Lorsqu'il est arrivé à l'Inter en juillet, José Mourinho a été clair : " Quand nous voyageons, ma femme emmène dix valises. Moi, quand je suis venu en Italie je n'ai pensé qu'à n'apporter que moi... " Mourinho ne manie pas la langue de bois : il dit ce qu'il pense et avec lui, on a toujours un être authentique.
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Lorsqu'il est arrivé à l'Inter en juillet, José Mourinho a été clair : " Quand nous voyageons, ma femme emmène dix valises. Moi, quand je suis venu en Italie je n'ai pensé qu'à n'apporter que moi... " Mourinho ne manie pas la langue de bois : il dit ce qu'il pense et avec lui, on a toujours un être authentique. José Mourinho : Sachez que quand je suis arrivé à Londres j'ai seulement dit : -Je suis un entraîneur normal mais l'entraîneur d'un groupe spécial. Le lendemain, j'étais The Special One. Je ne me suis jamais qualifié de spécial. Je ne suis pas le meilleur du monde, mais je pense que personne ne soit meilleur que moi. Je ne me vois pas en train de faire ce boulot sans empathie et confiance en moi : c'est la seule façon d'être le leader que je suis. Les joueurs savent que je suis offensif mais que je sais aussi défendre s'il le faut. C'est un peu comme un père avec ses enfants : sans grande complicité, il ne peut y avoir de critique. Et la critique est parfois très féroce. Quand j'ai discuté avec Massimo Moratti, j'ai compris que la chose la plus importante n'était pas de parler des trophées à gagner mais de commencer un autre cycle. Manchester n'a gagné que par un tir au but et a prouvé que la différence entre gagner et perdre une Ligue des Champions est minime. Il vaut donc mieux penser à gagner match après match avec une bonne rotation des joueurs, tout en conservant continuellement la même structure d'équipe. Le reste, ce ne sera toujours qu'une question de détails. Il s'agit de deux passionnés de football et pour un entraîneur comme moi, cette passion est fondamentale. Mais Moratti est passionné de l'Inter depuis 63 ans, depuis le jour de sa naissance, tandis que Roman a Chelsea dans le c£ur depuis cinq ans seulement. Je crois et j'espère être un entraîneur qui possède ces trois choses simultanément. Cela dépend : celle ou j'ai dit que je n'étais pas un pirla ( NDLR : con, en milanais), était pensée parce qu'il s'agissait d'un des deux mots du vocabulaire local que je connaissais. En général, mes piques me viennent naturellement. Nous ne pensons pas que ce soit la meilleure méthode. C'est simplement la nôtre et elle a pour objectif d'adapter la condition physique et athlétique à nos choix tactiques. Notre équipe doit pouvoir jouer comme nous le voulons. L'important est que les joueurs y croient et acceptent l'idée que s'entraîner avec nous est plus difficile que de jouer. Je n'aime pas provoquer mais j'aime bien être provoqué car, dans ce cas-là, je réponds. Enfin, je suis conscient d'être un personnage qui fait vendre, qui attire l'attention. Rien en ce qui concerne le caractère. Je n'ai pas encore eu à me plaindre de cet ego difficile que certains coaches ont évoqué. Zlatan sait qu'il est le meilleur, nous le savons et il est important que tout le monde le sache. Dans ce cas, il gagnera le Ballon d'Or mais pour y parvenir, il doit jouer comme l'Inter. Toujours. Mais ce n'est pas pour autant que l'on doit me faire passer pour un menteur le jour où l'Inter dispute un match défensif. Il faut tenir compte de la pression que parvient à te mettre l'adversaire. Ibra ne peut exprimer son potentiel dans une équipe qui débute la rencontre avec l'intention de partager l'enjeu, inspirée par le fameux cynisme italien. Il est incapable de rester là planté à attendre l'erreur d'un adversaire ou un long ballon en avant. Il veut avoir des gens à côté de lui, une Inter ambitieuse. Le plus bel exemple, ce fut à