Il reste encore du travail à l'Excelsior Mouscron pour lutter à armes égales avec les grands. Vendredi passé, on avait compris dès le début du match que le Standard lui était supérieur dans tous les secteurs du jeu. Mais en football, seuls les buts comptent. Et lorsqu'on ne marque pas, on donne à l'adversaire la possibilité de le faire. AdnanCustovic, d'un puissant tir repoussé par la barre transversale, a bien failli offrir les trois points à ses couleurs. Le président PhilippeDufermont n'a pas vécu tous ces événements en direct : il était en Chine (à Hong Kong, après un passage par la foire de Canton) et ne rentrera en Europe que le 20 novembre. Mais il a évidemment été tenu informé.
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Il reste encore du travail à l'Excelsior Mouscron pour lutter à armes égales avec les grands. Vendredi passé, on avait compris dès le début du match que le Standard lui était supérieur dans tous les secteurs du jeu. Mais en football, seuls les buts comptent. Et lorsqu'on ne marque pas, on donne à l'adversaire la possibilité de le faire. AdnanCustovic, d'un puissant tir repoussé par la barre transversale, a bien failli offrir les trois points à ses couleurs. Le président PhilippeDufermont n'a pas vécu tous ces événements en direct : il était en Chine (à Hong Kong, après un passage par la foire de Canton) et ne rentrera en Europe que le 20 novembre. Mais il a évidemment été tenu informé. " Lorsqu'il est en Espagne, on se téléphone une dizaine de fois par jour ", explique BenoîtRoul. " Lorsqu'il est en Chine, les communications sont à peine moins fréquentes. Vendredi, je l'avais déjà eu en ligne à cinq reprises avant le coup d'envoi. Pour être précis, il m'a appelé à trois reprises et moi à deux. La dernière fois, il terminait sa journée (il y a six heures de décalage avec la Chine) et il était en train de se faire... masser les pieds. J'ai pu lui annoncer que, pour la première fois de la saison, le Canonnier allait afficher complet. Les dernières places ont été vendues à 10 h 30, le matin même. Pendant et après le match, beaucoup de personnes lui envoient des SMS, pour le tenir informé de l'évolution du score. Lorsqu'on s'est déplacé à Charleroi, sa boîte à messages était saturée. Il s'est inquiété et m'a téléphoné : - C'estcombien, finalement ? Le dernier message qu'il avait reçu faisait état d'un score de 1-2, mais le match n'était pas terminé. J'ai pu lui annoncer qu'on avait gagné 1-3. Il avait une voix un peu embuée, car il était 4 h 30 du matin en Chine, mais je l'ai senti soulagé en apprenant la nouvelle ". Benoît Roul, c'est le nouveau directeur général de l'Excel. En l'absence du président, c'est lui qui gère le club au quotidien. Quand il faut faire appel à une femme d'ouvrage pour nettoyer le vestiaire après le décrassage du samedi matin, c'est lui. Quand il faut un jardinier pour remettre la pelouse d'entraînement en état, c'est encore lui. Et donc, quand Mouscron s'oppose au plan de réforme du championnat élaboré par HermanWijnants, c'est toujours lui. " En fait, c'est MogiBayat qui m'a téléphoné : - Nous, àCharleroi, onvoudraitproposerautrechose, est- cequetunoussuis ?, m'a-t-il demandé. J'ai répondu oui, car j'avais eu l'impression de me faire un peu piéger à la Ligue. J'avais voté en faveur d'une réflexion sur une possible réforme du championnat, mais à mes yeux, cela ne signifiait pas qu'il faille prendre des décisions dans la précipitation comme cela me semble être le cas actuellement. Je ne suis pas fondamentalement opposé au plan Wijnants, mais je n'y suis pas favorable : c'est une nuance. Pourquoi ? J'estime que cette réforme ne répond pas aux besoins, qui sont d'améliorer le sportif. Est-ce en rajoutant deux équipes au championnat, pour le porter à 20 clubs, qu'on améliorera le sportif ? Je ne le pense pas. J'ai l'impression, aussi, que la formule proposée est trop complexe. Le football a tiré sa popularité de la simplicité. Aujourd'hui, si on gagne, on avance au classement. Si on perd, on recule. Avec ces poules de cinq et ces vases communicants, je crains que les supporters ne s'y retrouvent plus. Je crains aussi qu'il y ait trop de matches sans intérêt, ce qui laisserait la porte ouverte à des combines. Car, à priori, dans cette formule, il vaut mieux entamer le championnat en Série B et jouer le deuxième tour en Série A, que l'inverse... " Comment Roul est-il entré en contact avec Dufermont, au point que