La saison dernière, on admirait Dante Bonfim pour ses débordements balle au pied et ses passes croisées. Cette saison, on le critique pour les mêmes raisons. Il y a un an, on présentait Marcos Camozzato comme le point faible d'un Standard en pleine ascension vers la gloire. Ses détracteurs lui reprochaient de ne prendre aucun risque, de se contenter d'un rôle défensif. Aujourd'hui, on l'admire pour ses montées d'une précision chirurgicale.
...

La saison dernière, on admirait Dante Bonfim pour ses débordements balle au pied et ses passes croisées. Cette saison, on le critique pour les mêmes raisons. Il y a un an, on présentait Marcos Camozzato comme le point faible d'un Standard en pleine ascension vers la gloire. Ses détracteurs lui reprochaient de ne prendre aucun risque, de se contenter d'un rôle défensif. Aujourd'hui, on l'admire pour ses montées d'une précision chirurgicale. Symboliquement, la distance qui les sépare sur le terrain représente sans doute l'écart entre toutes les classes sociales brésiliennes. Mais on sait que, dans ce pays, la samba et le futebol ont souvent permis d'éviter bien des conflits. Car dès qu'ils parlent le langage du ballon rond, Marcos, le droitier blanc, fils de médecin, et Dante, le gaucher black de descendance angolaise, épousent la même cause. En l'occurrence, celle du Standard. Le mariage de l'eau et du feu donne un mélange étonnant. Marcos Camozzato : J'ai l'impression qu'on pouvait faire mieux : entrer dans les groupes de la Ligue des Champions. Nous avions les qualités nécessaires et une élimination contre n'importe quelle équipe plus faible aurait constitué une première tache dans notre saison. Mais ici, il s'agissait de Liverpool. Et le fait de voir que nous pouvions hisser notre niveau de jeu à hauteur de celui des Anglais nous a donné des ailes. Dante Bonfim : Nous avons pris confiance, c'est sûr. Et en deux soirées, le club a augmenté sa valeur sur le plan européen. Il faut savoir qu'au sein du vestiaire, nous nous sentions prêts à affronter des adversaires de plus gros calibre. Nous avons fait de la Coupe d'Europe un objectif pour cette saison. Personne ne nous donnait favoris du duel face à Everton mais, dans nos têtes, nous nous étions dit que passer était obligatoire. Nous étions comme des enfants qui sortent de primaire et entrent dans le secondaire : nous ne voulions pas décevoir nos parents. En l'occurrence, nos supporters. Et nous avons eu la chance de pouvoir compter sur un entraîneur qui a mis, tout de suite, le doigt sur les points que nous devions améliorer pour atteindre cet objectif. Marcos : J'ai lu et entendu, après coup, qu'Everton était un adversaire faible. Possible. Mais n'est-ce pas nous qui lui avons rendu la tâche difficile en nous battant de la sorte, en étant bien préparés. Dante l'a dit, il y avait un mot d'ordre au sein du vestiaire : entrer dans la phase de poules de l'UEFA. Marcos : Pour moi, à ce stade, tous les adversaires sont redoutables. Nous étions dans le cinquième chapeau, nous ne pouvions pas espérer meilleur ou pire tirage. Nous allons affronter un autre football, plus latin : c'est l'occasion de se montrer ailleurs qu'en Angleterre. Dante : Je ne pense pas que la troisième place va se jouer entre les trois équipes que vous citez. Pour moi, seul Séville est clairement favori. Les matches à domicile vont déterminer la qualification. Celui qui perd des points chez lui risque de casquer. Marcos : Nous sommes mieux préparés, plus mûrs. Mais nous devons gérer un calendrier beaucoup plus chargé et nos responsabilités ont augmenté. Et même si nous avons fait de la Coupe d'Europe un objectif, nous ne pouvons pas laisser le championnat de côté. Il ne servirait à rien de se construire une belle image à l'étranger pour retomber dans l'anonymat en Belgique. Nous ne voulons pas qu'on dise que nous avons été champions par accident. Dante : Compte tenu de l'expérience du dernier championnat, on peut dire que nous sommes plus forts. Nous nous connaissons, nous avons un vécu, des points de repère et nous avons progressé tous ensemble. Mais nous sommes attendus partout. Anderlecht est venu jouer chez nous sans attaquant, c'est tout de même la plus belle preuve de respect qu'un rival pouvait nous témoigner. Maintenant, c'est à nous d'être capables d'assumer ce statut. Dante : Plus forts, je pense. Ils ne veulent pas voir le titre leur échapper à nouveau et se sont préparés en conséquence. Ils vont lutter pour le titre jusqu'au dernier match de championnat. Marcos : L'an dernier, je ne pense pas qu'ils nous attendaient aussi présents. Chaque semaine, la Belgique entière pensait que le Standard allait tomber. Même le jour du match contre Anderlecht, les gens n'ont cru au titre qu'à la 90e minute. Cette fois-ci, tout le monde est prévenu, il n'y aura plus d'effet de surprise. Marcos : Marouane est un très bon joueur mais il ne faut pas non plus exagérer son impact sur le groupe. Il ne faisait pas à lui seul du Standard une bonne équipe. Pour que deux ou trois joueurs se mettent en évidence, il faut que la base soit bonne. Dante : C'est sûr que, physiquement, il est plus fort qu'Axel Witsel mais il progresse beaucoup à ce niveau et il met ses qualités techniques dans la balance. Ce que nous allons perdre en puissance, nous allons le gagner en vitesse. Marcos : Vous savez, le