En Bulgarie, à Litex Lovech, on le comparait à David Beckham parce qu'il avait les cheveux longs, une queue de cheval et qu'il avait inscrit quelques buts sur coup franc. Dans le monde du foot, les gens adorent coller des étiquettes mais ça, le défenseur français ne l'accepte pas.
...

En Bulgarie, à Litex Lovech, on le comparait à David Beckham parce qu'il avait les cheveux longs, une queue de cheval et qu'il avait inscrit quelques buts sur coup franc. Dans le monde du foot, les gens adorent coller des étiquettes mais ça, le défenseur français ne l'accepte pas. Jean-Philippe Caillet : Je ne change pas d'avis par rapport au début de saison. Comme Hugo Broos, je dis qu'on ne pourra déterminer nos ambitions qu'à la fin mars. Il n'a jamais été question du titre mais de qualification en Coupe d'Europe. En France, j'ai vu des équipes descendantes en décembre terminer dans le top 5 en mai. Mieux vaut se concentrer sur son objectif initial que terminer les mains vides. Les journalistes cherchent toujours la petite bête... Pas de problème, j'aime bien la polémique. La pression ? Non. La plupart des joueurs sont très jeunes et j'ai l'impression qu'ils s'en f... Et moi qui suis le plus vieux, je ne suis pas ici pour me la couler douce en attendant l'âge de la retraite. Je déborde d'ambition. Elle est promise à un bel avenir, à condition que les joueurs restent ensemble pendant deux ou trois ans. Nous n'avons pas volé notre première place. Dans les moments difficiles, la solidarité nous a permis de sortir la tête haute. Notre force, c'est notre mentalité. (il coupe) Je pense que le problème, c'est l'équipe nationale, pas le championnat. J'ai joué en D1 et en D2 française, ainsi qu'en Bulgarie : les grands clubs belges n'ont rien à envier au championnat de France. Le niveau est bon et je m'amuse beaucoup ici. Un joueur peut s'adapter n'importe où mais les centres de formation français portent leurs fruits. On y apprend tout ce qu'un footballeur doit savoir et celui qui réussit peut s'imposer partout. En Bulgarie, il n'y a pas de centre de formation et ça se voit. Je remarque aussi que les Belges n'ont pas notre culture tactique mais ça commence à venir. Genk a été récompensé pour son travail avec les jeunes. Le club a compris que c'était l'avenir. Très strict. J'avais 11 ans et je venais d'un petit village à 30 km de Metz où les gamins faisaient ce qu'ils voulaient avec le ballon. On y travaillait par périodes et on savait dès le départ ce qu'on attendait de nous. A l'époque, il y avait Sylvain Kastendeuch et Rigobert Song. Metz venait d'être vice-champion. Le noyau n'a pas changé et les jeunes n'ont pas reçu leur chance. Joël Muller, l'entraîneur, m'a proposé un contrat pro d'un an en me disant que je ne ferais peut-être pas partie du noyau A. J'ai donc demandé à mon agent de me chercher un club et je suis parti à Caen, où je suis resté quatre ans. C'est la meilleure chose qui me soit arrivée. Et alors ? Ah, ces journalistes ! En France, on rirait de vous avec une telle question ! Des joueurs préfèrent rester deux ans sur le banc en D1 mais ils n'apprennent rien. J'ai joué plus de 160 matches en D2. Je n'ai peut être pas le niveau de la D1 française, si c'est ça que vous voulez dire... Possible ! C'est pour ça que je suis parti en Bulgarie : je n'avais reçu que des propositions de clubs de D2 française. Et c'est pourquoi je suis en Belgique. Mes choix m'ont permis de jouer en Coupe UEFA contre Middlesborough, AZ, Grasshoppers, Genk et Strasbourg mais aussi d'avoir des propositions d'Angleterre de Serbie et de Russie. J'ai opté pour Genk et je ne le regrette pas, au contraire. Mes seuls regrets concernent les choses que je ne fais pas. Je suis allé trois jours à Belgrade pour assister au derby entre l'Etoile Rouge et le Partizan. L'Etoile Rouge me voulait car leur entraîneur a joué à Marseille... mais je ne pouvais pas faire cela à ma famille. Non, je suis juste déçu de ne pas avoir réalisé mon rêve de gosse : représenter le club de mon c£ur. Mais je n'éprouve aucune ranc£ur car Metz est venu me rechercher. J'étais parti par la fenêtre et je suis rentré par la grande porte. J'y ai livré une saison fantastique : 26 matches avec Jean Fernandez, un des grands hommes du football français. Quand un type comme ça vous dit qu'il a besoin de vous, vous foncez. J'ai signé pour un an mais il est parti à Marseille et Joël Muller est revenu. A ce moment-là, j'avais compris que je devais partir. Je n'imaginais pas non plus jouer en Belgique. La proposition de Litex Lovech me plaisait : trois ans de contrat, un nouveau championnat. Je ne connaissais que le CSKA et le Levski Sofia. J'ai donc regardé sur internet, j'ai passé trois jours là-bas, j'ai assisté à un match et j'ai été agréablement surpris car Sofia est une ville magnifique. Et alors ? Je ne suis pas matérialiste, je n'ai pas besoin d'une super maison. L'important, pour moi, c'était de m'exprimer sur le terrain et de découvrir la Coupe d'Europe. Cela n'aurait jamais été possible en France car il faut jouer à