P ieter-Robert Rensenbrink (dit Robby), c'était ni plus ni moins la classe mondiale. Ailier gauche diabolique, au style ondoyant - ce qui lui avait d'ailleurs valu son sobriquet d'homme serpent, l'ancien footballeur du DWS Amsterdam était à la fois un buteur patenté et un remiseur exceptionnel. A l'image d'un certain Johan Cruijff, son compagnon d'âge à l'Ajax d'Amsterdam et en sélection des Pays-Bas, avec qui la ressemblance était d'ailleurs frappante. A cette nuance près que le légendaire numéro 14 des Ajacides avait le bagout en plus.
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P ieter-Robert Rensenbrink (dit Robby), c'était ni plus ni moins la classe mondiale. Ailier gauche diabolique, au style ondoyant - ce qui lui avait d'ailleurs valu son sobriquet d'homme serpent, l'ancien footballeur du DWS Amsterdam était à la fois un buteur patenté et un remiseur exceptionnel. A l'image d'un certain Johan Cruijff, son compagnon d'âge à l'Ajax d'Amsterdam et en sélection des Pays-Bas, avec qui la ressemblance était d'ailleurs frappante. A cette nuance près que le légendaire numéro 14 des Ajacides avait le bagout en plus. Né en 1947, dans le quartier amstellodamois du Jordaan, Rensenbrink fourbit ses premières armes au sein de modestes clubs locaux, le ZSGO et l'OSV, avant de rallier le DWS qui, avec le Blauw-Wit, était à cette époque le petit frère du grand Ajax. Tout porte à croire que le joueur aurait à son tour abouti chez les Rouge et Blanc, un jour. Mais, à ce moment-là, ceux-ci disposaient déjà, avec Piet Keizer, d'un monument sur le flanc gauche. Quant au grand rival, Feyenoord, il était également paré sur cette portion du terrain avec le réputé Coen Moulijn. Le PSV n'étant pas encore un ténor du football hollandais, l'horizon du jeune Rensenbrink, devenu international chez les Espoirs à la fin des golden sixties, apparaissait bel et bien bouché. Charmés par le football d'outre-Moerdijk, dont les clubs les plus représentatifs émargeaient alors au top européen, les dirigeants du Club Bruges, qui couraient après un titre de champion de Belgique depuis près d'un demi-siècle, décidèrent en 1969 de jouer résolument la carte néerlandaise. Ils jetèrent leur dévolu sur l'entraîneur Frans De Munck, le médian Henk Houwaart et Rensenbrink en personne. Avec des joueurs de la trempe de Raoul Lambert (A), Pierre Carteus (M), JohnnyThio (A)ou encore Erwin Vandendaele (D), les Bleu et Noir comptaient alors un team de valeur, plus fort qu'Anderlecht qui vivait la fin de l'ère PierreSinibaldi. Mais les Flandriens durent composer avec un autre adversaire, autrement plus coriace : le Standard, drivé par le coach français René Hauss. Une formation qui remporta trois titres de rang en 1969, 70 et 71. Hormis une Coupe de Belgique gagnée en 1970 par 6-1 contre le Daring, le palmarès de Robby n'allait donc pas vraiment s'étoffer à Bruges. Au cours de l'été 1971, ce fut au tour de la direction du RSCA d'entreprendre des grandes manoeuvres. Le tout juste trentenaire Jean Dockx (M) fut d'abord transféré du Racing White en échange de trois joueurs : le futur Soulier d'Or Maurice Martens (D), Gérard Desanghere (D) et Jacques Teugels (A). Il en alla du pareil au même avec le Club Bruges à qui, en contrepartie de Rensenbrink ainsi que d'une somme de 6 millions d'anciens francs (150.000 euros), Wilfried Puis (A) et Johnny Velkeneers (D) furent rétrocédés. Cinq départs pour deux arrivées, voilà qui fit du bruit, d'autant plus que les débuts des nouveaux transfuges anderlechtois furent laborieux. D'un côté, Dockx ne parvenait pas à accorder ses violons aux côtés de Van Himst et Jan Verheyen (M). Quant à Robby, il faisait très pâle figure en regard de son compatriote Jan Mulder, centre-avant des Mauve et Blanc, et de l'ailier droit suédois Inge Ejderstedt. A tel point que la politique de transferts du Sporting fut mise en cause. Surtout quand Anderlecht compta, à un moment donné, 5 points de retard sur le leader brugeois. En fin de saison, grâce à un deuxième tour mené tambour battant, les Anderlechtois refirent petit à petit leur retard, pour battre le Club Bruges sur le poteau. Avec 14 buts, soit 3 de moins que Mulder, Rensenbrink avait terminé la saison en force. Il était définitivement lancé, empilant jusqu'à son départ, en 1980, la bagatelle de 142 goals pour le compte des Bruxellois en cham-pionnat. Un total auquel il convient encore d'ajouter 35 buts européens. C'est sur la scène continentale, surtout, que le Néerlandais aura marqué l'histoire de son club d'une empreinte indélébile. Sans lui, le seul fait d'armes du RSCA fut une finale de la Coupe des Villes de Foire perdue contre Arsenal en 1969-70 : victoire 3-1 au Parc Astrid, puis défaite 3-0 à Highbury. Avec Rensenbrink comme exécuteur des hautes oeuvres, le Sporting allait toutefois glaner ses premiers succès européens : la Coupe des Coupes en 1976 contre West Ham United (4-2 au Heysel, à Bruxelles) et en 1978 face à l'Austria Vienne (4-0 au Parc des Princes, à Paris). Si la première victoire, obtenue dans la capitale après l'éviction préalable de sans-grade comme les Gallois de Wrexham ou les Allemands de l'Est du Sachsenring Zwickau, fut qualifiée de chanceuse, la deuxième, elle, ne dut absolument rien à personne puisqu'elle fut acquise au détriment du Lokomotiv Sofia, du HSV (devant lequel le RSCA s'était incliné 2-0 en finale de la même épreuve en 1977), du FC Porto et du FC Twente. Tout au long de ce parcours, Rensenbrink s'était manifesté comme le grand artisan des triomphes des siens, ponctuant son parcours par deux buts face aux Autrichiens. A l'image de ce qu'il avait déjà réalisé deux ans plus tôt contre les Anglais. Le Néerlandais, qui put compter durant toutes ses années au Parc Astrid sur un acolyte des plus précieux en la personne de Frankie Vercauteren, son pourvoyeur sur l'aile gauche, aura accumulé les prestations de choix sous la casaque des Mauve et Blanc. Mais s'il ne faut en épingler qu'une, gageons que beaucoup citeront la finale de la Supercoupe 1976 contre le Bayern Munich. Battus 2-1 au stade Olympique, les Anderlechtois s'étaient imposés 4-1 au retour grâce à un Robby des grands soirs qui avait réussi la gageure de tourner Franz Beckenbauer, Georg Schwarzenbeck et le gardien Sepp Maier en bourrique. Trois Bavarois qui, avec la Mannschaft, avaient privé notre homme d'un succès en finale de la Coupe du Monde deux ans plus tôt. En 1978, la même mésaventure allait lui arriver contre l'Argentine. Pourtant, Robby aura été bien près de devenir le héros de la nation hollandaise ce jour-là. A un fifrelin du terme, alors que le score était de 1-1, l'un de ses envois avait percuté le piquet. Il fallut recourir aux prolongations pour départager les deux équipes et les Sud-Américains s'imposèrent en définitive par 3-1. En 1980, il quittait Anderlecht pour Portland. BRUNO GOVERS