Il y a Abidjan-sur-Senne grâce au feuilleton du génial Aruna Dindane. Beveren est la " corne d'ivoire " du football belge avec l'armée africaine de Jean-Marc Guillou. Alain Behi, 26 ans, 1m85, a les mêmes origines qu'eux.
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Il y a Abidjan-sur-Senne grâce au feuilleton du génial Aruna Dindane. Beveren est la " corne d'ivoire " du football belge avec l'armée africaine de Jean-Marc Guillou. Alain Behi, 26 ans, 1m85, a les mêmes origines qu'eux. Le médian montois avait 5 ans seulement quand il débarqua en France. L'Afrique est une terre d'aventures. Ses footballeurs la quittent parfois dans des conditions scabreuses afin de se faire une place au soleil en Europe. Ainsi, le Bordelais Rio Mavuba est né sur un boat people au large de la France avant qu'un simple ballon ne lui permette de s'en sortir, de réussir chez les Girondins, de devenir international. Mons fut la terre d'accueil du grand et sympathique Daré Nibombe qui était tombé dans les filets de passeurs de réfugiés. Il n'y a rien de tout cela dans le parcours d'Alain Behi mais son aventure vaut le coup d'£il. Son regard ressemble un peu à celui de Lilian Thuram, sans cesse positif à propos de son vécu et du football. Alain Behi dégage une grande impression de calme et de sérénité. Il est venu au lieu de rendez-vous avec son fils, Tahiry (2,5 ans), qui connaît l'hôtel Montecristo comme sa poche. Il est vrai que de nombreux joueurs montois y déposent leurs sacs entre deux entraînements. " Nous lui avons donné un prénom d'origine malgache ", souligne Alain Behi. La famille, c'est sacré pour lui. En juin, j'épouserai Blandine, la maman de mon fils ", annonce-t-il. " Ils sont mon équilibre, ma force, mon moteur. Quand cela ne rigolait pas trop pour moi, Blandine n'a jamais cessé de me soutenir ". Les parents d'Alain le précédèrent en Europe. Son papa devint facteur à Epinay-sous-Sénart dans l'Essonne. Sa maman était puéricultrice. " Mon intégration s'est faite sans problème ", se souvient-il. " Epinay-sous-Sénart se situe à 20 bons kilomètres de Paris. Claude Makélélé est originaire de ce coin de banlieue. Jacques Faty de Rennes aussi. D'autres sont passés par le PSG ou Marseille ". Et, pas loin de là, le quartier des Ulis fut la base de départ de deux autres fusées du football français : Thierry Henry et Patrice Evra. Alain Behi débuta à Brunoy, un petit club régional. " A 15 ans, j'ai été invité à passer des tests au PSG. Ce fut positif mais le club du Parc des Princes avait déjà atteint son quota de jeunes joueurs africains. Dès lors, le PSG m'a aiguillé vers Châteauroux. La Berrichonne était alors très proche du PSG. Châteauroux, c'est la ville de Michel Denisot, de Canal +, qui contrôlait totalement le PSG. Pour moi, cette arrivée à Châteauroux fut une bonne chose. J'ai fréquenté le centre de formation avant d'être retenu une première fois en équipe fanion à 17 ans contre Beauvais. Cette saison-là, j'ai pris part à trois matches. J'étais jeune, je me partageais entre l'équipe Réserve et la L2 ". Châteauroux occupait alors la pole position et décrocha le droit de jouer parmi l'élite du football français en 1997-1998. " C'était un événement pour cette ville ", se souvient Alain Behi. " Châteauroux comptait pas mal de bons joueurs : Ferdinand Coly, NicolasWeber, Matthieu Verschuere, Nenad Bjekovic, Jason Mayélé, Florent Malouda, Stéphane Dalmat, Yann Lachuer et Jimmy Algérino. Victor Zvunka dirigeait ce groupe qui n'est hélas resté qu'une saison en L1. Je n'étais pas titulaire. La Berrichonne est une équipe typique de L2. Le jeu y est moins rapide mais plus engagé qu'un étage plus haut. Il y a une culture de jeu à Châteauroux : tout le monde doit mouiller son maillot. Il y a généralement 8.000 spectateurs au stade. Traditionnellement, ce club termine dans le top 5 de la L2. Bruges ne doit pas s'attendre à deux promenades de santé contre mon ancien club, en Coupe de l'UEFA. Châteauroux donnera du fil à retordre à Club. Même si ce n'est qu'un club de L2, il représente le football français. Il n'était pas arrivé par hasard en finale de la Coupe de France, la saison passée. En deux matches, tout est possible. Châteauroux est un club bien organisé, très professionnel. Zvunka connaît certainement Bruges sur le bout des doigts. A la place des gars du Club, je me méfierais ". Victor Zvunka exerce son deuxième mandat à Châteauroux. Après la descente de ce club en L2, il céda sa place à Joël Bats. " Ce sont deux personnalités très différentes ", affirme Alain Behi. " Tous deux avaient réalisé une grande carrière de joueur. Leur prestige était significatif. Victor Zvunka dégage une autorité naturelle. Il s'exprime beaucoup et c'est un coach à vocation défensive. Joël Bats est plus calme, plus réservé. C'est lui qui a véritablement lancé ma carrière. Comme j'étais polyvalent, il m'alignait de préférence en tant que latéral droit