Acte I: Anderlecht-Mons, octobre 2002. Les Mauves s'imposent 2-1 sans l'avoir vraiment mérité. Leur victoire est facilitée par la fébrilité de Kris Van de Putte, le gardien des Dragons qui, suite à cette sale soirée, devra passer deux matches sur le banc.
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Acte I: Anderlecht-Mons, octobre 2002. Les Mauves s'imposent 2-1 sans l'avoir vraiment mérité. Leur victoire est facilitée par la fébrilité de Kris Van de Putte, le gardien des Dragons qui, suite à cette sale soirée, devra passer deux matches sur le banc. Acte II: Mons-Anderlecht, mars 2003. Cette fois, Van de Putte n'a rien à se reprocher mais les Montois passent à côté de leur sujet et Anderlecht s'impose à nouveau sur le même score. Deux matches aux physionomies différentes, mais l'Albert doit reporter à la saison prochaine ses espoirs d'une première victoire contre le Sporting.Entre le Parc Astrid et le Tondreau, Van de Putte est passé par différents états d'âme: la déception, la résurrection, mais surtout la conviction d'avoir mis les choses au point suite aux critiques émises il y a cinq mois. L'homme était bien décidé à profiter de la venue des Bruxellois pour étaler une nouvelle fois son meilleur niveau retrouvé. Il nous a confié son agenda intime de la semaine dernière. Une semaine pas vraiment comme les autres.Lundi: Charleroi et les soupçonsDeux entraînements sont au programme des Montois. Marc Grosjean revient forcément sur la fin de match bâclée à Charleroi. Kris Van de Putte: "C'est inadmissible de s'être fait remonter alors que nous tenions encore la victoire à 20 minutes de la fin. Notre tort a été de trop chercher à marquer un deuxième but. Tout le monde n'a plus pensé qu'à faire le break et la défense s'est complètement désorganisée. J'ai essayé de corriger les positionnements, mais dans une ambiance pareille, c'était peine perdue. Je n'ai pas été écouté. Le lundi, nous avons essayé de nous persuader que, Charleroi, c'était de l'histoire ancienne et qu'il ne fallait plus se concentrer que sur Anderlecht. Il n'empêche que tous nos joueurs étaient persuadés d'être passés à côté d'une victoire facile. Ce Charleroi-là était l'équipe la plus faible que nous avions affrontée cette saison. Il fallait s'attendre à des commentaires ironiques et ça n'a pas raté: on a soupçonné Mons d'avoir offert trois points à un voisin. J'ai entendu cette remarque ici, mais aussi dans ma région, près de Lokeren. On m'a dit: -Et alors, c'était nécessaire de laisser gagner Charleroi? Chaque année, à la même période, c'est la même rengaine: on soupçonne les Wallons de s'entendre et on reproche aux Flamands de s'entraider. C'est ridicule: je ne connais pas un seul footballeur professionnel qui ne pense pas à la prime quand il monte sur le terrain. Si les sceptiques étaient venus dans notre vestiaire après le match, ils auraient compris que notre défaite n'avait rien de volontaire. Quelques joueurs ont dit ce qu'ils avaient sur le coeur. CédricRoussel notamment. Chez nous, il y a quatre types qui osent parler fort: Roussel, EricJoly, OlivierSuray et LiviuCiobotariu. C'est une bonne moyenne. Il faut quelques gueulards dans chaque noyau". Mardi: dodo chez DoudouEntraînement le matin. Van de Putte s'attarde dans le Hainaut. Il va manger avec PascalDeVreese, puis se balade dans la ville. Au moment de reprendre le volant, il apprend que la situation n'est pas jolie sur les routes. Comme il doit de nouveau être à Mons le lendemain à 9 heures, il décide de loger chez DennisSouza. "Les longs trajets en voiture, c'est nouveau pour moi. Quand je jouais à Ostende, je devais faire 90 km mais c'était une voie rapide. A Beveren, j'étais au stade en dix minutes. Et pour aller au RWDM, il ne me fallait qu'un peu plus d'une demi-heure. Ici, c'est différent. Lokeren-Gand-Bruxelles-Mons, c'est parfois l'enfer, surtout que je dois chaque fois affronter le Ring de Bruxelles aux heures de pointe. Ces 120 km me semblent parfois une éternité. Il m'arrive de prendre De Vreese dans ma voiture, mais je dois alors faire le détour par Courtrai et ce sont encore 20 bornes en plus. Près de 250 km par jour, six fois par semaine, c'est lourd. C'est plus facile à gérer quand on joue et quand on gagne. Je n'ose pas imaginer une saison complète sur le banc dans ces conditions". Mercredi: Lommel, comme Beveren et le RWDMEntraînement le matin. Les joueurs de