pire dans un changement d'entraîneur, c'est quand il se produit en cours de saison parce que les résultats sont mauvais. Le groupe, qui est déjà fragilisé, doit assimiler en quelques jours de nouvelles méthodes, une nouvelle tactique... Ici, nous avons eu six semaines de préparation pour nous habituer, cela s'est fait de façon naturelle. Dante : Bölöni a rencontré un groupe uni, qui savait ce qu'il voulait. Il nous a apporté son expérience. Certains joueurs ont eu plus de difficultés que d'autres mais tout est rentré dans l'ordre une fois que le train a démarré. Dante : Il avait des idées et il a fait certaines expériences. Il ne s'est pas contenté de ce qu'on lui donnait ou des renseignements qu'on lui avait fournis. Il a voulu voir d'autres choses de ses propres yeux. Mais comme il est très expérimenté, il a très vite compris ce qu'il pouvait changer et ce à quoi il ne fallait pas toucher. Dante : Il m'a demandé de prendre moins de risques, de ne pas oublier que j'étais avant tout un défenseur et de dégager le ballon dans la tribune s'il le fallait. Je dois donc attendre la deuxième mi-temps pour éventuellement monter plus. Marcos : Non, c'est un processus qui s'est fait naturellement, au fil des mois. Le nouvel entraîneur ne m'a rien demandé de particulier. S'il l'avait fait, cela ne m'aurait pas posé de problème : j'ai déjà changé si souvent de place au cours de ma carrière que je m'adapte facilement. Dante : Non, pas du tout. C'est vrai qu'il a imposé ses vues dès le premier jour mais nous avons accepté. Au fil du temps, nous avons compris qu'il y avait, avec lui aussi, des moments où on privilégierait la détente. A condition d'avoir bien travaillé avant. Dante : Je pense que je fais preuve de plus de maturité qu'il y a deux ou trois ans, surtout à l'égard des commentaires que l'on a pu relâcher. A l'époque, j'aurais certainement dit des choses très désagréables à ceux qui remettaient l'ensemble de mes qualités en question pour l'un ou l'autre moment de faiblesse. Cela, c'est injuste. Par contre, il est tout à fait normal qu'on m'adresse des reproches sur ces phases car elles étaient décisives. Cela j'en suis bien conscient et ça m'a rendu triste : c'est un frein à ma progression. Mais j'essaye de faire preuve de personnalité et de caractère, de n'écouter que l'avis de l'entraîneur. Il est l'homme le plus approprié pour m'en parler car il travaille chaque jour avec moi. Mais cela vaut dans les deux sens : je ne me laisserai plus griser non plus lorsque les journalistes écriront que je leur fais penser à Roberto Carlos. Dante : Il a été très franc, très ouvert. Et j'ai accepté ses remarques car elles étaient justifiées. J'ai fait remarquer que j'étais davantage un arrière central qu'un arrière gauche et il le sait. Mais, actuellement, il a besoin de moi à gauche et je dois tout faire pour remplir ma tâche comme il me le demande. Marcos : La malchance s'est concentrée sur les épaules de Dante mais il a assumé ses responsabilités et a travaillé pour ne pas que de telles choses se reproduisent. Il n'a rien à prouver. Un joueur doit pouvoir faire face à la critique et ne pas se laisser abattre. Il faut faire la différence entre la vérité et les amalgames. Dante (il interrompt) : On cherche vraiment la polémique pour tout et pour rien. Je vais vous dire une chose et vous pouvez lui poser la question : Jova est un des gars avec qui j'ai le plus d'affinités dans le groupe. Ce que vous avez vu, c'est un jeu que nous faisons lui et moi. C'est parti du fait qu'à l'entraînement, quand il fait un truc extraordinaire dont il a le secret, il vient me trouver en disant : - Si c'était Ronaldinho, ce geste passerait à la télévision pendant six mois. Mais comme c'est moi, on n'en parle pas. On m'a posé la question plusieurs fois au sujet de cette vidéo et j'ai toujours préféré laisser les gens dire et écrire ce qu'ils voulaient à ce sujet. Mais je me dis que ça vaut peut-être la peine que je donne une fois ma version. Marcos : Avant, on accusait les Portugais de former un clan. Il est normal qu'il y ait plus d'affinités entre gens qui parlent la même langue mais je ne crois pas qu'on puisse dire que le vestiaire du Standard est divisé. Dante : Igor gère très bien cette phase parce qu'il sait que cette concurrence est saine. C'est un vrai professionnel, un lutteur qui a souvent perdu sa place, même dans d'autres clubs, mais a toujours fini par ressurgir à force de travail. Nous ne nous prenons pas pour des titulaires indiscutables. J'ai quatre arrières gauches potentiels derrière moi. Je n'ai pas le droit de me relâcher. Marcos : C'est encore le genre de choses qu'on monte en épingle. On m'a demandé : -Si tu restes en Belgique, deviendras-tu Belge ? Et j'ai répondu : Oui, pourquoi pas ? Mais il faut quand même savoir qu'il me reste encore 14 mois avant de pouvoir introduire mon dossier de naturalisation. Et j'espère quand même que, d'ici là, j'aurai l'occasion d'évoluer à l'étranger. D'autant que je jouis déjà d'un passeport italien. Si ça tombe, Dante sera Belge avant moi. Dante : Je peux introduire un dossier à partir du mois de février. Mais je préfère ne pas parler de tout ça maintenant, je me donne le temps de réfléchir à toutes les implications. Ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère. par patrice sintzen - photos: reporters/hamers