Thierry Henry a passé 20 ans de sa vie dans le rôle d'ambassadeur. De la marque. De la sienne. De celui qui marque. Au propre comme au figuré. Toujours un peu trop propre pour être aimé de tous, il a toujours figuré dans le top 3 de notre hit parade de la beauté du geste. Quelle classe, quelle évidence du talent ! Quel paroxysme jubilatoire entre l'esthétique et l'efficacité !
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Thierry Henry a passé 20 ans de sa vie dans le rôle d'ambassadeur. De la marque. De la sienne. De celui qui marque. Au propre comme au figuré. Toujours un peu trop propre pour être aimé de tous, il a toujours figuré dans le top 3 de notre hit parade de la beauté du geste. Quelle classe, quelle évidence du talent ! Quel paroxysme jubilatoire entre l'esthétique et l'efficacité ! Mais bon, y a toujours eu un malaise. Auto protection ? Auto projection ? De lui-même, de son ego. Ça n'a jamais vraiment " tilté " avec la balle populaire. Un aristo dans les chaînes de montage. Pas sa faute. On est ce qu'on est. Une sorte d'Aristote qui pense trop et surtout n'arrive pas à vulgariser le fruit de ses réflexions. Comme joueur, pas de soucis pour partager sa philosophie puisque la transmission passe par les pieds. Mais comme consultant télé, ça c'est compliqué. Il a beau porter beau le cardigan et le costard trois pièces, il a toujours manqué un cent pour faire le franc. Un problème de langage. Dans toute les langues. On n'a jamais eu l'impression qu'il était franc. Être franc, c'est dire tout. Même ce que son interlocuteur n'a pas envie d'entendre. On a rarement entendu des analyses percutantes " couillues ", pleines de prises de position. Dommage, car lui pouvait. Lui devait. Il avait tout son crédit de joueur pour se permettre de juger n'importe qui. D'ailleurs, je vais vous la jouer " Titi " Henry en parlant de moi. Pas en tant que footballeur, car là je peux m'entraîner deux siècles, je n'arriverais pas à la cheville de son mollet. Mais en tant que commentateur. Car ce mec " plus ultra " m'a fait vivre un moment avec un grand M. Comme Mémorable. En 2012, il joue en MLS, le championnat américain. À New York. Pendant la trêve outre-Atlantique, il revient faire une pige de deux mois dans son sanctuaire devenu sacré par sa grâce. À Arsenal. Statufié devant le stade, pas encore " formolisé " dedans. La pelouse n'accepte que les vivants. Vaillants qui plus est. C'est un domaine où il est roi. Où la légende dépasse l'histoire. Où l'instant se fait éternité au présent. Trois jours après son retour, il monte au jeu lors d'un 3e tour de Cup face à Leeds. Arsenal n'y arrive pas. Pas de but, pas de jeu. Que de l'enjeu. Henry monte... au jeu en fin de match. Dès qu'il pose son pied sur la pelouse, 60.000 personnes et votre serviteur lèvent le ton. L'ambiance tamisée change de fréquence. Ma voix aussi. Le banal devient " exceptional " car on est tous convaincu que le trop beau, le trop évident va arriver. Et il arrive. À 10 minutes du terme, il nous offre ce que j'appelle sa fameuse " Henryette ". Il ouvre son pied droit, caresse le ballon pour lui donner la trajectoire parfaite. Petit filet. 1-0 et qualif. Extase. Hurlements sans discernement. Vive le direct. Et puis, en 2016, le voilà qui croise notre route. Histoire de valider ses diplômes d'entraîneur, il devient T3. Il choisit les coulisses belges après la scène mondiale. Imposé à Roberto Martinez, il en impose directement. Par son comportement. Il est là pour apprendre mais aussi pour... apprendre. Recevoir et donner. Il a été généreux. Et puis, en octobre dernier, l'erreur. L'appétit vient en mangeant ? L'indigestion aussi ! Titi le rusé, l'homme qui calcule tout, tombe dans le piège. Un peu de sentimental : Monaco l'a révélé. Un peu de présomptueux : Monaco est à la dérive. En attendant, le voilà échoué sur le Rocher. À 41 ans, le voilà qui ressemble à une vieille galère, ballottée par une mer déchaînée. Abandonnée par la nouvelle vague qui ne déferle sur rien. Pourquoi confier ça à un novice qui succède à Leonardo Jardim. Un cador. Comment sauver un club si riche mais tellement pauvre de ses talents perdus. Ou plutôt vendus, mercato après mercato. Ce club où le propriétaire se retrouve en prison. Où les casseroles certes dorées te collent au cul...que tu as très vite bordé de rouille. Trop pour lui. C'est fini mais on sait déjà qu'il va revenir. Titi, c'est pas fini...