"Un champion n'est jamais quelqu'un de gentil... ", affirme Guy Namurois (45 ans), ancien décathlonien belge de haut vol, touche à tout, à l'aise dans pas mal de disciplines sportives et universitaire. Et ancien préparateur physique du Standard où il laisse un héritage comparable à celui d'un de ses plus glorieux prédécesseurs : Maurice Lempereur qui soigna la condition des Liégeois durant les années '60 et '70.
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"Un champion n'est jamais quelqu'un de gentil... ", affirme Guy Namurois (45 ans), ancien décathlonien belge de haut vol, touche à tout, à l'aise dans pas mal de disciplines sportives et universitaire. Et ancien préparateur physique du Standard où il laisse un héritage comparable à celui d'un de ses plus glorieux prédécesseurs : Maurice Lempereur qui soigna la condition des Liégeois durant les années '60 et '70. " Il y a quelques années, alors qu'elle était très jeune et traversait un moment difficile, Justine Henin rappela un ami qui l'avait sondé sur ses objectifs pour lui confier : - Je vous ai dit que mon ambition était une place parmi les 20 meilleures joueuses du monde, c'est une erreur : je vise le Top 10. Puis, elle lui retéléphona un peu plus tard: -En fait, je veux être un jour la numéro 1 au monde " Or, elle n'était qu'une gamine aux prises avec une blessure. Mais c'est à ce mental qu'on reconnaît la graine des champions et championnes. Ils vivent 24 h sur 24 pour leur sport et parcourent leur chemin dans le but d'aller le plus loin possible sans se soucier de tout ce qui se dit autour d'eux. Il n'y a pas de place pour les amabilités dans de tels destins sportifs. C'est la même chose en football. Celui qui ne se consacre pas totalement à sa carrière n'arrive pas le plus loin possible ". Guy Namurois entraîna un peu la Dame de Rochefort mais, en tennis, travailla surtout avec Dominique Monami qui fut la première tenniswoman belge présente dans le Top 10 mondial. Si la Verviétoise avait un corps de porcelaine, elle avait une volonté de pitbull. Elle tutoya et rudoya toutes les stars du tennis. Guy Namurois : " Un jour, on me demanda si je ne pouvais pas faire quelque chose pour améliorer son coup droit : non, évidemment car je serais sorti de mon rôle. J'étais son préparateur physique, pas son entraîneur ". Cet homme pressé, qui court de sa salle de fitness à Tilff vers ses différentes ambitions et obligations, a fait son entrée dans le monde du football au FC Liégeois, en 1993 à la demande de Claudy Chauveheid. Eric Gerets gérait alors les destinées de l'équipe A. Guy Namurois cultive la condition physique des jeunes et côtoie quotidiennement un entraîneur qui l'observe et s'intéresse à son travail : Dominique D'Onofrio. " Je me suis occupé de leur capital athlétique ", insiste-t-il. " Il fallait le cerner, le travailler, le bonifier, le préparer pour pouvoir subir plus tard de plus importantes charges de travail. J'avais la certitude que la Belgique était en retard par rapport aux méthodes de travail appliquées en Italie ou dans d'autres pays. Notre pays suivait le mouvement, sans plus. C'était un peu le Moyen Age. Ici, on m'a parfois dit : -Mais, tu sais, le football, c'est autre chose. Autre chose ? Mais cela ne voulait rien dire. Un footballeur doit pouvoir courir, résister, multiplier les sprints, etc. Dit-on à un joueur de water-polo que nager n'est pas important ? Ce serait stupide. Je sais que beaucoup d'entraîneurs de football se méfient des préparateurs physiques. Ils les qualifient parfois de gourous car ils ont le sentiment qu'ils empiètent sur leur domaine. Je suis tout sauf un gourou et coacher ne m'intéresse pas. J'ai ma tasse de thé et même si je viens du monde de l'athlétisme, je m'adapte aux spécificités d'un footballeur, d'un basketteur, d'une joueuse ou d'un joueur de tennis ". A Liège, Guy Namurois apprend notamment aux jeunes à mieux courir, à bien travailler leur foulée, à ne pas négliger les fondamentaux : cela se faisait depuis des années à l'Ajax Amsterdam, pas en Belgique. Un bon jour, l'adjoint d'Eric Gerets, Daniel Boccar, lui demande de s'occuper de Cvijan Milosevic qui avait subi une opération au genou. " Il fallait le rendre à nouveau athlétique après une longue période sans football ", se souvient-il. " Ce sont évidemment des moments très importants. Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Mais si un footballeur adhère à la méthode de travail, qu'on lui explique comment et pourquoi on peut atteindre un objectif, cela crée une magnifique ambiance de travail. Quelques semaines plus tard, Milosevic était un autre joueur et on m'a demandé : - Mais qu'est-ce que tu lui as fait ? Rien, nous avions tout simplement bien travaillé ". A partir de ce moment-là, tout se précipite et il intègre le staff technique d'Eric Gerets. Liège va cahin-caha, se retrouve en D3, fusionne avec Tilleur, joue à Buraufosse et au Pairay. En 2002, le Standard fait appel à ses services et une nouvelle philosophie se met en place : les Rouches optent pour une approche plus scientifique du travail physique, avancent dans cette direction en concertation avec l'Université de Liège où un des relais est le Docteur Nebojsa Popovic. " Une personnalité ", souligne Guy Namurois. " C'est un plaisir de parler avec lui. Il a inventé le mot bobologie, la branche de la médecine qui soigne les bobos. En semaine, il y avait parfois du monde dans le cabinet médical et il disait : -Mais tu verras, il n'y aura pas un chat chez moi avant les matches contre Anderlecht. Avec raison ". Le Standard se forge vite une réputation dans la remise en condition d'éclopés ou de joueurs à la recherche d'un souffle nouveau : Emile Mpenza, Roberto Bisconti, Philippe Léonard, Vedran Runje, Sergio Conceiçao, etc. Cette spécialité fit rentrer pas mal d'argent dans les caisses. Guy Namurois : " Quand Bisconti est revenu à Liège, je lui ai dit : -Le but, c'est l'équipe nationale. J'ai défini le même objectif à Léonard. Ils y sont arrivés. Ce n'était pas un travail personnel mais le résultat d'une £uvre collective. Je suis intervenu dans mon domaine : travailler avec un joueur avant de le réintroduire dans le groupe en pleine possession de leurs moyens. C'est notamment ce que nous avons fait avec Mémé Tchite qui avait besoin d'entraînements différenciés afin de préserver sa vitesse tout en devenant plus robuste. Quand on travaille avec les haltères, il faut prendre garde. Il n'y a rien de plus fragile qu'un athlète. Dominique D'Onofrio a constitué un staff formidable avec José Riga, Christian Piot, moi, puis plus tard avec d'autres ". Emile Mpenza décolla à nouveau pendant son deuxième passage au Standard. Un miracle ? " Non, pas du tout. ", certifie Guy Namurois. " Dans d'autres sports, on dit parfois que les footballeurs sont des glandeurs et rechignent à la besogne. C'est totalement faux. Emile n'était pas un gros fainéant, adorait s'entraîner, quittait le dernier, répétait les exercices, les volées, les tirs au but. Quand il le pouvait, Emile mettait même les gants de gardien de but. Au Standard, nous l'avons remis au point en respectant ses richesses de sprinter. Il n'était pas question de le transformer en marathonien. Quand un footballeur voit que tout avance comme prévu, sa confiance est décuplée. Mais si cette mission a été menée à bien avec Emile Mpenza et d'autres, c'est aussi parce que le Standard est une F1 avec un outil de travail moderne. Il y a aussi ce que j'appelle l'entraînement invisible. Ce n'est pas fini après la douche. L'autre séance de travail commence : bien manger, faire la sieste, se reposer. Certains préfèrent se promener en ville. Avant 24 ans, ce n'est pas important car on récupère vite mais on paye l'addition un jour. Danny Boffin faisait une sieste de deux heures tous les jours : cela explique sa longévité sportive. Les footballeurs sont de plus en plus conscients de tout cela. Ils ont des plans de carrière, se soignent, travaillent, savent ce qu'ils veulent et où ils vont à l'image d'un Karel Geraerts. J'étais à leur service quand ils en voulaient plus. Le soir, je retrouvais parfois Oguchi Onyewu à ma salle de fitness : cela paye ". La saison passée, le Standard était bien au point physiquement. Pourtant, les plombs ont pété et cette belle équipe a raté l'occasion de rafler le titre. Guy Namurois : " Je sais, je l'ai entendu : -Avec ce talent-là, c'était du tout cuit. Ce sont des carabistouilles. Les années précédentes, nous avons eu mieux. Je m'intéresse au coaching en entreprise avec Dominique Monami et Alain Goudsmet de chez