Athènes contre le Panathinaikos : si j'avais aligné un défenseur en plus, Ibrahimovic aurait passé le dernier quart d'heure sans voir un ballon. Vous parlez de systèmes alors que je travaille selon mes principes : ceux-là sont immuables alors que le système peut changer. Mes principes fondamentaux : 1. défense haute, toujours. Actuellement je ne peux me montrer satisfait sur ce point, 2. en perte de balle, trois ou quatre secondes de pressing immédiat, 3. construction du jeu avec la contribution des deux arrières latéraux plus un troisième point d'appui, 4. liberté importante pour les attaquants. Oui, et cela m'ennuie même si cela pose plus de problèmes aux joueurs qu'à moi. Je pense que 20 hommes avec deux ou trois jeunes en plus cela suffit. Je regrette d'avoir dû aligner une équipe différente lors des 20 dernières rencontres. J'ai beau aimer la stabilité, je ne peux faire grand-chose face aux blessures et aux suspensions. Frank reste dans mon c£ur pour tout ce que nous avons réalisé ensemble. Toutefois, j'ai toujours un goût amer en bouche parce qu'il m'avait dit :-Je viens avec toi, sûr, et si pas tout de suite je viens dans un an. Il a changé d'avis mais ce qui m'aurait vraiment déçu c'est qu'il soit allé ailleurs. Vu qu'il a prolongé à Chelsea, nous sommes restés amis. Quant à Muntari, il est capable de jouer à plusieurs places et en plus, c'est un Africain. Pour moi, c'est une qualité. Quand je suis allé au Ghana avec Michael Essien, j'ai découvert un autre monde. J'ai compris pourquoi les joueurs africains n'ont peur de personne quand ils sont sur le terrain. Et puis, Sulley est jeune. Il a 24 ans. Et parmi les autres renforts que j'ai réclamés, Ricardo Quaresma a le même âge et Mancini 28 ans. C'est ma façon de voir les choses : regardez Chelsea. Aujourd'hui encore, l'équipe aligne neuf ou dix joueurs que j'ai choisis. Je veux des dominateurs, des joueurs qui sont actifs plutôt que réactifs. Je veux sentir que l'équipe me suit : quand je dis -On y va !, il faut que les joueurs répondent -On y va ! J'aime le footballeur qui parle le même langage footballistique que moi, qui comprend d'un coup ce que l'entraîneur veut, qui n'a pas besoin d'être tiré, qui s'estime et n'accepte pas ses erreurs. Le sommet serait que le jour où j'arrête mes enfants aient encore 8 et 12 ans. Mais vu que ce ne sera pas ainsi et que mon épouse ne me dit plus -A 55 ans, tu stoppes !, si j'arrête c'est pour recommencer un peu après. Je me définis comme un navigateur dans le monde du foot. Je ne veux pas m'arrêter ; je suis jeune. J'ai au moins encore 15 ans de travail devant moi à un niveau très élevé. Et j'ai toujours envie de m'améliorer. Quand j'en aurai terminé avec l'Inter en 2011, j'irai entraîner dans un autre pays. Je ne peux rester dans un même club aussi longtemps qu'Alex Ferguson, j'ai trop besoin de nouveaux défis. Une de mes ambitions a toujours été de remporter la Premier, la Serie A et la Liga. Pour cette raison, avant de traverser à nouveau la Manche, j'irai en Espagne. Pour l'instant, je suis évidemment très heureux d'être à l'Inter. Une équipe nationale ? Il n'y a pas si longtemps, j'ai failli accepter une proposition mais je n'arrive pas à m'imaginer dans la peau d'un sélectionneur national. J'ai un trop plein d'énergie. La fédération nationale qui souhaite m'enrôler devra patienter 15 ans. A la fin de ma carrière, j'aimerais entraîner l'équipe du Portugal et puis aller aux Etats-Unis pour tenter de mettre le football au niveau des autres sports comme le foot américain ou le baseball... Je peux sans doute me tromper mais j'ai l'impression que ce championnat est nettement meilleur que la saison dernière. Je ne dis pas qu'il est meilleur parce que Mourinho est en Italie ou que l'Inter joue de manière spectaculaire mais les équipes sont plus offensives, sans avoir perdu