le président lui confie quasiment les clefs du club en son absence ? " En fait, on a été amenés à collaborer dans le cadre de certains projets réalisés par un bureau d'architecture dont je fais partie en tant que P.R. ", explique-t-il. " Au fil des contacts, Philippe et moi, nous nous sommes aperçus qu'on avait des idées communes et qu'on raisonnait de la même manière. On s'est liés d'amitié. Lorsque Philippe s'est décidé à accepter la présidence de l'Excelsior, après avoir été plébiscité par les supporters qui avaient voté pour à 98 %, on a discuté dans la voiture pendant que je le conduisais à l'aéroport. Il m'a demandé : - A ton avis, quedevrait- onfaire ? J'étais surpris : - Commentcela, on ? Il m'a répondu : - Benoui, tut'engagesavecmoidansl'aventure ! " Roul était stupéfait. " Je n'y connaissais rien en football ", reconnaît-il. " A l'époque, il ne fallait pas me demander ce qu'était un hors-jeu ou un corner. Mais j'apprends vite et Philippe a insisté : - Ce n'estpasgrave, onvasemarrer, viensavecmoi ! J'ai fini par me laisser convaincre. Et aujourd'hui, je dois dire que je ne le regrette pas. J'ai le sentiment de m'être engagé dans une magnifique aventure humaine. J'avais certains préjugés, et c'est vrai qu'il y a beaucoup de poudre de perlimpinpin, de show bizz et de tout ce que l'on veut dans le monde du football, mais je découvre au fil du temps que les footeux ne sont pas aussi fermés que je le pensais. J'ai noué une très bonne relation avec MarcBrys, je suis même devenu un bon pote à HugoBroos malgré le fait qu'il soit aujourd'hui l'entraîneur de Genk. L'Excelsior est devenu une passion. J'y consacre désormais une dizaine d'heures par jour. Généralement, j'arrive au club entre 8 h 30 et 9 h 00. Je vais saluer les joueurs, qui prennent leur petit déjeuner. Je me rends chez le directeur sportif GilVandenbrouck, auquel je me fie en matière sportive car je ne me permettrai pas de juger l'aspect technique. Je consulte le correspondant qualifié JacquesVandewalle, que je considère comme la mémoire du club et auprès de qui je n'hésite jamais à demander conseil. Je descends à l'infirmerie pour prendre des nouvelles des blessés. Puis, les coups de fil commencent. Et là, cela n'arrête pas. Ma première mission a été d'identifier tous les problèmes du club. C'était une asbl qui fonctionnait selon un système conjoint avec la Ville et quelques partenaires - NDLR : l'Excelsior est toujours géré en asbl, mais envisage de passer en sprl ". " Aujourd'hui, un club ne peut plus fonctionner de cette manière. Il était impératif de tout professionnaliser et de tout restructurer. Il fallait aussi identifier la qualité des contrats de travail : étaient-ils pertinents ou pas, entraient-ils ou pas dans le cadre d'une convention ou d'une commission paritaire ? Il fallait identifier les relations avec la Ville. Il y avait, notamment, l'histoire des fameux appartements que les joueurs utilisaient et pour lesquels j'ai fait faire des baux. Pour la mise à disposition du personnel de la Ville, j'ai fait établir une convention qui me permet désormais de disposer de deux personnes affectées à l'entretien des terrains. Je n'ai plus personne du service commercial qui soit encore mis à disposition par la Ville. J'ai repris les contrats de travail. J'ai aussi repris les contrats d'assurance dont certains n'étaient pas payés par le club. C'était un travail colossal, car l'Excelsior, cela représente une centaine de salariés et plus de 300 bénévoles, en comptant le Futurosport. J'ai eu des réunions avec l'Hôtel de Ville et l'Intercommunale IEG. On m'avait prévenu que, pour tout solutionner, cela allait prendre énormément de temps, d'autant qu'il y avait eu des perquisitions et qu'il manquait des documents. Aujourd'hui, je peux dire que tout est presque réglé. Il ne me reste plus qu'une seule mission : rationnaliser nos dépenses en énergie. Une partie de ces dépenses est toujours payée par la Ville, mais cela s'arrêtera au 1er janvier. Je cherche actuellement des fournisseurs et il est possible qu'on va équiper le stade en panneaux solaires pour l'eau chaude. Ceux-ci seront évidemment livrés par Philippe Dufermont, puisque l'importation de panneaux solaires est son nouveau cheval de bataille. On revient de très loin, car la situation financière du club était catastrophique. Il y a encore beaucoup de travail en chantier les problèmes les plus urgents ont été solutionnés ". Dufermont laisse une