En 2003, Vincent Kompany se révèle dans un football belge qui cherche un souffle nouveau. C'est une bénédiction : une star est née et révèle son talent, sa facilité, son élégance, sa présence, son intelligence, sa culture, sa richesse métisse et - ouf ! -, son bilinguisme. A 17 ans, l'Anderlechtois est le gendre idéal, le working class hero, qui passe des coins populaires du Quartier Nord de Bruxelles aux sphères les plus huppées de la D1. C'est l'homme à la mode, le sportif d'exception qui incarne le renouveau du football belge. Il se pare de tous les honneurs. Cette charge est énorme pour de jeunes épaules. La suite ne sera pas toujours drôle entre blessures et opérations. Puis, on a retrouvé le nouveau Kompany à Hambourg. Là, il est au pied de son écran : il faut désormais que cela tourne sur le terrain.
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En 2003, Vincent Kompany se révèle dans un football belge qui cherche un souffle nouveau. C'est une bénédiction : une star est née et révèle son talent, sa facilité, son élégance, sa présence, son intelligence, sa culture, sa richesse métisse et - ouf ! -, son bilinguisme. A 17 ans, l'Anderlechtois est le gendre idéal, le working class hero, qui passe des coins populaires du Quartier Nord de Bruxelles aux sphères les plus huppées de la D1. C'est l'homme à la mode, le sportif d'exception qui incarne le renouveau du football belge. Il se pare de tous les honneurs. Cette charge est énorme pour de jeunes épaules. La suite ne sera pas toujours drôle entre blessures et opérations. Puis, on a retrouvé le nouveau Kompany à Hambourg. Là, il est au pied de son écran : il faut désormais que cela tourne sur le terrain. Entre un retour sur la scène européenne en Coupe de l'UEFA au Honved Budapest et un classique de Bundesliga (Hambourg-Leverkusen), il a constaté que les autres sentiers peuvent être trop escarpés pour lui. Sa récente échappée communautaire dans la Gazet van Antwerpen (" Il y a des problèmes entre francophones et néerlandophones en équipe nationale ") le prouve. Pour lui, avec Belgique-Serbie, c'est le moment de revenir pour de bon à l'essentiel : jouer au football. Ne dit-on pas qu'Elvis Presley est mort une première fois quand il oublia qu'il était d'abord un rocker ? Pour Vincent, it's now or never... Le 12 mars 2003, on lit dans Sport/Foot Magazine, les premières analyses techniques à propos d'un jeune joueur anderlechtois qui ne défraye pas encore la chronique. Vincent Kompany est né médiatiquement. Mark Van Geersom, coordinateur des jeunes à l'Union Belge affirme : " C'est un défenseur de grand talent qui n'a pas été retenu en sélection nationale des -17 ans. Ses qualités ne se discutent pas mais la discipline de groupe n'est pas son point fort ". Bruno Govers donne aussi la parole à Daniel De Temmerman, ex-entraîneur des jeunes d'Anderlecht (désormais collaborateur de l'agent de joueurs de Kompany) : " C'est un amoureux du beau geste et je lui prédis une carrière à la Marcel Desailly. C'est un tout grand dans toutes les acceptions du terme ". Hugo Broos note le forfait de Glen De Boeck avant un important match du deuxième tour qualificatif de Ligue des Champions au Rapid Bucarest. Le coach d'Anderlecht n'hésite pas et lance Vincent dans le bain. Le 272e match européen des Mauves se termine sur un nul blanc. A Bruxelles, ce sera 3-2 et les Anderlechtois élimineront ensuite le Wisla Cracovie. Puis, c'est la première poule de la Ligue des Champions avec Lyon, le Bayern Munich et le Celtic Glasgow. Kompany dispute son premier match de D1 le 9 août 2003 contre l'Antwerp à la place d'arrière central. On ne parle plus que de lui et sa famille est citée comme exemple