Le championnat belge n'avait pas l'habitude d'une telle abondance d'argent. Pourtant, depuis le départ de Marouane Fellaini pour près de 20 millions d'euros à Everton en 2008, transfert dont le prix avait été accueilli avec beaucoup de stupéfaction, les stars de la Jupiler League sont courtisées par les plus grands clubs et à chaque mercato, les euros pleuvent dans les trésoreries belges. Romelu Lukaku pour 12 à 20 millions à Chelsea, Kevin De Bruyne pour 8,5 millions et Thibaut Courtois pour 9 millions dans le même club ; Mehdi Carcela pour 9 millions et Mbark Boussoufa pour 8 millions à Anzhi Axel Witsel pour 7 millions à Benfica ; Nabil Dirar 7 millions en choisissant Monaco ; Steven Defour pour 6 millions à Porto ; Jonathan Legear pour 4,5 millions à Terek Grozny ; Marvin Ogunjimi pour 2,5 millions à Majorque : rien que sur l'année 2011 (hormis Dirar parti début janvier 2012).
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Le championnat belge n'avait pas l'habitude d'une telle abondance d'argent. Pourtant, depuis le départ de Marouane Fellaini pour près de 20 millions d'euros à Everton en 2008, transfert dont le prix avait été accueilli avec beaucoup de stupéfaction, les stars de la Jupiler League sont courtisées par les plus grands clubs et à chaque mercato, les euros pleuvent dans les trésoreries belges. Romelu Lukaku pour 12 à 20 millions à Chelsea, Kevin De Bruyne pour 8,5 millions et Thibaut Courtois pour 9 millions dans le même club ; Mehdi Carcela pour 9 millions et Mbark Boussoufa pour 8 millions à Anzhi Axel Witsel pour 7 millions à Benfica ; Nabil Dirar 7 millions en choisissant Monaco ; Steven Defour pour 6 millions à Porto ; Jonathan Legear pour 4,5 millions à Terek Grozny ; Marvin Ogunjimi pour 2,5 millions à Majorque : rien que sur l'année 2011 (hormis Dirar parti début janvier 2012). Les talents de Belgique ont donc largement pris le chemin du large et contribué à renflouer les caisses -parfois à l'agonie - des formations belges. Jamais le football belge n'a été confronté à une telle profusion de demandes (et d'euros) pour ces pépites. Mais est-ce que cela va durer ou au contraire s'arrêter aussi abruptement que c'est arrivé, laissant juste la trace d'une parenthèse enchantée ? Le championnat belge n'est pas un puits sans fond : y a-t-il encore des talents capables de suivre la voie des Fellaini, Witsel ou Lukaku ? Aujourd'hui, le foot belge ne sait pas vraiment qui sera le prochain à faire sauter la banque. Personne ne semble faire l'unanimité, au contraire de Witsel, De Bruyne ou Lukaku dont les départs étaient annoncés au moins un an avant leur conclusion. " Tous ces joueurs avaient prouvé largement leur valeur avant de partir ", explique l'agent Yuri Selak, " Seul Courtois est parti après une seule saison de D1 mais il venait d'être champion et avait largement contribué au titre de son équipe. Witsel avait cinq saisons de D1 dans les jambes, De Bruyne trois, Lukaku deux. Tout comme Fellaini. De plus, tous ces joueurs venaient de clubs du top belge et avaient remporté des titres et montré leur niveau en Coupe d'Europe. Aucun de ces joueurs n'est parti à l'étranger de Westerlo ou Mons. Là-bas, ils n'auraient intéressé personne et leur prix n'aurait certainement pas été le même. Le seul qui a obtenu un transfert intéressant en évoluant dans un plus petit club, c'est Simon Mignolet qui est parti de Saint-Trond pour Sunderland. Mais il avait été élu Gardien de l'Année et n'a pas coûté autant que les autres. " " Le magasin est aujourd'hui en attente de ses nouveaux stocks ", abonde Nenad Petrovic, agent de joueurs. " La relève n'est pas encore assurée. Nous assistons donc, au niveau belge, à une fin de cycle. Il faut bien admettre que nous venons de connaître une génération de joueurs plus qu'intéressante. Pendant tout un temps, il n'y avait rien de bon puis est arrivée la génération spontanée d'Anderlecht, avec les jeunes Vincent Kompany et Anthony Vanden Borre qui avaient succédé aux bonnes affaires Köller-Radzinski-Goor-Dheedene. Puis, on a connu un nouveau creux avant d'apercevoir un renouveau suite au transfert de Fellaini. Grâce à ces 20 millions, il y a eu un focus sur le marché belge et sur les jeunes talents belges et cela a fait beaucoup de bien aux clubs et au championnat. " A cela s'est