Mons découvrent la presse. Les nouvelles concernant Lommel sont très mauvaises. Au mieux, ce club devrait chuter en D3. Ses joueurs ne sont plus payés depuis plusieurs mois. Un Montois est particulièrement sensibilisé: Kris Van de Putte. Normal, quand on a joué à Beveren et au RWDM..."A Beveren, j'ai finalement touché tout ce qu'on me devait, mais avec pas mal de retard. Au RWDM, ce fut bien pire: entre février 2002 et la fin de la saison, je n'ai plus rien eu. Un footballeur professionnel en fin de carrière a eu le temps de faire des économies. Par contre, c'est un drame pour les jeunes. J'avais mis un peu d'argent de côté avant l'apparition des problèmes à Molenbeek, mais tout était passé dans l'achat de ma maison, en décembre 2001. J'ai commencé à la rembourser en janvier de l'année dernière et, le mois suivant, je ne touchais plus de salaire. Dur, dur! Si j'avais su ce qui allait m'arriver, je n'aurais pas acheté.Plusieurs joueurs de Lommel ont décidé de quitter le club. Je ne comprends pas leur raisonnement. Ils refusent de jouer pour rien, mais ce serait quand même la meilleure façon pour eux de rester dans l'actualité. Tout laisser tomber sans avoir de club pour la saison prochaine, c'est très dangereux. Au RWDM, Emilio Ferrera nous a encouragés à rester au club, quitte à ne jamais voir notre argent. Nous l'avons suivi dans son raisonnement, et aujourd'hui, presque tous les joueurs de cette équipe sont actifs ailleurs". Jeudi: le Flamand veut être premier wallonCongé. Comment un footballeur démobilisé passe-t-il son temps libre? Mons est sauvé mais n'espère rien de mieux qu'une place dans le ventre mou en fin de championnat. "J'ai conduit mes enfants à l'école, j'ai acheté plusieurs journaux, je suis allé manger avec ma femme qui est vendeuse dans un magasin de vêtements, j'ai fait un peu de shopping à St-Nicolas, puis je suis allé rechercher les petits et je suis rentré à la maison. Les joueurs des équipes qui doivent encore assurer leur maintien ont intérêt à rester concentrés à 200% sur leur métier. Nous essayons de l'être aussi, même si nous n'avons plus grand-chose à gagner ou à perdre. C'est le plus difficile, car la tentation de lever le pied est grande. Notre seule grande ambition, d'ici la fin de la saison, consiste à faire de Mons la première équipe wallonne. Même pour un Flamand, c'est très important".Vendredi: les Dragons loin de l'agitationEntraînement le matin. Au stade, on s'affaire. La police prépare le rendez-vous avec Anderlecht, la billetterie tourne à plein régime, Canal + installe des éclairages supplémentaires. Les joueurs n'assistent pas à cette effervescence. "Depuis que tout est centralisé à Havré, il y a des joueurs qui ne passent plus du tout au stade en semaine. Nous n'y venons que si nous devons voir le manager ou prendre des tickets de match. Nous nous doutons que l'atmosphère au Tondreau devient de plus en plus électrique à l'approche d'un match pareil, mais nous ne le remarquons même pas..Avant Mons, je n'avais jamais joué dans une ambiance aussi passionnée. A Ostende, à Beveren et au RWDM, le football restait assez anecdotique. Je n'ai vu qu'une seule fois le stade de Molenbeek rempli: la saison dernière, lors du match contre Anderlecht. Ici, c'est presque plein tous les 15 jours. Et, pour la première fois de l'année, ce sera vraiment full, contre Anderlecht. J'ai énormément d'admiration pour nos supporters. Quand nous arrivons au stade à 18 heures et que nous voyons déjà des gens installés dans le stade, sous la drache, pour un match qui ne commencera que deux heures plus tard, nous sommes reconnaissants. éa motive, ça encourage à se défoncer encore un peu plus". Samedi: un budget qui coinceEntraînement le matin. La presse en a parlé tout au long de la semaine: Mons ne bouclera pas son budget. Il manque même une belle somme. De quoi remettre en question la politique sportive ambitieuse de ce club? De quoi inquiéter les joueurs?"Cela peut faire peur, mais nous nous consolons en nous disant que Mons n'est pas le seul club qui perd de l'argent. Je sais que nos dirigeants sont assez intelligents pour trouver des solutions sans revoir leurs ambitions à la baisse. Jusqu'à présent, nous avons toujours été payés le jour prévu. Je ne m'en fais pas, et personne ne s'inquiète dans le noyau. D'ailleurs, nous n'avons même pas parlé de ces problèmes financiers dans le vestiaire. J'imagine