d'intégration dans une Belgique de plus en plus multiculturelle. Pierre Kompany, le père du joueur, est un ingénieur qui a fui le régime du dictateur Mobutu en 1975. Il épouse une Ardennaise qui lui a offert trois enfants : Vincent, François, Christelle. Pierre Kompany, également prof à l'Institut des Arts et Métiers de Bruxelles, invente une éolienne qui oxygène les étangs et lutte contre le botulisme. Les Kompany ne quittent plus la une de la presse. Ajax, le Bayern, la Juventus et le PSG s'étaient intéressés à lui quand il avait 12 ans. " J'ai dit non : je ne voulais pas qu'il devienne adulte avant l'âge ", affirme Pierre Kompany. Le sélectionneur fédéral Aimé Anthuenis retient Kompany dans le groupe qui prépare le match contre l'Estonie. A 17 ans et six mois, il occupe la cinquième place dans le classement des plus jeunes Diables Rouges de l'histoire après Fernand Nisot (Léopold Club), Paul Van Himst (Anderlecht), Joseph Musch (Union Saint-Gilloise) et Jean Capelle (Standard). Mais il restera finalement dans la tribune. Une semaine plus tard, le 23 octobre 2003, il signe un match de classe mondiale contre le Celtic Glasgow en Champions League. De Boeck est exclu et Kompany doit tenir la baraque tout seul en défense. Spectacle inouï. Il domine même physiquement les Ecossais A la fin du match, Broos affirme qu'il est meilleur que le légendaire Laurent Verbiest. Roger Vanden Stock lance " qu'un tel joueur doit rester à vie chez nous. Mais, là, je crois que je rêve ". Constant Vanden Stock dira, lui : " J'espère qu'il ne partira pas trop tôt comme Enzo Scifo, qui a éprouvé tant de problèmes en Italie ". Vincent est-il à son sommet ou seulement au début d'une grande aventure ? Lors des réunions de rédaction de Sport/Foot Magazine, John Baete relève à plusieurs reprises la curieuse stature de Kompany : " Il est grand et a les jambes en x : à la longue, la charge de travail pourrait lui coûter cher au niveau des articulations ". Mais, c'est pour plus tard : l'heure est à la Kompanymania. Manchester United s'intéresse à lui (photo 1). La révélation bruxelloise termine cinquième au classement du Soulier d'Or chaussé par Aruna Dindane. Cette fois, c'est la bonne. Le 618e match de l'histoire des Diables Rouges est à marquer d'une pierre blanche. Le 18 février 2004, Vincent fête ses débuts en équipe nationale à l'occasion d'un match amical contre la France et son idole, Marcel Desailly : 0-2 ! Ce soir-là, il mesure peut-être le chemin qui le sépare de la crème. La Belgique ne prendra pas part à la phase finale de l'Euro 2004 au Portugal. Sa génération peut-elle prendre le relais déposé par Robert Waseige et ses grognards Marc Wilmots et Gert Verheyen ? Pas sûr car Anthuenis ne trouve pas la bonne formule.(photo 2) Encore quelques mois de patience et il aura fini son année de poésie. Pas question de lever le pied avant la fin de ses humanités " économie et langues " à l'Athénée flamand de Koekelberg. Chelsea frappe à sa porte et propose 20 millions d'euros à Anderlecht. Refus du club : c'est trop tôt, on verra plus tard. Anthony Vanden Borre rejoint Vincent Kompany en équipe Première contre Charleroi. Si Vincent est posé, Anthony est animé par l'insouciance de ses 16 ans. Kompany fête ses 18 ans et déclare : " Je ne suis pas une vedette ". A son compteur, il a déjà cette saison 23 matches de championnat, 9 rencontres de Ligue des Champions, 5 duels en Coupe de Belgique, deux capes avec les Diables Rouges. Anderlecht décroche le titre sans faite preuve de brio mais l'essentiel, c'est l'éclosion du plus grand talent maison depuis Van Himst et Scifo. L'Anderlechtois reçoit le Soulier d'Ebène. " C'est un honneur pour moi ", dit-il. Il ne