" Anderlecht était déjà hot dans les années 50 "

" Originaire de Leeuw-Saint-Pierre, non loin d'Anderlecht, il était logique que mes premiers pas me mènent au RSCA. D'autant plus qu'au sein de ma famille, tout le monde avait la fibre du Sporting. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, celui-ci, s'était érigé comme le club bruxellois par excellence et ce au détriment du Racing, de l'Union et de la Forestoise qui avaient connu leurs heures de gloire avant le conflit armé. Je me souviens vaguement du premier titre de champion de Belgique remporté par les Mauves en 1947. J'allais sur mes quatre ans et j'entends encore ma mère se lamenter parce que son mari avait fêté jusqu'aux petites heures le sacre obtenu au Parc Astrid devant le Lyra. Mon père m'emmenait très régulièrement au football, à domicile comme en déplacement. De temps à autre, mon frère et moi devions toutefois composer sans lui. Marchand de bestiaux, il ne rentrait pas toujours à l'heure, tant s'en faut. Dans ce cas, nous prenions les transports en commun pour aller au stade. C'était toujours l'effervescence à bord car Anderlecht était déjà hot à ce moment-là ".
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" Originaire de Leeuw-Saint-Pierre, non loin d'Anderlecht, il était logique que mes premiers pas me mènent au RSCA. D'autant plus qu'au sein de ma famille, tout le monde avait la fibre du Sporting. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, celui-ci, s'était érigé comme le club bruxellois par excellence et ce au détriment du Racing, de l'Union et de la Forestoise qui avaient connu leurs heures de gloire avant le conflit armé. Je me souviens vaguement du premier titre de champion de Belgique remporté par les Mauves en 1947. J'allais sur mes quatre ans et j'entends encore ma mère se lamenter parce que son mari avait fêté jusqu'aux petites heures le sacre obtenu au Parc Astrid devant le Lyra. Mon père m'emmenait très régulièrement au football, à domicile comme en déplacement. De temps à autre, mon frère et moi devions toutefois composer sans lui. Marchand de bestiaux, il ne rentrait pas toujours à l'heure, tant s'en faut. Dans ce cas, nous prenions les transports en commun pour aller au stade. C'était toujours l'effervescence à bord car Anderlecht était déjà hot à ce moment-là ". " En 1951, après la troisième couronne nationale de rang du RSCA, l'envie m'a pris de porter ses couleurs. Accompagné de ma tante et de mon cousin, qui habitaient Veeweyde, je me suis rendu un beau jour à La Roue, où le Sporting disposait d'une antenne de recrutement. Constant Vanden Stock en était le responsable et c'est lui qui a procédé à mon affiliation. En principe, il fallait avoir dix ans pour parapher les documents mais vu mes dispositions, la procédure fut accélérée ( il rit). Par la suite, le club usa de l'un ou l'autre subterfuge pour me permettre d'évoluer en Minimes deux ans avant l'âge. Albert Roosens, qui venait tout juste d'accéder à la présidence du club connaissait mes nom et prénom, de même que ceux de tous mes partenaires. Et ce constat ne valait pas seulement pour notre classe d'âge mais aussi pour toutes les autres, jusqu'en Juniors. C'était l'une des forces d'Anderlecht : à tous les niveaux, on y trouvait de véritables " bêtes de football ", écumant les matches du week-end toutes catégories confondues. A présent, cet usage a vécu. Je doute sincèrement qu'en haut lieu, les responsables connaissent leurs trésors ". " Mon idole, en bas âge, n'était autre que Jef Mermans. Un attaquant pour lequel les dirigeants, le président Théo Verbeeck en tête, avaient cassé leur tirelire en 1942 puisqu'ils avaient dû débourser 125.000 anciens francs - un peu plus de 3.000 euros actuels - pour obtenir son concours alors qu'il était le meilleur