"Bienvenue dans mon bordel ", s'exclame Jelle Van Damme en montrant les caisses qui encombrent son studio. Après quatre ans à l'étranger, le défenseur vit de nouveau à Lokeren. En attendant la reprise, il a couru et s'est adonné au fitness. " Sinon, je m'ennuierais ".
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"Bienvenue dans mon bordel ", s'exclame Jelle Van Damme en montrant les caisses qui encombrent son studio. Après quatre ans à l'étranger, le défenseur vit de nouveau à Lokeren. En attendant la reprise, il a couru et s'est adonné au fitness. " Sinon, je m'ennuierais ". Jelle Van Damme : Je suis curieux. Je n'ai presque pas joué en Belgique. Au Germinal Beerschot, j'ai passé le premier tour sur le banc. Pas en Angleterre. Des trois pays où j'ai vécu, c'est celui qui me plaît le plus. Le jeu aussi y était plus élevé. Tout y était formidable, à part ma blessure. J'avais un superbe penthouse à cinq minutes du stade. J'avais aussi de formidables contacts avec les supporters. Les gens sont très sociables et financièrement, je ne pouvais me plaindre. Même le climat était agréable : ce coin de l'Angleterre profite du Gulf Stream. J'ai conservé mon numéro de gsm anglais tant j'ai des copains là-bas. A cause des Diables Rouges, je n'ai pu assister au mariage de mon ancien coéquipier James Beattie, qui est maintenant à Everton. J'ai vécu deux mois chez lui. Je n'en ai jamais eu. C'est éloquent. Anderlecht m'avait approché quand Hugo Broos l'entraînait mais l'Angleterre m'attirait plus. Or, je suis toujours mon instinct. Maintenant aussi. Je voulais me sentir bien, dans un environnement familier, pour me refaire. J'ai aussi discuté avec le Standard, avec Michel Preud'homme, mais les contacts ont traîné. Après mon entretien avec Herman Van Holsbeeck et Frankie Vercauteren, j'ai su que ce serait Anderlecht. La vision de Vercauteren m'a séduit. En tout inconvénient, il y a un avantage. Peu m'importe de jouer à l'arrière gauche, dans l'axe ou dans l'entrejeu. Jusqu'à 16 ans, j'ai joué en pointe. Puis, à Gand, on m'a posté à l'arrière gauche. J'avais joué sur l'aile puis j'ai reçu un avertissement et Rudy Cossey m'a fait reculer. L'expérience a été un tel succès que j'y suis resté. C'est encore là que je me sens le mieux car je peux apporter quelque chose sur le plan offensif, mais à terme, j'aimerais une place dans l'axe de la défense. Il est un bon copain de football. Nous partagions notre chambre en équipe nationale. Je ne pense pas qu'il y aura des problèmes entre nous si l'entraîneur choisissait de m'aligner à gauche. C'est un grand club, fatalement soumis à la pression. C'était pareil à l'Ajax et au Werder Brême. Il suffisait que Brême perde puis concède un nul pour que Bild titre : - Crise au Werder ! Quand des gens tentent de semer la zizanie dans l'équipe, la seule chose à faire est de répon-dre sur le terrain. A Southampton, il n'y avait pas de pression. Mais sans pression, on est trop vite content. On comprend sans doute qu'on a mal joué mais très vite, insidieusement, on va trouver que c'était quand même assez. Je suis très critique envers moi-même. Vous ne m'entendrez pas souvent dire que j'ai bien joué. J'essaie d'analyser mes fautes pour progresser. A cause de ma blessure. J'avais le niveau dans les neuf matches joués. J'ai été Joueur du match à deux reprises, à domicile. J'étais empli d'assurance. Pendant la trêve hivernale, je pouvais aller à Everton. Cela me plaisait puis je me suis blessé à la cheville, le 12 décembre. A la fin de la campagne des transferts, en janvier, je n'étais pas guéri. Everton voulait me louer à la fin de la saison, comme Brême, mais j'avais envie de découvrir la Bundesliga. Tout a bien commencé. Mes entretiens avec le président Klaus Allofs et l'entraîneur Thomas Schaaf ont été positifs, comme la préparation. Lors du premier match, le coach était si content de mon entrée au jeu d'une demi-heure qu'il m'a titularisé pour le match contre Bâle, au tour préliminaire de la Ligue des Champions. Il m'a sorti après ma carte jaune, craignant que je ne me fasse exclure. Ensuite, j'ai atterri sur le banc mais j'ai quand même eu des occasions de jouer. J'ai même marqué à Mönchengladbach. Je me sentais pousser des ailes. Quand je suis en confiance, tout me réussit. Puis je me suis blessé à l'aine et j'ai finalement dû être opéré. Non, plutôt le fait que j'aie effectué ma rééducation en Belgique avec Lieven Maesschalck. Or, Brême voulait que je revienne vite bien que d'autres joueurs effectuaient leur rééducation avec des gens de confiance. Quand Torsten Frings avait un problème, il allait à Munich. Ils m'ont fait des problèmes au terme de ma rééducation. Je devais m'entraîner deux fois par jour quand les autres avaient congé... Ils espéraient sans doute que je pète les plombs. Johan Micoud m'a prévenu : - Fais ce qu'on te dit, même si ce n'est pas marrant. Brême n'avait parfois que 16 joueurs en état alors qu'il lui en fallait 18. J'étais