européen est-il aussi grand que celui qui sépare Tottenham des ténors anglais, aujourd'hui?Right. Jusqu'au début des années nonante, nous avons lutté à armes plus ou moins égales avec les meilleurs aux Iles. Mais depuis la création de la Ligue des Champions, certains clubs ont eu la faculté de s'enrichir tant et plus et, par là même, de larguer les autres. Je songe non seulement à Manchester et à Arsenal, mais aussi à Chelsea ou à Leeds aujourd'hui. Or, l'argent est la reconnaissance de votre valeur. Plus on en dispose, plus on peut se permettre d'attirer les meilleurs. Tottenham a une bonne équipe pour le moment, sans plus. Mais si le club veut quitter le ventre mou du classement, il lui faudra des éléments qui jouent plus vite encore et mieux. Car c'est là que réside toute la différence. Quand donc Anderlecht a-t-il livré ses meilleurs matches en Ligue des Champions? Quand l'adversaire lui permettait de jouer le match à son rythme, comme Manchester l'a vérifié à ses dépens à Bruxelles. De son côté, Leeds n'est pas tombé dans le même travers. Et c'est ce qui lui a permis, justement, de faire la différence. Le Standard ne s'y est pas pris autrement : d'emblée il a imprimé un rythme soutenu aux échanges et mis la pression sur le porteur du ballon. Dans ce cas-là, on s'aperçoit qu'Anderlecht n'a plus la même opportunité de faire circuler le cuir de manière fluide entre ses lignes. Pour ce faire, il aurait besoin de meilleurs manieurs de ballons. Mais ces gens-là, précisément, ne sont pas à la portée du premier venu. Une dernière question : après Nico Claesen et Marc Degryse, qui sera le prochain joueur belge à travailler sous vos ordres?J'aurais aimé que ce fût Marc Wilmots en tout cas. L'année passée, il m'avait laissé une impression formidable lors de l'EURO 2000 et j'aurais franchement aimé qu'il rejoigne les Spurs. Mais il a préféré quitter Schalke 04 à destination des Girondins de Bordeaux, où il n'est pas toujours titulaire. C'est dommage car chez nous il aurait été l'un des incontournables de l'équipe. A présent, j'ai bien peur qu'il ne soit trop tard, évidemment. A moins qu'il ne change quand même d'avis, qui sait? Pour lui, ma porte sera toujours ouverte.Bruno Govers