mais aussi dans un rôle de stoppeur ou de médian défensif. Cette faculté d'adaptation est certes une arme, mais elle pose des problèmes aussi. J'appréciais les méthodes d'entraînement de Thierry Froger, le successeur de Joël Bats, mais en match, c'était différent. Il me déplaçait sans cesse sur l'échiquier. A la longue, cela m'a rendu de mauvais services. J'étais bon dans mon rôle préféré, celui de pare-chocs, mais moyen ailleurs, et cette alternance permanente a probablement freiné ma carrière. Je serais plus loin si on m'avait permis de rester à la même place à Châteauroux ". Après quatre ans de L2, Alain Behi se retrouva sur le carreau. A la surprise générale, la Berrichonne ne renouvela pas son contrat. Ce fut le temps du doute. La Louvière cherchait un latéral droit. Bien que cette place ne lui convenait pas, Alain Behi vint au Tivoli, signa un premier test positif mais se blessa lors de son deuxième essai. Sans cette élongation, il aurait plus que probablement signé au Tivoli la saison passée. Mais à quelque chose malheur est parfois bon. Un ami restaurateur l'aiguilla alors vers la Sicile et Catane. " A Châteauroux, tout le monde du football se retrouve souvent chez Mimmo ", dit Alain Behi. " Sa pizzeria, c'est le QG des supporters, des joueurs, des dirigeants, des agents, etc. Mimmo a parlé de moi à un manager bien introduit à Catane où j'ai atterri en, octobre. Ce fut le plus grand tournant de ma carrière. Le niveau du jeu en Serie B m'a épaté. Techniquement, c'est remarquable. J'ai plus appris en un an en Italie que durant toute ma carrière. Là, on adule les joueurs. Ce sont des vedettes. Je n'avais jamais vécu cela. Tout est bien défini mais l'exigence est permanente. La masse de travail était très importante mais, grâce à cela, j'ai fortement progressé dans tous les domaines. Physiquement, tactiquement, techniquement, mentalement, je suis devenu un autre footballeur. Je suis plus complet qu'avant. Ma vision du jeu s'y est bonifiée. Je me suis également redéfini en tant qu'homme. J'ai mûri. Je découvrais une autre langue, une autre culture. J'écoutais attentivement tout ce qu'on me disait afin de répondre à l'attente. Un étranger doit être attentif à chaque instant car on attend beaucoup de lui. La Serie B, c'est de la folie. Les médias suivent les clubs à la trace. Tous les lundis, l'équipe de Catane se retrouvait sur un plateau de télévision. Le foot, c'est une religion en Sicile. Je n'avais jamais vu une telle chaleur humaine. Les stades étaient bondés. Les derbies contre Palerme attiraient la grande foule : plus de 40.000 spectateurs. J'ai participé à 19 matches et j'ai joué contre Naples, la Fiorentina, Bergame et Livourne, notamment. J'ai souvent eu la chair de poule dans ces grands stades bondés. La SerieB comptait 24 équipes. Les six premiers sont montés en SerieA. Catane a terminé neuvième après être resté longtemps en bonne position. Le club a ensuite changé de propriétaire et de staff technique. J'ai préféré partir. Sans la reprise du club, je serais probablement resté là-bas. J'appréciais beaucoup la Sicile. Il y a toujours quelque chose à faire ou à voir là-bas : des villes, des sites archéologiques, des plages, la campagne... Et le temps y est toujours merveilleux ". Sergio Brio connaissait bien l'ancienne direction sportive de Catane. Dès lors, Alain Behi eut rapidement des contacts avec les Montois. " J'ai été reçu à bras ouverts à Mons ", dit-il. " J'ai tout de suite eu l'impression de faire partie de la famille. Les méthodes d'entraînement sont tout à fait comparables à celles que j'ai connues en Italie. C'est évidemment dû à Sergio Brio. Je suis ici pour me relancer. Si j'étais parfaitement à l'aise en Italie, ma famille souffrait plus à cause de la barrière de la langue. A Mons, Blandine et notre fils sont plus à l'aise à ce propos. Je veux accentuer ma progression. Mons m'en offre la possibilité. La D1, où que ce soit, est un révélateur. J'ai des objectifs importants. J'aimerais jouer un jour en Coupe d'Europe. J'aimerais y arriver avec Mons ou avec un autre club. De plus, j'ambitionne de retrouver un jour l'équipe nationale ivoirienne. J'ai été retenu à trois reprises pour des matches amicaux non officiels. La première fois, je me suis un peu fâché car on ne m'a pas remboursé mon billet d'avion. La Côte d'Ivoire est en plein boum. Il y a toujours eu du talent chez nous. Mais les structures et la formation des jeunes n'étaient pas à la hauteur. L'Académie Jean-Marc Guillou a indiqué le chemin à suivre. Aruna Dindane et les joueurs de Beveren soulignent le talent ivoirien. Didier Drogba a été formé en France. Les joueurs ivoiriens sont à la fois physiques et techniques. Au niveau de l'équipe nationale, ils sont capables de tutoyer le Cameroun et le Nigeria. J'espère que la Côte-d'Ivoire prendra part à la phase finale de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne ". Pierre Bilic