en forme mais on m'ignorait. Pourtant, je m'entraînais dur, sans râler. L'entraîneur appréciait mon attitude. Lors des derniers matches, j'ai retrouvé le banc et j'ai même pu jouer. J'ai pensé prendre un appart, mais je sentais que le club n'allait pas lever mon option à Southampton en février. Je n'éprouvais plus le moindre plaisir. La langue a constitué un handicap. Je parlais français avec Micoud, anglais avec quelques autres. Certains ne voulaient pas me parler en anglais bien qu'ils connaissaient cette langue... Mais j'ai progressé en allemand. A la fin, j'ai même donné une interview dans cette langue. Mais la mentalité ne me convenait pas. Style : - S'il le faut vraiment, nous pouvons aussi être sympas. Les Néerlandais ne mâchent pas leurs mots mais sont ouverts et sociables. Au début, la rudesse de l'approche m'avait fait peur. Heureusement, je n'ai jamais pris ces remarques dures personnellement. A la moindre touche de balle ratée, on se fait insulter, aux Pays-Bas. J'ai vite appris que je devais améliorer mon contrôle du ballon. A la fin, Ruud Krol a dit à Wesley Sonck : -Jelle n'est pas Belge, c'est un demi Amstellodamois. Je me suis mentalement endurci. Maintenant, il en faut beaucoup pour me déstabiliser. Absolument. Il m'a vu avec le Germinal Beerschot contre le NAC. Ensuite, Tony Bruins Slot a assisté à un match des Espoirs mais jamais je n'aurais imaginé que c'était pou moi. Au début de la deuxième année, j'étais arrière gauche et le Brésilien Maxwell demi droit. A l'arrivée de Wesley Sneijder, Maxwell a reculé, laissant l'aile à celui-ci. Je me suis incliné. Si j'avais eu le sentiment que celui qui prenait ma place n'était pas meilleur que moi, j'aurais réagi mais Maxwell était au top à ce moment. Sonck me l'avait dit : je ne pouvais rien contre lui. Quand Maxwell a décidé de rester, je suis parti. Je l'ai dit à Koeman et à Louis van Gaal : je devais jouer pour progresser et faire taire les critiques selon lesquelles je ne devais ma place en équipe nationale qu'à la préférence d'Aimé Anthuenis. Ils m'ont dit que je n'étais pas obligé de partir mais je me suis exécuté quand même. Peu après, Maxwell s'est blessé pour neuf mois. Je suis plus mûr mais je reste moi-même. Personne ne m'a encore dit que j'avais changé. Cela vient de Lokeren. Je n'y attache pas d'importance, c'est de la jalousie. Si ces gens en avaient les moyens, ils feraient pareil. Je n'avais rien à perdre. Si mon stage se passait mal, je pouvais revenir. Si Steven Dufour échoue à l'Ajax, il sera impayable pour des clubs belges qui le convoiteraient. Son talent suffit pour l'Ajax mais ce sont les circonstances qui décideront de sa réussite. Je lui ai conseillé de se méfier des gens à Amsterdam. Ils vous balancent tout en pleine figure. A lui de voir s'il peut le supporter. Tout dépend de l'entraîneur. Un Néerlandais est généralement plus audacieux qu'un Belge. Georges Leekens avait dit à Lokeren qu'il fallait m'offrir un contrat. J'étais prêt à le signer. Lokeren est ma ville natale. Le club a eu des problèmes avec les permis de travail pour les joueurs étrangers. Il n'avait plus de temps à me consacrer, je n'étais pas une priorité. Je ne trouvais pas dramatique que ça traîne. Il suffisait d'un coup de fil pour que je passe signer mais ce coup de téléphone n'est jamais arrivé. Par contre, l'agent Louis de Vries m'a appelé au nom du Germinal Beerschot. Je lui ai dit que j'étais sur le point de signer à Lokeren. Une semaine plus tard, il m'a rappelé pour me demander si c'était fait et a demandé à passer à la maison. Le vendredi, je signais au Germinal Beerschot. Ce soir-là, j'ai joué un mauvais match avec la Réserve de Lokeren. Cette signature me tracassait, je ne pouvais en parler. J'ai été remplacé à l'heure de jeu. J'ai dit à Cossey que j'avais été mauvais. Il m'a répondu : - Cela ne fait rien, je t'ai sorti car tu joues en équipe fanion demain. Le soir, Lokeren a appris que j'avais signé au Beerschot. Le matin, le club m'a confirmé que j'aurais dû jouer en équipe Première mais sachant que j'allais partir, je ne serais pas aligné. J'ai effectué les derniers entraînements avec le Germinal Beerschot. L'équipe nationale n'est pas ma priorité. Je dois d'abord réussir à Anderlecht. Jouer pour la Belgique est chouette mais souvent ingrat. Tout le monde ne vous trouve pas bon. Prenez les matches de qualification pour le Mondial : certains attendent trop de nous. Attention, j'adore jouer en équipe nationale et prendre part aux deux derniers matches m'a fait du bien. Je ne sais plus quand j'ai joué deux matches complets en l'espace de quatre jours. J'ai aussi été heureux d'être sélectionné par René Vandereycken. Cela a fait taire certaines critiques. Voilà. On racontait que j'étais repris parce que j'étais originaire de Lokeren. Vandereycken ne vient pas de là, hein ! Lors de ma première sélection sous sa férule, j'ai pensé : s'il m'appelle, c'est que je vaux quelque chose. GEERT FOUTRÉ