A la veille du déplacement au Freethiel, qu'il avait lui-même catalogué match de la dernière chance, FrédéricTilmant était clair : " Si l'on ne gagne, ce sera très compliqué de se maintenir. Compte tenu de notre calendrier, qui nous propose les visites de Bruges et de Charleroi, et des déplacements à Lokeren et à Westerlo, je ne vois pas très bien où l'on pourra encore aller chercher des points après cela ".
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A la veille du déplacement au Freethiel, qu'il avait lui-même catalogué match de la dernière chance, FrédéricTilmant était clair : " Si l'on ne gagne, ce sera très compliqué de se maintenir. Compte tenu de notre calendrier, qui nous propose les visites de Bruges et de Charleroi, et des déplacements à Lokeren et à Westerlo, je ne vois pas très bien où l'on pourra encore aller chercher des points après cela ". Samedi, sur le coup de 22 h 00, alors que son équipe venait de s'incliner 1-0 face à un concurrent direct, le ton avait, paradoxalement, changé : " Il reste 12 points à prendre. Mathématiquement, rien n'est perdu. Aussi longtemps qu'il reste une chance, on la jouera. Je suis moins déçu après cette défaite-ci qu'après celle face à Saint-Trond. Car, à 1-0, il y a eu une réaction. Il y a eu ce sursaut d'orgueil que j'attendais depuis longtemps et qui, face aux Canaris, n'était jamais venu. Au contraire : à 0-1, les joueurs avaient baissé les bras, et cela, je ne pouvais pas l'admettre. C'était une faute professionnelle ". Tilmant s'efforce donc d'encore trouver des raisons d'espérer là où il y en a. Mais les chiffres sont cruels : les Loups comptabilisent désormais 648 minutes sans inscrire le moindre but, soit plus de sept matches complets. Leur inefficacité est telle qu'elle a permis à Beveren, pourtant privé de cinq titulaires dont trois défenseurs, de préserver ses filets inviolés pour la première fois cette saison en championnat ! Comment voulez-vous remporter des victoires, indispensables au maintien, dans ces conditions ? " C'est la quadrature du cercle, et les joueurs le savent, évidemment ", reconnaît Tilmant. " C'est précisément ce constat qui leur a coupé bras et jambes lorsque Saint-Trond a ouvert la marque, il y a dix jours. Ils se sont dit qu'ils ne parviendraient jamais à égaliser, et encore moins à remporter les trois points, et ils en ont eu ras-le-bol de fournir des efforts pour rien. Alors, ils ont jeté l'éponge ". Défensivement, les Loups sont solides : trois buts encaissés au cours des six dernières rencontres (dont quatre 0-0 d'affilée), c'est un bilan plus qu'honorable. Physiquement, ils sont au point également : le travail d' ArnaudLaly a porté ses fruits. Mais cela ne suffit pas. " En général, une équipe se sauve lorsqu'elle parvient à gagner les matches importants à domicile ", constate Tilmant. " C'est un peu le cas du Cercle Bruges. Malheureusement, La Louvière n'a remporté que deux victoires dans ses installations. C'est trop peu pour espérer se sauver. On a aussi concédé 13 matches nuls en 30 rencontres. C'est énorme. J'ai fait le calcul : avec la victoire à deux points, comme autrefois, on laisserait actuellement quatre équipes en dessous de nous. Mais à quoi bon faire ce genre de calcul ? " Si l'équipe ne marque pas, est-ce dû à un manque de talent ? " En partie, probablement. Mais il serait injuste d'accabler uniquement les attaquants. Ils ont souvent été livrés à eux-mêmes, parce que l'entrejeu est essentiellement à vocation défensive. Lorsque FadelBrahami s'est blessé, j'ai dû aligner avec FritzEmeran comme demi droit alors qu'au départ de la saison, il évoluait à arrière droit. J'ai aussi joué avec AlexTeklak comme médian défensif alors qu'au départ, il était stoppeur. EgutuOliseh offre un peu plus de possibilités offensives, mais ce n'est pas un meneur de jeu non plus. A gauche, j'ai essayé tantôt JulienPinelli, tantôt BobCousin, mais ils étaient trop esseulés dans leur rôle offensif. J'ai aussi essayé de placer soit Pinelli, soit Quantin Durieux, en soutien des deux attaquants. Ils ont fait de leur mieux, je ne peux rien leur reprocher. La blessure de Brahami a pesé très lourd : je n'avais pas vraiment d'alternative pour lui ". Tilmant a essayé de trouver des solutions offensives en sacrifiant un défenseur. " Quand cela ne marche pas d'une certaine manière, il faut bien essayer d'une autre. Mais ce n'est pas l'idéal non plus. Lorsqu'on change trop, les joueurs sont perdus. Ils doivent chercher leur place dans un nouveau système de jeu. Mais que voulez-vous ? On ne peut pas s'entêter à maintenir un système bien défini lorsque celui-ci ne rapporte pas de points. Samedi, lorsqu'on a été mené 1-0, j'ai retiré un défenseur, MartinEkani, au profit d'un créateur, Brahami. J'ai aussi fait avancer George Blay dans l'entrejeu, tandis que Teklak redescendait en défense. George a donné l'impulsion. On s'est créé un peu plus d'occasions, mais une fois de plus, sans parvenir à les convertir en buts. C'est dans la tête également que le bât blesse. Je suis moi-même un ancien attaquant, et je sais que, lorsqu'on n'arrive pas à marquer pendant plusieurs matches d'affilée, on se pose des questions. On se dit : - Soitjenefaispascequ'ilfaut, soitjen'aipasleniveau. Et on commence à gamberger. On se répète qu'on doit absolument marquer. Pour prouver, aux autres et à soi-même, qu'on en est capable. Mais en agissant de la sorte, on se met une pression supplémentaire. Et à force de vouloir trop bien faire, on accompli tout de travers. Un attaquant efficace est généralement un attaquant libéré. Ses gestes doivent être naturels ". Tilmant relève un autre problème : " Depuis le début de la saison, on n'a jamais eu 11 joueurs qui ont joué à leur meilleur niveau en même temps. A chaque match, l'un ou l'autre était en deçà. On a disputé des matches à huit. Contre Saint-Trond, il y a dix jours, on a joué à six ! ". Tilmant essaie, malgré tout, de rallumer la flamme de l'espoir chez ses joueurs. La tâche n'est pas simple. " On a un groupe assez jeune, cela accentue encore la difficulté. Les garçons ont vécu une saison hyper stressante. A la lutte, sportive, qu'ils doivent mener chaque week-end pour éviter la relégation, se sont ajoutés les problèmes extra sportifs. Mentalement, c'est très dur à supporter ". Il y a un peu plus d'un an, à la trêve de la saison 2004-2005, La Louvière était la révélation du championnat. Depuis, ce fut l'inexorable chute aux enfers. " On avait une superbe équipe ", se souvient Tilmant. " Le nombre de joueurs qu'on a perdu en un an et demi est énorme. On s'est efforcé de reconstruire, mais avec autant de nouveaux joueurs, c'était compliqué. On avait perdu les automatismes, on avait aussi perdu une ambiance qui avait été créée dans le groupe ". Peut-être s'était-on imaginé que, puisqu'on avait réussi à construire une équipe avec deux euros cinquante durant l'été 2004, rien n'empêchait de refaire le coup en 2005 ? Mais les miracles n'arrivent qu'une fois. " Il ne faut pas oublier qu'il y avait déjà une base ", rappelle Tilmant. " Cela rendait l'intégration des nouvelles recrues plus facile. L'ambiance était aussi plus sereine. Si l'on remonte un peu plus loin dans le temps, il faut se souvenir que les MichaelKlukowski, ManasehIshiaku, MichaelMurcy, MathieuAssou- Ekotto et autres PeterOdemwingie ont eu le temps de s'intégrer. Michael a considéré sa première saison comme un apprentissage. Manaseh ne s'est pas imposé directement non plus. Peter n'a pas toujours été un titulaire à part entière. C'était aussi des footballeurs à la mentalité exemplaire. Ils avaient tout à prouver, mais ils avaient envie de jouer pour leur club et ils mouillaient leur maillot ". De tous les joueurs qui sont partis, quel est celui dont l'absence se fait actuellement le plus sentir ? " Vous savez, je les reprendrais volontiers tous ", admet évidemment Tilmant. " SilvioProto, Murcy, Ishiaku, Klukowski, Odemwingie, Assou-Ekotto : pour moi, ils peuvent tous revenir, ils seront toujours les bienvenus. Avec des garçons comme eux, c'était beaucoup plus simple de travailler. Ils étaient disciplinés, polis, et il ne fallait pas leur répéter deux fois la même chose : ils avaient compris du premier coup ". Et puis, il y avait AlbertCartier. Avec qui le courant était directement passé, et passe d'ailleurs toujours : " On se téléphone encore régulièrement. Et pas uniquement pour parler de football. Après le match au Brussels, Albert est d'ailleurs revenu dans le Centre et on a été boire un verre au carnaval, comme au bon vieux temps ". Nostalgique, Tilmant ? " Un peu, oui. Ce que je vis actuellement, je le prends comme une expérience. Je vis des moments difficiles, comme tout le monde en connaît à un moment donné, dans sa vie ou dans sa carrière. J'espère en ressortir plus fort. Je me dis aussi que, lorsqu'on parle de catastrophe, il faut relativiser. Ce n'est malgré tout que du football, et il y a pire dans la vie que de perdre un match ou, même, de descendre d'une division ". Jusqu'ici, Tilmant n'avait connu que les bons côtés avec les