"Mon premier jouet, c'était un ballon ", répète DivockOrigi à tout journaliste qui lui demande si le football et lui n'ont toujours fait qu'un. Le jardin de la maison familiale d'Houthalen, à quelques kilomètres de Genk, fait office de premier terrain de foot. En guise d'adversaire, Divock peut compter sur papa Mike, ancienne gloire de Genk et de la sélection kenyane. Avec deux oncles footballeurs et un cousin international kenyan et gardien de but d'un obscur club norvégien, vous avez la recette d'un parcours de footballeur professionnel tout tracé.
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"Mon premier jouet, c'était un ballon ", répète DivockOrigi à tout journaliste qui lui demande si le football et lui n'ont toujours fait qu'un. Le jardin de la maison familiale d'Houthalen, à quelques kilomètres de Genk, fait office de premier terrain de foot. En guise d'adversaire, Divock peut compter sur papa Mike, ancienne gloire de Genk et de la sélection kenyane. Avec deux oncles footballeurs et un cousin international kenyan et gardien de but d'un obscur club norvégien, vous avez la recette d'un parcours de footballeur professionnel tout tracé. Pourtant, Mike ne pousse pas son fiston dans les bras du ballon rond. Là où sa réputation aurait pu lui ouvrir les portes du Racing, incontestable club-phare du Limbourg, c'est à Wiemesmeer que le Kenyan place son rejeton, avant de l'emmener au FC Park Houthalen. Divock y débarque en U9 sous la houlette d'ErwinKonieczny, coach d'alors et dirigeant d'aujourd'hui. " Il avait déjà une tête de plus que les autres ", se souvient Erwin, qui comprend les choix modestes du paternel : " Mike voulait d'abord le voir dans un club plus petit, pour voir s'il avait les capacités pour arriver à Genk. " Mais très vite, le doute se dissipe. " Divock pouvait prendre le ballon, dribbler trois ou quatre joueurs et marquer sans problème ". Plus grand, plus fort, Origi est déjà trop loin pour Houthalen. Les portes du grand voisin s'ouvrent toutes seules. À Genk, les pieds magiques de Divock passent entre les mains de MichelRibeiro, entraîneur technique. " Quand je montrais un exercice le lundi en demandant aux joueurs de savoir le reproduire pour le jeudi, Divock revenait le lendemain et savait déjà le faire. Parce que c'était facile pour lui, mais aussi parce qu'il l'avait travaillé à la maison ", se rappelle le formateur. Combinée à sa taille, son aisance technique impressionne : " Il était grand, mais il ne faisait pas tout en force. Toujours est-il qu'à douze ans, il était déjà si grand et si fort que les exercices en un contre un, c'était face à moi qu'il les faisait. Même pour les U14, il était trop puissant. " " Très tôt, il jouait déjà des deux pieds ", surenchérit PeterReynders, son coach en U12 et U13. " Avec PieterGerkens, c'était l'un de mes joueurs les plus talentueux. Il a d'abord joué dans l'entrejeu, puis il a explosé la deuxième année en jouant en 9, en 10 ou sur un flanc. Avec sa technique, il faisait des ravages. " Un charisme technique qui contraste avec un garçon " timide, presque trop silencieux " dans le vestiaire. Déjà, Divock parle avec ses pieds. Quand il n'est pas sur les terrains de foot, Origi occupe les bancs du Sint-Jan Berchmanscollege de Genk. " Nous avons un projet commun avec le Racing ", explique AnnLemmens, responsable scolaire du projet foot-élite au sein de l'établissement. Avant d'énumérer la liste des anciens élèves, qui ressemble à celle donnée par Marc Wilmots les jours de sélection : " Courtois, DeBruyne, Defour, Casteels ont été ici. Normalement, cinq denos anciens iront au Brésil ", se réjouit Ann. LukVerstraeten, entraîneur de cette véritable école des champions, ajoute les noms de Praet, Vossen ou Ferreira-Carrasco. Et ouvre la boîte à souvenirs pour parler de Divock : " Il était très grand pour son âge, il détonait par rapport à ses camarades. Parfois, être mature trop rapidement est mauvais pour le développement futur d'un joueur, mais Divock