A la mi-décembre 2005, Sport/Foot Magazine annonçait que Tom De Sutter, un attaquant de Torhout 1992 (D3), avait signé un contrat de deux ans avec le CS Bruges. Le jeune homme a 16 ans et n'était pas inconnu à Bruges puisqu'il avait porté le maillot du Club des U16 jusqu'en Espoirs.
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A la mi-décembre 2005, Sport/Foot Magazine annonçait que Tom De Sutter, un attaquant de Torhout 1992 (D3), avait signé un contrat de deux ans avec le CS Bruges. Le jeune homme a 16 ans et n'était pas inconnu à Bruges puisqu'il avait porté le maillot du Club des U16 jusqu'en Espoirs. En 2004/2005, le directeur sportif de l'époque, Marc Degryse, lui a cependant annoncé que le Club ferait monter ses amis Jeanvion Yulu-Matondo et Dieter Van Tornhout dans le noyau A mais qu'il n'y a pas de place pour lui. A l'époque, c'est Jean-Claude Lagaisse qui défend ses intérêts. Il se met directement à la recherche d'une autre équipe mais sans grand succès. Roulers, Deinze et le Racing Waregem n'acceptèrent pas sa proposition et seul Oswald Bossuyt, le président de Torhout, était décidé à lui donner une chance. De Sutter quitte Bruges par la petite porte. En 2001, les scouts blauw en zwart l'avaient découvert en sélection ouest-flandrienne scolaire. Il évoluait alors au Standaard Wetteren et était tout heureux de pouvoir signer dans un grand club, même s'il resterait supporter d'Anderlecht, disait-il à l'époque. Pourtant, au cours de la même saison, il avait passé un test à Neerpede et celui-ci s'était avéré négatif. Mais dans la famille, on était supporter d'Anderlecht de père en fils. Plus tard, ses entraîneurs avoueront que, parfois, il s'entraînait avec un maillot du Sporting sous son survêtement du Club, ce qui donnait une bonne image de son caractère : De Sutter était jouette mais tant à la maison qu'au collège des Jésuites de Melle, on lui avait appris qu'il y avait des limites à ne pas franchir. Jusqu'à l'âge de 16 ans, ses parents l'avaient d'ailleurs obligé à les accompagner chaque semaine à la messe. A l'époque, De Sutter est encore un médian offensif puissant et pas très raffiné. Il faut dire que jusqu'à l'âge de 12 ans, il a évolué sans la moindre pression à Vrij en Vlug Balegem, un club de quatrième provinciale. Au Club Brugeois, il a effectué beaucoup de progrès et est alors convaincu que sa marge de progression est encore énorme. C'est pourquoi il est très déçu qu'on ne lui donne pas l'occasion de poursuivre son apprentissage. Le coach de Torhout, Gaby Demanet, remarque d'ailleurs qu'il n'est plus très motivé. Son rêve de devenir joueur professionnel s'éloigne, il ne s'entraîne plus que trois fois par semaine, le soir, étudie à Gand, sort beaucoup et doit jouer sur des champs de patate contre des adversaires qui ne cessent de le provoquer. Mais il refait surface et découvre qu'il a les qualités nécessaires pour évoluer en pivot : de la puissance, une assez bonne technique, la capacité de remiser, une bonne couverture de balle, une bonne détente verticale et le sens du but. A l'occasion d'un match amical face au CS Bruges, il inscrit trois buts et avant même la trêve hivernale, il est assuré d'y jouer la saison suivante. Sur le plan physique, le passage de la D3 à la D1 se fait évidemment sentir. Au début, les entraînements plus fréquents et plus intenses lui causent pas mal de souci au niveau musculaire mais il boit deux canettes de Red Bull avant chaque match et montre rapidement qu'il peut être utile en tant que pivot parmi l'élite. Après un stage assez dur à Blackburn, il accuse cependant le coup et entame le championnat contre Mouscron sur le banc. Il monte toutefois au jeu au repos, et douze minutes minutes plus tard, il inscrit son premier but officiel en D1. La semaine suivante, face à Lokeren, il débute. En fin de rencontre, il est félicité par son adversaire direct, l'expérimenté Olivier Doll. Très rapidement, la direction du Cercle lui propose un meilleur contrat, jusqu'en 2010. Il est également appelé en équipe nationale des Espoirs mais montre de plus en plus de signes de fatigue. De plus, à