également ajouté le phénomène Eden Hazard. " Même si les formations belges ne sont pas directement à l'origine de son éclosion, il est Belge et de nombreux clubs étrangers s'intéressent du coup au championnat ", ajoute l'ex-recruteur Stéphane Pauwels. " Avant n'étaient présents aux matches de jeunes que les clubs frontaliers comme Lille, Lens ou le PSV Eindhoven. Désormais, on voit arriver des émissaires de Bordeaux ou Montpellier. " Cependant, le réservoir n'est pas inépuisable. Après Fellaini, Witsel, Defour, De Bruyne, Courtois, Mignolet et Lukaku, c'est une nouvelle génération qui doit se montrer. " On ne peut pas encore dire si elle est moins bonne que la précédente mais elle est certainement moins spontanée ", ajoute Petrovic. Les joueurs belges évoluant en D1 belge partiront-ils pour d'aussi bons clubs ? Seront-ils autant courtisés et coûteront-ils aussi chers ? Nul ne peut le dire car, outre le talent, plusieurs autres paramètres entrent en ligne de compte. " On a l'impression que l'argent vient de partout et que tous les clubs ont voulu nos talents mais si on analyse bien, on remarque que l'argent qui circule dans le football belge a une provenance russe ", dit Petrovic. " Courtois, De Bruyne et Lukaku (Chelsea), c'est Roman Abramovitch, Dirar (Monaco), c'est Dmitry Rybolovlev, Legear c'est Terek Grozny, Carcela et Boussoufa, c'est Anzhi, soit deux clubs russes. Le football belge se porte bien grâce aux Russes ! Un Carcela vaut trois millions d'euros sur le marché et à ce prix-là, 20 clubs sont intéressés mais à 9 millions, il n'y a plus que les Russes. " " Il ne faut pas tout mettre dans le même sac ", corrobore l'agent Kismet Eris, " Tous les prix sont surévalués. Seul Axel Witsel (si on tient compte du prix, de l'âge, de l'expérience et de sa marge de progression) est un transfert normal et réfléchi car Benfica reste objectif par rapport à la valeur sportive du joueur. C'est un réel investissement car c'est clair que les Lisboètes vont réaliser une plus-value. Mais tu ne peux décemment pas comparer la valeur sportive de Witsel avec celle de Dirar parce qu'ils ont été transférés pour la même somme ! Même Fellaini, qui n'a pourtant pas été acheté par un club qui a l'habitude de payer plus qu'il ne doit, est un transfert irréaliste. C'est un chef-d'£uvre de négociation. Sans compter que la crise n'était pas encore d'actualité. Aujourd'hui, si les dirigeants d'Everton veulent réaliser une plus-value sur Fellaini, ils peuvent se lever tôt ! " Si le marché s'est quelque peu calmé, notre championnat s'est considérablement valorisé. Pas tant par les performances des clubs belges sur la scène européenne (" même si depuis trois-quatre ans, on remonte la pente ", selon Selak) que par la présence accrue des recruteurs. Les nombreuses ventes de ces dernières années ont labellisé le produit belge qui a vu sa cote grimper en flèche. " Avant, le championnat était un marché mineur. Plus maintenant ", constate Jaouad Boukhari qui scrute le championnat pour l'agence de management anglaise WMG. " On se doit d'y être et on n'est pas les seuls. Sans compter qu'il s'agit d'un championnat bon marché. Aujourd'hui, en Europe, le produit belge est un des plus recherchés à l'exportation, derrière le joueur français, espagnol et portugais. " Donc, même si la génération qui arrive est moins talentueuse, elle sera plus suivie et aura donc plus de chances d'aboutir à l'étranger. Mais quels sont les produits les plus bankables ? L'attaquant anderlechtois est considéré par tous les clubs étrangers comme la perle de notre championnat. Son Soulier d'Or, son titre de meilleur buteur actuel de l'Europa League et ses grands matches lors des grandes occasions (le dernier en date à Sclessin) en font une valeur sûre. Pour beaucoup d'observateurs, il ne fait aucun doute qu'il réussira à l'échelon supérieur. " Le fait qu'il ait prouvé sa valeur lors des grandes rencontres, tant sur le plan européen que belge, est rassurant pour les investisseurs ", dit Boukhari. " Il a clairement le niveau pour évoluer en Angleterre où Arsenal s'est dit intéressé. "Cependant, Anderlecht devra sans doute revoir son prix à la baisse, à moins d'un tout gros parcours en Europa League : 10 millions semblent la limite. " Il a un gros inconvénient : il n'est pas communautaire ", explique Selak. " Et comme il n'est pas international argentin, le marché anglais pourrait lui être fermé car il risque de ne pas obtenir de permis de travail. "Enfin, si Anderlecht est champion (et donc qualifié directement en Ligue des Champions), n'a-t-il pas intérêt à disputer cette compétition pour se mettre davantage en vitrine plutôt que partir pour club du subtop en Allemagne ou en Espagne ? L'attaquant ivoirien du Standard a éclaboussé de sa classe le dernier clasico. Depuis lors, la rumeur enfle et comme son agent, Mogi Bayat, est un fin négociateur, il n'a pas manqué de pousser en avant son poulain. Au point de mettre Anderlecht sur la balle. Les prochains mois seront capitaux car le Standard veut le faire prolonger, en lui proposant de rester une année supplémentaire et de participer au renouveau du club. Mais sa valeur montante pourrait bien obliger les Liégeois à le vendre. Son profil (il est petit mais gagne beaucoup de duels aériens, sa faculté à décrocher et à servir de transmission entre l'entrejeu et l'attaque et ses qualités de buteur) plaît à beaucoup de clubs. " Il peut facilement rapporter 5 millions d'euros au Standard mais lui aussi est extra-communautaire ", ajoute Selak. C'est pour régler ce dernier point qu'il a demandé la nationalité belge. Mais cela peut prendre du temps. " Il aurait donc intérêt à rester un an supplémentaire au Standard. S'il continue sa progression, il accumulera les sélections en équipe nationale, ce qui lui permettrait d'avoir une plus grande liberté sur le marché des transferts ". Et donc de choisir l'Angleterre, l'eldorado de tout footballeur. Certains en sont fous, d'autre moins. Et parmi ces derniers, il y a ceux qui doutent de sa capacité à réussir à l'étranger, échaudés par une première expérience ratée à Hambourg. Mais depuis lors, Vadis Odjidja a mûri dans son jeu. " Pour moi, il s'agit d'un des meilleurs joueurs du championnat ", dit Boukhari. Sa technique, sa vista, son intelligence de jeu et sa capacité à occuper aussi bien le poste de médian défensif que celui de meneur de jeu en font l'élément belge sans doute le plus cher du marché. Son prix est estimé à 5 millions d'euros, minimum. " C'est encore bon marché pour ses qualités ", estime d'ailleurs Boukhari. Mais Bruges risque de faire monter les enchères (et donc d'empêcher le transfert), vu que les dirigeants brugeois sont aujourd'hui en position de force depuis la vente de Dirar. Le cas Biglia est difficile à évaluer. Son potentiel est indéniable mais plusieurs paramètres nuisent à son transfert. 1. Cela fait trop longtemps qu'il reste à Anderlecht, ce qui pousse certains à parler de stagnation. 2. Son passage à vide actuel tombe mal. " Il ne m'a pas du tout convaincu au Standard ", explique Grimandi qui venait de récupérer le match sur vidéo. 3. Sa volonté de rejoindre un grand club. Mais d'un autre côté, son expérience plaide en sa faveur. Ceux qui le suivent savent exactement ce qu'il vaut pour l'avoir scouté à plusieurs reprises. Son futur acquéreur sait donc à quoi s'en tenir. Son prix dépendra de deux choses : 1. Son comportement lors des play-offs et son retour en sélection argentine. Pour le moment, son prix serait pourtant plus proche des 2 millions que des 4. Avec Sinan Bolat, on est exactement dans les mêmes cas que Steven Defour ou Axel Witsel puisque ce départ est annoncé et préparé mais contrairement à ces deux joueurs, il ne devrait pas rapporter grand-chose au Standard puisque son contrat n'a pas été prolongé et qu'il est donc en fin de bail en juin 2013. Les acquéreurs potentiels seront donc en position de force pour négocier, contrairement au Standard qui, s'il se montre trop intransigeant verrait partir son poulain gratuitement en juin 2013 ! S'il avait prolongé, le prix du gardien désormais numéro un en Turquie se serait négocié entre 3,5 et 5 millions d'euros. En juin, les débats devraient tourner entre 2 et 3 millions d'euros. Bolat est un gage de sécurité, il est jeune mais expérimenté, et il a également une carrière internationale (Turquie et Coupe d'Europe avec le Standard). En le laissant partir en début de saison, Genk aurait réalisé une toute bonne affaire. Depuis lors, la mauvaise campagne des champions en titre, son relatif manque d'efficacité (il a quand même inscrit 10 buts