"Il était dégoûté du monde professionnel, pas du football mais de son côté oppressant. Il a vécu une retraite de jeune ", racontait son frère, Frank. Ça c'était avant, avant le 27 octobre, date de sa montée au jeu face au Standard à la place de Guillaume Gillet, blessé au genou. Aujourd'hui Anthony Vanden Borre brille, tamponne, ou fait le show. Arrière latéral mais aussi premier attaquant, AVB pistonne le flanc droit anderlechtois avec une énergie détonante. " Le plus grand talent de l'histoire d'Anderlecht " (dixit Paul Van Himst) n'a pas atteint les cimes européennes comme son pote Kompany mais a su rebondir. Et mieux encore. Ses proches racontent son combat.
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"Il était dégoûté du monde professionnel, pas du football mais de son côté oppressant. Il a vécu une retraite de jeune ", racontait son frère, Frank. Ça c'était avant, avant le 27 octobre, date de sa montée au jeu face au Standard à la place de Guillaume Gillet, blessé au genou. Aujourd'hui Anthony Vanden Borre brille, tamponne, ou fait le show. Arrière latéral mais aussi premier attaquant, AVB pistonne le flanc droit anderlechtois avec une énergie détonante. " Le plus grand talent de l'histoire d'Anderlecht " (dixit Paul Van Himst) n'a pas atteint les cimes européennes comme son pote Kompany mais a su rebondir. Et mieux encore. Ses proches racontent son combat. Longtemps à la tête de la cellule sociale d'Anderlecht, ce quadra limbourgeois s'est lancé à son compte en tant qu'accompagnateur en étroite collaboration avec l'agent Christophe Henrotay. Il a connu Anthony Vanden Borre lors de son éclosion et est à la base de son retour en mauve." L'été 2012, j'ai rencontré Frank, son frère aîné, qui me disait que ça n'allait pas fort pour Anthony. Mon objectif fut d'abord de rétablir le contact avec lui et par la suite de le mettre en contact avec ceux que j'estimais être les bonnes personnes, ceux qui l'aideraient à revenir au premier plan. C'est Anthony, lui-même, qui m'a notamment demandé s'il pouvait travailler avec ChristopheHenrotay, qui avait été son agent dans le passé, avant que d'autres managers lui fassent miroiter monts et merveilles et le laissent tomber. Le 25 novembre 2012, Anthony m'a envoyé un message : " Peter, je suis prêt. " Ce jour-là, j'ai compris qu'il reviendrait au premier plan. Il avait une énorme envie de réussir. Il a eu cette prise de conscience au bon moment, je ne pense pas que cela aurait pu durer six mois supplémentaires. Mais ne croyez pas qu'il rejette en bloc ce qu'il a vécu. Au contraire, quand on lui a demandé il y a quelques mois si c'était une deuxième carrière qui débutait, il a répondu que ce n'était que la suite d'un parcours qui l'a forgé en tant que joueur et en tant que personne. A 26 ans, il a déjà dix ans de carrière derrière lui. C'est quelqu'un d'expérimenté. Quand je pouvais me montrer impatient en début de saison quand il ne recevait pas sa chance, lui était confiant, il savait que son jour allait venir. On reproche parfois à John Van den Brom de l'avoir lancé trop tardivement mais on oublie aussi que c'est Van den Brom qui lui a tendu la main la saison dernière et qui lui a permis de s'entraîner avec le noyau A. Je suis heureux et fier de faire partie des personnes qui le comprennent. Une vraie relation d'amitié est née entre nous. Il ne se passe pas un jour sans qu'on s'appelle ou que l'on s'envoie un message. Il a aussi pu compter sur ses fidèles, Pelé, Trésor, Geuns, Alik, mas aussi sur l'aide d'Herman Van Holsbeeck, Besnik Hasi, Jean-François Lenvain. Et désormais, quand je le vois briller comme face à Genk, je suis très fier de sa réussite, de son enthousiasme et de ce qu'il arrive à faire partager aux autres. Il n'hésite pas à me donner des conseils pour encadrer d'autres jeunes comme Youri Tielemans, en étant parfois très sévère dans son jugement. Il a fait des erreurs, on le disait je-m'en-foutiste, mais il a su relativiser les choses. Je lui ai appris à dire non car il avait tendance à vouloir satisfaire tout le monde en dehors du terrain. L'an passé, lors des 20 km de Bruxelles, il avait poussé un fauteuil d'handicapés pour une association " Tous à bord ". Il l'avait fait avec une joie énorme et il voulait rééditer l'expérience cette année mais vu la fin de saison qui l'occupe ce n'était évidemment pas possible. Humainement, c'est quelqu'un de fantastique. " Il était entraîneur-adjoint lors de son avènement au mitan des années 2000, il fut aussi celui qui le rapatria sur le sol belge, à Genk, après un parcours peu concluant à l'étranger. Franky Vercauteren est l'homme de la main tendue. " Il sait qu'il pourra toujours faire appel à moi. " " C'est trop facile de faire des commentaires aujourd'hui quand tout va bien alors qu'ils n'étaient pas nombreux auprès de lui quand ça allait mal. La réussite actuelle d'Anthony n'est vraiment pas une surprise pour moi. Il revient de loin, certes, mais il a su se reprendre au bon moment. Anthony est quelqu'un qu'il faut aider, structurer afin qu'il donne la pleine mesure de son talent. Avec lui, il faut être positif, ça ne sert à rien de ne pointer que le négatif pour le faire avancer. C'est quelqu'un de très droit, qui est prêt à beaucoup de choses si vous lui démontrez que vous croyez en lui. Il a parfois eu le sentiment qu'on rigolait de lui, qu'on ne le respectait