Loups : " Lorsque je suis arrivé en 1991, le club se battait pour ne pas descendre de D3 en Promotion. La deuxième saison, on a terminé cinquième, et la saison suivante, on était champion. Ce fut la D2. D'abord 7e, puis 10e. J'avais marqué 15 buts cette saison-là, ce qui m'avait permis de susciter l'intérêt de Gueugnon. J'ai joué deux années comme professionnel dans ce club qu'a également fréquenté Cartier, mais pas à la même époque. Puis, la famille a eu envie de rentrer. Mon petit garçon est né et on est revenu à La Louvière. Je suis monté en D1, j'ai gagné la Coupe de Belgique en 2003, j'ai joué deux matches de Coupe de l'UEFA contre Benfica. Rien que du bonheur. Mais, vous savez, c'est comme au Tour de France : après avoir gravi un col, à un moment donné, il faut bien redescendre ". Entamée durant le deuxième tour de la saison dernière, la descente s'est poursuivie cette saison-ci. D'abord avec EmilioFerrera, qui a succédé à Cartier. " Il avait sa manière de travailler ", se rappelle Tilmant. " Je n'ai rencontré aucun problème avec lui, mais il n'y avait pas les mêmes atomes crochus qu'avec Cartier. C'était sans doute plus facile de tisser des liens avec Albert, parce qu'il vivait seul à La Louvière et qu'il était au stade du matin au soir, alors qu'Emilio, une fois l'entraînement terminé, rentrait dans sa famille. Mais je respecte Ferrera et j'aurai plaisir à le revoir le week-end prochain, lorsque Bruges se déplacera au Tivoli ". S'est-il trompé dans certains choix ? " Vous savez, tout le monde a commis des erreurs. Même moi ! L'entraîneur parfait, cela n'existe pas ". La saison avait mal commencé : par un 6-0 à Anderlecht. En outre, deux joueurs - MichaëlCordier et Rogerio - avaient été obligés de suivre le match depuis la tribune en raison d'une erreur administrative. Etait-ce déjà un signe ? " En principe, quand on prend une gifle, on évite de tendre l'autre joue. Dans un premier temps, on a réagi. On a fait match nul contre La Gantoise et à Zulte Waregem : deux équipes qui - on ne le savait pas encore - allaient être deux bonnes surprises de la compétition. Puis, on a été battu 2-3 par le Standard. On a été mené 0-2, on était revenu à 2-2 et on avait finalement encaissé un but assassin dans les derniers instants de la partie. Ce fut dur à encaisser et on ne s'en est jamais complètement remis. En règle générale, on est rarement parvenu à ouvrir la marque, cette saison. On a souvent dû courir après le score et cela demande beaucoup d'énergie ". Ferrera a été remplacé par GilbertBodart : " Gilbert a apporté de l'enthousiasme, de l'envie, de la combativité, du plaisir. Car, il faut bien l'avouer, beaucoup de garçons avaient perdu le plaisir de jouer. On a remporté trois victoires consécutives. Mais la période d'euphorie fut de courte durée et je n'ai pas eu vraiment le temps de m'habituer à Gilbert. Je dispensais l'échauffement et lui dirigeait l'entraînement ". Aujourd'hui, Tilmant affirme qu'il n'a plus aucun contact avec Bodart : " Pas plus qu'avec Ferrera. Ils mènent leur vie de leur côté... et je n'ai pas trop envie de les déranger ". Et maintenant, comment se présente la suite ? " Le mal est fait, on n'a plus rien à perdre ", conclut Tilmant. " On est au bas de l'échelle, et si l'on veut encore remonter, il faudra gravir échelon après échelon. Le calendrier ne nous est pas favorable, mais sait-on jamais ? Bruges n'est pas au mieux, pour l'instant. Encore que l'arrivée d'Emilio Ferrera pourrait provoquer un choc psychologique. Mais c'est valable dans les deux sens. Mes joueurs aussi pourraient trouver une motivation supplémentaire dans le fait de croiser le fer avec leur ancien mentor. J'espère, en tout cas, qu'ils prendront enfin conscience de la situation. Car, si le club descend, ils seront les premiers à en payer les conséquences. Quel acquéreur potentiel s'intéressera à des joueurs qui n'ont pas été capables de maintenir leur employeur précédent parmi l'élite ? En ce qui me concerne, J'étais très heureux dans le costume du T2. Et je ne demanderais pas mieux que de le récupérer. Si j'ai accepté le challenge du T1, c'est pour essayer de sauver un club que j'aime. Je me battrai jusqu'au bout. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. On peut détenir la lanterne rouge pendant 33 journées, c'est le classement au terme de la 34e journée qui comptera. Si je maintiens le club en D1, je pourrai dire que j'ai fait mon boulot. En cas contraire, au moins, j'aurai tout essayé. Le reste, ce n'est pas de mon ressort ". DANIEL DEVOS