connaît pas l'Afrique : il n'a jamais été au Congo, le pays de ses parents paternels. Il confond un peu le Kasaï et le Katanga mais se perfectionnera plus dans la géographie. Son père a un peu joué au Tout Puissant Mazembe de Lubumbashi (Katanga) et est fier de son gamin,... sans jamais oublier ses deux autres enfants dans ses louanges. Dans le cadre du Gala du Footballeur Pro créé par Sport/Foot Magazine, Vincent est élu Jeune Footballeur Pro par ses pairs qui ont apprécié ses promesses. Mais il essuie aussi une première vague de critiques. Dans la presse, on lit que Vincent est peut-être trop nonchalant. Ne prend-il pas trop de risques à son poste d'arrière central ? Ne devrait-il pas faire un petit stage dans la ligne médiane ? Il hausse des épaules. Il parle de Marseille, " le club de ses... rêves ". Il a de plus en plus d'obligations extra sportives (photo 3). Les Kompany troquent leur appartement du Quartier Nord pour une maison. Le numéro 27 s'est remis au travail après des vacances à Marbella. Vincent signe un premier contrat publicitaire individuel avec Adidas après huit mois de négociations. Il ne veut pas être un vulgaire produit de marketing. Sa faible prestation avec les Diables Rouges en Norvège étonne. " Je ne lis pas la presse ", déclare- t-il. On apprend qu'il a eu des accrocs avec Broos et quelques équipiers. Des broutilles, des problèmes de ponctualité. Rien de grave mais l'ambiance change autour de la star. Son agenda est tellement bourré...(photo 4) A Santander, il commet une boulette contre l'Espagne avec les Diables. Sa nonchalance lui vaut pas mal de critiques. Tension et il déclare : " On veut donner une fausse image de moi. J'adore discuter. Je n'admets pas facilement avoir tort mais hautain ? Non ". Le ton n'est plus le même qu'en août 2003 (photo 5). Kompany a pris part avec Daniel Van Buyten est retenu dans une sélection mondiale qui affronte le FC Barcelone au Camp Nou. Les bénéfices de ce match de gala seront consacrés aux victimes du tsunami asiatique. Johan Cruijff, son coach d'un jour, l'encense. Le Barça s'intéresse-t-il à lui ? La rumeur galope (photo 6). Le grand Mauve domine le Top 100 de Sport/Foot Magazine avant d'être sacré Soulier d'Or. Il fait grosse impression en montant sur le podium avec son père. Mais le gère-t-on bien à Anderlecht ? " C'est la presse qui en a fait une icône intouchable ", affirme Hugo Broos au journal Le Soir (photo 7). Vincent semble de plus en plus fragile et les petites alertes et blessures sont désormais assez nombreuses. Ses relations avec Frankie Vercauteren sont bonnes, meilleures qu'avec Broos mais on s'interroge à propos de sa meilleure place : médian ou arrière central ? Vercauteren le préfère souvent dans l'entrejeu. Il est logiquement élu Footballeur Pro par les joueurs pros de D1 et - pour l'anecdote - Jeune Footballeur Pro. Vincent a ressorti son smoking blanc mais si on le voit partout en photos et en télés, il est de moins en moins accessible aux interviewers. Il se livre très peu et se contente généralement de superficialités, comme s'il voulait se protéger. Ses humanités sont terminées. Il envisage d'entreprendre des études universitaires. Une firme privée le soutient afin de prouver qu'on peut étudier et réussir. Même en n'assistant pas aux cours ? Il s'inscrit comme élève libre en licence de Sciences économiques à la Vrije Universiteit Brussel. Mais a-t-il seulement passé un examen en deux ans ? Ses problèmes au dos se précisent. Le docteur José Huylebroeck, chef du staff médical mauve, précise que le joueur souffre d'une légère forme d'hernie discale. Un disque s'est déplacé de deux à trois millimètres. On a tenté de brûler les étapes mais