relative liberté à Roul dans la gestion du club. " Le président trace les grandes lignes et établit les fourchettes à l'intérieur desquelles je dispose d'une certaine marge de man£uvre. Mais il surveille tout, à distance ". Gérer le club à distance, n'est-ce pas un problème ? " Philippe a l'habitude ", rassure Roul. " Il possède des sociétés sur tous les continents, et comme il n'a pas le don d'ubiquité, il s'est rôdé à cet exercice de gestion à distance. Il a, dans chaque pays, une personne de confiance avec laquelle il est en contact quasi permanent. Pour limiter les coûts de téléphone, il utilise souvent le système par internet : les communications sont incluses dans l'abonnement adsl. Il gère aujourd'hui l'Excelsior de la même manière que ses sociétés. J'ai la chance d'être devenu sa personne de confiance. Mais il appelle aussi régulièrement d'autres collaborateurs, des membres de la direction ou du staff technique. En ce qui me concerne, j'ai une approche différente du management. Lorsque je représente le club à la Ligue Professionnelle, je fréquente d'autres personnes qui remplissent la même fonction dans d'autres clubs et je me rends compte qu'à Mouscron, on a une richesse en plus : l'aspect humain. Mon premier souci, ce sont les hommes. Je ne vendrai jamais père et mère pour obtenir 5.000 euros de plus. L'aspect financier est important, mais l'aspect humain reste primordial ". Pour faire progresser le club, il faut des idées. " L'Excelsior est devenu une boîte à idées ", constate Roul. " On en propose tous les jours. 60 % d'entre elles sont mauvaises, mais cela signifie forcément que 40 % sont bonnes. Actuellement, dans l'Espace VIP, il se passe plein de choses. On change, par exemple, de décor à chaque match. Contre Lokeren, c'était un décor noir et blanc très design. Contre Genk, c'était l'automne : on avait des bancs, des vélos, des châtaignes, des feuilles mortes... Contre le Standard, c'était un décor tout rouge. Le carton d'invitation était blanc avec un gros carré rouge sur lequel il était écrit : danslerouche ! Notre partenaire Moresto joue le jeu et confectionne des menus en adéquation avec les décors. La seule implication un peu négative, c'est qu'on a dû réduire le nombre de personnes qu'on accueille. Aujourd'hui, cela devient difficile d'encore pouvoir manger au Wembley. Le jour de la visite du Standard, tout était réservé 15 jours à l'avance. Cela faisait 266 personnes. On a dû refuser beaucoup de monde. Lors des matches ordinaires, on tourne entre 200 et 215 personnes ". Au niveau des assistances, l'Excel est en progrès de 20 % par rapport à la saison dernière, mais cela reste faiblard malgré tout. D'autant qu'à l'exception de Bruges, le club a déjà accueilli tous les grands. " On a, c'est vrai, été déçu par l'assistance lors de la venue de Genk (5.504 spectateurs) ", reconnaît Roul. " Cela reste une tristesse pour nous, car on commence à se demander : - Maisbonsang, quefaut- ilfaire ? On est dans le Top 5 du classement et on ne parvient pas encore à remplir le stade ! Je crois que le Mouscronnois a besoin de reprendre confiance. Le club sort de plusieurs années très difficiles. Je veux aussi relativiser la déception engendrée par les chiffres de fréquentation du stade, car on a arrêté la politique des places gratuites, si l'on excepte celles liées au sponsoring. L'IEG, par exemple, a droit à 240 places pour son sponsoring. Je considère donc qu'il y a, cette saison, une augmentation phénoménale du nombre de spectateurs payants ". Le merchandising n'est pas en reste. Les nouveaux maillots sont très jolis et, donc, se vendent très bien. " On est en rupture de stock sur certaines tailles, et comme ces maillots sont fabriqués uniquement pour nous, il faut compter six semaines de délai pour en refaire. On entre aussi dans les maillots d'hiver, à manches longues, et cela fait aussi perdre du temps ". Les responsables du club ne restent pas les bras croisés. Vendredi, le maillot n°14 de BertinTomou, flanqué du ballon doré, était déjà en vente à la boutique du stade et le joueur était prié de s'y présenter pour une séance de dédicaces, dès 22 h 45. Trois journalistes camerounais s'étaient d'ailleurs déplacés - de Bruxelles, pas de Yaoundé ou de Douala - pour suivre Bertin Tomou mais aussi MathieuAssou- Ekotto durant le match. Ils faisaient figure d'attractions dans la tribune de presse. Quand on disait que le Canonnier revivait. par daniel devos