Jusqu'il y a peu, le patronyme d'Henry Onyekuru n'évoquait rien d'autre que ce face-à-face manqué avec Nicaise Kudimbana dans les arrêts de jeu de la dernière journée de Proximus League au Bosuil, le 30 avril dernier. Une frappe échouée sur l'extérieur du poteau gauche du gardien de l'Antwerp qui allait du même coup sacrer le White Star et envoyer l'Alliance au purgatoire pour quelques semaines.
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Jusqu'il y a peu, le patronyme d'Henry Onyekuru n'évoquait rien d'autre que ce face-à-face manqué avec Nicaise Kudimbana dans les arrêts de jeu de la dernière journée de Proximus League au Bosuil, le 30 avril dernier. Une frappe échouée sur l'extérieur du poteau gauche du gardien de l'Antwerp qui allait du même coup sacrer le White Star et envoyer l'Alliance au purgatoire pour quelques semaines. De cet épilogue invraisemblable dans ce triangle amoureux impossible, Florian Taulemesse retient le désarroi de son coéquipier. " Il a vraiment mal vécu cette soirée. Après coup, il était tellement moche qu'on ne se sentait même pas la force de le chambrer ", se remémore l'avant trentenaire des Pandas. " Avec le recul, il faut quand même se souvenir qu'il revenait tout juste de blessure à ce moment-là et qu'il est donc compréhensible qu'il ait eu une petite appréhension au moment de frapper la balle. " On raconte que les excuses sont faites pour s'en servir. Ce qui est certain, c'est que soir-là, le pied droit - son meilleur - d'Henry Onyekuru a flanché et que le Nigérian a un temps porté la culpabilité de l'échec de la montée en D1 des Pandas. Le cauchemar ne durera en fait que six jours. Le temps pour la Cour belge d'arbitrage pour le sport (CBAS) de refuser la licence aux Etoilés. Et de propulser le KAS en D1. Un niveau où tout se passe bien pour Henry comme en témoignent les stats d'un joueur le plus souvent cantonné sur le côté gauche et dont la mission principale reste de remonter le plus rapidement possible le cuir en zone de conclusion. Épatant, surtout, pour un gamin de 19 ans, repéré à l'âge de 13 ans lors d'un programme de détection de jeunes talents organisés par l'Aspire Football Dreams à Lagos au Nigéria. " Je jouais dans un petit club local et un scout de Josep Colomer (le directeur sportif d'Eupen et ancien responsable de la Masia au Barça, ndlr) m'a repéré. J'ai d'abord participé à une sélection régionale puis, avec 50 autres joueurs, à la finale nationale de mon pays. Finalement, j'ai été retenu parmi les meilleurs jeunes de 13 pays africains qui pouvaient se présenter à Doha. Quelques semaines après ce stage, j'ai appris que j'étais retenu et que je pouvais intégrer l'Aspire Academy au Sénégal. " Pour Henry, passé en 6 mois de Lagos à Dakar, via un court passage par le Qatar, c'est le début d'une vie de globe-trotter qui le mènera quelques semaines plus tard en Espagne pour un tournoi de jeunes. " C'était la première fois que je me rendais en Europe. Une première preuve que les sacrifices engendrés en allant vivre loin de ma famille étaient peut-être les bons. " La deuxième arrivera quelques années plus tard. À tout juste 18 ans et après avoir vécu cinq ans dans une académie qatarie aux airs d'auberges espagnoles, Henry Onyekuru matérialise la première étape de son ascension personnelle en rejoignant la Belgique et l'AS Eupen, où il signe un contrat pro. Si Henry va très vite apprendre à connaître la Belgique, l'inverse est tout aussi vrai. Rapidement critiqué pour son arrogance, le garçon doit essuyer sa première polémique avant un déplacement à Charleroi, en août dernier. Son erreur ? Avoir fait publiquement part de sa confiance la veille du match : " Je me sens bien. On bosse bien cette semaine et je suis certain qu'on va prendre 1 ou 3 points contre Charleroi. " Résultat une défaite 3-2 au Mambour... Cet excès de confiance n'est finalement pas grand-chose au regard de ses propos, tenus dans un quotidien néerlandophone le 17 septembre dernier, après son troisième but de la saison à Bruges, où il avait déclaré aspirer à prendre part aux prochains PO1, allant jusqu'à estimer qu'Eupen avait " les qualités pour disputer la Ligue des Champions ". Une annonce dénuée de toute ironie, qui aide un peu mieux à cerner le personnage. " En aucun cas je ne voulais exprimer par ma réponse une attitude arrogante ou une confiance en moi quelque peu démesurée. Non, j'ai seulement voulu exprimer mon ambition de jouer le plus haut possible. " La justification est celle d'un homme ambitieux, rien de plus. Un homme qui n'a pas, pour autant, pu éviter les railleries amicales du vestiaire. " Il a pris cher le lendemain à l'entraînement, mais c'est quelqu'un de réservé, presque timide, il n'a donc pas trop souhaité répondre devant tout le groupe ", révèle Florian Taulemesse. " Moi, qui le connais un peu mieux que certains, il est venu me voir pour m'expliquer que c'était dans sa manière d'être. Ce n'est pas de la prétention, c'est juste qu'il se fixe des objectifs très élevés. Pour l'instant, ça lui réussit puisqu'il participe grandement à tirer l'équipe vers le haut chaque semaine. " Fan de Thierry Henry, son presque homonyme aspire évidemment à évoluer un jour bien plus haut que dans le championnat belge. Sans surprise, c'est la Premier League anglaise qui charme le plus ce Nigérian biberonné par les souvenirs de ses prestigieux aînés champions olympiques à Atlanta en 1996, un an avant sa propre naissance. Jay-Jay Okocha, mais aussi Daniel Amokachi, Victor Ikpeba ou Sunday Oliseh, tous passés par la Belgique. Samson Siasia, l'actuel sélectionneur des Super Eagles nigérians, est lui aussi passé par notre pays. C'était à Lokeren entre 1987 et 1993. Une raison de plus de croire au baptême du feu d'Henry Onyekuru avec les Super Eagles ? " Malheureusement je n'ai pas encore été sélectionné pour l'équipe nationale de mon pays et, actuellement, il n'y a pas de contacts avec le sélectionneur ", tempère Henry avant de préciser que ses années passées au sein d'une académie de football qatarie ne l'ont en aucun cas détourné de son objectif principal. " Il n'a jamais été question de naturalisation. J'ambitionne de porter les couleurs de mon pays depuis tout petit, pas celles d'un autre ! " PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTO BELGAIMAGE" Il n'a jamais été question de naturalisation. J'ambitionne de porter les couleurs de mon pays depuis tout petit, pas celles d'un autre ! " HENRY ONYEKURU