l'occasion du match de Coupe de Belgique à Dender, il se fracture un petit os du pied en shootant de rage dans la porte du vestiaire après avoir été exclu. Résultat : trois mois d'inactivité. Au total, cette saison-là, il n'inscrit que trois buts en D1. Il doit encore progresser au niveau de la concentration et du point de vue physique mais, surtout, il a démontré qu'il a encore un avenir en tant que joueur professionnel. Et comme il s'est trouvé une copine à Bruges, il sort moins. La saison suivante, le Cercle prend un excellent départ et joue la tête tandis que De Sutter s'impose définitivement. Sur les conseils d'une diététicienne venue parler au groupe à la demande de l'entraîneur, il cesse de boire du Red Bull avant les matches. Selon la spécialiste, l'effet de la caféine ne dure que dix minutes mais celle-ci, présente en grande quantité, assèche l'organisme. Alors, lorsqu'il se sent un peu faible et ne parvient pas à trouver son deuxième souffle avant le match de Coupe de Belgique au FC Malines, il demande à Denis Viane de lui donner une claque en pleine figure afin de déclencher une poussée d'adrénaline. Le capitaine du Cercle ne se fait pas prier, il frappe fort. Trop fort, selon De Sutter, mais ça marche : après 21 minutes, l'attaquant a déjà inscrit quatre buts ! Et le Cercle se hâte de lui faire signer un nouveau contrat, jusqu'en 2012. Cela n'empêche pas les rumeurs de transfert de commencer à circuler. Quand on lui demande s'il préfère le Club Brugeois ou Anderlecht, il répond que s'il a le choix, il n'hésitera pas longtemps. Autrement dit : il ne retournera pas à Bruges où on lui a barré la route du noyau A mais signera à Anderlecht, le club de son coeur. Et tout doucement, tout le monde le veut. Il est grand, costaud, marque facilement, est relativement mobile pour un joueur d'un mètre nonante deux et nonante kilos, possède une bonne technique de base et contrôle de mieux en mieux le ballon. Il termine d'ailleurs troisième du référendum du Soulier d'Or, derrière Steven Defour et Ahmed Hassan. Anderlecht et Genk lui font une proposition concrète tandis que, le dernier soir des transferts, l'AZ offre une fortune : on parle d'un prix de transfert de six à sept millions d'euros et d'un contrat de quatre millions net pour quatre ans. Mais De Sutter et son entourage ont pris leur décision : il ne partira pas comme ça car il n'a pas suffisamment d'expérience et de classe pour tirer des équipes à problèmes vers le haut. Il ne quittera donc le Cercle qu'en été. Il a cependant déjà inscrit seize buts : dix en championnat et six en Coupe de Belgique. Mais une semaine plus tard, la chance lui tourne le dos. A l'occasion d'un match amical des Espoirs contre l'Allemagne, à Coblence, il se déchire le ligament croisé antérieur du genou droit. Sa saison est terminée et il peut faire une croix sur les Jeux Olympiques de Pékin. Deux jours après son opération, il reçoit des fleurs en provenance d'Alkmaar et quelques semaines plus tard, il est invité à découvrir le stade avec sa copine et son nouvel agent, Didier Frenay. Mais le transfert ne se fera jamais. La période de rééducation est longue et difficile. Il apprend à connaître son corps, à améliorer sa stabilité, à se concentrer. Et il entame la saison suivante au Cercle. En septembre, il est appelé en équipe nationale pour le match face à l'Estonie et fin octobre, Anderlecht communique qu'il a signé un contrat de quatre ans et demi. Il s'installera donc au Stade Constant Vanden Stock après le Nouvel An. Au cours du premier tour, il inscrit sept buts en faveur du Cercle mais ses prestations sont mitigées. De Boeck l'envoie même sur le banc parce qu'il estime que ça fait des semaines qu'il joue comme une loque. Et ça marche ! La preuve que le père de De Sutter avait raison lorsqu'il prétendait que son fils avait besoin d'un coup de pied au derrière de temps en temps. Son rêve de gosse devient réalité : Tom De Sutter porte le maillot mauve et blanc d'Anderlecht. Huit ans après avoir décrété que son test était négatif, son club favori débourse trois millions d'euros pour obtenir ses services. Et il