artificier du Tubantia Borgerhout. Le Sporting se signalait déjà par une habitude qu'il allait continuer à développer : encadrer les meilleurs du cru par la fine fleur. D'ailleurs, lors de l'entame des années 50, l'ossature de l'équipe était essentiellement anderlechtoise avec des garçons comme Henri Meert, Jef Vernimmen, Susse Sermon et autres Michel Vanvarenbergh. Au cours de mes propres années en équipe A, c'était pareil. Nous étions tous des régionaux, formés soit à Anderlecht soit dans un club limitrophe. Comme Jef Jurion, actif à Ruisbroek avant d'aboutir au RSCA, ou Jean Cornelis, joueur à Lot. Pour compléter l'effectif, la direction jetait son dévolu sur ce qu'on faisait de mieux chez la concurrence. C'est ainsi que les Ostendais Wilfried Puis et Laurent Verbiest ont convergé à Anderlecht. Ou encore Jan Mulder, buteur des Jong Oranje, soufflé au nez et à la barbe de l'Ajax et Feyenoord alors qu'il militait à Winschoten. Personnellement, j'ai toujours eu la chance, en tant que numéro 10, de pouvoir £uvrer chez les Mauve et Blanc avec des forwards de grande envergure : Jacky Stockman, Jan Mulder, Attila Ladinszky et j'en passe. En outre, ces puncheurs étaient bien approvisionnés par les flancs aussi, avec quelques fameux noms : Jean-Pierre Janssens, Wilfried Puis, Inge Ejderstedt, Robby Rensenbrink... Aujourd'hui, le Sporting est moins bien fourni. Nicolas Frutos est précieux mais il est souvent blessé. A ses côtés, des Mbark Boussoufa ou Serhat Akin me paraissent un peu trop légers. Le dernier grand attaquant aura été Jan Koller. Et c'est aussi à cette époque que remonte, selon moi, le dernier véritable grand Anderlecht. Car il n'y a pas de grande équipe sans grand attaquant ". " J'ai toujours joué comme soutien d'attaque. De tous ceux qui se sont illustrés dans ce rôle après moi au Sporting, je me rapprochais sans doute le plus d' Ahmed Hassan. A l'instar de l'Egyptien, l'une de mes armes favorites était l'extérieur du pied. A cette nuance près que je ne l'utilisais pas seulement pour faire une passe, comme le numéro 10 des Mauve et Blanc l'a encore montré récemment en offrant le but de la consolation à son compère Cyril Théréau lors du déplacement européen à Getafe. De mon temps, je me servais également de cette arme sur les coups de pied arrêtés ou lors de slaloms entre adversaires. J'ai paraphé pas mal de buts de la sorte et le total de 236 que j'ai atteint durant ma carrière anderlechtoise est un autre élément qui me sépare du Pharaon. Je pense me situer plus dans le registre de Zinédine Zidane. " " Dans les années 60, Anderlecht n'avait pas grand-chose à envier aux meilleurs mais j'aurai dû patienter jusqu'à mes années en tant que coach pour obtenir mon premier succès européen : la Coupe de l'UEFA 1983, au détriment du Benfica Lisbonne. L'année suivante, il s'en était d'ailleurs fallu d'un fifrelin pour qu'on réalise le doublé dans cette épreuve puisqu'en finale, nous ne nous étions inclinés que lors des tirs au but face à Tottenham Hotspurs. Si cette génération de Sportingmen, avec Juan Lozano, Morten Olsen et Erwin Vandenbergh, pour ne citer qu'eux, regorgeait de talent, il en était exactement de même, deux décennies plus tôt, au moment où j'étais encore moi-même joueur. Sous la houlette du technicien français Pierre Sinibaldi, le RSCA était alors passé du WM au 4-2-4. Ce système était révolutionnaire chez nous et il nous a permis, entre 1964 et 68, d'empocher 5 titres d'affilée, ce qu'aucun autre club belge n'a plus jamais réussi. Mon seul regret est de ne pas avoir pu apposer ma griffe, avec le Sporting, sur la grande scène continentale. Pourtant, nous n'avions pas grand-chose à envier aux meilleurs. Nous nous étions payé le scalp de quelques équipes très fameuses, comme le Real Madrid, le CDNA Sofia, Fenerbahce