avait une technique et une vista au-dessus de la moyenne. " Ancien T2 d'Heusden-Zolder lorsque Mike Origi enfilait la vareuse verte des Limbourgeois lors de leur éphémère passage en D1, Verstraeten souligne l'importance du paternel dans le développement de son ancien élève : " Mike a toujours été là pour lui garder les pieds sur terre, même si Divock a toujours été modeste. Ce n'était pas un garçon à problèmes. " Impeccable hors du terrain et impressionnant une fois la ligne blanche franchie : " Même dans les petits espaces, il peut tout faire. Techniquement, il est capable des mêmes choses qu'un petit gabarit. Et puis sa vitesse... il avait un grand potentiel d'athlète. " Vous en voulez encore ? Place à Alessandro Ciranni, un an plus jeune que Divock et camarade d'entraînement au Collège : " Il était plus évolué que les autres. J'ai toujours pensé qu'il finirait par être pro. Il était tellement fort qu'à l'entraînement, il nous marquait des coups francs du milieu de terrain. " Sur les bancs, les vagues sont bien plus rares que les tsunamis provoqués par les accélérations de D-Vock sur le pré. " C'était un garçon relativement intelligent, ses résultats étaient bons et surtout, il était toujours correct ", se souvient Ann Lemmens. RonyRonsmans, professeur de français en troisième secondaire, confirme : " C'était un étudiant correct, qui suivait les cours sans faire de bruit. Il arrivait à l'heure, ne rendait jamais un travail en retard... Et puis, il a été plus motivé que les autres dans mon cours. Il a toujours préféré les langues aux maths, qui n'étaient pas son dada, mais là il voulait connaître beaucoup de vocabulaire en français, surtout des termes de foot. Un trimestre plus tard, il m'a annoncé qu'il partait à Lille. " Depuis quelques semaines, un certain FernandoDaCruz était de plus en plus souvent présent autour des terrains de Genk. Aujourd'hui T2 du RMP, il officiait alors comme scout pour le LOSC, et l'immense Origi lui avait tapé dans l'oeil : " Je l'avais scouté cinq ou six fois. " La première année est difficile. Interminable, même. Divock n'a pas encore seize ans, et son transfert international lui interdit de jouer la moindre rencontre officielle pour le compte des jeunes du LOSC. " Ce n'était certainement pas facile pour lui de ne pas pouvoir jouer ", explique Michel Ribeiro " Je pense qu'il s'est vite fait des amis malgré la langue. C'estquelqu'un de très sociable. " Peter Reynders, lui, pensait que " la langue serait un problème. Mais visiblement, il s'est bien adapté. " Fernando Da Cruz, devenu entraineur des U19 à Luchin, le fameux centre de formation des Dogues, confirme : " Sa première saison, il s'entraînait mais ne pouvait pas jouer. Ceci dit, on a très vite vu qu'il avait quelque chose en plus que les autres. " Et son français ? " Il ne comprenait pas tout, mais l'essentiel était là, et il parlait assez bien. En plus d'être pétri de qualités sur le terrain, il était doté d'une grande intelligence au niveau scolaire. " Da Cruz est donc le premier entraîneur lillois à pouvoir coucher le nom d'Origi sur la feuille de match. Un privilège, à en croire l'intéressé : " C'est peut-être le dernier talent sorti du LOSC depuis EdenHazard. " De quoi expliquer que le joueur soit directement surclassé en U19, alors qu'il n'avait jamais quitté les jeunes de son âge à Genk. " Il était tout simplement au-dessus du lot. À tel point que parfois, il mettait ses équipiers en difficulté, tout simplement parce qu'il avait un temps d'avance. On pouvait penser qu'il faisait les mauvais choix mais en fait, il pensait simplement plus vite que tous les autres. " À force d'aller plus vite que tout le monde, Origi finit évidemment par faire des étincelles. " Je me souviens d'un match contre Lens, qui a terminé vice-champion cette année-là ", raconte Da Cruz. " Il restait vingt minutes, c'était 0-0 et Divock était sur le banc, parce qu'il revenait tout juste de blessure. Alors, je l'ai fait monter. Il n'a pas marqué, mais