Mentally Fit, et dans un groupe, il y a des points verts (courroies de transmission, exécutants, suiveurs) et des points rouges qui bottent les fesses de tout le monde. Mais il faut que le point rouge soit exemplaire, sans reproche. Si ce n'est pas le cas, il y a un problème et c'est ce qui s'est passé au Standard. Vedran Runje et Sergio Conceiçao étaient les points rouges du Standard la saison passée. Vedran a été impeccable jusqu'au bout. Ce fut le cas de Sergio jusqu'en janvier et la conquête de son Soulier d'or mais plus après et cela s'est ressenti dans le groupe. Quand il y a trop de points rouges, ils peuvent se bouffer entre eux. S'il n'y en pas, c'est le coach qui est le point rouge. Tout est une question d'équilibre. En basket, Michael Jordan a eu un point rouge auprès de lui aux Chicago Bulls : DennisRodman. Aujourd'hui, si Alex Hervelle évolue au Real Madrid, c'est en grande partie grâce à Niksa Bavcevic qui est un coach de basket extraordinaire, un point rouge ! Sans cet apport, tout aurait été plus dur. Un entraîneur de football doit tout comprendre, tout fédérer, comprendre le médecin, le préparateur physique. Dominique D'Onofrio le faisait très bien ". Il y a quelques jours, Guy Namurois a finalement pris la décision de quitter Sclessin : " C'est la vie. Je vais faire hurler : j'ai adoré travailler dans ce grand club et j'ai tout donné aux joueurs mais je ne suis pas un supporter du Standard. Ce n'était pas nécessaire et ce fut peut-être un plus. Je pourrais très bien travailler à Anderlecht : c'est mon travail avec les sportifs qui m'intéresse, pas le reste. A 45 ans, je ne pouvais plus me contenter d'un contrat d'un an. Oui, dit-on, mais il y avait l'honneur de travailler avec des vedettes... Excusez-moi, cela ne m'impressionne pas, j'ai connu des champions dans d'autres disciplines. La Communauté Française m'a proposé un challenge intéressant : accompagner les élites sportives. Ce sont des professionnels qui ont besoin de conseils, de suivi. J'aurais pu rester au Standard mais j'ai tout de suite deviné que Johan Boskamp n'avait pas la même philosophie que Dominique D'Onofrio. Pour le Hollandais, tout se fait balle au pied. Les approches individuelles sont loin de ses préoccupations. Or, on ne peut pas entraîner tout le monde de la même façon. Je l'ai vu avant de prendre ma décision : il y a des courants divers dans ce noyau. Les Portugais n'ont jamais travaillé comme les Belges. Sergio Conceiçao était une exception car il a joué en Italie où les entraînements individuels sont très poussés. Mon travail n'intéresse pas Boskamp. Ce n'est pas son truc et cela ne me heurte guère. Mais je ne voulais pas limiter mon action à l'échauffement avant les matches et donc à m'ennuyer. Ce n'est pas une critique. Chacun a ses méthodes et celles de Boskamp seront peut-être bonnes. Je le lui souhaite. Toutes les équipes de la Coupe du Monde ne s'entraînent pas de la même façon. Trond Sollied agissait un peu comme Boskamp et Gaëtan Englebert, que j'avais connu à Liège, a dit que certains de mes exercices lui manquaient. Il valait mieux que je parte afin que le Standard n'ait pas un problème relationnel plus tard dans son staff. C'est aussi pour cela que j'ai pris la décision de partir. J'aurais pu rejoindre José Riga au RAEC à Mons ou Bavcevic dans le club de basket de la même ville. C'était difficile... " Ce Carolo fils de médecin établi à Liège, est parti vers son nouveau destin pour prôner une bonne éducation physique alors que la tempête souffle sur le sport professionnel : le sprinter belge Erik Wijmeersch est en prison pour usage de produits illicites, le Tour de France a été décapité suite au scandale espagnol (dopage) qui a emporté Ivan Basso, Jan Ullrich et d'autres vedettes. Ces catastrophes l'ont interpellé : " Il y a aussi de bonnes nouvelles. Deux jeunes décathloniens, François Gourmet et Frédéric Xhonneux, ont battu le record de Belgique de Freddy Herbandt qui datait de 1971 : on n'en a guère parlé, dommage. J'étais là quand Weymeersch a brillé sur 100 m en 10'37''. J'ai tout de suite deviné que ce n'était pas normal. C'est une catastrophe, ce qui se passe en cyclisme aussi. Je ne veux pas jouer au naïf : il y a peut-être des choses qui se clochent en football mais je n'ai jamais rien vu ".