Financières et structurelles. Ce sont les raisons pour lesquelles le conseil d'administration d'Anderlecht a décidé, jeudi, de se retirer du projet Eurostadium. Sans plus d'explications, pour toutes sortes de motifs juridiques. Les commentaires se sont braqués sur le prix élevé de la location du stade. En juillet dernier, notre magazine avait écrit qu'il s'agissait de 11,2 millions par an, ce que Paul Gheysens, le patron de Ghelamco, furieux, avait refusé de confirmer comme d'infirmer. On ignorait encore de quels revenus Anderlecht disposerait en échange. Or, c'est ce qui a fait l'objet de pénibles négociations entre Ghelamco et Anderlecht pendant des mois.
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Financières et structurelles. Ce sont les raisons pour lesquelles le conseil d'administration d'Anderlecht a décidé, jeudi, de se retirer du projet Eurostadium. Sans plus d'explications, pour toutes sortes de motifs juridiques. Les commentaires se sont braqués sur le prix élevé de la location du stade. En juillet dernier, notre magazine avait écrit qu'il s'agissait de 11,2 millions par an, ce que Paul Gheysens, le patron de Ghelamco, furieux, avait refusé de confirmer comme d'infirmer. On ignorait encore de quels revenus Anderlecht disposerait en échange. Or, c'est ce qui a fait l'objet de pénibles négociations entre Ghelamco et Anderlecht pendant des mois. Voilà pour le volet financier. Le véritable problème est plus profond. Le Sporting réalise qu'il ne sera jamais ne fût-ce que copropriétaire du stade. Un coût locatif moins élevé n'y changera rien : le club claquera l'argent par les fenêtres sans rien recevoir de durable en échange. L'Ajax verse 9,2 millions par an pour la location de l'Amsterdam Arena mais il détient 80 % des actions du consortium. En d'autres termes, l'Ajax se verse un loyer à lui-même. Cet argent lui permet de rembourser ses investissements et les surplus éventuels lui reviennent sous forme de dividendes. A Gelsenkirchen, Schalke 04 détient la totalité des parts et se paie un loyer fou de 17 millions. Anderlecht redoutait un scénario à la française. Lille se plaint des 10 millions qu'il doit verser au consortium Eiffage-Ville de Lille. Le LOSC est en train de sombrer. L'Olympique Marseille a menacé de quitter le Stade Vélodrome pour Montpellier, mécontent du coût locatif de 7 millions qui lui a été proposé. Ces exemples montrent que ce n'est pas le montant du loyer qui importe mais la structure de propriété. Le nouveau directeur financier du Sporting, Jo Van Biesbroek, a vite tiré ses conclusions : dans le scénario actuel, Ghelamco étant le seul propriétaire privé d'un stade beaucoup trop vaste, l'existence du club était menacée. Didier De Baere, ancien Stadium Project Manager de l'UB, n'est pas surpris. Il avait prévu ce scénario. " En interne, j'ai multiplié les mises en garde il y a deux ans. Soit la Ville de Bruxelles désignait un investisseur privé qui élabore, finance, construise le stade et le loue à un club. Le modèle français, donc. Soit la Ville octroyait un bail foncier au principal utilisateur du stade, soit Anderlecht, qui se liait ensuite avec un financier/promoteur dans une société et faisait construire le stade à sa taille. Le modèle de l'Ajax, donc. La Ville a choisi le premier modèle alors que c'est celui qui comportait le plus de risques. " Elle l'a fait sous la pression du Parc des Expositions de Bruxelles (PEB), qui exploite les palais du Heysel. Le PEB possédait la concession du Parking C et craignait de perdre le filon. Son CEO, Henri Dineur (PS) redoutait, comme la Ville, qu'Anderlecht s'associe à Besix, dont le patron, Johan Beerlandt, est actionnaire du club. Pour ces deux raisons, la Ville préférait désigner elle-même la société de construction. Accaparé par la crise suivant le renvoi de John van den Brom, le Sporting a fermé les yeux avant d'accepter avec une facilité étonnante l'attribution des travaux à une tierce partie, Ghelamco. Celle-ci se charge de la construction et du financement. Elle a donc les pleins pouvoirs sur les rentrées en parking, catering et location. Le stade a donc été conçu afin de répondre aux critères pour l'EURO 2020, des critères auxquels le RSCA n'avait plus qu'à se conformer. De Baere : " Il aurait été beaucoup plus logique de construire l'arène à la taille de son principal utilisateur puis d'étudier comment l'adapter aux exigences de l'UEFA. " Mais pourquoi donc Anderlecht a-t-il laissé passer tout ça ? Ghelamco a encore affirmé que le stade serait érigé sans l'argent du contribuable. Pour limiter les risques, il a demandé à Anderlecht d'accepter un contrat de longue durée et de présenter une garantie bancaire pour la location. L'absence de garantie publique implique des intérêts particulièrement élevés. Un noeud coulant financier pour le Sporting, dont les plaintes fondamentales n'ont trouvé aucun écho chez Ghelamco, surtout depuis que celui-ci a trouvé un accord avec le PEB pour l'exploitation du nouveau parking souterrain. C'est un bon accord pour les deux sociétés mais pas pour Anderlecht, qui perd une importante source de revenus. L'Eurostadion est-il définitivement classé ? De Baere : " Ghelamco a fait ses comptes. Reste à voir s'il sera encore prêt à revoir ses gains à la baisse. Dans quelle mesure a-t-il besoin d'Anderlecht pour rentabiliser le projet ? C'est un point crucial. Autre question : la Ville de Bruxelles peut-elle encore intervenir et insister pour qu'Anderlecht soit repris dans la société du stade, par exemple via un leasing financier avec acquisition d'actions. De cette manière, Anderlecht pourrait acheter progressivement des parts du stade et en devenir copropriétaire. Tout n'est donc pas encore perdu. " PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS BELGAIMAGEBien plus que le montant du loyer, c'est la structure de la propriété qui pose problème à Anderlecht.