que la direction ne fera guère de transferts pour la saison prochaine, mais ce n'est de toute façon pas indispensable. Il faut seulement se préparer au départ de Roussel. Je le vois mal rester chez nous, avec le niveau qu'il a atteint. Il faudra lui trouver un remplaçant efficace, un gars capable comme lui de transformer la plupart de ses occasions de but. Ce sera le défi de l'été: un défi compliqué.J'ai encore un an de contrat et une option pour une saison supplémentaire. Je ne demande qu'une chose: rester longtemps ici. Je me suis adapté et j'ai été adopté. Si le club est prêt à prolonger mon contrat, je signe demain. Je préfèrerais en tout cas négocier une prolongation dès cet été plutôt qu'en décembre ou en janvier. Parce qu'à ce moment-là, j'aurai besoin de toute ma concentration pour jouer de bons matches. Un gardien a toutes les chances d'être plus performant quand il ne doit penser qu'au sport et ne pas s'encombrer l'esprit avec des problèmes de contrat".Dimanche: le matchMatch à 20 heures. Tifo quelques secondes avant le coup d'envoi et feu d'artifice juste après le coup de sifflet final. Entre ces deux beaux moments de son et lumière, un match qui ne tient pas ses promesses. Mais Van de Putte ne peut être tenu pour responsable de la défaite montoise. D'ici la fin de la saison, sa place ne devrait plus être menacée. "J'avais une revanche à prendre. J'avais perdu ma place après le match aller et j'ai préparé ce retour très sereinement. Anderlecht reste un grand nom, mais nous avons travaillé toute la semaine comme nous le faisons d'habitude, sans nous mettre la pression. J'avais commis deux erreurs à Anderlecht, mais j'ai entre-temps mis les points sur les i: c'est ce que je voulais. A l'époque, on m'avait reproché de rater mes sorties. C'est vrai, j'ai fait quelques erreurs sur des balles hautes, mais je venais de débarquer, il y avait plusieurs nouveaux joueurs dans l'équipe et la communication ne s'était pas encore mise en place. L'entraîneur me demande de sortir sur chaque balle haute, mais on multiplie ainsi le risque que j'en rate une et que j'encaisse un but. Une seule sortie manquée peut être catastrophique. Après le match aller contre Anderlecht, on m'a fait une réputation: Van de Putte, c'était le gardien mal à l'aise sur les ballons aériens. Je trouve que c'est exagéré. Depuis ce match qui m'a valu d'être relégué deuxième gardien, j'ai beaucoup réfléchi. Je me suis remis en question et, dès mon retour dans l'équipe, j'ai retrouvé la confiance. Sur les conseils de Marc Grosjean et de Michel Iannacone, notre préparateur des gardiens, j'ai aussi modifié ma façon de travailler à l'entraînement. Avant, j'avais tendance à ne pas tout donner sur chaque ballon. Il m'arrivait par exemple de boxer une balle en me disant que, si la même situation se présentait en match, je ne la lâcherais pas. C'était une erreur. Maintenant, chaque ballon qui m'arrive à l'entraînement est abordé comme si c'était un ballon de match. J'ai retenu plusieurs leçons de cette période difficile. Quand le coach m'a remplacé par Grégory Delwarte pour les chocs contre Genk et Bruges, j'ai râlé. Mais, avec le recul, je me dis qu'il avait pris une bonne décision. Parce que je suis revenu plus fort. Ces deux semaines sur la touche m'ont fait beaucoup de bien. La première a été très pénible: je n'étais plus capable de me motiver, je balançais un peu les entraînements. Puis, j'ai compris que je devais me reprendre en mains et je me suis remis à bosser comme un fou. Grosjean l'a vu et m'a dit que, si je continuais comme ça, je ne tarderais pas à reprendre ma place. Sur le banc, c'était plus délicat parce que je ne me sentais pas vraiment concerné par ce qui se passait sur le terrain. Le joueur de champ réserviste sait qu'il peut monter au jeu à tout moment et il s'y prépare mentalement. Le gardien, par contre, doit attendre une exclusion ou une blessure. J'ai reçu une nouvelle chance plus vite que prévu, grâce aux erreurs de Delwarte contre Genk et Bruges. C'est le foot. Maintenant, je veux garder le même niveau jusqu'à la fin de la saison. Dans le passé, j'ai souvent multiplié les hauts et les bas. Depuis mon retour dans l'équipe, on n'observe plus le même phénomène. J'ai un exemple: Frédéric Herpoel. C'est le prototype du gardien qui garde la même forme d'un bout à l'autre de la saison". Pierre Danvoye"Grosjean avait eu raison de m'écarter"