Anderlecht a décidé cette fois de prendre le temps. Rien d'alarmant, dit-on au club, mais son absence se fait sentir en Ligue des Champions. Il vaut entre 10 et 20 millions d'euros sur le marché des transferts. Anderlecht ne le vend pas mais il est désormais un chiffre. Le business a remplacé le romantisme. Kompany se luxe l'épaule lors d'un entraînement sur terrain gelé. Il part aux Etats-Unis pour consulter un spécialiste. Le diagnostic st le même que celui posé en Belgique : l'opération est indispensable avec quatre mois d'indisponibilité à la clef. L'intervention a finalement lieu le 23 février à Lyon. Le docteur Gilles Walch intervient au niveau de la capsule ligamentaire. C'est une opération très délicate. L'épaule restera un des points faibles de ce joueur. Quoi qu'il en soit, une décision importante tombe : Vincent quittera le Parc Astrid en fin de saison. Le joueur se rééduque à Lyon. L'Olympique Lyonnais le veut mais l'Anderlechtois refuse. Le club champion de France propose pourtant huit millions d'euros. Il signe finalement pour le compte de Hambourg où il sera chargé de remplacer au c£ur de la défense Daniel Van Buyten, transféré au Bayern Munich. En championnat, il a disputé 73 matches pour le compte d'Anderlecht... de 2003 à 2006. C'est peu. Il a aussi marqué cinq buts en championnat (photo 8). René Vandereycken aligne Vincent dans l'entrejeu des Diables lors du premier match de qualification pour l'Euro 2008 contre le Kazakhstan. Déjà en délicatesse avec le dos, il se blesse à l'aine après un bon début de match. Les Diables font un mauvais 0-0 et leur campagne se présente déjà mal. Le défenseur revient dans le coup et joue encore tout le match en Serbie avec les Diables, qui perdent 1-0. Le premier du mois, en Ligue des Champions contre Porto avec Hambourg, le tendon d'Achille de Vincent lâche complètement. La poisse après le dos et l'épaule : opération, sept mois de revalidation et d'efforts pour remonter la pente. C'est la solitude à Hambourg, mais il préfère se soigner en Allemagne que de revenir à Bruxelles sur des béquilles. Liverpool et Chelsea lui font un appel du pied. Kompany préfère ne pas y prêter oreille. Il a apprécié la correction de la direction d'Hambourg qui ne lui a pas adressé le moindre reproche après sa blessure en équipe nationale. Vincent soutient l'association SOS village d'enfants qui met tout en oeuvre afin d'offrir un avenir aux jeunes dans des régions du Congo ravagées par des années de guerre. Il part sur place. Pour lui, c'est un retour à ses racines africaines. Kompany est désormais indiscutable dans l'axe de la défense centrale d'Hambourg avec à la clef un premier succès à Hanovre (0-1) en Bundesliga avant un nul blanc au Honved Budapest en match aller du deuxième tour préliminaire de la Coupe de l'UEFA. Huub Stevens compte beaucoup sur lui. La presse allemande l'a surnommé Der Prinz. Belgique-Serbie semblait arriver au bon moment pour lui. Enfin ! Mais ses dérapages lui valent la réprobation des huiles de l'Union Belge. Il sera attendu par tous face à la Serbie. Sa jeunesse avait été marquée par les problèmes d'argent avec les rappels, les factures difficiles à payer, les achats reportés. C'est le passé. Bravo. Mais côté palmarès, ce n'est vraiment pas grand-chose au regard de son talent. On l'attendait au top, pas à Hambourg. Et en équipe nationale, il a disputé 16 matches sur les 30 qui ont lieu depuis ses débuts de Diable Rouge, soit 53 %. Il ne s'est pas qualifié pour l'Euro 2004, la Coupe du Monde 2006 et l'Euro 2008. C'est un bulletin tout à fait insuffisant pour un leader d'opinion. Mais le bilan se fera dans dix ans, pas avant. lpar pierre bilic - photos: reporters/ belga