Paris, Marseille, Lyon, St-Etienne, Bordeaux ou Monaco. Hormis Robert Pires et Franck Ribéry, aucun joueur de Metz n'a été transféré dans un autre club français. Je ne prétends pas que je suis une star : je fais ce que je peux. Si on trouve que ce n'est pas suffisant pour une équipe du top français, je fais autre chose. Je suis curieux de nature : j'aime aller vers les autres. L'inconnu m'attire. Si certains joueurs en ont peur, moi je trouve que cela colore la vie. Je ne suis pas certain que 5 % des joueurs qui avaient un plan de carrière soient arrivés à leurs fins. La vie est parsemée d'embûches et le tout est d'effectuer les bons choix aux bons moments. Je ne programme pas ma vie, je veux juste pouvoir me regarder dans le miroir et me dire que j'ai fait ce que je devais faire plutôt que de m'abandonner à l'utopie. Car on ne choisit pas toujours son club : si je n'avais pas plu à la fois au président, à l'entraîneur et au directeur sportif de Genk, je jouerais toujours en Bulgarie. Je suis marié et j'ai une petite fille, je dois donc penser à ma famille. Mon épouse a le même caractère que moi et cela ne la dérangeait pas de partir à l'aventure. Le risque était calculé. J'avais tout ce dont j'avais besoin. Lovech est la plus vieille ville de Bulgarie. Des quartiers ressemblent à ceux d'autres villes européennes mais certains rappellent le communisme. On ne change pas les mentalités en dix ans. L'entrée de la Bulgarie dans l'Union européenne va lui ouvrir de nouvelles perspectives. Oui mais je n'ai pas suivi de cours. J'ai appris sur le tas et je fais pareil à Genk avec le néerlandais. Au restaurant, je ne peux pas m'empêcher de parler avec le garçon. Je ne suis pas casanier. Je rencontre plus de gens en six mois que certains joueurs en cinq ans. Qu'y a-t-il de mal à avoir un 4x4 ? J'ai 29 ans et c'est ma première belle voiture. Des gamins de 19, 20 ans ont déjà une BMW. Votre question est mauvaise. Ma femme et ma fille couvrent près de 500 km par semaine. Si je leur achète une petite voiture et qu'il leur arrive quelque chose, je n'aurai plus de famille. Je ne fais pas attention à ce qu'on dit de moi. Je ne vis pas de compliments ou de critiques. Je suis bizarre, hein ! Je suis fidèle à ma personnalité. Je ne veux pas que le monde me change. Je suis peut-être un peu différent de la plupart de mes collègues mais ne me demandez pas pourquoi. Je suis sans doute un éternel insatisfait. Oh oui, très heureux ! Mais j'en veux toujours plus. J'aimerais vous connaître, j'adore tester les gens. Je les cerne très vite. Et je suis très direct : si j'ai quelque chose à dire, je ne tourne pas autour du pot, je ne change pas de couleur. Je ne suis pas un caméléon. Evidemment. Cela ne plaît pas à tout le monde mais ce n'est pas grave. Je sais avec qui je peux le faire ou pas. Oui mais je ne sais pas si c'est un atout ou un point faible. Etre trop sûr de soi, c'est parfois un handicap car vous pouvez passer pour un prétentieux. Alors que je ne le suis pas du tout. Quand je ne sais pas, je me tais et j'écoute. J'en apprends tous les jours. C'est un peu dans ma nature. Il faut des joueurs qui secouent les autres, toujours dans un état d'esprit constructif. C'est un atout. Pour moi, et pour l'équipe. Celui qui n'effectue pas correctement son travail ou n'est pas sûr de lui à 100 % n'est pas crédible. Avant, oui. Plus maintenant. Le doute m'a empêché de m'exprimer. Je l'ai donc banni de mon existence. Un peu tout, sans doute : le métier, la famille. Lorsque je doutais, j'étais moins fort. Je me posais des questions existentielles et cela ne servait à rien. Quand je me suis débarrassé des doutes, je suis devenu plus fort. Il m'arrive encore d'avoir des appréhensions, plus de doutes. Non, je ne crois pas. Non plus, à mon avis. Je prends mon temps, je fais des choix, jamais tout seul. Je parle beaucoup avec mon épouse et ma fille afin de combiner le football et la famille. Je ne pourrai jamais faire le tour du monde mais si j'ai envie d'aller quelque part, j'irai. Un métier où les contacts humains sont importants. Pas un travail de bureau. Je dois pouvoir sortir, aller à la rencontre des gens, confronter leurs idées aux miennes. Je ne ferai jamais quelque chose dont je n'ai pas envie. Je deviendrai peut-être agent de joueurs mais je travaillerai différemment car les footballeurs sont considérés comme du bétail. Les agents devraient être des conseillers : ce n'est pas le cas. 80 % d'entre eux sont des entremetteurs. Ils touchent leur commission et s'en vont. Je ne pourrais pas rester cinq ans sur le banc à Arsenal pour gagner beaucoup d'argent car le plaisir passe avant tout... Je crois bien. Ma carrière est allée crescendo. Je ne suis pas une comète. D'autres sont allés plus vite avant de tomber bien bas. Je vais lentement mais sûrement. J'espère que cela va m'apporter quelque chose avec Genk. Non, vraiment pas. J'ai des objectifs personnels et collectifs. Si je fais le maximum, je suis content. Mais quand on a atteint un objectif, il faut s'en fixer un autre. Je ne serai jamais satisfait. JAN HAUSPIE