leur organisation tactique. Je citerai des collègues comme Luciano Spalletti (Rome), Marco Giampaolo (Sienne), Pasquale Marino (Udinese), Walter Zenga (Catane) et j'en oublie certainement d'autres, qui veulent jouer un football organisé tout en proposant un spectacle sportif. Le championnat anglais est une industrie nettement mieux à même de se vendre parce qu'elle possède une structure promotionnelle qui n'existe pas en Italie. En Angleterre, le spectacle est basé sur l'émotion, le physique et le mental qui entourent la rencontre, pas sur la qualité du jeu. Ceci étant, je suis positivement impressionné par la qualité du championnat italien, qui est plus riche et plus difficile. Ici, les entraîneurs préparent toujours des surprises pour te mettre dans l'embarras et il faut être capable de bien lire la rencontre et surtout de changer de dispositif. Ce que nous avons dû faire à plusieurs reprises contre Chievo, le dernier du classement, alors qu'en Angleterre, le dispositif reste fixe. Zéro, mais vraiment zéro. La seule chose que je fais toujours avant un match c'est de téléphoner à ma femme et à mes enfants : je leur dis quelques mots et puis j'éteins mon gsm. Je fais cela plus pour mon bien-être personnel que pour toute autre raison. Si j'ai changé, c'est parce que je ne suis pas con. Avec Porto, j'ai tout gagné en jouant avec un losange au centre et un 4-4-2 pur. Ni moi, ni Roberto ne sommes les inventeurs de ce système et, si je me souviens bien, avec mon 4-4-2 et mon losange, avec Porto, j'ai éliminé un club italien en demi-finales de la Coupe de l'UEFA. Selon moi, le 4-3-3 est le système idéal pour une grande équipe qui a des ambitions sur le plan international et qui désire vaincre et convaincre. Je l'utiliserai à nouveau J'aime bien le jeu par les ailes mais pour le moment je ne peux tabler sur mes extérieurs (NDLR : Quaresma traverse notamment une solide méforme). Je ne pense pas que jouer le premier match en déplacement constitue un avantage. Je préfère même le contraire parce qu'ainsi, tu joues directement pour gagner et que si tu n'y parviens pas, tu considères le retour comme une finale. D'un point de vue mental, c'est mieux. Je me souviens, par exemple, du quart de finale d'avril 2007 où nous avions partagé à Londres 1-1 contre Valence. En Espagne, nous avons même été menés 1-0 mais à la fin nous avons gagné 2-1 au terme d'un match extraordinaire. En Champions League, c'est avant tout la mentalité qui importe ; bien plus que le système de jeu. Et puis, n'était-ce pas ce même Valence qui avait éliminé l'Inter de Mancini en huitièmes ? J'entraînais Porto la dernière fois qu'un président s'est dit sûr que son équipe allait battre la mienne. C'était contre Benfica et nous avons gagné. De toute façon, je n'ai pas envie de commenter ce que disent le président, le coach et les joueurs de l'autre équipe. Il n'y a que la mienne qui m'intéresse. Je n'ai pas peur de la définir comme étant la plus forte parce que je suis toujours convaincu d'entraîner le meilleur groupe. Je le disais déjà du temps de l'Uniâo Leiria, imaginez-vous si je vais changer quand je suis à la tête de clubs comme Chelsea et l'Inter. Oui, je suis content du travail que nous avons effectué jusqu'à présent. J'ai à ma disposition des joueurs tellement forts que j'ai la sensation de pouvoir gagner n'importe où. Il est peut-être vrai que je semble l'être. Seulement, le Mourinho qui entre dans les maisons des gens via la télé est presque toujours fatigué et tendu parce qu'il a un micro devant lui ou qu'il a à peine terminé un match. Mais je vous assure qu'il y a un autre Mourinho : lui, il est complètement différent. Le foot n'est pas le plus important mais bien le monde et la famille. Seulement, nous avons besoin de victoires pour être vraiment heureux. par andrea elefante et mirko graziano (ESM)