"Si la réincarnation existait, j'aimerais revenir sur terre dans la peau d'un footballeur comme Sergio Busquets... " Voilà des années que le milieu de terrain du FC Barcelone est l'un des joueurs les plus sous-estimés dans le monde. Pas étonnant dans le chef d'un homme qui joue dans la même équipe que Lionel Messi, Neymar et Luis Suárez, et qui a également côtoyé quelques-unes des plus grandes vedettes catalanes. Pep Guardiola fait partie de ceux qui, dès le début, ont su apprécier l'apport de Busquets à sa juste valeur.
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"Si la réincarnation existait, j'aimerais revenir sur terre dans la peau d'un footballeur comme Sergio Busquets... " Voilà des années que le milieu de terrain du FC Barcelone est l'un des joueurs les plus sous-estimés dans le monde. Pas étonnant dans le chef d'un homme qui joue dans la même équipe que Lionel Messi, Neymar et Luis Suárez, et qui a également côtoyé quelques-unes des plus grandes vedettes catalanes. Pep Guardiola fait partie de ceux qui, dès le début, ont su apprécier l'apport de Busquets à sa juste valeur. Busquets est surtout un tacticien, un joueur qui exerce une pression précoce et joue dans les petits espaces, en un temps. Grâce à sa lecture du jeu et sa faculté à toujours bien se positionner, il pousse l'adversaire à la faute et recherche la profondeur dès que le ballon a été récupéré. " Mon jeu exige que je passe plutôt inaperçu. Si c'était possible, j'aimerais me rendre invisible ", affirme-t-il. " Je dois surtout rendre mes coéquipiers meilleurs. " Et Busquets le fait d'une manière inégalée à ce jour. C'est lorsqu'il n'est pas là qu'on s'en rend le mieux compte. Alexandre Song n'a pas la même vision du jeu, tandis que Javier Mascherano ne possède pas la même maîtrise du ballon, ce qui l'a obligé à se reconvertir en défenseur central au Camp Nou. La Supercoupe conquise par Barcelone au détriment du FC Séville (5-4) était le 20e trophée majeur remporté par Busquets sous le maillot blaugrana. En juin, il a quitté la pelouse du stade olympique de Berlin dans la peau du vainqueur de la Ligue des Champions face à la Juventus (3-1), s'assurant ainsi un troisième triplé. " Ce triplé avait une autre saveur qu'en 2009 ", estime Busquets. " Personne ne s'attendait à ce que nous accomplissions cet exploit une deuxième fois. Pourtant, la surprise était plus grande sous Guardiola, car Barcelone n'avait rien gagné au cours des deux saisons précédentes. Personne n'est invincible, mais ce Barcelone-ci est encore là pour un bon moment. Si on enlève Dani Alves, Javier Mascherano et Andrés Iniesta, tous les autres joueurs ont moins de 30 ans. La plupart ont entre 23 et 28 ans. Et le football a évolué, ce qui rend le deuxième triplé encore plus beau. Le jeu de Barcelone a subi une révolution grâce à Guardiola. Ce n'est plus arrivé par la suite. Les entraîneurs qui lui ont succédé ont simplement introduit quelques nuances. Malgré tout, je ne pense pas que nous atteindrons encore le niveau qui était le nôtre lors de notre meilleure période. " Beaucoup d'adversaires se plaignent du footballeur Busquets, l'un des rares joueurs de Barcelone avec la mala leche : agressif, parfois vicieux lorsque les circonstances l'exigent. Un jour, le défenseur du Real Madrid Marcelo l'a accusé de racisme. Mais, le plus souvent, les plaintes portent sur son style de jeu irritant : tirage de maillot, coude levé, chute théâtrale à la moindre petite poussée. Busquets recherche les limites du tolérable. Ce n'est pas pour rien que Xavi l'a affublé du surnom El Señor Quitanieves (Monsieur le Chasse-neige). Ses équipiers sont heureux de l'avoir à leurs côtés, ses opposants le craignent. Ainsi, le