en 1471 minutes de jeu, soit un but toutes les 147 minutes !) et ses transferts avortés ont fait chuter son prix. En Ligue des Champions, à l'image de toute l'équipe, il a montré ses limites et ceux qui le voyaient passer un palier et évoluer dans un championnat plus huppé, sont aujourd'hui plus sceptiques. A-t-il le niveau pour s'imposer dans un meilleur club étranger ? " Je le rangerais dans la catégorie des David Hubert ou Guillaume Gillet : des bons joueurs mais auxquels il manque une certaine aura pour réussir ce qu'ont réussi les Witsel, Defour ou Fellaini ", explique Petrovic. Aujourd'hui, sa valeur ne s'élève pas à plus de 3 millions d'euros et contrairement à des Brüls ou des El Ghanassy, il n'attire pas l'attention de clubs russes, plus enclins à mettre de l'argent pour des techniciens. L'ailier gantois a explosé cette saison et s'inscrit dans la lignée de ce que les clubs étrangers recherchent : vitesse et percussion. Bref, quelqu'un capable d'apporter le danger. Mais Christian Brüls ne compte qu'une saison au plus haut niveau et n'a encore jamais goûté à la Coupe d'Europe (à part quatre petits matches avec Westerlo). Un désavantage par rapport à tous ses prédécesseurs. Le match de Fellaini à Liverpool avait été déterminant, tout comme celui de De Bruyne face à Chelsea. " On l'a vu réaliser des coups d'éclat mais on ne sait pas encore ce qu'il vaut dans les confrontations européennes. Or, c'est là qu'on juge véritablement le niveau d'un joueur belge ", explique Gilles Grimandi, scout pour Arsenal. Brüls n'est donc pas encore prêt pour affoler le mercato de l'été 2012. " Il doit encore faire ses dents ", souligne d'ailleurs Selak. Son maintien sur le banc face à Bruges prouve qu'il cherche son second souffle. Son prix actuel varie entre 1,5 millions d'euros et 2,5. Pas de quoi donc se situer dans la lignée des Witsel-Lukaku-De Bruyne. Le deuxième as de Gand mais lui aussi a du mal à confirmer. Contrairement à Brüls, il a déjà du vécu puisqu'il évolue à Gand depuis trois saisons et qu'il a connu la Coupe d'Europe. Mais son comportement n'en fait pas encore un pilier et un titulaire indiscutable. " On a un peu l'impression qu'il stagne ", dit Grimandi. " Comme Brüls, il devrait partir à moyen terme ", explique Eris. " A moins qu'il réalise des play-offs exceptionnels, ce qui ne manquerait pas de faire augmenter son prix. " Et comme il est demandeur d'un départ, il n'hésitera pas. Son prix est actuellement identique à celui de Brüls (plus proche des 2,5 millions d'euros) à moins qu'un club russe ou... Anderlecht ne vienne aux nouvelles. " Si Anderlecht se montre intéressé comme la saison passée, le prix aurait tendance à être revu à la hausse car Gand ne fera pas de cadeaux aux Mauves ", explique un proche de Gand. La saison dernière, Anderlecht avait reculé face aux 4,5 millions d'euros demandés par les Buffalos. Depuis lors, le prix a chuté et le joueur est devenu plus abordable. Mons se montre très gourmand en demandant 3 millions d'euros. Personne ne s'y risquerait. Car, malheureusement pour lui, le meilleur buteur du championnat ne joue qu'à Mons. Ce qui fait chuter son prix de moitié. Pourquoi ? Car personne ne sait s'il peut survivre à la pression inhérente à un grand club ni s'il est capable de prester dans les chocs (ou les prestations européennes). Pour ces raisons, son prix ne devrait pas dépasser les 2 millions d'euros. Son âge (27 ans) ne joue pas en sa faveur. " Aujourd'hui, certains scouts écartent tous les joueurs au-dessus de 25 ans ", reconnaît son agent, Yuri Selak. Le dossier est quasiment ficelé. Il ne manque plus qu'à ajouter le nom de l'acquéreur et le prix. Celui-ci, qui dépendra de ses prestations en Europa League, variera entre 1,5 millions d'euros et 3 millions si le club atteint les demi-finales. Mais le Standard ne le bloquera pas et est prêt à le lâcher pour la somme minimale (1,5 millions). C'est en tout cas la promesse qui a été faite au joueur après l'échec de son transfert à Al-Shabab en janvier. PAR STEPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" On remarque que l'argent qui circule dans le football belge a une provenance russe. " (Nenad Petrovic) " Il a clairement le niveau pour évoluer en Angleterre où Arsenal s'est dit intéressé. "(Jaouad Boukhari, agence anglaise WMG)