La réalité a rejoint et même dépassé la fiction. Plus de 4 milliards de francs belges, voilà la somme que fut dépensée le Real de Madrid pour s'attacher les services du stratège de l'équipe de France Zinédine Zidane!
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La réalité a rejoint et même dépassé la fiction. Plus de 4 milliards de francs belges, voilà la somme que fut dépensée le Real de Madrid pour s'attacher les services du stratège de l'équipe de France Zinédine Zidane! Sans renier les qualités humaines et sportives du joueur, la somme précitée a de quoi légitimement choquer voire dégoûter l'ensemble des travailleurs "ordinaires" que nous sommes. La surenchère incessante engendrée par le système des transferts a depuis longtemps franchi le seuil du "raisonnable". Le cap du "tolérable" est aujourd'hui allègrement atteint! L'on peut se demander si cette évolution n'est pas de nature à ôter, à terme, l'intérêt sportif des compétitions. Une constellation des stars au sein des quelques clubs richissimes de la planète est en effet de nature à accentuer le déséquilibre des compétitions et à entraîner -par un effet d'usure inévitable- le non engouement progressif de la majorité des (télé)spectateurs.Que faire? L'on présente traditionnellement les ligues de sport professionnel américaines comme des exemples à ce niveau, parce que leurs responsables y ont instauré depuis de nombreuses années des systèmes ayant pour unique vocation de protéger à long terme l'équilibre sportif et financier entre les clubs. Voici ces règles "correctrices" :système du salary cap, qui signifie qu'une équipe ne peut dépasser une masse salariale déterminée dans son budget. Selon les estimations, pour la saison 2001-2002, le salary cap devrait être fixé entre 53 et 56 millions de dollars. Les clubs qui dépassent ce montant se voient infliger une très dissuasive luxury tax. Cette règle vise donc à éviter qu'un même club puisse engager à prix fort plusieurs joueurs de très haut niveau, et empêche ainsi un coup de folie financier des dirigeants; système de la draft, qui organise l'accession des joueurs scolaires ou universitaires dans les différents clubs professionnels selon un ordre de préséance inversement proportionnel aux résultats sportifs de la saison écoulée (ce qui signifie que les premiers choix sont réservés aux équipes les moins bien classées). Le système de la draft, annihilant la liberté des joueurs concernés de s'engager dans le club de leur choix, est manifestement contraire à l'article 4 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prohibent le travail forcé. Il contrevient également au principe de la libre circulation des travailleurs prévu par le traité de l'Union Européenne. Vouloir sauvegarder l'intérêt des compétitions est légitime, éviter que les salaires des joueurs n'atteignent des proportions déraisonnables peut également l'être, mais ces objectifs ne pourront en aucun cas être atteints via des atteintes aux droits fondamentaux de l'être humain.Tout est une question de proportionnalité.Luc Misson