partenaire de Marcelo, Pepe, se réveille encore la nuit en pensant à l'incident de mars 2014, lorsqu'il a reçu la chaussure de Busquets en plein visage alors qu'il était au sol. Etait-ce une vengeance - Pepe avait durement touché Cesc Fàbregas peu avant ? On se le demande encore. Car Busquets n'a pas l'habitude de réagir aux provocations : " Si cela avait été si grave, Pepe porterait encore les traces de ma chaussure sur son visage. " " J'aime le football viril, un jeu d'hommes ", poursuit Busquets qui, en tant que Catalan pure souche, ne fait pas mystère de sa haine envers le Real Madrid. " J'ai grandi à Badia del Vallès (un quartier de la périphérie de Sabadell, aux alentours de Barcelone, ndlr). Là-bas il faut se faire respecter. Avec le Barcelona B, je jouais déjà contre des joueurs de 32 ou 34 ans, alors que je n'en avais que 18. Certains de mes compagnons étaient impressionnés. Moi, je trouvais au contraire que c'était un beau défi. " En fait, Busquets symbolise la renaissance sous Guardiola. Lors de la deuxième journée de la saison 2008/09, alors qu'il débutait comme entraîneur, Pep avait introduit un jeune talent encore inconnu contre la Real Sociedad (1-1) : un certain Sergio Busquets, milieu de terrain du Barça B, qui avait joué la saison précédente en TerceraDivisión, le quatrième échelon du footballeur professionnel après la Primera, la Segunda A et la Segunda B. Pendant la préparation, il s'était entraîné avec l'équipe A mais, en principe, il aurait encore dû jouer avec l'équipe B cette année-là. " Busi réfléchit pour les autres ", constate Guardiola. " Sur le terrain, il trouve directement une solution et parvient à l'appliquer. " Il a suffi d'un bon début pour que Cruijff se répande en louanges. " Techniquement, Busquets est supérieur à Yaya Touré et Seydou Keita ", s'exclama-t-il en septembre 2008. " Il voit le jeu comme un routinier. Ballon au pied, il donne l'impression que les gestes les plus difficiles sont très faciles à réaliser. Il joue la plupart du temps en un temps et est toujours à la bonne place. Il représenterait un cadeau pour n'importe quel entraîneur. " Pour Busquets, la saison 2008/09 a commencé par un match du Barça B, à l'extérieur contre Santa Eulalia, devant 1.500 spectateurs, et s'est terminée à Rome avec la victoire contre Manchester United (2-0) en finale de la Ligue des Champions. Huit mois seulement ont séparé son dernier match en TerceraDivisión de ses débuts en équipe nationale espagnole. Car LaRoja s'est inspirée des succès du FC Barcelone, et après deux saisons comme professionnel, Busquets a pu soulever la Coupe du Monde 2010. " Au début, tout est allé très vite ", raconte-t-il. " J'avais du mal à réaliser que je côtoyais Xavi et Iniesta dans le vestiaire. Et j'ai disputé une grande finale que je pensais suivre à la télévision... " Sept ans après ses débuts, certaines choses ont changé au Camp Nou. Bien sûr, Messi dicte toujours la marche à suivre et Iniesta imprime toujours le rythme. Mais, au fil des ans, les Catalans Carles Puyol, Cesc Fàbregas et Víctor Valdés ont quitté l'équipe. Et, avec le départ de l'icône Xavi, beaucoup de regards se tourneront vers Busquets, qui porte depuis l'an passé le maillot n°5 (autrefois dévolu à Puyol) et qui joue le rôle d'un leader. Xavi ne tarit pas d'éloges à l'égard de son ancien coéquipier. " Je trouve que Sergio est le footballeur qui lit le mieux le jeu, tant sur le plan offensif que défensif. Son intelligence de jeu est incroyable. A Barcelone, il peut devenir mon successeur naturel. Sergio est destiné à devenir le leader de l'équipe au cours des prochaines années, cela ne fait aucun doute. " PAR VINCENT OKKER - PHOTO : BELGAIMAGE