en vingt minutes, on s'est créé plus d'occasions que sur tout le reste de la rencontre. " Une capacité à faire sauter les verrous solides des défenses françaises qui amène RudiGarcia à offrir à Origi quelques séances avec l'équipe première. De quoi attirer la curiosité de la presse bien représentée à Luchin. " On a commencé à parler de lui quand il faisait de bonnes choses avec les jeunes ", se rappelle AntoinePlacer, qui suit le LOSC pour LaVoixduNord. " On parle alors d'un jeune qui sait où il veut aller, avec un bon potentiel et un sens de l'écoute qui ne peut que le faire progresser. " Pour apprendre, Divock regarde beaucoup ce SalomonKalou qui le surnomme Kluivert, pas uniquement pour la ressemblance physique. " Comme Kalou, il est obsédé par le but ", explique Da Cruz. " Quand il faisait un bon match mais qu'il ne marquait pas, il était toujours déçu. " Des progrès qui nous amènent au 2 février 2013. Pendant qu'une bonne partie de la Belgique fait sauter des crêpes plutôt que de regarder la Ligue 1, Origi monte au jeu dans une rencontre qui sent le traquenard face à Bastia. Premier plongeon dans le grand bain. 360 secondes plus tard, Divock pique une tête pour devenir l'un des plus jeunes buteurs de l'histoire du club. " Et pourtant, la tête, c'est son gros défaut ", rit Fernando Da Cruz. " Je lui ai souvent dit, il a un problème de timing qui le rend trop faible quand il est confronté au duel. " Ce soir-là, il n'y a pas de duel. Un coup de tête en solitaire, puis un regard vers la tribune pour trouver les yeux d'un père qui n'en croit pas les siens. La suite est moins idyllique. RenéGirard, réputé pour son travail avec les jeunes, débarque au coeur de l'été lillois et donne sa chance à Origi, avant de lui faire regoûter au banc : " Origi a profité de la blessure de NolanRoux, il a été intéressant au début puis il a un peu décliné et a perdu sa place ", raconte Placer. " Après, pour un jeune, c'est difficile d'entrer comme joker et de faire basculer un match. Et puis, il a reçu une nouvelle chance, et il a su la saisir. Mentalement, c'est très fort. " De plus en plus souvent aligné par Girard, Origi marque six fois sur la saison, autant de coups frappés à la porte de Marc Wilmots qui lui offrent un ticket pour le Brésil. À la surprise générale. Ou presque. " Il s'avère que je suis les cours d'entraîneur à l'Union belge en compagnie d'un certain VitalBorkelmans ", explique Fernando Da Cruz. " Un jour, on a parlé de Divock et du Mondial, et la conversation s'est terminée par un sourire qui en disait long. " De l'autre côté de l'Atlantique, au pays de ses idoles Ronaldo et Ronaldinho, Divock Origi devra donc reprendre le rôle de 9 en cas de pépin pour Lukaku. " À Lille, il était épanoui en 4-3-3, mais sur un côté, grâce à sa vitesse balle au pied et sa percussion ", détaille Antoine Placer. " Jouer seul en 9, il ne l'a jamais fait en Ligue 1. Je ne suis pas sûr qu'il en soit déjà capable. " Analyse confirmée par Da Cruz : " Il n'est pas encore assez mûr, il manque d'expérience et de volume musculaire. Ça peut devenir son poste de prédilection, mais c'est encore trop tôt. " Luk Verstraeten est plus affirmatif : " Il est destiné à devenir un numéro 9. Il n'a pas encore trouvé ses limites. Maintenant, il ne faut pas se tromper de profil. Ce n'est pas Benteke. Christian est plus fort de la tête, mais Divock est redoutable quand il peut venir de la deuxième ligne. Il est plus Eto'o que Drogba. " Da Cruz conclut avec une autre comparaison : " C'est un peu Ibrahimovic, mais sans la puissance. Parce qu'une telle qualité technique pour un joueur de grande taille, je ne l'ai vue que chez le Suédois. Et chez Divock, évidemment. " PAR GUILLAUME GAUTIERAu Sint-Jan-Berchmanscollege de Genk, il potasse subitement tant et plus son français. Trois mois plus tard, il est transféré à Lille. " Une telle qualité technique pour un joueur de cette taille, je ne l'ai vue que chez Zlatan Ibrahimovic. " (Fernando Da Cruz, ex-scout de Lille)