pas, qu'on le prenait pour un con. Il est plutôt timide, je n'irai pas jusqu'à dire asocial, mais il a tendance à rester en retrait par rapport aux cadres d'un groupe. Peut-être qu'il a changé ces derniers mois, même si j'en doute. Avec les jeunes, par contre, il est très à l'aise, c'était déjà le cas à Genk. D'un point de vue foot, son potentiel est énorme. Une de ses forces, c'est sa polyvalence même s'il semble s'installer à l'arrière droit. C'est un footballeur moderne et un joueur d'équipe. Il pense au collectif avant de penser à sa petite personne. Il lui reste à être régulier, stable, il doit confirmer au plus haut niveau sur la durée car il a connu trop de hauts et de bas jusqu'ici. On a souvent rappelé ses retards en jeunes, mais on lui a " laissé " la possibilité d'être en retard. Lors de son premier passage à Anderlecht, on a cru qu'il serait suffisamment entouré par sa famille, ses amis. Parfois, on a besoin d'aide malgré cette présence. " " C'est comme un frère ". La formule est parfois galvaudée, ici elle prend tout son sens. Alik et Kelvin sont les hommes de l'ombre, ceux sur qui ont peu s'appuyer. A tout moment. " C'était il y a quatre ans. Il nous avait dit : Faites vos valises, on part pour Dubai. Il avait loué une villa de fou, on avait vécu des vacances incroyables ", se rappelle Alik. " Mais ça, ce sont les extras. Notre amitié s'est construite au jour le jour depuis nos 12 ans. Anthony est resté fidèle à ses potes d'enfance. Et il connaît ceux qui ont été là pour lui quand ça allait moins bien. Il a pu se rendre compte du peu de gens sur qui on peut compter dans la vie. " " Bien sûr qu'il a été inquiet ", poursuit Kelvin, frère aîné d'HervéKagé. " Mais il a toujours cru en sa bonne étoile. J'ai en mémoire ce barbecue l'année passée alors qu'il n'avait pas de club, où il nous lâche : " Je serai présent à la Coupe de Monde. " On éclate tous de rire et on lui balance : " -Essaie d'abord de trouver un club... " " Je serai là ! ", avait-il insisté. " Je savais qu'il allait réussir, quoi qu'il arrive ", poursuit Alik. " Beaucoup de gens l'ont cassé, enterré. Mais il a gros caractère. " " Ce caractère fort, ça nous a aidés comme ça nous a détruits ", raconte Kelvin. " On a cru qu'on connaissait tout de la vie, tout du foot. " " Il est parti très jeune, il était perdu ", enchaîne Alik. " Il a été emmené par des agents qui ont profité de lui. Les générations d'aujourd'hui sont bien plus encadrées. Il lui a manqué la structure qu'il connaît aujourd'hui. Aujourd'hui que tout va bien, les loups sont de retour et essaient de l'user psychologiquement. Mais mentalement il est bien plus fort qu'avant. Il est parti et il ne s'arrêtera pas à Anderlecht. Anthony a toujours été un bosseur, les gens n'ont pas toujours été conscients de ça. S'il arrive à multiplier les appels sur son flanc, c'est grâce à un gros travail physique. Ce n'est pas quelque chose d'inné. On a pointé le fait qu'il avait pris du poids quand il est revenu à Anderlecht. C'est normal, quand ton corps n'est plus habitué à faire des efforts quotidiennement, que tu n'as plus de club, que tu manges dehors. Mais il s'est battu, il a travaillé, il voulait revenir au top dans son club. Il a toujours eu le " coeur anderlecht ". Même quand il ne jouait pas, les mauvais résultats le touchaient. Anderlecht, c'est chez lui. Quand il jouait à Genk, c'était compliqué pour lui d'évoluer dans un autre club belge. Il parle toujours de destin. Kelvin : " L'an prochain, je trouve qu'il mériterait d'être capitaine. Il porte les valeurs du club dans le jeu, dans le caractère. C'est l'enfant de la maison, il joue avec son coeur et les supporters ne s'y trompent pas. " " C'est lui l'homme d'Anderlecht ", poursuit Alik. " Il défend, il donne des assists, il met l'esprit dans l'équipe. Sur le terrain, c'est un gagneur. Parfois arrogant ? Non, au contraire, il est humble, respectueux. Il est très différent de l'image qu'il a sur un terrain. Humainement, c'est une crème. Il est même parfois trop gentil. Les gens se font une fausse image de lui. Il ne fait pas sa star. Il m'arrive d'aller le chercher à Anderlecht dans une vieille Ford Fiesta toute pourrie, depuis qu'il est en retrait de permis. Ses équipiers rigolent, lui il s'en fout. On sait d'où on vient. L'argent n'a jamais été son moteur malgré ce que j'ai pu lire ou entendre. S'il avait voulu prendre de l'argent, il serait parti depuis longtemps. Il a eu l'opportunité de signer au Qatar par exemple. Mais il a toujours eu l'ambition de jouer dans un championnat relevé. Rejouer à l'étranger, c'est une de ses ambitions, c'est logique. Mais il n'est pas envieux des autres joueurs belges qui cartonnent actuellement dans les grands championnats. Il n'est pas du genre à se dire : pourquoi tel ou tel joueur se retrouve aussi haut alors que j'étais dix fois plus loin que lui il y a dix ans ? Il s'inspire des gens de caractère comme Zlatan Ibrahimovic. Mais il n'est impressionné par personne. Dès son adolescence, il a joué contre de très grands joueurs. Zlatan avait beau lui dire qu'il n'avait pas intérêt à le blesser, lui il joue. Point barre. Il est pas du genre à échanger son maillot avec l'adversaire. "?PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: BELGAIMAGE" Il s'inspire des gens de caractère comme Ibrahimovic. Mais il n'est impressionné par personne. " Alik