R oger Claessen est enfin revenu chez lui, à Sclessin, parmi ses supporters. Samedi dernier, sur le coup de 22 heures, moment magique, le Standard a inauguré avec classe l'immense fresque consacrée à son ancien enfant terrible, décédé le 3 octobre 1982 à 41 ans. Le temps a passé mais son souvenir est resté intact dans l'estime des tous les amateurs de foot. Beaucoup ont eu la larme à l'£il en découvrant l'£uvre de Vincent Solheid dont le projet fut soutenu par Pierre François : émouvant, magnifique. Roger Claessen sourit désormais sur une des colonnes extérieures de la tribune principale de son enfer rouche.
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R oger Claessen est enfin revenu chez lui, à Sclessin, parmi ses supporters. Samedi dernier, sur le coup de 22 heures, moment magique, le Standard a inauguré avec classe l'immense fresque consacrée à son ancien enfant terrible, décédé le 3 octobre 1982 à 41 ans. Le temps a passé mais son souvenir est resté intact dans l'estime des tous les amateurs de foot. Beaucoup ont eu la larme à l'£il en découvrant l'£uvre de Vincent Solheid dont le projet fut soutenu par Pierre François : émouvant, magnifique. Roger Claessen sourit désormais sur une des colonnes extérieures de la tribune principale de son enfer rouche. Même si le foot vit à l'heure de la starification commercialisée à outrance, celle des David Beckham, Zinédine Zidane et consorts, on n'imagine plus une popularité comparable à celle du plus célèbre de nos numéros 9. Roger Claessen était le Standard et le Standard était Roger Claessen, cet avant-centre pas comme les autres, jamais égalé. L'argent était le cadet de ses soucis. En 1967-68, il n'empocha que 7.500 euros pour une saison, paya 2.000 euros d'amende pour ses frasques et distribua le reste à tous vents. Venu de l'Etoile Dalhem, il était le fils d'un cheminot et d'une fermière. Un de ses amis d'enfance l'avait surnommé Roger-la-Honte car, comme un truand du début du siècle, il ne supportait pas l'injustice à l'école, dans la rue, chez les scouts ou au c£ur des bals d'été de sa campagne. Le scénario ne changea pas sur les pelouses de D1 qu'il foula pour la première fois le 12 décembre 1958 à Tilleur. La suite, ce furent des buts incroyables, dont 22 en Coupe d'Europe (le record du Standard), des exploits, deux titres de champion de Belgique en 1961 et 1963, une couronne de meilleur réalisateur de l'élite en 1967-68, une Coupe de Belgique en 1967... S'il ne fut que 17 fois Diable Rouge, cela s'explique, en partie, par ses blessures, ses suspensions, ses sorties qui se terminaient parfois au cachot et son caractère de feu. Personne n'était capable de le dompter. Le palmarès, il s'en foutait. Roger dédicaçait ses matches au public qui ne jurait que par lui. Derrière la tête brûlée se cachait un homme cultivé qui adorait Jacques Brel, lisait François Mauriac et Dostoïevski, suivait les combats de Che Guevara, etc. Il donna le nom d'un empereur romain à son fils, Marc-Antoine, car, disait-il, " il avait réussi l'exploit de séduire Cléopâtre ". Tout Claessen en quelques mots. En 1968, Roger Petit le céda pour 150.000 euros à Aix-la-Chapelle où il fut souvent encouragé par 3.000 supporters liégeois. Puis, il porta le maillot du Beerschot, du Crossing, de Bas-Oha (où il devint même entraîneur) et, enfin, de Saint-Vith et de Queue-du-Bois. Le Standard a accueilli beaucoup de vedettes, souvent brillantes, mais aucune ne peut lui contester le titre de joueur liégeois du siècle comme, dans un style différent, Paul Van Himst est celui d'Anderlecht et Jan Ceulemans celui de Bruges. La gloire, chacun la vit et la gère à sa façon. 22 ans après que Claessen ait laissé filer la vie (seul, sans le sou, le c£ur usé par les émotions), une autre étoile s'élève à l'horizon : Vincent Kompany. Si Claessen portait les espoirs de la province ouvrière, l'Anderlechtois, bilingue, talentueux, intelligent, incarne la Belgique multiculturelle. Certains médias ont balayé tout cela sans hésiter, exploitant le moindre faux-pas pour augmenter leurs ventes. Jeudi passé, très intéressé, Vincent Kompany a assisté à l'avant-première de Michaël Blanco, l'intéressant film de Stéphane Streker. C'est l'histoire d'un acteur belge qui veut devenir une star à Hollywood, oubliant qu'il faut d'abord être soi-même. Même s'il s'est tragiquement grillé les ailes, Roger Claessen est resté lui-même : c'est pour ça qu'il est devenu une icône... par Pierre BilicSi ROGER CLAESSEN PORTAIT LES ESPOIRS DE LA PROVINCE OUVRIÈRE, Vincent Kompany incarne la Belgique multiculturelle