ou encore le FC Bologne. Mais notre tactique audacieuse, basée sur la défense en ligne et la pratique du hors-jeu à même la ligne médiane, nous a aussi joué des tours pendables. De là des éliminations sans gloire contre les Ecossais de Dundee voire les Tchécoslovaques du Dukla et du Sparta Prague. D'aucuns affirment que nous aurions franchi, à ce moment-là, le stade des quarts de finale en CE1 si nous avions eu un coach plus " cérébral " que Sini, adepte du jeu la fleur au fusil. Comme un certain Raymond Goethals, par exemple. Mais je ne pense pas que cela aurait changé les événements. La différence entre les deux hommes, c'est que l'un avait sa conception de la défense, tandis que l'autre en retenait prioritairement l'organisation. Le Français voyait les choses de manière globale - une charnière à plat jouant haut - tandis que notre Raimundo national avait une approche nettement plus analytique avec un rôle bien défini pour chacune des composantes de l'arrière-garde. D'après moi, le problème, à l'époque, résidait davantage dans la nature des hommes que dans le système. Anderlecht tablait alors sur quatre arrières anciens attaquants : Georges Heylens et Jean Cornelis, deux ailiers, avaient coulissé respectivement aux postes de back droit et gauche, Laurent Verbiest était descendu du poste d'attaquant à Ostende à celui de stoppeur chez nous et Jean Plaskie avait subi le même chemin en quittant le FC Haren à destination du Parc Astrid. En Belgique, il n'y avait pas de problème à jouer l'offensive à tout crin mais, sur le plan européen, notre manière d'opérer était un tantinet trop généreuse. Nous avons manqué de réalisme et c'est la raison pour laquelle nous n'avons jamais franchi le stade des quarts de finale en Coupe des Clubs Champions. Avec l'équipe nationale belge, ce fut longtemps pareil pour des raisons identiques. Ce n'est qu'avec l'adjonction des Standardmen Jean Thissen, Jacky Beurlet et Léon Jeck, véritables défenseurs, que les Diables Rouges ont trouvé une assise qui leur a permis finalement de se qualifier pour la première fois depuis 1954 pour la phase finale d'une Coupe du Monde : c'était en 1970, au Mexique ". Au moment du changement de décennie, le Sporting avait perdu un peu de sa superbe en Belgique. En cause, le départ de Joseph Jurion, figure emblématique s'il en est, qui ne fut jamais réellement remplacé après son départ pour La Gantoise en 1968. Albert Roosens avait un successeur en tête, le régisseur de l'Antwerp, Wilfried Van Moer. Il m'avait confié la mission de l'approcher, par le truchement des Diables Rouges. J'étais partisan de sa venue au Parc Astrid car Kitchie était un footballeur avec qui je m'entendais bien sur le terrain. Pour le compte de la Belgique, nous avons d'ailleurs livré ensemble quelques matches d'anthologie ; face à l'Italie et le Portugal notamment. Pour des raisons pécuniaires, le transfert capota et, pour la somme de 6,5 millions de francs - un peu plus de 160.000 euros - l'Anversois prit la direction du Standard. Ce fut un véritable coup dans le mille du secrétaire des Rouches, Roger Petit, qui n'eut qu'à se féliciter de cette heureuse option. Car Van Moer conféra indéniablement une dimension supplémentaire au club liégeois, qu'il mena à trois reprises au titre de 1969 à 71. Pendant ce temps-là, le Sporting dut se rabattre sur deux éléments qui ne firent jamais fureur : le Limbourgeois Fons Peeters et le Français Yves Herbet. Je reste persuadé que si Kitchie avait abouti chez nous en 1968, nous aurions poursuivi notre hégémonie. Au lieu de 5 titres de rang, nous en aurions remporté 10. Van Moer aura été le premier gros transfert loupé par le Sporting. Au cours de la décade suivante, un autre suivit en la personne du Lierrois Jan Ceulemans, qui se lia au Club