se voit directement accorder sa chance car Nicolas Frutos est blessé au tendon d'Achille et absent pour un certain temps. Du coup, c'est sur ses épaules que repose tout le poids de l'attaque anderlechtoise. Le deuxième tour débute par deux défaites : à Malines en Coupe de Belgique et face au Cercle en championnat. Les deux fois, le leader du championnat manque de présence devant le but. De Sutter se bat mais il n'est pas efficace. La pression monte, le doute s'installe mais il ne baisse pas les bras, force le respect de ses équipiers par sa personnalité, son assiduité à l'entraînement, son importance au sein de l'équipe et, finalement, ses buts. Au total, il inscrit neuf buts au deuxième tour. Mais le championnat se termine en eau-de-boudin : De Sutter manque de fraîcheur et loupe d'un cheveu le titre de meilleur buteur tandis que le Sporting voit le championnat lui filer sous le nez après deux test-matches face au Standard. Par la suite, tout devient plus difficile pour lui. Le phénomène Romelu Lukaku éclot et conquiert le pays tandis que De Sutter a le sentiment qu'Ariel Jacobs ne croit pas en lui. Il est souvent sur le banc et est en proie à des problèmes d'ordre physique ou des blessures. La concurrence, l'intensité et la succession des rencontres tant au niveau national qu'international lui font prendre conscience du fait qu'il n'est qu'un joueur qui, trois ans plus tôt, évoluait encore en D3 où il ne s'entraînait que trois fois par semaine alors qu'aujourd'hui, il dispute trois rencontres de haut niveau sur le même laps de temps. Mais il tient bon, continue à rendre des services et se montre même parfois décisif. Après la vente de Lukaku à Chelsea, Anderlecht achète cependant Dieumerci Mbokani tandis que l'éclosion de Matias Suarez fait de plus en plus souvent de lui le troisième choix d'Ariel Jacobs en matière de centre-avants. Alors, à chaque période de transferts, on lui pose la même question : n'est-il pas temps de partir ? Les clubs intéressés ne manquent pas mais il gagne bien sa vie, Anderlecht souhaite le conserver et il sent qu'il n'a pas dit son dernier mot. Seule la saison 2011/2012 lui reste vraiment en travers de la gorge. Mais la fin de l'ère Jacobs lui offre de nouvelles perspectives. John van den Brom s'intéresse davantage à lui et le fait jouer plus souvent. Il partage même parfois la pointe de l'attaque avec Mbokani et marque plus que jamais sous le maillot d'Anderlecht : 16 buts. Sur le plan individuel, il fait confiance à Energy Lab et se sent plus présent devant le but. Le moment de partir semble venu : il va entamer sa dernière année de contrat et n'en signera pas de nouveau. Même le départ de Mbokani au Dinamo Kiev ne le fera pas changer d'avis. Le Club Brugeois le veut absolument et il veut absolument jouer à Bruges. Huit ans après l'avoir jugé insuffisant, le Club Brugeois rachète De Sutter à son plus grand rival pour quelques millions d'euros et lui propose un beau contrat de quatre ans. Les réactions de ses nouveaux équipiers, à commencer par Timmy Simons, sont très positives. Après les tests physiques à l'hôpital Sint-Jan de Bruges, le Club fait savoir que le joueur est en pleine forme. Lui-même est convaincu qu'il est plus fort que jamais et que ses meilleures années sont devant lui. Après avoir conquis trois titres avec Anderlecht, il veut être champion avec le Club Brugeois et disputer la Coupe du Monde au Brésil. Un jour après son premier entraînement, il monte au jeu à l'occasion des Mâtines Brugeoises contre Wolfsburg. Il reste un peu plus d'une demi-heure à jouer et le score est de 0-1. Sept minutes plus tard, il inscrit un but qui réveille son équipe. Celle-ci finira même par s'imposer sans vraiment le mériter. Mais la magie a opéré. Vous vous demandez peut-être ce que sont devenus Jeanvion Yulu-Matondo et Dieter Van Tornhout. Le premier n'a pas de club et le deuxième évolue à l'Antwerp, en D2. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS : IMAGEGLOBEAvant le coup d'envoi, il avait demandé à Denis Viane de lui donner une claque. Vingt-et-une minutes plus tard, il avait inscrit quatre buts.