Bruges. Cette fois encore, je crains que le Sporting ait loupé le coche en n'obtenant pas le concours de Steven Defour. Ce n'est peut-être pas un nouveau Kitchie mais à son âge, il n'en est pas moins promis à un fameux avenir. Idem pour Marouane Fellaini. Dans son cas aussi, il y a de quoi avoir des regrets puisque ce garçon a joué au RSCA en classes d'âge. J'espère que la direction sera plus perspicace avec Vadis Odjidja Ofoe (ndlr, lors de l'interview, les contacts avec Hambourg n'étaient pas encore rendus publics) . Il serait dommage qu'un talent pareil s'épanouisse ailleurs qu'au stade Constant Vanden Stock ". " A mon époque comme joueur d'abord, puis comme coach, Anderlecht avait une équipe équilibrée. Elle s'articulait invariablement autour d'un bon gardien - Jean Trappeniers dans les années 60 et Jacky Munaron 20 ans plus tard -, un leader en défense - Laurent Verbiest et Morten Olsen - un patron dans l'entrejeu - Jef Jurion et Juan Lozano - ainsi qu'un leader d'attaque - Jan Mulder et Erwin Vandenbergh-. Un autre dénominateur commun, d'une période à l'autre, c'est l'utilisation d'un effectif limité. De mon temps, l'équipe était composée de : Jean Trappeniers ; Georges Heylens, Laurent Verbiest, Julien Kialunda, Jean Cornelis ; Jef Jurion et PierreHanon ; Johan De Vrindt, Jan Mulder, Wilfried Puis et moi-même. Dans les années 80, il en allait de Jacky Munaron ; Georges Grün, Morten Olsen, Luka Peruzovic, Henrik Andersen ; PerFrimann, Ludo Coeck, Juan Lozano, FrankieVercauteren ; Erwin Vandenbergh et Alex Czerniatynski. A ces onze noms, il convenait d'en ajouter quelques autres encore pour en arriver à un total de 15 ou 16 : Jean Plaskie, Jean-Pierre Janssens et Richard Orlans d'une part ; Michel De Groote, Walter De Greef, Wim Hofkens et Kenneth Brylle de l'autre. Les entraîneurs qui se sont succédé à la barre de l'équipe, ces derniers mois, ont fait appel à beaucoup plus de joueurs. D'après moi, ce n'est pas l'idéal. Je ne suis pas favorable à un système de rotation, a fortiori lorsqu'il s'agit de postes-clé dans l'équipe, comme le gardien ou l'attaquant de pointe. Dans le cas du portier, la problématique a été résolue en attribuant la fonction à Daniel Zitka. Mais devant, en revanche, rien n'a été tranché. Du coup, des gars comme Cyril Théréau ou Mbo Mpenza n'ont jamais joué de manière libérée. Comment aurait-il pu en aller autrement car chaque fois qu'ils ont été titularisés ou lancés dans la bataille, ils ont joué la peur au ventre, par crainte de mal faire. Ce qui me frappe aussi, c'est l'absence de leaders. Hassan pourrait revendiquer ce statut mais il est davantage soucieux de sa propre prestation que de celle de l'équipe. En outre, le RSCA actuel n'est pas équilibré du tout. Pour certains postes, il y a foule, comme dans l'entrejeu. Mais au back droit, par exemple, Marcin Wasilewski n'a pas la moindre concurrence. Idem pour Olivier Deschacht à gauche. L'acquisition de Thomas Chatelle ne changera manifestement pas la donne puisqu'il évolue dans un secteur où les solutions de rechange ne manquent pas avec Jonathan Legear ou encore Ahmed Hassan voire Mbark Boussoufa. Ce qui est positif, toutefois, c'est que le club songe à nouveau à recruter du belge, eu égard à son intérêt pour d'autres joueurs de chez nous, tels que Guillaume Gillet ou Tom De Sutter. N'oublions quand même pas que c'est en procédant de la sorte que le Sporting a engrangé ses plus beaux succès. J'en ai fait tour à tour l'expérience comme joueur, puis comme entraîneur et il n'en est pas allé autrement par après. La preuve avec le trio Philippe Albert,Marc Degryse et Luc Nilis dans les années 90. Si les Mauves mènent à bonne fin toutes ces opérations, ils seront une fois de plus dans le bon. C'est tout le mal que je leur souhaite ". par bruno govers